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» Ils allumèrent un feu ; et quand il fut bien enflammé, chacun d'eux, prenant un tison venait l'appliquer sur la peau de ce pauvre misérable, peu à peu, pour lui faire souffrir plus de tourments. Ils le laissaient en repos de temps en temps, et ensuite lui jetaient de l'eau sur le dos. Ils lui arrachèrent les ongles, et lui mirent du feu sur les extrémités des doigts. Ils lui écorchèrent le haut de la tête, et sur la plaie toute ensanglantée ils firent couler, goutte à goutte, une certaine gomme toute chaude. Enfin, ils lui percèrent les bras près des poignets, passèrent des bois dans les chairs trouées, et en arrachèrent les nerfs, en les tirant avec force. Quand ils ne pouvaient réussir à les arracher, ils les coupaient.
»Ce pauvre misérable jetait des cris étranges, et il me faisait pitié de le voir traité de cette façon ; cependant, id montra une telle constance que, parfois, on eût dit qu'il ne sentait presque point de mal. Ils me sollicitaient fort de prendre du feu et de faire comme eux. Je leur fis des remontrances sur leur cruauté, leur disant que nous n'en agissions pas ainsi avec nos ennemis, et que, s'ils y consentaient, je mettrais fin à ses souffrances en le tuant d'un coup d'arquebuse. Ils refusèrent, alléguant qu'il ne sentirait point de mal. Je m'en allai d'avec eux, fâché de voir autant de cruautés exercées sur le corps de ce pauvre malheureux. Voyant que je paraissais irrité, ils me rappelèrent et me dirent qu'ils consentaient à ce que je lui tirasse un coup d’arquebuse : ce que je fis ».
Après la mort de cet infortuné, les barbares n'étaient pas encore satisfaits, mais se livrèrent sur son cadavre à une foule d'ignominies. Ils lui ouvrirent le ventre, et en retirèrent les entrailles qu'ils jetèrent dans Île lac. Ils lui coupèrent la tête, les bras et les jambes, réservant la chevelure qu'ils eurent soin de scalper, c'est-à-dire, d'enlever, et de conserver comme un trophée. Mais, chose horrible à voir et à dire! ils enlevèrent le cœur qu'ils coupèrent par morceaux, et voulurent obliger à en manger un de ses frères d'abord, et ensuite plusieurs de ses compagnons faits prisonniers en même temps que lui, Ces malheureux furent forcés de recevoir dans leur bouche ces morceaux de chair humaine, mais ne voulurent pas les avaler ; quelques algonquins, plus humains que
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les autres, les leur firent cracher et les jetèrent dans le lac.
Ce premier combat fut suivi, plus tard, de deux autres auxquels Champlain se crut encore obligé de prendre part. Au dernier de ces engagements, Champlain et ses sauvages alliés furent forcés de retraiter. Les Iroquois, peuple brave et guerrier, s'étaient familiarisés avec le bruit et les effets des armes à feu, et offrirent la plus énergique résistance. Au dernier de ces combats, Champlain reçut deux blessures qui l'obligèrent à passer l'hiver dans le pays des Hurons.
BRC E E CEE R A OE TROISIÈME ENTRETIEN.
PARTIR de l'époque de la fondation de Québec jusqu'à l'année 1635, Champlain traversa plusieurs fois en France pour veiller aux intérêts £ de la colonie ; il fit, en outre, un grand nombre d'explorations et de découvertes importantes dans toute l'étendue du Canada. Mais le temps nous presse, et j'ai hâte de vous raconter certains épisodes de son administration qui offrent le plus haut intérêt.
Plus de six années s'étaien! ‘coulées depuis la fondation de Québec, et cette ville naissante, de même que les tribus sauvages répandues sur cet immense territoire, était encore privée de tout secours religieux.
Champlain, ayant traversé en France dans le cours de l’année 1613, s'occupa de pourvoir à ce besoin urgent. Voici en quels termes il s'exprime à ce sujet :
«Ayant reconnu, dans mes nombreux v “ages, qu'il y avait, en quelques endroits du Canada, de. peuples sédentaires et se livrant à l’agriculture, mais qui n'avaient ni foi ni loi, vivant sans la connaissance de l'existence de Dieu, sans religion, et comme des bêtes brutes, je compris que je me rendrais coupable d'une grande faute, si je ne faisais tous mes efforts pour leur procurer les moyens de connaître Dieu et notre sainte religion. Pour exécuter ce dessein, j'ai tâché de trouver quelques bons
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religieux qui avaient le zèle de la gloire de Dieu ».
