AA
Haverhill, non plus que celles de M. de Subercase et de Saint-Ovide.
M. de Vaudreuil avait cru devoir lancer contre Boston une expédition composée de guerriers abénaquis et de quelques français. Ces guerriers portèrent la dévastation dans la Nouvelle-Angleterre. “Les sauvages, dit M. Bancroft, divisés par bandes, assaillirent avec les Français toutes les places fortifiées et toutes les habitations à la fois, n'épargnant, selon les paroles du fidèle chroniqueur, ni les cheveux blancs de la vieillesse, ni l’enfant sur le sein de sa mère. La cruauté devint un art, et les honneurs récompensèrent l’auteur des tortures les plus raffinées. Il semblait qu’à la porte de chaque maison un sauvage caché épiât sa proie. Que de personnes furent massacrées ou
trainées en captivité!.... La mort planait sur les frontières.”
Les colons de la Nouvelle-Angleterre, poussés à bout, prirent une éclatante revanche. Ils vinrent à leur tour attaquer les Abénaquis et massacrèrent,
sans pitié, tous ceux qui leur tombèrent sous la main.
Les Abénaquis s’adressèrent à M. de Vaudreuil pour en obtenir du secours : ce dernier leur envoya 350 hommes sous les ordres de Hertel de Rouville.
“Ce détachement, dit Garneau, prenant à:travers les bois à la raquette, traversa les Alléganys, et tomba, dans la dernière nuit de février, sur Deerfield, bourgade défendue par une palissade de vingt arpents de circuit. Dans cette enceinte se trouvaient plusieurs maisons entourées d'une ceinture de pieux. Il y avait quatre pieds de neige sur la terre, et le vent en avait amoncelé des bancs jusqu’à la hauteur des palissades; les assaillants, au moyen de leurs raquettes, entrèrent dans la place comme si elle n'avait été protégée par aucun obstacle. Les habitants furent pris ou tués, et la brigade livrée aux flammes. La plus grande partie des prisonniers furent emmenés au Canada, où, malgré le cruel mode de guerre qu'on suivait à cette époque, on accueillait toujours bien ces malheureux. Les enfants et les jeunes gens faits ainsi prisonniers, étaient tendrement traités par les Canadiens, et finissaient souvent par embrasser la religion catholique et par se fixer dans le pays. On accordait à ces Anglais, devenus Français, des lettres de naturalisation. Nos archives renferment de ces lettres qui contiennent des pages entières de noms.”
L'année suivante, une autre expédition organisée à Montréal et qui comptait une centaine de
canadiens, à part les sauvages, alla tomber sur Haverhill, à 4 ou 500 milles de Québec. Après, s'être agenouillés au pied des arbres, et avoir fait leur prière, ces guerriers s’élancèrent à l'attaque du fort qui fut enlevé la hache à la main. Tout fut saccagé. Deux jeunes officiers de mérite, Hertel de Chambly et Verchères, restèrent sur le champ de bataille.
.“ En peignant ces scènes de carnage, dit Garneau, n'oublions point les beaux traits de l'humanité, sacrifiée si souvent dans ces guerres cruelles. Parmi les prisonniers qu'on emmenait se trouvait la fille du principal habitant de Haverhill. Ne pouvant supporter les fatigues C’une si longue marche, elle aurait succombé sans un jeune volontaire de Québec nommé Dupuy, qui la porta une partie du chemin et conserva ainsi ses jours.”
Les Anglais ayant répété à Terreneuve les dégâts qu'ils avaient faits en Acadie, M. de Subercase fut chargé de leur infliger la punition qu'ils méritaient. A la tête de 450 hommes, canadiens et sauvages, il se mit en marche le 15 de février. Cette petite armée arriva devant Saint- Jean, vers le soir, après avoir beaucoup souffert du froid, ét avoir traversé pas moins de quatre rivières remplies de glaçons. “Quoiqu'il fit tou-
jours extrêmement froid, dit Garneau, il fut défendu de faire du feu, on campa dans un petit bois de sapins pour s'abriter un peu; les soldats mirent leurs souliers sous eux pour les faire dégeler par la chaleur de leurs corps. Le lendemain ils se présentèrent devant la ville qui se rendit sans coup férir,”
Après avoir brûlé Saint-Jean, les Canadiens et les Sauvages se répandirent sur la côte et la réduisirent en cendres.
Cependant, deux des forts qui protégeaient la ville de Saint-Jean avaient résisté aux attaques de Subercase et de sa troupe ; cinq ans plus tard, M.
de Saint-Ovide réussit à s'en emparer. Ces forts étaient défendus par 900 hommes et cinquante canons. M. de Saint-Ovide, à la tête de 169 canadiens et sauvages, se mit en route sur la neige
le 14 décembre 1708. Il arriva devant Saint-
Jean, après quinze jours de marche, c'est-à-dire,
dans la nuit du Ier janvier 1709. Dans l'espace
d'une demi-heure, ces 170 braves escaladèrent L les forts, et firent prisonniers les 900 anglais.
