TRAITS D’HÉROÏSME, EXPLORATIONS ET DÉCOUVERTES
Mes chers enfants, afin de ne pas rompre le fil de ma narration, et dans le dessein de vous présenter les faits principaux de l'histoire de votre
pays dans l’ordre suivant lequel ils se sont accomplis, j'ai cru devoir laisser de côté une foule d'épisodes intéressants, de traits d’héroïsme, d’explorations hardies, de découvertes importantes que je vais, maintenant, vous raconter.
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En premier lieu viennent les célèbres exploits de d’Iberville et de ses frères.
D'Iberville, né au Canada, était Canadois-Frangais, suivant l'expression de la mère Marie de l’Incarnation.
Fils de C. LeMoyne, de Montréal, d’Iberville avait huit frères qui furent autant de héros. Leurs noms étaient : de Longueuil, Sainte-Hélène, de Maricourt, François de Bienville, Sérigny, Louis de Châteauguay, Jean-Baptiste de Bien :ile, et un deuxième de Châteauguay.
Un des premiers exploits de d’Iberville eut pour théâtre la Baie-d'Hudson.
C'était en 1686, sous l'administration de M. de Denonville, alors que ce gouverneur faisait ses préparatifs pour cette expédition contre les Iroquois dont je vous ai déjà parlé.
Les Anglais s'étaient emparé de plusieurs postes français, et de Denonville résolut de les reprendre. À cet effet il expédia un parti de quatre-vingts hommes, au nombre desquels se trouvaient les trois frères LeMoyne : d’Iberville, Sainte-Hélène, et Maricourt. Partie de Québec au mois de mars, cette petite troupe chevale-
resque se rendit par terre au fond de la Baied'Hudson.
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Le premier poste anglais qu'ils avaient mission d'emporter se trouvait à une distance de deux cents lieues, Il fallut franchir cette distance, tantôt à pied, tantôt à la raquette, souvent en canot, au milieu de la neige, des glaces, et par un froid des plus vifs. Des Canadiens seuls, dit Guérin, étaient capables d’endurer ces incroyables fatigues, ces privations et souffrances de toutes sortes.
Enfin, nos héros parvinrent à un fort du nom de Monsipi, armé d’une douzaine de canons. Sans perdre un instant, d'Iberville et ses frères suivis de quelques canadiens, escaladent ce fort, l'emportent d'assaut, et font seize prisonniers, y compris le gouverneur.
Guérin raconte ce beau fait d'armes dans !es termes suivants : “ Toutes les dispositions furent prises pour l'attaque du fort qui, situé à trente pas d’une rivière, sur une petite éminence, était de figure carrée, relevé de palissades de dix-sept à dix-huit pieds, et flanqué de quatre hastions revêtus en dedans de madriers, avec une terrasse d'un pied d'épaisseur. Un détachement fut mis à la garde des canots, et on emmena seulement
deux de ces derniers chargés de madriers, piques, pioches, pelles, gabions et d’un bélier.
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“ D'Iberville et Sainte-Hélène attaquèrent d’un côté, pendant que le chevalier de Troyes et Maricourt attaquaient de l'autre, et faisaient battre la porte principale du fort avec le bélier: Suivis de cinq. ou six hommes, ils escaladèrent la palissade, ouvrirent une porte qui, donnait sur les bois, et gagnèrent, pour la briser, celle d'une: redoute construite au milieu de la place. Dans le même temps le bélier enfonça la porte principale du fort. Le chevalier de Troyes se jeta dans le corps de la place, ét fit faire feu dans toutes les ‘embrasures et les: meurtrières de la redoute qu Nino déjà d’Iberville et Sainte-Hélène.
“Un anglais ayant répondu avec arrogance aux propositions de quaftier qu’on lui faisait, Sainte- Hélène lui cassa la tête d’un coup de fusil, au moment où il pointait une pièce de canon sur les Français. Bientôt le bélier fut pee de la ‘redoute et la démonta à demi.’
“ Soudain, d’Iberville, l'épée d’une main ét son fusil de l’autre, se jette dans la redoute ; mais ‘comme la porte tenait encore à une penture, un “anglais qui se trouvait derrière, la referma, et d'Iberville, séparé ainsi ‘des siens, ne voyant plus ni ciel ni terre, put se croire un moment perdu. Toutefois, son courage ‘ét 'sa présence d'esprit ne
l'abandonnèrent point : il soutint une lutte corps-
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a-corps, dans l'obscurité, avec les Anglais qui étaient là. Il en entendit qui descendaient l'escalier, et tira dessus au hasard.
