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environs de Montréal. Ils furent battus et mis en déroute complète par M. de Varennes, après un combat d’une heure et demie.
En 1695 ils envahirent de nouveau la colonie ; une (de leurs bandes fut défaite près dé Boucherville par M. de la Durantaye, à la tête de quelques volontaires canadiens.
Enfin, en 1696, bien qu'âgé de 76 ans, M. de ‘Frontenac, à la tête de 2000 hommes, s'était mis lui-même en campagne, résolu d’aller humilier les Iroquois dans leurs propres cantons. Ces sauvages prévenus du danger qui les menaçait, s'étaient enfuis en toute hâte, de sorte que les Français durent se borner à incendier leurs bourgades et à ravager leur pays.
Durant sa longue carrière administrative, Frontenac s'était montré un habile homme de guerre et un grand homme d'état. Il avait pris la colonie affaiblie, presque ruinée ; il la laissa en paix et agrandie : de sorte qu'on a dit, et avec raison, que si Champlain a été le fondateur de la Nouvelle- France, Frontenac en a été le sauveur.
Cependant, il y a une ombre à ce tableau. En effet, M. de Frontenac était d’un caractère absolu, tranchant, cassant ; et l'histoire lui reproche, avec taison, de n'avoir pas eu assez de déférence pour
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l'autorité religieuse, dont l’illustre Laval était alors le digne représentant. Aussi, la fameuse querelle à.propos du débit des liqueurs enivrantes qui avait causé tant de mal au pays sous ses prédécesseurs, ne fit que de s’accroître et de s'envenimer durant sa longue administration.
Au moment de la mort de Frontenac, l’Angleterre et la ŒErance, et, par contre-coup, la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre, vivaient en paix, grâce au traité de Ryswick qui avait été signé en 1697.
M. de Callières fut appelé à succéder à M. de Frontenac. Ce fut sous l'administration de ce gouverneur qu’eut lieu ce grand traité de paix entre les Français et les nations aborigènes de l'Amérique septentrionale, qui est connu dans notre histoire sous le nom de Traité de 1701. Ce traité fut conclu à Montréal, et nos historiens nous ont conservé les détails de cette grande affaire.
Les députés des nombreuses tribus sauvages se trouvant en présence de M. de Callières, Kondiaronk, le chef des hurons, prit le premier la parole, au nom des sauvages alliés :
“ Notre père, dit-il, tu nous vois auprès de ta natte ; nous avons éprouvé bien des périls dans
ce long voyage. Les chûtes, les rapides, et mille autres obstacles ne nous ont point arrêtés, tant nous désirions te voir et nous assembler ici.
“ Nous avons trouvé beaucoup de nos frères morts le long du fleuve ;.... tous ces cadavres
rongés des oiseaux que nous trouvions à chaque
moment étaient une preuve convaincante que la maladie (la vetite vérole) était grande à Montréal. Cependant, nous avons fait de tous ces corps un
pont sur lequel nous avons marché avec courage.”
Les autres députés prirent ensuite, tour-à-tour, la parole, pour faire connaître leurs griefs, et poser leurs conditions. Enfin, les détails du traité ayant été acceptés de part et d'autre, M. de Callières résolut de clore les procédés par une séance solennelle qui fût de nature à frapper l'esprit de
ces barbares.
Une vaste enceinte de 120 pieds de long et de 72 de large, fut préparée exprès dans le voisinage de Montréal: un espace y était réservé pour les
dames.
1300 sauvages assistèrent à la cérémonie ; quelques-uns portaient des costumes tout-à-fait étranges. L'un d'eux, venu de l’ouest, avait pour coiffure la peau de la tête d’un jeune buffle
avec les cornes qui lui battaient sur les oreilles.
t Un autre s'était peint la face avec du vermillon, et, dans le dessein de se parer d’un costume français, s'était coiffé d'une vieille perruque pou-
+ drée. “ Comme il n'avait point de chapeau, dit
. Ferland, il souleva sa perruque pour saluer M. de
hi Callières, ct découvrit une des têtes les plus laides
ss de l'assemblée, Malgré la solennité de l’occasion,
à les assistants ne purent s'empêcher d'’éclater de
ca rire. ” |
Le contrat fut signé au nom des différentes ur, nations, par trente-huit députés. Les signatures gr des sauvages consistaient en signes particuliers ; ant pour les Onnontagués et les Tsonnontouans c'était Fes une araignée ; pour les Goyogouins, un calumet ;
ge pour les Onneyouts, une fourche avec une pierre de au milieu. Un ours représentait la signature des
Agniers, un castor celle des Hurons, un chevreuil de celle des Abénaquis, un lièvre celle des Outaouais. age
On apporta ensuite le grand calumet de paix.
