HISTOIRE POPULAIRE DU CANA A
néanmoins, ils n'ont rien que d'extravagant et de ridicule, quand il s'agit ou de dogmes de religion, ou de règles de mœurs. Chez les huit ou dix nations dans le bas du fleuve, l'on entrevoit, à travers leur aveuglement, quelques sentiments confus de divinité. Les uns reconnaissent le soleil, d'autres, un génie qui domine en l'air; quelques-uns regardent le ciel comme une divinité, d’autres, un manitou bon et mauvais. Les nations du haut du fleuve paraissent voir un esprit universel qui domine partout. Ils s'imaginent qu'il y a un esprit dans chaque chose, même dans celles qui sont inanimées, et ils s'adressent quelquefois à lui pour le conjurer. Les songes leur tiennent lieu de prophéties, d'inspiration, de lois, de commandements et de règle, dans leurs entreprises de guerre, de paix, de traite, de pêche, de chasse.
» S'il y a quelqve saut difficile à passer, quelque péril à éviter, ils jetteront dans l'endroit même une robe de castor, du petun (tabac) pour se concilier la bienveillance de l'esprit qui y préside.
» Ils croient communément à une espèce de création du monde, disant que le ciel, la terre et les hommes ont été faits par une femme qui gouverne le monde avec son fils ; que ce fils est le principe de toutes choses bonnes, et que cette femme est le principe de tout le mai; qu’elle est tombée du ciel, et fut reçue sur le dos d'une tortue qui la sauva du naufrage.
» Ils font profession de croire l'immortalité de l’âme et une vie future, où on trouve mêine une chasse et une pêche abondantes, du blé-d’Inde et du petun. Ils croient que l'âme n'abandonne pas le corps aussitôt après la mort ; c’est pourquoi, on enterre avec le corps, arc, flèche, blé-d’Inde, viande et sagamité pour le nourrir en attendant. Ils supposent que les hommes, après la mort, chassent les âmes des castors, élans, renards, outardes, loups-marins, et que l'âme des raquettes leur sert à se tirer des neiges. Ils s'imaginent que les âmes se promènent dans les villages durant un temps, et qu’elles participent à leurs festins et régals dont ils laissent toujours leur portion.
» Ces pauvres aveugles professent, de même, une infinité d’autres superstitions.. Ils ont une manie de ne pas profaner certains os d'élans, de castors et d’autres
Anti
sd
êtes, ni de les faire manger à leurs chiens ; mais on les conserve précieusement ou on les jette dans le fleuve. Ils prétendent que les âmes de ces animaux viennent voir de quelle manière on traite leurs corps, et en vont donner avis aux bêtes vivantes et à celles qui sont mortes, de sorte qu'elles ne voudront plus se laisser prendre, ni dans ce monde-ci, ni dans l’autre.
» Si on les presse sur nos mystères, ils écoutent cela avec autant d'’indifférence que s'ils racontaient leurs chimères. De là vient que communément ils ne se soucient pas d’être instruits. On leur append leurs prières, et ils les récitent comme des chansons, sans aucun discernement de foi ».
Le bon père terminait sa lettre en émettant l'espoir qu'après les avoir fixés au sol, en leur enseignant à défricher et à cultiver la terre, il serait plus facile ensuite de les civiliser et de les convertir. «Mais, dit Ferland, il fut toujours impossible d'établir parmi eux l’agriculture, avec son travail assidu, avec ses instruments de labourage, avec ses habitudes d'ordre, d'économie et d’assiduité. Les femmes sauvages consentaient à cultiver quelques petits champs de blé-d’Inde et de fèves ; mais il ne fallait pas songer à en obtenir davantage. Quant aux hommes, ils dédaignaient ce travail, et le regardaient comme étant au-dessous de leur dignité. Apportant, en venant au monde, l'instinct de l'indépendance, accoutumé dès son enfance à poursuivre au milieu des bois l’ozr , l’orig-al, le chevreuil, à faire glisser son léger canot sur les eaux des lacs et des rivières, à transporter sa demeure d'un lieu à un autre, suivant le caprice du moment, comment le sauvage aurait-il pu demeurer courbé sur la glèbe, retournant un pénible sillon, et parcourant sans cesse l'étroite enceinte du même champ ?.… Bien des fois, dans la vue de les former pour le saint ministère, on a essayé de faire faire un cours d'études à de jeunes sauvages doués d’heureuses dispositions, et jamais l'on a réussi. A peine avaient-ils subi une ou deux années de captivité au collège que, poussés par un mouvement irrésistible, ils jetaient bas les habits de l'étudiant, endossaient le capot du chasseur, et s’élancaient, ivres de joie, vers les sentiers de la forêt ».
