‹ Histoire posthume de Christophe ColombChapitre 133 sur 250 · RÉPÉTITION DE SES ERREURS · texte numérisé non relu

RÉPÉTITION DE SES ERREURS

cien de Florence, Trucchi, vivant à Florence, écrivant à Florence , tout gonflé d'orgueil Florentin , met sans aucune gène Améric Vespuce sur la même ligne que Christophe Colomb. Il enlève au Révélateur du Globe, pour Tattribuer au grand Améric, Thonneur d'avoir le premier mis le pied dans le Nouveau Monde , et ose prétendre que si Améric égala Colomb pour la gloire, il ne lui est pas moins comparable par l'infortune (1). Au moment où se débitaient de pareilles énormités, nous écrivions notre livre : La Croix dans les Deux Mondes, qui pour la première fois esquissait le rôle providentiel de Christophe Colomb. Ce travail eut une action déterminante sur la renommée du Héros.

(1) F. Truchi, De'primi Scritori delNttovo Continente Americano ;

FiRBNZE, 1842.

On sait qu'à sa lecture, le Roi Charles-Albert, s'étonnant de Tindifférence des Génois, décida qu'il serait élevé à Colomb un monument dans sa ville natale (1).

Les traductions et les réimpressions de notre livre eurent aussi leur résultat en Amérique. Le Pérou voulut, des premiers, honorer le Révélateur du Globe, et lui ériger une statue colossale sur la grande place de Lima.

Comme ici nous sommes forcément amenés à parler de notre humble personne , on voudra bien permettre que nous substituions à notre propre récit la plus autorisée des publications du Monde Chrétien : la CivltTÀ Cattolica. Malgré la modestie de T Anonyme, beaucoup de lecteurs y ont reconnu la brillante plume de rillustre Père Raphaël Ballerini.

Voici en quels termes s'exprime Téminente Revue :

(1) Les détails de celle initiative royale avaient été donnés par la presse périodique, il y a quelques années. — Voir, sur l'influence qu'exerça cet ouvrage, les Annales historiques ^ vol. XXXVIII; le Nobiliaire de Fraiice, t. IX; ï Émancipation Belge du 6 avril 1864; les Vicissitudes posthumes de Christophe Colomb, par le Baron Van Brocken ; le Giornale degli studiosij de Gênes, du 19 mars 1870, etc.

Touché du grand bien que l'ouvrage du comte Roselly de Lorgues (la Croix dans les Deux Mondes) avait fait à la cause de la vérité et de la religion, le Saint-Père Pie IX, à peine revenu de son exil à Gaëte, recommanda au catholique écrivain de composer, tout exprès, une histoire complète et authentique de Colomb , où il serait présenté tel qu'il fut véritablement, et non pas tel que les passions et la routine protestante l'avaient figuré jusqu'à ce jour. Et non content d'avoir inspiré cette œuvre sainte , le Souverain Pontife en protégea la publication.

Ainsi , le premier pape qui ait traversé l'Atlantique et foulé du pied la terre du Nouveau Monde , s'est constitué le zélateur des titres qu'a son Découvreur, à la gratitude et à l'admiration des catholiques.

• La nouvelle histoire parut il y a une vingtaine d'années. La grande faveur avec laquelle on l'accueillit en Europe et en Amérique est chose notoire ; les éloges que les journaux de toute nuance décernèrent à cet ouvrage furent unanimes. Les plus autorisés d'entre les amis des sciences historiques reconnurent que l'auteur l'avait rédigé avec un zèle scrupuleux de la vérité ; que les faits y étaient puisés aux sources primitives; que chaque assertion s'y trouvait appuyée de documents originaux; que l'exposition des événements, bien liés entre eux, ressemblait plutôt à une rigoureuse procédure qu'à un récit ordinaire. Les personnages les plus considérables de TÉglie comblèrent de félicitations Roselly de Lorgues, qui reçut aussi, pour ce classique travail , maints honneurs des cours catholiques d'Espagne, d'Autriche, de Bavière, de Naples, de Sardaigne. Plusieurs gouvernements de l'Europe firent placer cette histoire dans les bibliothèques publiques ; et en France, particulièrement, les ministres d'État et de la

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Marine y souscrivirent pour celles de la couronne et des ports. Nous ne dirons rien des traductions et des éditions nombreuses qui la répandirent partout. En somme , par cette œuvre magnifique, entreprise et achevée sous les auspices du Saint-Siège, le comte Roselly de Lorgues s'est acquis à bon droit le mérite et le nom de restaurateur de la renommée de Christophe Colomb. À lui appartient la louange d'avoir réparé une énorme injustice qui se prolongeait depuis plus de trois siècles, et d*avoir révélé à la société moderne le Révélateur de notre Globe , jusqu'ici méconnu.

C'est que la chose qui, par-dessus toute autre, ressort de son histoire , si véridique et si appuyée , est le caractère de la Sainteté de Colomb, caractère qui resplendit dans toute la trame de sa vie , et aux yeux de qui le contemple, le ceint d'une auréole d'apostolat chrétien. Le comte Roselly de Lorgues mit en pleine évidence Christophe Colomb. Sous l'éclat d'incontestables vérités , il le montra un homme tout de Dieu , enflammé d'amour pour la bonté du Verbe Créateur et Rédempteur, un infatigable propagateur du nom et de la charité de Jésus-Christ, un admirable précurseur de Saint Ignace de Loyola, ainsi que l'auteur l'affirme expressément, et le démontre dans l'éloquent parallèle qu'il fait entre ces deux héros de la gloire du Sauveur.