# Cependant, le bélier avait recommencé à battre la porte de la redoute ; elle tomba entièrement et livra passage aux Français qui se précipitèrent en foule au secour: Je d’Iberville.
“ Les Anglais, la plupart encore à demi vêtus, tant on avait promptement conduit l'affaire, implorèrent quartier et on le leur accorda.”
À quarante lieues de là, après cinq jours de marche, d'Iberville et ses compagnons prirent le fort Rupert. Un bâtiment de guerre était devant la place (Guérin), disposé à soutenir les Anglais. “ D'Iberville et son frère Maricourt, avec quinze hommes montés sur deux canots d'écorce, furent chargés de l'enlever. Les ennemis n'étant pas prévenus et ne se doutant de rien, les Canadiens rangèrent le vaisseau à petites rames, le surprirent et trouvèrent un anglais enveloppé dans une couverture sur le pont, qui, en s’éveillant, voulut se mettre sur la défensive et sonna l’alarme ; l’âme lui fut arrachée avec le premier mouvement qu'il fit pour crier et s'armer. Alors d’Iberville frappa du pied sur le pont, comme c'est l'usage, pour réveiller ceux qui étaient au-dessous et leur donner
l'alarme. L’instant d’après, un anglais se montrait au haut de l'échelle pour voir de quoi il s'agissait ; il eut la tête fendue d’un coup de sabre ; un autre qui avait paru à l'avant périt de même. Alors d'Iberville força la c: ambre à coups de hache. | et fit main basse partout. A la fin, pourtant, il ||:.100) donna qrartier. Le gouverneur-général de la Baie- ‘ d'Hudson fut au nombre des prisonniers.” Pendant ce temps le chevalier de Troyes enfonçait la porte du fort Rupert, et entrait avec les di siens dans la place, l'épée à la main.
ja ki “Le chevalier de Troyes voulut terminer sa Li campagne par l’attaque du fort de Kichichouanne. ie Personne ne savait au juste la situation de cet |: 08 établissement anglais, et les chemins pour s'y IHUE 1 rendre étaient impraticables. Ce ne furent point | 4 des obstacles capables d'arrêter les Canadiens. On partit, doublant des pointes de battures jusqu’à | trois lieues au large. Lorsque la marée était na. basse, il fallait porter tout son bagage et ses canots à une lieue au loin ; quand elle était haute, 11.0 on se trouvait engagé dans des glaces. Il y avait ;l déjà longtemps que l'on faisait cette route pénible, ï ne sachant pas trop encore si l’on atteindrait le but cherché, quand huit coups de canon se firent nou entendre qui flattérent agréablement l'oreille des Français ; ils indiquaient que l’on était près de
Kichichouanne, et qu'il se passait dans ce fort quelque réjouissance.
“ Sainte-Hélène fut chargé d'aller reconnaître la place. Sur les entrefaites, d’Iberville, ayant eu toutes les peines du monde à se tirer des glaces, arriva avec sa prise à l'embouchure de la rivière, apportant tous les pavillons de dla compagnie d'Angleterre ; il entra heureusement dans la rivière, et débarqua, pendant la nuit, dix pièces de canon. Après quelques pourparlers peu concluants avec le gouverneur du fort, les pièces de canon furent pointées contre la chambre même qu'il occupait Une batterie cachée dans un bois, sur une hauteur, fut si bien servie qu'en moins de cinq quarts d'heure, on tira plus de cent quarante volées qui criblèrent tout le fort.
Bientôt, on entendit des voix sourdes qui sortaient des caves et demandaient quartier, aucun anglais n'ayant voulu se montrer pour amener le pavillon. Peu après le fort capitula, et Sainte- Hélène et d’Iberville y entrèrent aussitôt. ”
Une autre expédition, commandée par d’Iberville, se termina par un acte d’audace incroyabie.