D'après ce qui précède, on comprend quelle devait être 3 604 8
la joie des pauvres missionnaires, lorsqu'après des mois et des années d'absence, il leur était enfin donné d'aborder à Montréal, aux Trois-Rivières ou à Québec. La Relation de 1636 nous a conservé un petit tableau qui nous donne une idée de la réception qu'on leur faisait ; il s’agit de l'arrivée du Père Daniel aux Trois-Rivières :
«Les Français les reçurent au rivage; tous les cœurs furent attendris à la vue du Père Daniel. Il avait la face gaie et joyeuse, mais toute défaite ; il était piedsnus, l’aviron à la main, couvert d’une méchante soutane, son bréviaire pendu au cou, sa chemise pourrie sur son dos ;… ce lui était assez d'avoir baptisé un pauvre misérable qu’on menait à la mort, pour adoucir tous ses travaux ».
En 1617 arriva Louis Hébert, qui a été le premier chef de famille de Québec, et, conséquernment, le premier citoyen du Canada. En effet, avant Hébert, les émigrants français n'avaient guère été que des oiseaux de passage venus dans la colonie pour s'y livrer à la traite des pelleteries, et bien résolus de retourner en France aussitôt après v avoir fait fortune. Hébert, au contraire, vint à Québec, accompagné de sa femme et de ses trois enfants, avec l'intention de s'y fixer d'une manière permanente. Les noms de ses enfants étaient : Anne, Guillemette, et Guillaume. Anne se maria, peu après son arrivée, à un nommé Étienne Jonquest ; ce fut le premier mariage célébré au Canada. Guillemette épousa, en 1621, Guillaume Couillard, dont la postérité devint si nombreuse qu’en 1691 elle comptait plus de deux cent cinquante personnes, et plus de neuf cents qui lui étaient alliées.
Hébert, apothicaire de profession, avait un goût prononcé pour l’agriculture. Aussi, à peine avait-il mis pied à terre, qu'il se mit bravement à l'œuvre, et commença à défricher les dix arpents de forêt qui lui avaient été concédés à la haute-ville de Québec. Ce terrain était situé sur les remparts.
Hébert mourut, à la suite d'une chûte, le 25 janvier 1627. «Ça été, dit Champlain, le premier chef de famille résidant au pays qui vivait de ce qu'il cultivait ». Ferland le proclame, et avec raison, comme étant l’homme qui, après Champlain, a pris la plus grande part à
l'établissement de Québec et à l'avancement de la Nouvelle-France.
Le P. Sagard nous a conservé les détails qui suivent sur les derniers instants du premier citoyen de Québec.
« Dieu voulant retirer à soi ce bon personnage, et le récompenser des travaux qu'il avait soufferts pour Jésus- Christ, lui envoya une maladie de laquelle il mourut... Mais, auparavant que de rendre son âme entre les mains de son Créateur, il reçut tous les derniers « crements de notre P. Joseph Le Caron, et disposa de :es affaires au grand contentement de tous les siens. Ensuite, il fit approcher de son lit sa femme et ses enfants, et leur fit une courte exhortation, sur les trésors du ciel et les mérites que l’on acquiert devant Dieu en travaillant pour le salut du prochain. Je meurs content, leur disait-il, puisqu'il a plû à notre Seigneur de me faire la grâce de voir mourir devant moi des sauvages convertis. J'ai passé les mers pour les venir secourir plutôt que pour aucun autre intérêt particulier, et mourrais volontiers pour leur conversion, si tel était le bon plaisir de Dieu. Je vous supplie de les aimer comme je les ai aimés, et de les assister selon votre pouvoir ; Dieu vous en saura gré et vous en récompensera en paradis. Je vous exhorte aussi à la paix et à l'amour maternel et filial que vous vous devez respectivement les uns aux autres. Je suis prêt à aller devant Dieu, qui est mon juge, auquel il faut que je rende compte de toute ma vie passée. Puis, levant la main, il leur donna à tous sa bénédiction, et rendit son âme entre les mains de son Créateur ».
Tels furent, mes enfants, les derniers instants de Louis Hébert. Les derniers vœux qu'il a formulés sur son lit de mort ont porté des fruits abondants. Vos pères, jusqu'à ce jour, ont suivi le noble exemple qu'il leur a donné, et sont morts dans les plus beaux sentiments de foi et de piété : je vous souhaite le même bonheu. Rappelez-vous souvent ses dernières paroles: les derniers mots de ce premier citoyen du Canada sont le plus beau legs qu'il ait fait à ceux qui devaient le suivre.
En 1620, Champlain, revenant d'un voyage qu'il avait fait en France, où il avait séjourné près de deux anst amena avec lui sa femme, madame de Champlain, don, le nom de famille était Hélène Boul“. Cette noble dame,
Her Aer
res