MALVEILLANCE DE LA COUR
Découverte de Colomb n'était qu'un larcin commis au préjudice d'un mort. Un navigateur étranger était arrivé mourant à Porto Santo, il expira dans la maison de Colomb. Celui-ci avait dérobé ses cartes, son plan, et à l'aide de ces indications s'était risqué au voyage. D'autres disaient que ces terres avaient été connues des anciens, qu'à cause de la grande distance de l'Espagne on avait cessé d'y aller, et oublié la route à suivre pour y attérir. Colomb n'avait donc fait aucune invention, montré aucun génie, rendu aucun service notable. D'ailleurs maintenant on parlait beaucoup des compagnons de ses voyages, particulièrement des frères Pinzon , surtout du plus jeune, Vincent Yanez Pinzon , qui récemment avait découvert de nouvelles terres. Aussi plusieurs écrivains, embarrassés pour déterminer quel fut le véritable et premier découvreur des Indes , ne parlaient -ils de cette Découverte qu'au pluriel. Chez les uns il était question d'une caravelle qui découvrit; chez les autres, de ces hommes intrépides qui bravèrent les flots (1). On s'occupait si peu de Colomb, et l'on s'en informait si mal que vingt-six ans après sa mort, Jean Grynœus, en imprimant à Bàle son Index des choses mémorables, montrait encore Christophe Colomb délivré de
(IJ « Los castellanos como en la historia de Gastilla queda escrito, descubriendo en este aûo (1492) las Indias occidentales, el papa Alexandro sexto en el ano seguiente... concediô A los Reyes de Gastilla la conquista destas Indias... — Esteban de Garibayy Gamalloa, Compendio historial de las chronicas, etc., t. 11, in fol., 11b. XXXV, cap. xxv.