CHANGEMENT DANS LA SITUATION
Pour se débarrasser de ses réclamations, Ferdinand la lui accorda, persuadé que les tribunaux n'oseraient jamais prononcer contre l'autorité royale.
L'instance fut introduite vers le printemps de Tannée 1508. Mais, disons-le, à l'éternel honneur de la loyauté castillane : sans égard pour la répugnance du roi, bien connue, et l'influence des bureaux de la marine, les diverses juridictions qui furent saisies de cette affaire , en divers temps et en différents lieux, plus occupées de l'équité que de la position des parties litigantes, reconnurent les droits de don Diego Colomb.
Ferdinand oubliait que la plupart des membres de la magistrature avaient étudié le droit et pris leurs grades dans les universités fondées ou restaurées par la grande Isabelle. Le texte des traités se trouvait si clair, les stipulations étaient si nettes, les engagements de la Castille si précis, qu'on ne pouvait sans criante prévarication, rejeter la demande de don Diego Colomb. Le Suprême Conseil décida donc en sa faveur , ainsi que déjà le Conseil des acquits , dont faisaient partie Tarchevêque de Séville , Diég'O de Deza , et l'illustre cardinal Ximénès, avait, quatre ans auparavant, prononcé à l'égard de son père.. Mais une fois cet acte de justice accompli, le haut Conseil se crut quitte envers sa propre conscience , et comprenant combien était irrévocable la résolution du roi , contre la descendance de Colomb , croyant peut-être que des rai-
sons d'État déterminaient la volonté du monarque, il ne se préoccupa plus désormais des réclamations de don Diego.
Toutefois, la force executive manquant au bon droit, sans doute le gouvernement des Indes n'aurait jamais été rendu à son légitime titulaire , si un intime événement de cœur, survenu dans la famille même du roi, n'avait tout d'un coup modifié ses dispositions et changé la destinée de don Diego.
La fille du grand commandeur de Léon , l'illustre Doua Maria de Tolède, nièce du roi Catholique, partagea les tendres sentiments qu'elle inspirait au fils du grand Colomb. Son oncle paternel, le duc d'AUje, ayant pris sous sa protection l'inclination de sa nièce, leiu* union fut projetée.
Après le mariage, le duc d'Albe reprit auprès du roi la réclamation de don Diego. Personne plus que lui n'était en situation d'obtenir de Ferdinand. Leur étroite parenté se fortifiait d'une ancienne amitié et de services tout récents. Lorsqu'à l'arrivée de la reine Jeanne sa fille, le Catholique, abandonné de la cour, des seigneurs et du peuple, s'était vu forcé de quitter l'Espagne, seul, le duc d'Âlbe l'avait escorté avec sa maison, ses troupes, et l'aurait suivi jusqu'à Naples, si le roi l'eût souffert. Le Catholique céda un instant à d'affectueuses obsessions.. D'ailleurs l'opportunité des circonstances favorisait l'instance du puissant duc. S'infatuant de son crédit, et se croyant éternel dans