Peu de temps après, dans la baie de la Trinité,
eut lieu un fait d'armes d’une audace extraor-
dinaire. Un parti de guerre canadien aperçut dans cette baie une frégate de 30 pièces de canon,
1s et dui-
nt la es de d, M. forts ante
neige Saint-
“dire, space èrent
inité,
raor-
) erçut anoñn;,
défendus par cent trente hommes d'équipage.
Cette frégate était à l'ancre. Les Canadiens ne purent résister à la tentation de faire une aussi belle prise, et 75 d’entre eux, montés dans trois chaloupes, ne craignirent pas d'aller en faire l'abordage en plein jour ; ils réussirent à s'en emparer après avoir tué une partie de l'équipage, et avoir fait le reste prisonniers.
Tous ces glorieux faits d'armes, malheureusement, n’eurent pas grand résultat ; car, vû la petitesse de leur nombre, les Français étaient dans l'impossibilité de conserver leurs conquêtes.
Irrités à la vue de tous ces désastres, les Anglais jurèrent d’anéantir la Nouvelle-France, et mirent sur pied pas moins de 11,000 hommes, dont 6500 furent embarqués sur une flotte commandée par l'amiral Walker, avec ordre d'aller mettre le s'ége devant Québec ; les 4600 autres devaient se diriger sur Montréal.
Rendue dans le fleuve Saint-Laurent, vis-à-vis les Sept-Iles, la flotte anglaise fut tout-à-coup enveloppée dans une brume épaisse et assaillie par une tempête des plus violentes. Un pilote canadien, prisonnier des Anglais, du nom de Paradis, voulut leur donner quelques conseils sur la direction à prendre. Ils ne voulurent pas suivre
son avis, et huit de leurs vaisseaux allérent se mettre en pièces sur les écueils de l'Ile-aux-Œufs, pendant qu'un autre sautait par le tonnerre, Le lendemain matin, on comptait sur le rivage les corps de neuf cents de ces malheureux.
Le reste de la flotte rebroussa chemin et fit voile pour l'Angleterre. Pour comble de malheur, en entrant dans la Tamise, le vaisseau principal, de 70 canons, sauta avec tout son équipage.
Pendant ce temps, l'anxiété était grande à Québec ; et l’on se figure aisément avec quels transports de joie les habitants de la ville apprirent l'heureuse nouvelle de ce désastre qui les débarrassait, d’un seul coup, de l'ennemi redoutable qu'ils attendaient avec tant d’appréhensions.
Il y eut une assemblée des citoyens, à laquelle on décida de faire construire le portail de l’église de la basse-ville. Ce fut en l'honneur de ce mémorable événement que cette église, aujourd’hui en si grande vénération parmi nous, et rendez-vous journalier de tant de pieux pélérinages, reçut le nom de Motre-Dame des Victoires.
Va sans dire que le corps d'armée dirigé contre Montréal jugea prudent de retourner sur ses pas. | È
L'événement que je viens de raconter eut lieu en 1711. A partir de cette époque jusqu'à 1755 la Nouvelle-France, pendant encore quatorze ans, fut administrée par M. de Vaudreuil, qui eut pour successeurs les marquis de Beauharnois, de la Jonquière et Duquesne—Je vous renvoie à vos Histoires du Canada pour la relation des faits importants arrivés durant cette longue période.
Vous y verrez qu'en 1720 la population de Québec n'était que de 7000 âmes, celle de Montréal, de 3000 ; qu'en 1721, la population entière du Canada était de 25,000 habitants, en 1744, de 50,000; vous y apprendrez qu'en 1734 on put, pour la première fois, se rendre de Québec à Montréal en voiture. Ce fut alors, aussi, qu’eut lieu la découverte des Montagnes Rocheuses par de la Vérendrye, après douze années de voyages accompagnés de périls sans nombre. L’assassinat de Jumonville par les Anglais, alors que ce guerrier vavin cit vers eux avec un drapeau de parleineataire ; l’'éclatante vengeance que sut en tirer son frère de Villiers, qui, à la bataille du fort Nécessité, après huit heures de combat, força Washington à capituler ; plusieurs événements importants arrivés en Acadie ; une brillante expédition contre les sauvages appelés Malhomines ou Folles-
Avoines ; la mort de Mgr. de Saint-Valier : tels furent les faits remarquables qui signalèrent ce long intervalle. Comme le temps nous presse, j'arrive à cette grande époque de l’histoire du monde connue sous le nom de Guerre des sept ans ; époque qui a été si féconde en événements de tous genres, et qui devait sceller le sort du Canada. |
Pour la troisième ou la quatrième fois, à la suite de leurs nombreuses défaites et de leurs échecs multipliés, les Anglais, avec cette tenacité qui distingue le caractère de cette nation, résolurent de s'emparer du Canada. Pour cela, ils décidèrent de l’attaquer par quatre endroits différents : par l’Acadie, par le lac Champlain, par la vallée de l'Ohio, par la rivière Niagara.
