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hautes et déproyées, ont passé devant la maison dans le cours de la journée. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.
Il y a de cela deux cent cinquante ans et plus, l'endroit où nous veillons en ce moment était toutà-fait sauvage et inculte. -Cette belle grève où vous aimez tant à courir, à bâtir de petits fours de sable, à construr. ‘e petits magasins, à allumer de grands feux le soir, surtout quand le temps est bien noir.... cette belle grève était alors tout ombragée de grands arbres dont le frêne du jardin, haut de soixante pieds, peut vous donner une idée,
Dans ce temps-là, on ne voyait en ces lieux que des bêtes sauvages ; et Champlain, le fondateur de Québec, énumère parmi les principales, les élans, les loutres, les castors, les ours et les cerfs. Sur nos grèves voltigeaient une foule de gibiers tels que canards, sarcelles, bécassines, oies sau-: vages, outardes, et des alouettes en quantités innombrables, (Ces oiseaux de tous genres fai. saic it les délices des chasseurs de ces temps éloi-
gnés, c’est-à-dire, des Hurons, des Algonquins, des Montagnais et d’autres sauvages, qui étaient alors les seuls habitants de ce pays.
Sur l'eau pas un seul bâtiment ; mais, de temps
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à autre, on voyait passer quelques frêles canots
d'écorce montés par des sauvages vêtus des costumes les plus bizarres.
Souvent encore, dans mes longues rêveries, j'aime à me représenter ces légères embarcations abordant dans quelques-unes des anses de notre belle plage, dans celle, surtout, où vous aimez tant à vous baisner, à cause du sable fin qui la tapisse. Il me semble voir les sauvages tirer leurs canots sur la grève, aller dans la forêt, à dix pas du fleuve, pour y couper, à l’aide de leurs haches de pierre, les grosses branches de frêne qui doivent servir d’appuis à leurs tentes. Je crois voir les femmes courir en toute hâte à la lisière du bois, pour y dépouiller les bouleaux de ces écorces flexibles avec lesquelles elles se hâtent de recouvrir cette primitive charpente, pendant que les enfants enlèvent aux pins et aux sapins ces verts rameaux qui doivent joncher le sable de la tente, et leur servir, à la fois, de siéges et de lits.
À l’aide de deux cailloux choqués l’un contre l'autre, ou de deux bois frottés avec vigueur, la sauvagesse ne tardait pas à faire jaillir une étincelle qui, bientôt, communiquée à un tas de branches sèches, se changeait en un brasier, ardent dont la flamme servait à rôtir quelques-uns’de ces
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beaux poissons, si abondants alors dans le fleuve, mais devenus trop rares aujourd’hui.
Tel était, mes enfants, l’état de ce beau pays du Canada, avant que vos ancêtres soient venus l'habiter au prix de sacrifices sans nombre, bien souvent même aux dépens de leur sang et de leur vie.
Le premier européen, qui a remonté le fleuve Saint-Laurent jusqu'à Québec et Montréal, a été un célèbre navigateur de Saint-Malo, du nom de Jacques Cartier.
Jacques Cartier n'a pas fait moins de trois
voyages au Canada. ! Au premier de ces voyages, qui eut lieu en 1534, il ne se rendit que jusqu’à la Pointe-des-Monts, après avoir séjourné quelque temps à la baie de Gaspé, dont le nom sauvage était Æonguedo.
Dans cette baïe eut lieu un incident remarquable, que Cartier raconte, à peu près, dans les termes suivants :
“ Le vingt-quatrième jour du dit mois, nous fimes faire une croix de trente pieds de haut, sous le croisillon de laquelle nous mîmes un écusson à trois fleurs de lys, et au-dessus l’écriteau suivant en bois, et en grosses lettres : VIVE LE ROI DE FRANCE !! Nous plantâmes cette croix sur la
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pointe du hâvre, en présence des sauvages. Après qu'elle fut élevée en l’air, nous nous mîmes tous à genoux, les mains jointes, en l’adorant devant eux, et nous leur fimes signe, en regardant et leur montrant le ciel, que par elle était notre rédemption, Etant retournés à nos navires, le chef de ces sauvages, vêtu d’une vieille peau d'ours noir, vint nous rejoindre dans une barque avec trois de ses fils et
son frère.... Il nous fit une grande harangue,
nous montrant la dite croix et faisant le signe de la croix avec deux doigts. Puis il nous montrait la terre tout autour de nous, comme s’il eût voulu dire que toute cette terre était à lui et que nous ne devions pas planter cette croix sans sa permission.”
Mais Cartier trouva bientôt moyen de calmer les appréhensions du vieux chef. Il le fit monter dans son navire, le fit boire et manger, lui donna quelques légers présents, et fit tant et si bien qu'il oBtint de lui la permission d'emmener en France ses deux fils, dont les noms étaient Domagaya et Taignoagny.
Quelques jours plus tard, Cartier, avec ses deux vaisseaux, quittait la baie de Gaspé et remontait le fleuve jusqu'à la Pointe-des-Monts. Rendu là, sur l'avis de ses compagnons de voyage, il rebroussa chemin et retourna en France,
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L'année suivante (1535), par les ordres de:
François Ier, (Cartier entreprit son deuxième voyage, dans le dessein de reconnaître et d’explorer ce grand pays qu'il venait de découvrir.
En ordonnant cette deuxième expédition, François Ier avait surtout un objet en vue: faire pénétrer les lumières de l'Evangile parmi les peuplades sauvages de l'Amérique du Nord, et les convertir au catholicisme.
Voici en quels termes Cartier raconte son départ de Saint-Malo : R
“ Le dimanche, jour et fête de la Pentecôte, seizième jour de mai, en l’an mil cinq cent trentecinq, d’après le commandement du capitaine (Cartier), et avec le bon vouloir de tous, chacun se confessa, et nous reçumes tous ensemble notre créateur en l'église cathédrale de Saint-Malo, Après cela, nous fûmes nous présenter au chœur de la dite église devant le révérend père en Dieu, monsieur de Saint-Malo (l'évêque), lequel, en son état épiscopal, nous donna sa bénédiction.
‘“ Le mercredi suivant, le dix-neuvième jour de mai, le vent devint bon et convenable, et nous appareïillâmes avec trois navires, à savoir: la grande /7ermine, du port d'environ cent vingt tonneaux, à bord de ‘laquelle prit passage le