‹ Histoire populaire du Canada, ou, Entretiens de madame Genest à ses petits-enfants [microforme]Chapitre 21 sur 22 · TT TE PRET DERNIERE RENE RENTRER RRRNANENRNNE · texte numérisé non relu

TT TE PRET DERNIERE RENE RENTRER RRRNANENRNNE

gouvernement représentatif ; il en fit un instrument de régénération nationale.

Le ministère Lafontaine-Baldwin fit voter de nombreuses et importantes mesures; son activité se porta sur tous les domaines d'intérêt public. Grâce à lui, l'instruction se répand, la colonisation progresse, l'immigration est encouragée, le commerce, l'agriculture, l'industrie s'affermissent, la justice est mieux administrée, l'indépendance des députés est reccinue et garantie par les lois.

Cette politique progres: ve et bienfaisante, conduite par un Canadien français, atténuait de jour en jour les animosités de race, et disposait favorablement le Haut-Canada envers la population française du Saint-Laurent. Les droits de la langue française même s'aflirmaient de plus en plus dans les débats de la Chambre et dans les affaires publiques, bien que l'Union continuât d'en méconnaître la légalité de l'usage dans les débats parlementaires et dans les rapports officiels du gouvernement. De leur côté, Lafontaine et les députés canadiens, étaient bien décidés d'obtenir la radiation de cette clause inique de la constitution de 1840.

«La question de la langue française, dit Joseph Royal, n'avait cessé un seul instant d'occuper l'esprit des députés canadiens depuis la proclamation de l'acte d'Union. C'était une flétrissure nationale, que tous, dans leur âme, avaient juré de faire disparaître de la nouvelle Constitution. De temps à autre, à propos de élection de l'Orateur, au sujet d’un discours prononcé en français, sur la demande de faire traduire une proposition déposée devant la Chambre, une altercation s'élevait, brève, orageuse, violente entre quelques-uns de nos représentants et leur collègues anglais. Cependant l'opposition, de brutale qu’elle s'était montrée tout d'abord, avait fini par mollir ; sauf un petit nombre de fanatiques, la Chambre s'accoutumait au français. La traduction des lois se faisait régulièrement par des fonctionnaires nommés par le gouvernement ; on en était presque venu à exiger de l’Orateur la connaissance des deux langues, et il n'était pas rare maintenant de voir, au beau milieu d’un discours ou d’une discussion anglaise, se lever un homme du Bas- Canada qui éveillait tout à coup la curiosité par des observations présentées dans une langue pleine d'harmonie,

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mais étrangère à ia plupart. On écoutait pendant un instant : les délicats applaudissaient la musique après que le virtuose avait repris son siège et le débat reprenait lourd, monotone, ennuyant, juste à l'endroit où la première phrase française l'avait arrêté ».

A chacune des sessions, les droits méconnus de la langue française suscitèrent d'opiniâtres et infatigables dé fenseurs. «M. Chauveau fut, sans s’en douter peut-être, un des principaux apôtres du changement. Jeune, lettré, éloquent, de bonne tournure, ses discours aptivèrent l'Assemblée du premier coup. De telle sorte que lorsque le chef du parti canadien demanda la restauration de cette langue au rang de langue officielle, les plus gros préjugés se trouvaient déjà plus qu'à moitié fondus, et la majorité anglaise ne fit pas trop mauvais accueil à la proposition ».

C'est en 1845 que D. B. Papineau proposa de rétablir l'usage officiel du français au Canada. Le projet de loi reçut l'assentissement général de la Chambre. Anglais et Français votèrent à l'unanimité la mesure accordant des droits égaux aux deux langues qui, plus tard, faisaient du Canada une Confédération anglo-française.

Cependant le parlement britannique ne se rendit que tardivement aux vœux des Canadiens. Il fallut attendre trois ans encore avant d'obtenir de la métropole cet acte de justice et la consécration de cette liberté. Lord Elgin contribua plus que tout autre à préparer ce résultat si longtemps attendu. IL fut le premier gouverneurgénéral qui, sous l'Union, prononça dans les deux langues française et anglaise, le discours d'ouverture du parlement. Transporté de joie, le vieux patriote D. B. Viger s’écria : «Que je me sens soulagé d'entendre prononcer le discours du trône dans la langue de mes pères ».

Lord Elgin, en ouvrant la session de 1819, annonça le rétablissement définitif et ofliciel de l'usage du français dans les débats parlementaires. Grâce à la tenacité éclairée de nos hemmes d'État et du peuple, une liberté nouvells était inscrite dans la constitution canadienne à la suite de tant d'autres acquises pendant l'administration de Lafontaine. Conquête toute canadienne-française qui arrachait notre nationalité à l'anglification et qui ouvrait, en Canada, un avenir plein de promesses à la vieille langue de la France.

En 1867, les provinces de l'Amérique britannique du Nord formaient une confédération, dont la constitution était, en grande partie, l'œuvre de l'un des nôtres, Georges- Étienne Cartier. L'usage du français, au parlement et dans les affaires publiques, était officiellement reconnu, à l'égal de l'anglais, dans toute l'étendue du Canada qui devint, de ce fait, une confédération anglo-française.

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