Alors tous les catholiques , les laïques non moins que les ecclésiastiques, s'accordèrent à reconnaître dans Christophe Colomb un caractère spécial de sainte et apostolique ardeur pour Jésus-Christ. Et le premier, parmi eux tous, fut le Souverain Pontife lui-même ; car plus tard , en félicitant le comte Roselly de Lorgues , dans un très ample Bref, il ajoutait : « Parmi vos œuvres, il en est une qui

tourne tout autant à l'honneur de la religion qu'au lustre de ritalie ; c'est la très riche histoire par vous écrite de la vie et des actes de Christophe Colomb , lequel , enflammé de zèle pour la foi catholique, résolut, en entreprenant la plus audacieuse des navigations , de découvrir un nouveau monde, non point afin d'ajouter de nouvelles terres à la couronne d'Espagne , mais pour ranger des peuples nouveaux sous le règne du Christ , ce qui veut dire l'Église. »

L'illustre Théatin Ventura, qui lut l'histoire du comte de Roselly, manuscrite , environ un an avant sa publication, ne put s'empêcher d'exprimer spontanément dans son livre : Christophe Colomb restitué a l'Église , la vive impression, qu'en lisant ces pages, il avait eue de la Sainteté de Colomb. Et il disait ouvertement : « En fait, comme il sera prouvé , Christophe Colomb fut un véritable Saint ; puisqu'en dehors des héros de l'Évangile que l'Église honore du culte et du nom de saint ou de bienheureux, on n'a peut-être jamais vu un chrétien plus épris d'amour pour Jésus-Christ, mieux pénétré de l'esprit du Christianisme et plus sincèrement dévoué à la chaire apostolique. Si donc il est quelquefois permis de donner, par similitude ou extension de langage , le titre de Saint à un chrétien que l'Église n'a pas canonisé, ce titre assurément appartient au messager du ciel , à l'ange-, à l'apôtre qui porta la croix dans un nouveau monde. » Or, d'autres hommes versés dans la science sacrée et les habitudes ascétiques pensèrent comme le Père Ventura. Il s'ensuivit que bientôt se forma dans la chrétienté cette opinion que Christophe Colomb avait été un Serviteur de Dieu tout à fait extraordinaire.

Une fois bien établie, cette opinion, qui ne reposait plus sur de pures hypothèses ou de simples inductions

personnelles, mais se fondait avec certitude sur des faits et des documents ne laissant place à aucun doute, la pensée naquit chez plusieurs qu'une Cause pour la canonisation de cet homme héroïque pourrait être introduite auprès du Saint-Siège, avec espoir d'heureuse réussite.

Dans Tannée 1865, le comte Roselly de Lorgnes, insatiable du désir de glorifier les mérites du grand Christophe aux yeux du monde moderne , se trouvait à Rome et s'y rencontrait avec son ami , le comte Tullio Dandolo, traducteur et annotateur italien de son histoire, et fervent admirateur de Colomb. Ils convinrent de se présenter ensemble au Saint-Père Pie IX , et de le supplier de voir si, sous son haut patronage, il ne serait pas possible d'introduire cette Cause de canonisation. « Le Souverain Pontife (ce sont les paroles du comte Roselly de Lorgnes confirmées aussi par Dandolo , qui crut nécessaire de rendre un compte imprimé de cette audience) nous montra d'abord les difficultés qu'allait rencontrer l'introduction de la Cause, vu l'impossibilité de se conformer aux règles établies en cette matière. Cependant, Sa Sainteté nous dit que rien n'empêchait d'en former la demande , et Elle ajouta en latin : Tentare non nocet. Après une conversation assez diverge, le Saint-Père, revenant au sujet de cette audience, dit de nouveau : On peut essayer », et répéta: Tentare non nocet. »

Le journalisme européen se mit alors à discuter l'opportunité et la convenance de cette Cause. Les opinions des rédacteurs furent diverses, selon la différence de leurs sentiments envers la religion. Mais , sauf les plus impies folliculaires de France et d'Italie , qui blasphèment sataniquement dès qu'il s'agit du Christ, de l'Église et du Pape,

la généralité des écrivains , même chez les hétérodoxes, ne parut pas éloignée d'approuver les instances faites auprès du Saint-Père pour obtenir à Colomb les honneurs liturgiques, dont rhistoire montrait qu'il n'était pas indigne.

A ces démarches des deux gentilshommes catholiques s'en joignit une autre plus prépondérante. Le cardinal Donnet, Archevêque de Bordeaux, écrivit dans le même but à Sa Sainteté une lettre qui, à peine connue du public, excita un mouvement des plus favorables à la Cause, et porta aussi M»' Andréa Charvaz, Archevêque de Gênes, patrie de Colomb , à l'appuyer chaleureusement par une autre belle pétition, que le comte Roselly de Lorgnes a reproduite dans son volume : 1' Ambassadeur de Dieu,

Bientôt suivirent les adhésions d'un grand nombre de prélats français , parmi lesquels se distinguaient les plus renommés par l'expérience et le savoir. Et après , vinrent les adhésions du Cardinal Femand de la Puente , Archevêque de Burgos, en Espagne, et celles -d'autres Évoques du monde catholique, et d'Amérique particulièrement, jusqu'à la réunion du Concile du Vatican, en 1870.

Nous reprenons la plume.

A cette époque , le grand pape Pie IX ayant daigné nous considérer comme le Postulateur naturel de la Cause , nous adressâmes aux Pères du Concile un Mémoire étendu, dans lequel nous développions les principaux motifs d'introduire, par voie d'exception, cette Cause tout Exceptionnelle. Ce Mémoire, publié en français et en italien, excita la curiosité, non moins que l'attention de l'Auguste Assemblée.

Peu après, une Postulation latine fut rédigée à Sainte-

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