les M. de Callières, le premier, en tira quelques bouffées, puis MM. de Champigny et de Vaudreuil, et enfin les Iroquois et les députés des sauvages alliés. Un Ze Deum solennel ayant clos la cérémonie, tout le monde prit part à un grand festin
préparé par les ordres du gouverneur: le menu
de ce festin consistait en trois bœufs qu’on avait fait bouillir dans de grandes chaudières.
Deux jours avant la signature du traité, Kondiaronk était mort. Ce grand capitaine sauvage que les Français appelaient Ze Rat, et qui leur avait donné, autrefois, tant de troubles et de diffcultés, avait contribué plus qu'aucun autre à mener à bonne fin ce grand événement. Il tomba malade à la première séance publique ; ce qui ne l'empêcha pas de prendre part à la discussion. On l'avait placé dans un fauteuil, au milieu de l’assemblée, afin que son discours pût être entendu de tout le monde.
“Il parla longtemps, dit l'historien Charlevoix, et, comme il était naturellement éloquent, et que personne n'eut peut-être jamais plus d'esprit que lui, il fut écouté avec une attention infinie. Il fit avec modestie, et tout ensemble avec dignité, le récit de tous les mouvements qu'il s'était donnés pour ménager une paix durable entre toutes les nations. Il expliqua la nécessité de cette paix, les avantages qui en reviendraient à tout le pays. ... Puis, se tournant vers M. de Callières, il le conjura de faire en sorte que personne n’eût à lui reprocher d’avoir abusé de la confiance qu’on avait en lui.
“Sa voix s’affaiblissant, il cessa de parler, et
reçut de toute l'assemblée des applaudissements auxquels il était trop accoutumé pour y être sensible, surtout dans l’état où il était; en effet, il n'ouvrait jamais la bouche dans les conseils sans en recevoir de pareils, de ceux mêmes qui ne l’aimaient pas. Il ne brillait pas moins dans les conversations particulières, et on prenait souvent plaisir à l’agacer pour entendre ses réparties qui étaient toujours vives, pleines de sel, et ordinairement sans réplique. Il était, en cela, le seul homme du Canada qui pût tenir tête au comte de Frontenac, lequel l’invitait souvent à sa table pour procurer cette satisfaction à ses officiers. ”
À la fin de son discours, Kondiaronk était tellement épuisé qu'on jugea à propos de le conduire à l’'Hôtel-Dieu de Montréal où il mourut la nuit suivante, muni de tous les secours de la religion. Il fut également regretté des Français et des Sauvages, et on lui fit des funérailles magnifiques, c'est-à-dire, avec tous les honneurs dûs à un capitaine, rang qu’il occupait dans l’armée du
Canada.
En tête du convoi on voyait M. de Saint-Ours suivi de 60 soldats. Venaient ensuite (Laverdière) quatre à quatre, seize guerriers hurons, vêtus de longues robes de castor, le visage peint en noir, et
le fusil sous le bras, Le clergé suivait, et six chefs de guërre portaient le cercuëil qui était couvert d'un poële semé de fleurs sur lequel il y avait un chapeau avec un plumet et un hausse-col et une épée. Les frères et les enfants du défunt étaient derrière, accompagnés de tous les chefs des nations, et le gouverneur de la ville, M. de Vaudreuil, qui menait madame l’intendante, fermait la marche.”
Sur sa tombe on grava ces mots: CI-GÎT LE RAT, CHEF HURON.
A la suite du grand traité de 1701 il y avait lieu d'espérer que la paix ne serait pas de sitôt troublée ; mais, malheureusement, la guerre qui éclata entre la France et l'Angleterre ne manqua pas, comme toujours, d'entraîner à sa suite les conséquences les plus désastreuses pour l'Amérique du -Nord.
M. de Callières mourut en 1703 et eut pour successeur M. de Vaudreuil. Ce fut sous l’administration de ce dernier gouverneur qu'eurent lieu les événements que je vais maintenant vous raconter.
Les Français commencèrent par remporter de nombreux avantages en Acadie et à Terreneuve ; et, entre autres faits d'armes éclatants, il ne faut pas. oublier les expéditions de Deerfield et de