MALVEILLANCE DE LA COUR
petissés et presque conspués. Il n'ignorait pas qu'au moment où ses soins adoucissaient les dernières souffrances de son père, un des courtisans les plus en faveur, don Fernand de Velasco, oncle du connétable de Castille, n'avait pas attendu sa mort, pour solliciter de Philippe le gouvernement des Indes, au mépris des traités solennellement confirmés, itérativement ratifiés, et que le jeune roi le lui avait promis (1).
L'hostilité de la Cour envers le fils de Colomb devint telle , que le pauvre Diego en fut à regretter le roi Ferdinand. Abreuvé de déboires, il était déterminé à s'éloigner de cette Cour ingrate, et avait écrit au vieux Catholique, lui offrant d'aller le servir en Sicile. Le roi lui répondit, de Naples, pour lui exprimer son regret de ce qu'il n'était pas mieux traité, le remercier de ses offres, et lui annoncer son prochain retour (2).
En effet, la mort soudaine de Philippe obligea la nation d'envoyer une adresse au vieux Ferdinand, pour le supplier de revenir exercer le pouvoir au nom de la reine, sa fille, l'infortunée Jeanne, dont la raison n'avait pu supporter un coup si imprévu.
Dès que le Catholique fut revenu de Naples, don Diego, qui était allé en grande pompe, avec vingt che-
(1) Las Casas, Histor. gêner. Indias, lib. II cap. ix. Oviedo y Valdez, lib. IV, cap. i.
(2) Lettre du 20 novembre 1506, Coleccion diplomatica, lomo II,
(iLXI.
A l'égard de DIEGO COLOMB. 69
vaux, le recevoir à son débarquement, ne cessa de renouveler ses instances et ses prières, lui rappelant les bonnes paroles de ses lettres, les espérances qu'il lui avait données, et la légitimité de son droit. Ferdinand répliquait toujours avec mesure et politesse, mais ne statuait jamais. Enfin, lassé de ces étemels pourparlers qui se terminaient inévitablement sans conclusion, don Diego, un jour, faisant brèche à l'étiquette royale , laquelle interdit toute question directe et même toute forme interrogative dans le langage tenu au Souverain, osa demander pourquoi Son Altesse ne lui faisait pas la grâce de lui accorder, au moins comme une faveur, ce qui lui appartenait de plein droit, à lui qui devait La servir si fidèlement, ayant été élevé presque sous ses yeux dans la maison royale. Sans s'offenser de la question, Ferdinand lui répondit qu'assurément il avait pleine confiance en lui, mais qu'il ne pouvait en avoir ime semblable dans ses fils et leurs successeurs. Don Diego se permit de répliquer au roi qu'il ne lui paraissait pas très juste de le punir, dès à présent , pour les fautes que pourraient commettre les descendants qu'il n'aurait peut-être jamais, étant encore célibataire.
A la suite de nouvelles demandes, également infructueuses, don Diego , reconnaissant l'inutilité de ses sollicitations, pria le roi de vouloir bien lui accorder l'autorisation de faire valoir ses droits en justice, et de former une instance contre la Couronne de Castille.