CÉNACLE LITTÉRAIRE DES VOSGES
Vespuce la découverte du Nouveau Continent. Dans son émerveillement de la sagacité d'Améric, le jeune savant proposait de donner à ce monde nouveau le nom de celui qui l'avait découvert, et en bonne justice de rappeler Amérique, puisqu'on a mis au féminin les noms de l'Europe et de TAsie (1). La haute destination de cet écrit facilita l'adoption du nom que proposait si ingénument le candide Waltzemûller.
Le succès de ce mince volume fut si grand, que peu de semaines après, une seconde édition avait paru; et que le 29 août de la même année, ime troisième édition sortait de l'imprimerie vosgienne.
En 1508, une quatrième édition répandait encore plus loin le nom d'Amérique donné au Nouveau Continent, de par le géographe de Saint-Dié. Enjanvier 1509, la cinquième édition de V Introduction à la Cosmographie j achevait de consacrer cette injuste dénomination, sortie des Vosges, et reproduite à l'imprimerie de Strasbourg, par Jean Reinhart , autrement dit Gruniger.
L'année suivante, la Cosmographie de Waltzemûller trouvait aussi un éditeur à Lyon, chez Jehan de la Place. Ces publications successives attirant l'attention sur Améric , le rehaussaient dans l'opinion et favorisaient
(1) « Non video cur quis jure vetet ab Americo inventore sagacis ingenii viro Ainerigemquasï Americi terram, sive Americam dicendam cum et Europa et Asia a mulieribus sua sortit» sint nomina. » {Cos-' mographix introductio, cap. ix.)
SES EFFETS SUR l'OPINION. 33
le rapide écoulement de la relation de ses quatre voyages.
L'éminent dominicain, père Jean de Joconde, traduisit en latin la relation italienne des voyages de Vespuce, dédiée à Laurent de Médicis. Ce volume était intitulé : Mundus Novus. Ainsi, déjà le nom d'Améric Vespuce semblait lié à celui du Nouveau Monde. Le père Jean de Joconde , homme des plus heureusement doués, à la fois littérateur, mathématicien, polyglotte, était venu utiliser ses talents d'architecte à Paris, où il dirigea en même temps la construction du pont de Notre-Dame, et celle du petit pont. 11 s'y trouvait avec son compatriote, le célèbre poète Sannazar. Le succès de cette traduction latine publiée sans' désignation de heu et de millésime, fut rapide. Les brillantes liaisons du traducteur profitèrent à son œuvre. L'imprimeur, Félix Jehan Lambert, la reproduisit à Paris. Elle y fut successivement réimprimée onze fois.
Deux ans après la pubUcation de Joconde, un Parisien, amateur de géographie, Denis Roce, fit réimprimer à ses frais , par Guillaume Lerouge, la relation complète d'Améric Vespuce, sous le titre de Mundus Novus. Avec cette édition rivalisait celle qu'avait annotée Gilles de Gourmont.
Pour se faire une idée de l'intérêt que les esprits studieux prenaient alors aux nouvelles découvertes, il n'y a qu'à voir la succession des éditions qui se renouvellent sans interruption.