PRÉTENDUE TRANSLATION A LA HAVANE
toire posthume du Héros de mers, nous devons ici maintenir les droits de la vérité, en dépit des arguties bibliographiques imaginées à cette occasion.
Résumons brièvement les faits.
Lors du traité de paix conclu à Bàle le 22 jiîillet 1795, d'après lequel, en vertu de Tarticle IX, TEspagne cédait à la France le territoire qu'elle possédait dans rUe Espagnole , au moment d'abandonner Saint- Domingue l'amiral don Gabriel Àristizabal ressentit le patriotique désir de ne point laisser aux nouveaux possesseurs du sol les cendres de Christophe Colomb.
Lé temps pressait. On ne pouvait plus en référer au souverain , et attendre une réponse de Madrid ; il fallait opérer. En conséquence, le 20 décembre 1795, les autorités civiles et militaires s'étant réunies à la cathédrale, on ouvrit un caveau qui était placé sous le sanctuaire, du côté de l'Évangile. Il n'y avait là ni armoiries, ni inscription, ni aucun signe distinctif. On trouva des lames de plomb brisées , des fragments de tibia et d'autres ossements humains, mélangés de terre, qu'on recueillit avec une soucoupe ainsi que la terre qui était confondue parmi ces débris, et le tout fut déposé dans une caisse de plomb doré, avec serrure en fer, dont l'archevêque eut la clef; puis on renferma cette caisse dans un riche cercueil recouvert de velours noir, orné de galons et de flocons d'or (1).
(1) « Y se traslado en un ataud forrado en terciopelo negra, guarnecido de galon y flocos de oro. » (Exlraclo de la Noiiciasque comunica-
Le lendemain eut lieu un pompeux service, suivi d'une oraison funèbre par M^"* rarchevêque. Le soir, le cercueil fut transporté avec tout l'apparat possible, sur le grand vaisseau Saint-Laurent , qui devait le descendre à la Havane.
Pourtant, malgré l'éclat de cette translation et la pompe des cérémonies, à Saint-Domingue, d'anciens habitants restaient persuadés que les cendres du grand Découvreur n'étaient point sorties de la cathédrale.
En effet, rien n'indiquait qu'on eût réellement trouvé les ossements du fondateur de la cité. Plusieurs des colons présents à l'exhumation avaient pu remarquer , comme le fit alors le docteur en droit, don Moscoso , qu'on ne voyait à cette place ni monument , ni inscription, ni emblème d'aucune sorte. Et, en y réfléchissant, on est forcé de reconnaître que, dans leur hâte du départ , les fonctionnaires espagnols s'étaient montrés d'une crédulité singulièrement complaisante. Leur procès-verbal d'exhumation le prouve surabondamment. Il se borne à dire qu'on a trouvé des lames de plomb paraissant avoir fait partie d'une caisse de ce métal, et des fragments de tibia provenant de quelque défunt, partes de algun difunlo. Il semble donc assez naturel que beaucoup d'assistants n'aient pas été dupes de la pompeuse translation de ces prétendus restes.
ron al gobierno los Gefes y autoridades , etc. Goleccion diplomatica, num. CLxxTii.)