LE ROI FERDINAND EXALTÉ
que depuis environ 150 ans, par Christophe Colomb, Génois (1). »
N'est-ce pas admirable? Le pauvre géographe royal, étrangement empêtré au milieu des assertions contradictoires de ses prédécesseurs, ne sait plus qu'affirmer. Il ignore , le cher homme , si les Indes Orientales et les Indes Occidentales ont été découvertes en même temps? Puisqu'en 1674 un géographe du Roi se trouvait encore dans une telle incertitude, comment le public aurait-il été mieux fixé sur cette question?
Également, la prévention qui fit donner au Nouveau Continent le nom d'Amérique, parvint à intervertir dans l'histoire le rôle du Catholique. La plupart des chroniqueurs sont de l'avis d'Alvarès de Colmenar, auteur des Annales d'Espagne et de Portugal, qui nous dit : « L'année 1492 est remarquable par l'expédition importante qu'entreprit Christophe Colomb, pour le service du Roi de Castille , dans le temps que la ville de Grenade venait d'être enlevée aux Maures par Ferdinand. »
Plus loin, Colmenar attribue au Roi Ferdinand la réception solennelle de Colomb à Barcelonne. C'est le Roi qui commande à Colomb de se relever, de s'asseoir sur le fauteuil qu'il lui a préparé. Les jours suivants, c'est à l'exemple du Roi que les Grands d'Espagne comblent d'honneurs l'Amiral. Le même écrivain qui
(1) Du Val d'Abbeyille^ Mémoires géographiqu£s de t(ms les pays du monde f p. 10; Lyon, 1674, chez Jean Certes, rue Mercière, à la Trinité.
AUX DÉPENS D'iSABELLE. 179
n'a pas trouvé un mot d'indignation contre Bobadilla , qui détroussa et chargea de chaînes Christophe Colomb, ni contre Ovando , le barbare destructeur de la race Indienne , à Hispaniola, appelle Ferdinand « le Père de toute l'Espagne et la gloire de la nation » . Il ose même représenter Ferdinand , cet invisible bcmrreau de Colomb, comme son protecteur, et dit de TAmiral : « Il était allé trouver le Roi à Ségovie ; peutêtre aurait-il pu se flatter de rentrer dans toutes ses charges, si la mort ne Teùt enlevé le 20 mai de l'année 1506 (1). »
De la même façon , dans son Résumé historique des Chroniques de l'Espagne , Esteban de Garibay attribue en propre à Ferdinand l'idée de la Découverte, le projet d'étendre la Foi parmi les Nations inconnues. Il lui fait honneur de toutes les conceptions dlsabelle : les réformes, la protection des Lettres, les dotations des Éghses, les fondations utiles. Cet écrivain, qui nous montre Ferdinand «illuminé de la grâce divine,.,, inspiré par l'Esprit-Saint, » ne daigne pas prcmoncer le nom de Colomb , et met la Découverte au pluriel. Il dit, à propos de l'an 1492 : « Dans cette année les les Castillans , comme il est écrit en l'histoire de Castille, découvrirent les Indes Occidentales (2). »
(1) Altarès de Colmenar, Annales d* Espagne et de Portugal, 1. 1, p. 468.
(2) (t Los Castellanos como en lahistorîa de Caslilla queda escrito descubriendo en este ano las Indias occidentales; el Papa Alexandro