En premier lieu, Monkton, à la tête de 3000 hommes, reçut l'ordre de faire la conquête de l'Acadie ; il commença par s'emparer de Beauséjour et de toutes les autres places fortifiées. Mais ce fut à l'endroit appelé Grand Pré que les Anglais commirent cet acte d’inique vengeance, de cruauté inouïe, que l’histoire a si souvent condamné et qu'elle ne saurait trop flétrir.
-Ferland raconte dans les termes suivants ce triste épisode de l’histoire de l’Acadie :
tels . ce :sse, du sept ents : du
à la leurs acité
réso-
a, ils diffé- Dar la
“ À Grand-Pré, Winslow, par une proclamation affichée, invitait les vieillards, les jeunes gens et jusqu'aux enfants mâles de dix ans, de se réunir dans l’église de ce lieu, le vendredi, cinq de sep tembre 1755, pour recevoir certaines communications qu'il avait à leur faire de la part du gouvernement. Plus de cinq cents hommes qui avaient répondu à cet appel furent renfermés dans l'église de Grand-Pré, où Winslow, environné de ses officiers, leur expliqua les intentions du gouvernement.
“ Il jeur annonça que le rôi leur enlevait leurs terres, leurs bestiaux et tout ce qu'ils possédaient. à l'exception de leurs meubles personnels et de leur argent ; que, de ce moment, ils demeuraient prisonniers sous la garde des troupes qu'il commandait. À Grand-Pré furent réunis, comme prisonniers, quate cent quatre-vingt-trois hommes et trois cent trente-sept femmes, tous chefs de famille ; le nombre de leurs enfants réunis avec eux pour prendre le chemin de l'exil, s'élevait à mille cent trois. Comme quelques-uns de ces malheureux habitants s'étaient réfugiés dans les forêts, on employa tous les moyens pour les forcer à venir se mettre à la discrétion des anglo-américains ; on ravagea tout le pays environnant pour les empêcher de subsister. Dans le seul district
des mines deux cent cinquante-cinq maisons furent détruites, et un nombre proportionné de granges, d'étables et d’autres bâtiments. ...
“ Les Acadiens prisonniers souffrirent avec
résignation l’emprisonnement et les maux dont il était accompagné. Le départ devait avoir lieu le dix de septembre ; les navires étaient prêts ; les prisonniers avaient été rangés en ordre; cent soixante jeunes gens reçurent l’ordre de s’avancer vers les navires. Ils déclarèrent qu'ils étaient prêts à s'embarquer, mais qu'ils ne voulaient pas être séparés de leurs pareñts. Sur un ordre de l'officier supérieur, les soldats anglo-américains chargèrent à la baïonnette cette troupe de jeunes gens désarmés, et les forcèrent de s’avancer vers les navires. Des mères se précipitaient vers le sentier que suivaient les malheureux prisonniers afin de leur dire un dernier adieu ; repoussées par les soldats, elles s'agenouillaient sur le rivage pour demander à Dieu de protéger leurs enfants qui cherchaient à s’encourager en chantant des cantiques.
“ Les hommes plus âgés furent ensuite conduits aux navires de la même manière. Ainsi fut embarquée toute la population mâle du district des mines sur cinq navires. ... Peu après arri-
vèrent d'autres navires sur lesquels les femmes et les enfants furent placés et conduits dans les colonies américaines. ... Plus de sept mille acadiens avaient ainsi été dépouillés de leurs biens
et chassés de leur pays en cette occasion. ...
“ À peine les troupes anglo-américaines se furent-elles acquittées de la pénible exécution qui leur avait été confiée, que les soldats furent frappés de l'horreur de la situation.
“ Placés au milieu de riches campagnes, ils se trouvaient néanmoins dans une profonde solitude. Les volumes de fumée qui s’élevaient au-dessus des maisons incendiées, marquaient les lieux où, quelques jours auparavant, demeuraient des familles heureuses ; les animaux des fermes s’assemblaient, inquiets, autour des ruines fumantes, comme s'ils eussent espéré de voir revenir leurs maîtres ; pendant les longues nuits les chiens de garde hurlaient sur ces scènes de désolation ; leurs voix plaintives semblaient rappeler leurs anciens protecteurs et les toits sous lesquels ils avaient coutume de
s'abriter. ....