D'Iberville venait de s'emparer de deux bâti. ments de guerre anglais, dont l’un de 14, et l’autr-
de 22 canons. Un troisième vaisseau était pris
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dans les glaces, et d'Iberville envoya quatre hommes pour l'observer. Deux de ces hommes furent pris par les Anglais, et mis à fond de cale où ils passèrent tout l'hiver. Au printemps, les Anglais ordonnèrent à l'un des deux de venir les aider à la manœuvre. Un jour que presque tous les matelots étaient dans la mâture, le canadièn saisit une hache et casse la tête aux deux hommes d'équipage qui se trouvaient en même temps que lui sur le pont; -Il court aussitôt délivrer son camarade; et tous deux, s'emparant des armes, se rendent maîtres du- navire qu'ils conduisent triomphalement au fort français.
D'Iberville passa l'hiver de 1688 à la Baied'Hudson, au milieu des Anglais. Un traité de paix venait d'être signé entre la France et l'Angleterre, et le héros canadien croyait pouvoir y vivre en paix, lorsqu'un jour, on vint l'informer que les Anglais méditaient contre lui quelque surprise; sans perdre un instant, bien qu’il ne fût accompagné que de quatorze hommes, d’Iberville leur: déclare la guerre et. les tue ou les prend tous dans le cours de l'hiver, et s'empare de leurs navires.
Mais un des ‘plus brillants exploits de d'Iberville fut, sans contredit, le combat naval qu'il livra dans la-Baie-d'Hudson avec un seul bâtiment,
le Péfican, contre trois vaisseaux anglais. - D'Iberville n'avait que 50 hommes disponibles, tandis qu'un seul des bâtiments anglais n'avait pas moins de 230 hommes d'équipage. ‘“On se canonna vivement pendant plus de trois heures, dit Laverdière. Alors, d’Iberville qui avait conservé le vent, arrive tout court sur les deux frégates et leur envoie plusieurs bordées de fort près, à dessein de les désemparer. Dans ce moment, le troisième, qui avait en batterie 26 canons sur chaque bord et 230 hommes d'équipage, l’approchait à vue d'œil. D'Iberville va à sa rencdhntre, tout son canon pointé à couler bas, fait dresser son navire et lui envoie sa bordée. Elle porta si juste que le vaisseau anglais fit tout au plus:sa longueur de chemin, et coula à l'instant. D'Iberville tourne de bord sur le champ, et fond sut celui des deux autres qui était le plus à portée d'entrer dans la rivière, lorsque le commandant : anglais baissa pavillon et se rendit. Le num adé sévads, et les brumss le firent perdre de vue.
Tels furent quelques uns des Anptolté de ce grand canadien qui, au témoignage des historiens français eux-mêmes, fut un des plus intrépides marins et un des plus habiles —. que la France ait eus.
En 1701: d'Iberville -fonda ta- dotétéhes ° il
De ty smon see + “à
mourut à la Havane, en juillet 1706, commandant le vaisseau / Juste.
Les incursions si fréquemment répétées des Iroquois, durant cette première période de notre histoire, donnèrent lieu à une foule de petits combats chevaleresques dans lesquels non-seulement les hommes, mais aussi les femmes, eurent occasion de se distinguer par leur bravoure et leur sang-froid.
“Le pays devenu depuis longtemps le théâtre d'irruptions sanglantes, dit Garneau, commençait
Là se couvrir, çà et là, d'ouvrages palissadés et
munis de canons: ces ouvrages renfermaient ordinairement l’église et le manoir seigneurial. A la première alarme toute la population courait s’y réfugier. Chaque village était prêt à combattre.
“ Les annales canadiennes ont conservé le souvenir de plusieurs défenses héroïques de ces petits forts contre lesquels vint toujours se briser le courage indicipliné des sauvages.”
“Les plus célèbres de ces défenses sont celles de Madame de Verchères en 1690, et celle de sa fille deux ans après. Surprises l'une et l’autre pendant qu'elles étaient seules ou presque seules, elles eurent, chaque fois, à peine le temps de fermer les portes du fort où elles se trouvaient.
Sans se déconcerter ni perdre courage, elles tirèrent le canon, prirent les fusils et s'en servirent avec tant d'adresse, en se multipliant et en se montrant successivement sur différent: points, que les barbares croyant le fort défendu par plus de monde, avaient fini, les deux fois, par se retirer après l'avoir tenu bloqué pendant plusieurs heures. La fréquence du danger avait aguerri la population : les femmes et les enfants se battaient comme les hommes. Dans un combat où un parti de sauvages s'était retranché dans une maison et se défendait avec désespoir, on vit des assaillants s’avancer jusqu'auprès des fenêtres et en arracher par la chevelure les sauvages qui se présentaient
pour tirer.”
