PENDANT LES DERNIERS JOURS DU VICE-ROI
Peu de mois après, le jour de F Ascension, vers midi, le Révélateur du Globe allait recevoir au ciel la récompense de ses travaux sur la terre.
L'Espagne ne s'aperçut point de cette perte , et personne dans la cité de Valladolid n'y prit garde, si ce n est les franciscains qui Tinhumèrent dans leurs caveaux. La chronique de la ville, Chronicon de Valladolid, ne daigna pas mentionner cet événement dans ses pages où s'inscrivaient soigneusement les mariages, les naissances et les décès des familles notables. Un fait qui peint dans quel état d'abandon et d'oubli languissait ce héros chrétien marqua la veille de sa mort. Il voulait faire le dépôt authentique de son testament, et dans toute cette noble ville de Valladolid, au lieu des grands seigneurs qui eussent dû assister à cet acte solennel du vice-roi des Indes, on ne put trouver qu'un- bachelier et un religieux assez complaisants pour l'honorer de leur présence.
La cour, alors à Villafranca, tout près de là, sembla ignorer que le Révélateur du Nouveau Monde avait disparu de l'Ancien. Elle ne fit l'aumône ni d'un regret, ni d'un éloge, ni d'un mètre de terrain à l'homme qui lui avait apporté la moitié de ce Globe. Le littérateur lombard Pierre Martyr d'Anghierra, depuis quelques années fixé en Espagne, espérant, disait-il, passer à la postérité s'il écrivait les découvertes de Colomb, garda sur cet événement le plus complet silence. Ceci s'explique. Pierre Martyr était chapelain