‹ Histoire posthume de Christophe ColombChapitre 60 sur 250 · ENQUÊTES CONTRE CORISTOPIIE COLOMB · texte numérisé non relu

ENQUÊTES CONTRE CORISTOPIIE COLOMB

Il n'était pas reconnu que Tamiral Christophe Colomb eût découvert le premier la terre ferme. On ne produisait pas la preuve de sa priorité. D'autres navigateurs assuraient y être descendus avant lui. Rodrigo de Bastidas, Juan de la Cosa, Per Alonzo Niîio, Cristobal Guerra et Vincent Yaîlez Pinzon avaient relevé des côtes bien autrement étendues.

La partie des documents que nous possédons sur les deux Enquêtes de 1513 et 1515, contient des révélations curieuses. Ces enquêtes ont manifestement pour but d'effacer la gloire de Christophe Colomb ; de lui enlever jusqu'au mérite du plan et de la constance. On vise à réhabiliter les trois frères Pinzon ; l'alné surtout, qui fut déserteur, voleur et faussaire. On lui attribue uniquement la priorité de l'idée, la persévérance dans l'exécution, et le changement de route qui détermina le succès. Le Fiscal tâche de faire déclarer que le vrai mérite de la Découverte appartient tout entier aux frères Pinzon. Les questions sont posées captieusement, de façon à provoquer une réponse affirmative.

Ainsi, dans le onzième interrogatoire on demande aux témoins s'ils ne savent pas que lors de l'arrivée de Colomb, à Palos, pour ses préparatifs, déjà Martin Alonzo

de tradition.. Tous les historiens, sans en admettre la sincérité, se sont pourtant crus obligés de la reproduire, sauf à l'atténuer diversement.

Pinzon se disposait à partir avec deux caravelles (1)?

Dans le quatorzième interrogatoire , le Fiscal leur demande s'ils ne savent pas que dans cette entreprise, le principal personnage fut le dit Martin Alonzo, étant capitaine d'un de ses navires, et ayant ses frères pour commandants des deux autres caravelles? Il leur demande aussi s'ils ignorent, qu'après avoir navigué pendant huit cents lieues, Tamiral n'osait plus aller en avant, et que ne trouvant pas la terre, ne sachant plus de quel côté se diriger, il était allé trouver Martin Alonzo sur son navire, et prendre ses conseils (2)?

Le seizième interrogatoire marche encore plus droit au but. Le Fiscal demande aux témoins s'ils ne savent pas que c'était Martin Alonzo qui avait encouragé Colomb à pousser en avant, quand l'amiral était sur le point de rétrograder et rentrer en Espagne (3).

Dans le dix-huitième interrogatoire, le Fiscal, voulant absolument faire honneur de la réussite à Martin Alonzo Pinzon, demande aux témoins s'ils ne savent

(1) « Item, Si saben que cuando el Almiranle fué ci descubrir aquellas partes, Martin Alonzo Pinzon, vecino de Palos estaba para irlas <i descubrir à su costa con dos navios hijos. » Suplemento primero a la Coleccion diplomatica, tomo III, p. 559.

(2) « E no sabia y a donde ir, e deque vldo que non fallaba, Uegose al navio de Martin Alonzo é le dijo i que le parecia que /iciescn. » — Suplemento a la Coleccion diplomatica, p. 565.

(3) « Item, Si saben que el dicho Martin Alonzo le dijo, adelante adelante... que si vos, Senor, quesierdes tornaros, yo determino de andar fasta hallar la tierra ô nunca volver en Espaôa; é que por su industria i parecer pasaron adelante. » — Suplemento primero a la Coleccion diplomatica, p. 567.

pas que pour avoir changé de route, sur Tavis de Martin Alonzo, trois ou quatre jours plus tard ils trouvèrent la terre (1)?

(1) « Si saben que mudado el camino é via por lo quel dicho Martin Alonzo Pinzon habia dicho, luego desde ci très 6 cuatio dias dieron con la tierra en las islas de les Yucayos en la isla Guahani. » — Suplemento primero a la Coleccion diplomatica, p. 569.

Aussitôt après son débarquement, l'infortuné don Diego vint à la cour. Avec sa dissimulation habituelle, Ferdinand accueillit gracieusement le mari de sa nièce. D'ailleurs, nonobstant tous les obstacles semés autour de lui, Tamiral avait commencé la colonisation de Cuba, de la Jamaïque, et de plus, établi à Cubaga une pêcherie de perles. Le roi, obligé de reconnaître la sagesse de son administration, ordonna la cessation des poursuites qu'exerçait contre lui le Fiscal, et fit semblant de vouloir examiner par lui-même les pièces du débat. Néanmoins il refusa de lui accorder la part qui lui appartenait dans les revenus du Darien et de la Castille d'Or.

Toutefois le procès engage entre don Diego et la Couronne suivait lentement son cours. Le roi se flattait de vaincre enfin par lassitude l'opiniâtreté du fils de Colomb. Sans compter ses années, il espérait éluder le temps, comme la justice des hommes; mais n'ayant pu réussir à tromper la mort, il fut emporté par eUe au commencement de l'année 1516. Il disparut laissant, au lieu de regrets, le souvenir de sa sécheresse de

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