Enfin, rien ne saurait vous donner une plus juste idée de l'état de la colonie et de la bravoure de ses habitants, durant le premier siècle de son existence, que l'extrait suivant du Cours d'Histoire de Ferland :
“ C'est bien à juste titre que les cinquante premières années qui ont suivi la fondation de Québec ont été. désignées comme les temps héroïques de la Nouvelle-France. Cette période, en.effet, présente des traits nombreux de dévouement religieux, de courage, de foi, de persévérance.
Le.méme esprit animait les simples laïcset: les religieux, des femmes faibles et délicates ‘aussi bien que les soldats ‘et les hardis explorateurs qui s'aventuraient au milieu des tribus sauvages. Que de nobles natures se sont développées parmi. les Français du Canada, dans la lutte entre la civili- ‘ sation, chrétienne et le naturalisme sauvage des aborigènes! Comment ne pas admirer ces jeunes gens, doués des plus beaux dons du cœur et de l'esprit, habiles à la chasse, adroits à conduire le léger canot d'écorce dans les passages les plus difficiles, devançant à. la, course les plus -agiles coureurs de la race rouge, infatigables dans les longues marches au milieu des forêts, accoutumés à combattre l'Iroquois avec la hache et le fusil, parlant les langues des sauvages aussi bien que les sauvages eux-mêmes, et, cependant, toujours prêts à mettre leurs belles qualités au service de la religion et de la patrie, et à sacrifier leur vie au milieu des plus horribles supplices pour la gloire de Dieu et l'honneur. du nom français? Des filles timides, élevées dans la paix et la solitude du cloître, renonçaient : au .silence. du couvent pour servir Dieu au milieu de pauvres colons et -de sauvages sales.et déguenillés ; de grandes dames habituées. à l'aisance, formées aux agréments de la plus haute société, se -ondamnaient ‘volontaire-
ment à’couler leurs jours dans un pays barbare et n'ofirant aucune des jouissances matérielles qu'elles avaient possédécs en France.”
Cependant, au milieu des difficultés de toute espèce, au milieu des combats de chaque jour, il y eut, durant cette époque, des héros d'un autre genre qui ne méritent pas moins le tribut de notre admiration : je veux parler de ces voyageurs hardis et entreprenants cui ne craignirent pas de s’aventurer jusqu'aux limites les plus reculées du continent américain, et qui s'illustrèrent par les explorations et les découvertes les plus importantes.
Souvent les missionnaires, et sartout les Jésuites, avaient précédé les voyageurs dans ces lointaines incursions, ce qui faisait dire à l’hisiorien américain Bancroft : l'histoire des travaux des missionnaires se rattache ‘à l’origine de toutes les villes célèbres de l'Amérique française ; pas un cap n’a été doublé, pas une rivière n’a été découverte sans qu'un jésuite en ait montré le chemin. Cependant, dit Garneau, les voyageurs, tantôt pour s'illustrer par de brillantes découvertes, tantôt pour s'enrichir par la traite des pelleteries, ont quelquefois frayé là route aux missionnaires. : Les plus célèbres sont Champlain lui-même, his vb Pr Lasalle et la Vérendrye. :
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Champlain, :le premier, avait découvert successivement la rivière. Richelieu et le lac Champlain» plus tard la rivière Outaouais, puis les lacs Huron et. Ontario, et, enfin, presque tout le pays qui forme aujourd’hui la province d'Ontario.
Du temps même de Champlain, le P. Dolbeau avait parcouru les montagnes pittoresques du Saguenay. En 1647 le P. de Quen découvrit le lac Saint-Jean. En 1646, le P. Druillettes se rendit depuis le fleuve Saint-Laurent jusqu'à la mer. par la rivière Chaudière et celle de Kennébec.
Mais de toutes ces explorations, celle qui exigea le plus de hardiesse, d'intrépidité, de persévérance ; celle, en même temps, qui a été la plus féconde en grands résultats de tous genres, a été la découverte du Mississipi.
