IRRITATION DU GOUVERNEMENT ESPAGNOL
Bien qu'il eût demandé à TAcadémie d'histoire son sentiment, le Gouvernement, sans l'attendre, s'empressait d'adresser le 15 décembre suivant à ses ambassadeurs , ministres plénipotentiaires et consuls, une circulaire dans laquelle il était question de découverte supposée j de trouvaille prétendue. Le ministre d'État jugeait ces découvreurs des hallucinés, par le double aveuglement de l'enthousiasme et de Vignorance en histoire; il les considérait comme dupes d'une « vilaine attrape ». En conséquence, le Gouvernement engageait ses agents diplomatiques à suspendre toute opinion favorable à cette découverte, jusqu'à ce que l'Académie d'histoire eût fait connaître son jugement autorisé (1).
Et, devançant ce jugement définitif, le Cabinet espagnol décide à l'instant la question. D'ores et déjà, il statue sur cette découverte : il la déclare fausse et regarde comme hallucinés ou niaisement dupes ceux qui la croient réelle. Alors à quoi bon invoquer les lumières de l'Académie et réclamer son jugement, afin de l'imposer ensuite à l'opinion, comme le suprême arrêt de la science historique ?
Après l'affirmation si absolue du Gouvernement, était-il encore permis aux académiciens d'avouer sincèrement la réalité du fait? Devaient-ils, par des con-
(1) « Gomprender la conveniencia de suspender todo juîcio favorable al nuevo descubrimiento inlerim la docta corporacion academica dès su autorizado y defînitivo fallo. » {Circulaire ministérielle du 15 décembre 1877.)
A l'annonce de cette découverte. 301
clusions contraires à celles du ministre , infliger une sorte d'humiliation au Pouvoir, dispensateur des allocations, souscriptions, subventions, pensions, décorations et lucratives fonctions? Le ministère d'État avait, plusieurs mois d'avance , fait lui-même à sa façon Tépure du Rapport demandé.
D'après ses instructions , don Joaquin Jovellar, dut envoyer à Saint-Domingue un Commissaire chargé de lui adresser un Rapport détaillé. Son choix s'arrêta sur M. Gonzalez de la Puente , déjà recommandé par plusieurs missions heureusement remplies. Celui-ci ayant scrupuleusement vérifié les faits, conclut à l'authenticité des restes découverts.
De là, grande déception pour le Gouvernement. Ce Rapport , entaché de véracité , fut condamné à mort ; on le tint pour non avenu. Jamais personne n'a pu en avoir des nouvelles, malgré la réclamation des journaux non subventionnés.
Le gouverneur de Cuba voulut envoyer un autre commissaire. Il n'eut pas à chercher longtemps. Tout prêt sous sa main , se tenait le jeune don Antonio Lopez Prieto, qui déjà s'était occupé de la question et, avec un zèle patriotique , avaitpubliédansla /î^rue de Cuba un travail érudit conforme aux vues du ministre d'État.
Le 21 décembre 1877, le consul de Sa Majesté Catholique à Saint-Domingue , don José Manuel de Echeverri, demandait qu'en conformité des instructions de son Gouvernement, on voulût bien procéder à une nouvelle