‹ Histoire populaire du Canada ou Entretiens de Madame Genest à ses petits-enfants [microforme] (volume 2)Chapitre 8 sur 43 · EL · texte numérisé non relu

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vingtaine de pas en avant d'elle, et à une trentaine des ennemis.

“Ce fut alors qu'ils m'aperçurent pour la première fois. Ils s'arrétèrent pour me contempler ; j'en fis autant. L'instant d'apres, les voyant faire leurs apprêts pour tirer sur nous, j'ajustai mon arquebuse, et visai droit à un des trois chefs. Ce

premier coup tua le chef, un de ses compagnons, et en blessa un troisième qui mourut peu de temps après. J'avais mis, dit Champlain, quatre balles dans mon arquebuse. |

“Voyant ce bon coup, les nôtres jetèrent de grands cris, et les flèches commencèrent à pleuvoir des deux côtés.

“Comme je rechargeais mon arquebuse, l’un de mes compagnons, caché dans le bois, tira un coup» et tua un autre chef. Dès lors les Iroquois perdirent courage et se mirent à fuir. Nous les poursuivimes quelque temps, en tuâmes plusieurs, et fimes dix ou douze prisonniers.”

Le retour de cette campagne fut signalé par un incident que Champlain décrit de la manière suivante :

“ Après avoir fait une marche d'environ huit lieues, les nôtres prirent sur le soir un des prisonniers iroquois à qui ils firent une harangue, lui

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reprochant les cruautés que lui et les siens avaient exercées à leur égard. Ils l’avertirent qu’en conséquence, il devait s'attendre à en recevoir. autant, et lui commandèrent de chanter pour montrer son courage ; ce qu'il fit, mais d’une façon bien triste à entendre.

“Ils allumèrent un feu ; et quand il fut bien enflammé, chacun d'eux, prenant un tison venait l'appliquer sur la peau de ce pauvre misérable, per: à peu, pour lui faire souffrir plus de tourments. Ils le laissaient en repos de temps en temps, et ensuite lui jetaient de l'eau sur le dos. Ils lui arrachèrent les ongles, et lui mirent du feu sur les extrémités des doigts. Ils lui écorchèrent le haut de la tête, et sur la plaie toute ensanglantée ils firent couler, goutte à goutte, une certaine gomme toute chaude. Enfin, ils lui percèrent les bras près des poignets, passèrent des bois dans les chairs trouées, et en arrachèrent les nerfs en les tirant avec force. Quand ils ne pouvaient réussir à les

arracher, ils les coupaient.

“Ce pauvre misérable jetait des cris étranges, et il me faisait pitié de le voir traité de cette façon ; cependant, il montra une telle constance que, parfois, on eût dit qu'il ne sentait presque point de mal Ils me sollicitaient fort de prendre du feu et

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de faire comme eux. Je leur fis des remontrances sur leur cruauté, leur disant que nous n'en agissions pas ainsi avec nos ennemis, et que, s'ils y consentaient, je mettrais fin à ses souffrances en le tuant d'un coup d'arquebuse. Ils refusèrent, alléguant qu'il ne sentirait point de mal. Je m'en allai d'avec cux, fâché de voir autant de cruautés exercées sur le corps de ce pauvre malheureux. Voyant que je paraissais irrité, ils me rappelèrent et me dirent qu'ils consentaient à ce que je lui tirasse un coup d’arquebuse : ce que je fis.”

Après la mort de cet infortuné, les barbares n'étaient pas encore satisfaits, mais se livrèrent sur son cadavre à une foule d’ignominies. Ils lui ouvrirent le ventre, et en retirèrent les entrailles qu'ils jetèrent dans le lac. Ils lui coupèrent la tête, les bras et les jambes, réservant la chevelure qu'ils eurent soin de scalper, c’est-à-dire, d'enlever, et de conserver comme un trophée. Mais, chose horrible à voir et à dire! ils enlevèrent le cœur qu'ils cou-

pèrent par morceaux, et voulurent obliger à en manger un de ses frères d’abord, et ensuite plusieurs de ses compagnons faits prisonniers en même temps que lui. Ces malheureux furent forcés de recevoir dans leur bouche ces morceaux de chair humaine, mais ne voulurent pas les avaler ; quel-

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ques algonquins, plus humains que les autres, les leur firent cracher et les jetèrent dans le lac.

Ce premier combat fut suivi, plus tard, de deux autres auxquels Champlain se crut encore obligé de prendre part. Au dernier de ces engagements, Champlain et ses sauvages alliés furent forcés de retraiter. Les Iroquois, peuple brave et guerrier, s'étaient familiarisés avec le bruit et les effets des armes à feu, et offrirent la plus énergique résistance. Au dernier de ces combats, Champlain recut deux blessures qui l’obligèrent à passer l'hiver dans le pays des Hurons.

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