‘#:Il paraît maintenant bien constaté, dit Laverdière, que le premier canadien qui ait découvert les Grandes Eaux du Mississipi est l'intrépide et aventureux Nicolet qui avait déjà couru tous les pays de l’ouest vers l'an 1639. Plus de trente années après (1673) M. Talon chargea un bourgeois de Québec nommé Jolliet, et le P. Marquette d'aller reconnaître si ces: Grandes Eaux dont parlaient les sauvages coulaient au sud vers le golfe ‘du : Mexique, ‘ou se. déchargeaient dans le
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grand océan Pacifique. Ces deux voyageurs avaiént suivi le cours du Mississipi jusqu'à l’Arkansas ; mais, éloignés de Québec de plus de neuf cents lieues, manquant de vivres et de munitions dans un pays dont ils ne connaissaient pas les habitants, ils s'étaient vus contraints de reprendre le chemin du Canada, n'ayant plus le moindre doute que le . fleuve ne se jetât dans le golfe du Mexique.”
Jolliet, mes enfants, était né à Québec et avait fait ses études au collége des Jésuites : c'est un
des grands hommes dont 1: Canadiens-Français ont le droit de s'enorgueillir.
Pour vous donner une idée des difficultés de l'entreprise, il me suffira de vous rapporter les paroles que les Pouteouatomis, nation sauvage de l'ouest, adressèrent au Père Marquette avant son départ de leurs villages : “ Ne savez-vous pas, lui dirent-ils, que ces nations éloignées n'épargnent jamais les. étrangers ; que les guerres infestent leurs frontières de hordes de pillards ; que la Grande-Rivière abonde en monstres qui dévorent
les hommes, et que les chaleurs excessives y causent la mort.”
Malgré ces funestes prédictions, les deux intrépides découvreurs se mirent en marche, accompagnés de cinq français et de deux guides
“sauvages. . Bientôt les deux guides, effrayés de -l'âudace de l'entreprise, revinrent sur leurs pas; les cinq français continuèrent leur route.
“Après huit jours de navigation, ils débouchèrent
tout-à-coup dans le grand fleuve ; on devine iquelle fut leur joie. “ Les deux canots, dit Ban- ‘éroft, ouvrirent alors leurs voiles sous un nouveau ciel, à de nouvelles brises ; ils descéndirént le ‘cours calme et majestueux du tributaire de J'océan; tantôt ils glissaient le long de larges ét: arides bancs de sable, refuge d'innombrables ‘oiseaux aquatiques; tantôt ils rasaient les îles qui ‘s'élèvent au milieu du fleuve et que couronnaient d'épais massifs de verdure; tantôt enfin ils fuyaient les vastes plaines de l'Illinois et de l'Iowa, couvettes de forêts magnifiques ou parsemées de bocages jetés au milieu de prairies sans bornes.
"Ils avaient fait ainsi soixante lieues, ajoute Garneau, sans rencontrér un seul homme, lorsqu'ils décoüvrirent sur la rive droite du fleuve, des ‘vestiges sut le’ sable, et un sentier à travers une bräirie, lequel les conduisit au bout de six milles à l'entrée d’une bourgade. . .. Jls s'arrêtèrent et ‘“ppelèrent à haute ivoix. Quatre vicillards parurent aussitôt, et vinrent au-devant d'eux avec le salhimet:;de'-paix;: “Nous sommes des - Illinois,
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ajoute rsqu'ils e, des rs une milles rent et “paru avec le Hinois,
dirent-ils, nous sommes des hommes, soyez: les
bienvenus parmi nous.” C'était la preraière fois que.le sol de l'Iowa était foulé par des.blancs.: :!
Après avoir dit adieu à ces sauvages, ils se remirent de nouveau en route, et se rendirent comme nous l':vons vu plus haut, -jusqu'à la rivière des Arkansas, En revenant, ils suivirent la rivière des Illinois :et atteignirent Chicago. “Ils venaient de découvrir, dit Garneau, le pays le plus riche du monde, un sol couvert:de vignes, de pommiers, de forêts. magnifiques, arrosé. par d'innombrables rivières et parsemé de. vertes prairies grouillantes de.bisons, de cerfs.et d'oiseaux de toutes sortes ; ils avaient découvert enfin-une contrée d'une fertilité prodigieuse, et qui exporte aujourd’hui une immense quantité de blé dont, une partie, depuis l'ouverture des canaux du. Saint- Laurent, passe par le Canada pour se répandre sur les marchés de l'Europe”
Le P. Marquette resta parmi. les sauvages de l'Illinois ; Jolliet revint. à Québec pour . rendre compte de sa mission. En descendant le. fleuve, il faillit se noyer dans. les rapides au-dessus: de Montréal, et perdit tous ses papiers qu'il à refit de
mémoire plus tard. .
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