DÉLOYAUTÉ DE FERDINAND
Ferdinand d'Aragon se flattait de tromper la postérité, ainsi qu'il avait escamoté Topinion des peuples, pipé les diplomates, triché les princes, berné les rois, tenté de duper même le Souverain Pontife (et il y est parvenu dans une certaine mesure). Pendant plus de trois siècles son titre de Catholique lui servant d'immunité, les écrivains espagnols n'avaient pas'osé prononcer la dure condamnation que méritaient ses actes. Il a paisiblement joui d'une réputation deux fois surfaite. Son nom est resté injustement considéré dans sa nation ; et l'image de celui qui s'était indignement moqué du Saint-Siège, a eu l'honneur de figurer dans une des salles du Vatican, où elle se voit encore. Mais enfin justice historique sera pleinement faite, aujourd'hui, du machiavélique Aragonais. Ainsi que déjà nous avons, ailleurs, châtié le complice de ses iniquités, l'indigne Évèque, don Juan de Fonseca, nous devons maintenant arracher au sycophante couronné son masque d'imposture. Nous allons signaler cette Altesse menteuse^et voleuse , cet escroc régnant , ce monarque parjure et sacrilège , se jouant avec impudeur de sa parole de souverain, de la foi jurée par écrit, marquée du sceau de ses États et de sa signature royale.
Selon qu'il nous appartient, nous allons montrer dans sa honte le diplomate qui osa ruser avec Dieu, persécuter son Ambassadeur, se jouer du Saint-Siège , prétendit réformer ses décisions, établit contre le Révélateur du Globe le bestial principe de la force primant
le droit, dépouilla inhumainement le bienfaiteur de ses peuples , combla de faveurs ses ennemis, voulut annihiler sa descendance, étouffer sa renommée, et s'efforça de Teffacer du souvenir des hommes.
En demandant justice pour Colomb, n'est-il pas équitable de réclamer le châtiment de son bourreau? n'estil pas temps qu'une plume inflexible se charge de l'exécution ; qu'en guise de hache elle brise les éperons du chevalier félon , rompe sa déloyale épée , balafre l'écu royal, le retourne, et l'expose à rebours la pointe en haut?
Si vous examinez les faits, lecteur, bientôt votre jugement confirmera le nôtre.
Dans son ardent désir de racheter le Saint-Sépulcre, Christophe Colomb, pendant qu'il traitait de son projet de découvertes, avait, pour rémunération de ses travaux , stipulé des droits proportionnés à leur importance, d'après cet axiome d'équité : « A chacun selon ses œuvres. »
Afin qu'aucune autorité ne put dans l'avenir porter atteinte à ses droits, il les avait fait revêtir de la plus haute dignité possible après la Couronne, et placer sous le titre de vice-roi, qui devenait perpétuel et héréditaire dans sa famille, par rang d'ahiesse. De cette façon, il était assuré de pouvoir un jour, soit par luimême, soit par ses successeurs dans la Vice-royauté des Indes, capitaliser les sommes nécessaires au rachat du Saint-Sépulcre ou à sa délivrance par les armes. Ces droits étaient d'autant plus complets, parfaits, indiscutables, qu'ils n'avaient été consentis qu'après des débats longs et approfondis. La Reine s'était engagée seule à risquer les frais de l'expédition , mais le roi avait donné son consentement aux engagements de la Reine ; il les sanctionnait de sa signature et de son sceau. La convention signée par les deux rois était