‹ Histoire populaire du Canada ou Entretiens de Madame Genest à ses petits-enfants [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 43 · PREMIER ENTRETIEN · texte numérisé non relu

PREMIER ENTRETIEN

Il était sept heures et demie du soir. Madame Genest, assise sur la galerie de sa maison de campagne, se laissait aller, avec cette nonchalance habituelle aux vieillards, aux mouvements cadencés de sa vieille berceuse ; autour d'elle étaient groupés une nuée de ses petits enfants.

Une légère brise de vent d'ouest versait par rafales sur la galerie la douce odeur des marguerites nouvellement fauchées ; ce léger parfum,

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combiné aux senteurs plus âcres des roses simples, des roses doubles, des œillets et des mignonnettes du jardin, filtrait comme un nuage embaur : à travers les feuilles des bouleaux, des frênes, des saules et des merisiers qui ombrageaient le parterre,

La pleine lune se levait derrière les montagnes du sud ; et deux rossignols, perchés sur les merisiers plantés aux coins de la barrière d'entrée, se renvoyaient l’un à l’autre, comme dans le chant d'un psaume, les inimitables accents de leurs mélodieux versets.

__ La mer était toute fine haut:, calme comme de l'huile. ...si calme qu'elle n’a pas dû, ce soir-là, effacer’ les empreintes des nombreuses petites pistes laissées sur le sable fin de la grève par les allées et venues des petits enfants de madame Genest.

A la vue de ce ravissant spectacle, dont une riche nature faisait seule tous les frais, tout le monde était plongé dans une muette admiration, lorsque madame Genest, rompant tout-à-coup le silence, s'exprima en ces termes : ,

Mes chers enfants, vous avez vu aujourd’hui une foule de bateaux à vapeur monter ou descendre le beau fleuve Saint-Laurent, tout près de terre, dans les roches, comme on dit en cette paroisse ;

et pas moins de cinquante bâtiments, voiles toutes

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