Pendant que les Anglais chassaient ainsi les Français de la Nouvelle-Ecosse, le général Braddock, à la tête de 2200 hommes, se dirigeait contre
! ! L: ! \ À le fort Duquesne, dont la défense était confiée à M.
de Contrecœur. Braddock s'était vanté d'emporter ce fort en trois ou quatre jours ; grand fut son désappointement lorsque, sur son chemin, il fit rencontre de M. de Beaujeu, à la tête de 870 hommes, dont 220 français et 650 sauvages.
Les 2200 anglais venaient de traverser à gué la rivière Monongahéla, et s'étaient engagés dans un sentier de chasse, lorsque, vers midi et demi, ils se trouvérent face-à-face avec les 900 français et sauvages ; les Français avaient, pour la circonstance, revêtu le même costume que les sauvages, leurs alliés.
Ces derniers ne purent s'empêcher de contempler avec admiration ces troupes européennes qu'ils n'avaient encore jamais vues, et qui, avec leurs vêtements écarlates et leurs baïonnettes étincelantes, défilaient à travers le bois. Les Anglais, de leur côté, ne comprirent pas trop à qui ils avaient affaire, en voyant leurs ennemis tous revêtus du même costume sauvage.
De Beaujeu, le fusil à la main, était à la tête de ses hommes.
Les deux armées se considérèrent un. instant l'une l’autre: puis les. fusils s’abaissèrent, et les balles commencèrent à pleuvoir des deux côtés.
Le feu des Français eut un effet terrible sur les Anglais qui se tenaient en colonnes serrées comme s'ils eussent été sur un champ de parade. Les Français et les Canadiens, au contraire, fidèles à leur vieille coutume, eurent le soin de s'éparpiller et de se tenir à distance les uns des autres, de sotte que les balles anglaises furent en grande partie perdues. Ce que voyant, Braddock fit avancer quelques pièces de canon ; à la troisième décharge le brave de Beaujeu était tué.
Le commandement échut à son second, M.
Dumas, et la fusillade recommença avec une nouvelle vigueur. Les Anglais, toujours en masses compactes, étaient décimés ; des rangs entiers de leurs soldats tombaient à chaque décharge ; cependant, ils résistaient toujours avec opiniâtreté. Enfin, le désordre se mit dans leurs rangs, et ils prirent la fuite. Les Français et les sauvages les poursuivirent vivement, en tuèrent un grand nombre à coup de fusil et à coup de hache, et jetérent les autres dans la rivière. 1300 anglais—c'est-à-dire plus de la moitié de l’armée de Braddock—restèrent sur le champ de bataille.
Cette glorieuse affaire, qui ne coûta à l’armée française que quarante hommes, est connue dans notre histoire, sous le nom de bataille de la
Ah —
Monongahéla, nom que les Canadie: 4 temps ont travesti en celui de Malengueulé.
Ce fut à la suite de cette bataille que Washington, colonel dans l’armée de Braddock, écrivit cette fameuse lettre qui commence par ces mots : “ Nous avons été battus, honteusement battus par
une poignée de Français, etc.....
Quelques mois plus tard, les Anglais voulant prendre leur revanche, et effacer la honte de la Monongahéla, résolurent d'attaquer le fort Frédéric. Leur armée était composée de 5000 hommes.
Le baron Dieskau, nouvellement arrivé de France, n'écoutant que son ardeur, marcha à leur rencontre avec 1 500 hommes seulement. Les Français furent battus, après avoir fait des prodiges de bravoure et avoir perdu sept à huit cents des leürs.
“En vérité,” écrivait plus tard un officier anglais, “ c'étaient des soldats braves et tous gens d'élite. qui semblaient ne point faire attention au feu continuel que nous faisions sur eux. L'action dura au moins six heures, pendant lesquelles il n’y eut guère d’intervalles entre les décharges. ”
Pendant l'attaque, Dieskau s'étant trop exposé au feu de l'ennemi, reçut quatre coups de fusil. Transporté avec grande difficulté derrière. un
ps
arbre, il fut enfin reconnu par les Anglais qui l'amenèrent à leur camp. De là, ils l'envoyèrent à New-York, puis en Angleterre.
Chose digne de remarque, la défaite de Braddock à la Monongahéla, et celle de Dieskau au fort Frédéric ont été dues à la même cause. Ces deux généraux, nouvellement ‘arrivés de l'Europe, et habitués aux batailles en rase campagne comme elles se pratiquaient sur le continent européen, n'avaient aucune idée de la guerre des bois et des sauvages telle qu’elle se pratiquait en Amérique.