Champlain réussit pleinement dans sa louable entreprise ; et, en l’année 1615, il revint à Québec avec quatre Récollets, dont trois pères et un frère. Les noms des trois pères étaient : Denis Jamay, Jean Dolbeau et Joseph Le Caron ; le nom du frère était Pacifique Duplessis.
Aussitôt après leur arrivée, les Récollets entreprirent de bâtir une chapelle. Le soin de cette construction fut confié au Père Dolbeau qui choisit, comme emplacement de ce premier temple consacré au culle catholique sur la terre de la Nouvelle-France, un lieu voisin de l’habitation de Champlain. Ce lieu correspondait, à peu près, à l’encoignure des rues Champlain et Sous-le-Fort, à la basse ville de Québec. Le 25 juin de la même année, le Père Dolbear avait le bonheur de dire la première messe dans cette petite chapelle de bois.
« Rien ne manqua, dit le Père Le Clercq, pour rex re cette action solennelle, autant que la simplicité de cette petite troupe d’une colonie naissante le pouvait permettre. S'étant préparés par la confession, ils y reçurent le Sauveur par la communion eucharistique. Le Te Deum y fut chanté au son de leur petite artillerie ; et, parmi les acclamations de joie dont cette solituue retentissait de toutes parts, l'on eût dit qu’elle s'était changée en un paradis».
L'historien américain Shea apprécie cet événement remarquable de la manière suivante :
«Ce fut un beau jour pour Champlain et pour les colons réunis autour de lui, que celui où, dans la petite et pauvre chapelle de Québec, ils assistaient, pour la première fois, au saint sacrifice de la messe, sur les bords du grand fleuve Saint-Laurent, inaugurant ainsi la foi cathoique dans le Canada. Pendant un siècle et demi, l'église de Québec a été le centre et le seul foyer du catholicisme dans les immenses régions qui s'étendent depuis la Baie-d'Hudson jusqu'aux possessions espagnoles ».
Lix années plus tard, c’est-à-dire, en 1625, les premiers jésuites arrivaient dans la colonie, à la demande des Récollets eux-mêmes. Les noms des trois premiers Pères étaient: Jean de Brébeuf, Charles Lalemant et Ennemond Massé : ils étaient accompagnés de deux frères de leur ordre.
Comme on le pen. bien, la vie de ces premiers pré-
dicateurs de l'Évangile, Récollets et Jésuites, a été une vie de privations, de misères et ae dangers de toute nature ; le frère Sagard nous en a laissé la peinture suivante : « Nous prenions nos repas, dit ce frère, sur une natte de jonc ; un billot de bois nous servait de chevet pendant !a nuit, et nos manteaux de couvertures. Nous n'avions point d'autres serviettes pour essuyer les mains que les feuilles de blé-d'inde. Nous avions bien quelques couteaux, mais ils ne nous étaient aucunement nécessaires pendant le repas, n'ayant pas de pain à couper. La viande, d’ailleurs, nous était si rare que nous avons souvent passé des six semaines et des deux mois sans en manger un seul morceau, sinon quelque petite portion de chien, d'ours ou de renard qu’on nous donnait dans les festins. A la réserve du temps üe Pâques et de l’automne, que les Français nous donnaient abondamment de leur chasse, nos viandes ordinaires étaient. de la sagamité faite à l'eau avec de la farine de blé-d’inde, des citrouilles et des pois, où nous mettions, pour y donner quelque goût, de la marjolaine, du pourpier, d’une certaine espèce de baume avec des petits oignons sauvages que nous trouvions dans les bois et dans la campagne. Notre boisson était l'eau des ruisseaux, et si, dans les temps que les arbres étaient en sève, quelqu un de nous se trouvait indisposé ou ressentait quelque débilité de cœur, nous faisions une fente dans l'écorce d’un érable qui distillait une eau sucrée, qu’on amassait avec un plat d'écorce, et qu'on buvait c: nme un remède souverain, quoiqu’à la vérité les effets n’en fussent pas bien considérables ».
Quant aux difficultés incre pour opérer la conversion de ces barbares, ; ‘ère Joseph nous en donne une idée dans une lettre qu ii écrivait à ses supérieurs :
(On fait peu de véritables conversions, écrivait-il, parmi nos sauvages ; le temps et la grâce ne £ ”! pas encore arrivés Tout ce qui regarde la vie humaine et civile sont des mystères pour nos barbares dans l'état présent, et il faudra plus de dépenses et de travaux pour les rendre hommes qu’il n’en a fallu pour rendre chrétiens des peuples entiers.
» Ces peuples ne manquent pas de bon sens, en ce qui egerde l'intérêt public et particulier de la nation, et