‹ Histoire posthume de Christophe ColombChapitre 127 sur 250 · LA BIOGRAPHIE PROTESTANTE · texte numérisé non relu

LA BIOGRAPHIE PROTESTANTE

biographie du maître des navigateurs. Toutefois, imbu des idées du pasteur William Robertson, des accusations du Père Spotorno et des préventions du courtisan Martin Fernandez de Navarette , avec lequel il était en rapport quotidien, Irving, malgré sa rectitude habituelle de jugement, n'était pas apte à se pénétrer de Tesprit de Colomb et à comprendre son cœur Apostolique.

D'ailleurs, comment aurait- il discerné quel saint désir animait ce grand homme et dirigeait ses vues? Le protestantisme ne croit ni à la sainteté, ni aux miracles , ni à la Vierge , ni à l'inspiration divine , ni à l'infaillibilité pontificale. Or, Christophe Colomb étant précisément l'expression la plus élevée de la Foi Catholique, l'écrivain protestant ne pouvait donner sur lui que des appréciations souvent inexactes, et parfois complètement erronées. Aussi , à l'exemple de Robertson, le biographe Américain a-t-il effacé soigneusement l'action de la Providence dans l'entreprise de Colomb, et parfois caché sous le pluriel son initiative personnelle. Il taxe également d'exaltation fanatique et presque de folie l'ardente foi du Messager de l'Évangile. Tout en rendant justice à ses vertus purement humaines , il atténue et voile l'éclat de sa sublimité religieuse.

Dès qu'elle parut , cette histoire , acclamée du protestantisme entier, devint pour les Luthériens, les Calvinistes, les Anglicans, les Méthodistes, les Quakers^

en un mot tous les adversaires de Rome , une œuvre éminemment classique. C'est par Washington Irving que la biographie protestante de Christophe Colomb s'est répandue en Angleterre , aux États-Unis, en Allemagne, en Suède, en Norvège, en Prusse, en Russie, et que les traductions l'introduisaient en France, en Belgique, en Italie, même en Espagne.

De 1825 à 1856, c'est-à-dire pendant plus de trente ans , le protestantisme eut le monopole de l'histoire de Christophe Colomb. Il la regardait comme sa propriété littéraire.

Le Révélateur du Globe était pour les protestants une sorte d'épave historique, qu'ils se partageaient en frères. Ils ont fait le bilan de son savoir, l'autopsie de sa conscience, l'analyse de son génie, et se sont récréés au travestissement de ses conceptions. On les a vus, à l'envi l'un de l'autre , s'efforcer de ternir les rayons de sa gloire. Eux, ennemis nés du Catholicisme, nous ont expliqué, à leur façon, les vues et la pensée de ce Catholique incomparable. Aux erreurs et aux accusations des Académiciens Génois, ils ont ajouté des assertions calomnieuses et des interprétations ofifensantes.

L'elBfacement de la personnalité providentielle du Héros des mers, commencé en Piémont, complété à Gènes , et par G^nes accrédité en Espagne , fut systématiquement l'objectif des érudits du protestantisme. Les efiforts vers ce but reçurent bientôt un puissant

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