partie échouer
Cependant les Arabes-Maures reprenaient courage à la vue
(*) PriY. real en Cucllar.— Moret.
de leut roi se jetant audacieusement dans la mêlée. Le combat se rétablit, le carnage recommence, les chances se disputent de nouveau avec fureur. Plusieurs scheiks, fameux par leur valeur et leur^naissance, tombent sous la hache cantabre ou la pique navarraise. Aben-Abmed, après avoir ramené à Tennemi ses troupes fugitives, a deux chevaux tués sous lui et reçoit bientôt un coup de hache qui lui fend la télé. Âben-Ahaya est fait prisonnier. Enfin, vers le soir le roi de Cordoue voyant son armée décimée, enfoncée de toutes parts et au moment de fuir, ordonna la retraite; ce fut une déroute. Les chrétiens poursuivirent les fuyards et en firent un grand massacre. Les historiens arabes conviennent que, dans cette sanglante journée, les Musulmans laissèrent quatre-vingt mille hommes sur le champ de bataille.
Abderahman^ réunissant les débris de son armée, se réfugia du côté de Salamanque. Le roi de Léon Tapprit au moment de reprendre la route de sa capitale. Il partit aussitôt, suivi de Gonzalez, joignit les Maures^ tomba sur eux à rimproviste, les combattit^ les défit complètement, et s'en retourna enrichi de dépouilles et brillant d'une double victoire.
Aben-Ahaya fut étroitement enfermé, et reçut ainsi le prix de sa perfidie. Après avoir donné à son armée le temps
$40 néMisaire pour se remettre de ses fatigues, le roi de Léon la airigea sur le Duero, le lui fit passer, et établit sa ligne le long de la rive gauche. Son plan, d'après l'archevêque Rodrigue^ était de reculer ses frontières jusqu'aux montagnes situées entre les deux Gastilles. De cette manière il plaçait une barrière le long des limites des Maures, et en élevait une autre par le cordon de grandes villes qui flanquait le Duero, et que le roi comptait fortifier de façon à ce qu'elles formassent une ceinture continue (*).
^^* Le roi de Cordoue, plus irrité de la perte de ses provinces
que de celle des batailles et des hommes, calcula que le résultat de ses défaites, dont avait si habilement profité Don Ramire, avait été de dépeupler et de mettre presque hors de
n Hist Arab.- Conde. -Rod. Toi. - Samp.— Mor. - Luc. Tud.-Ann. de SaoUago.^ A»n. complut.
défense le pays compris entre le Duero et le TormeE. Adroit et rusé, il attendit, pour remédier à cet iDConyénient, que Don Ramire, de retour à Léon» eût licencié son armée. Il pensa qu'avant la connaissance de son entreprise, avant que le roi eût réuni ses forces, Thiver viendrait et empêcherait les chrétiens d'entrer en campagne. U envoya en consé* fuence Acey&, scheik maure de distinction et dans lequel il ivait confiance, avec une armée assez nombreuse pour repeupler les places de Salamanque, Lédesma, Ribas, Banos, Pefia, Âussende et Alhondîga, et en relever les fortifications.
Don Garcie retourna dans son royaume de Navarre. Rientdt après quelques désaccords s'élevèrent dans les états de Léon, bien qu'ils fussent administrés avec autant de sagesse qftie de fermeté. Don Ramire avait donné, l'année précédente, lux comtes de Gastille l'ordre de rétablir lès places frontières; Us n'y avaient obéi qu'en murmurant. U leur intima, après ion retour, de réunir leurs troupes et de se joindre à lui pour marcher contre les Maures : ils s'y refusèrent. L'archevêque Rodrigue et l'évêque Lucas de Tuy disent, avec Morales, |oe le fameux comte Femwdo Gonzalei et Muno Munez îicilitèrent au scheik Aceyfa la reconstruction et le repeuplemnt des lieux que lui avait désignés Abderahman. Ces nitenrs ajoutent que les comtes de Gastille voyant la colère In roi et sa résolution de les réduire par la force, se atalefèrenl et prirent les armes de concert avec le scheik muiulnan.
Toujours est-il que Don Ramire à la tète de son arm(^;e entra m Gastille, combattit les rebelles et les défit si complétenent que les deux chefs principaux , les comtes Don Ferlando Gonzalez et Muno Munez , devinrent ses prisonniers, Gonzalez fut écroué dans le château de Gordon, Munez mvoyé a Léon ; tous deux chargés de fers. Le roi de Pamlelii&e, également beau-frère du comte Gonzalez et du roi Umire, s'interposa pour les ramener à la bonne inlelli- ;eiice. Aussi généreux que vaillant et sage , le roi de Léon leouta peut-être moins la voix de la prudence que celle de a bonté naturelle et les mouvements de son coeur. Il céda
aux sollicitations du frère de sa femme, qu'il chérissait, crat ou bien eut Tair de croire aux protestations des rebelles détenus, et les rendit a la liberté. Il fit plus , pour s'attacher définitiyement Tinquiet et ambitieux Gonzalez, il fit épouser Dona Urraca, fille du comte, par son fils aîné, le prÎDce Ordono. Cette union rapprochait de la domination de Léoo celte terre de Gastille qui faisait tant d'efforts pour s^en séparer. Don Ramire comprenait la nécessité de ne pas se laisser démembrer un état encore nouveau, qui ne pourait conserver de force qu'en demeurant aggloméré, et dont l'existence, si souvent risquée sur Téventuatité d'une bataille, se trouvait constamment en présence du même danger, du même jeu de hasard.
Les Maures étaient belliqueux ; leur roi avait une politique d'envahissement et de fausseté , de ruse et de surprise, qui ne permettait de traiter de la paix avec lui que l'épée i la main. La cour de Gordoue ne voyait qu'avec dépit et jalousie le berceau de la liberté espagnole s'étendre à chaque victoire , sans qu'un revers le rapetissât. Toujours quelque lambeau de la puissance ismaSlique restait aux mains des chrétiens après chaque campagne ; et leur confiance grandissait avec te succès, et leur courage ne le cédait en rien à celui des Mahométans. Telles sont les considérations qui déterminèrent Don Ramire à conclure no mariage qui , au premier coup d'œil , semblerait indiquer plus de faiblesse politique que de profondeur, et moins de sagesse que d'adroit calcul.
Les dernières campagnes avaient encore affaibli Abderahman ; ses troupes» étaient découragées. Il sollicita une trêve. Don Ramire, dont les affaires allaient en progressioa inverse de celles de son ennemi , aurait désiré pouvoir la refuser. Mais les populations étaient fatiguées, tes ressoor- * ces financières diminuaient ; ta nation , l'armée, tous sonpi" raient après quelques moments de repos. Autant pour recoinpenser la courageuse résolution de ses sujets contre l'enneau commun, que pour ne pas exciter leur mécontentement, Don Ramire consentit à une suspension d'armes; elle fut signée pour sept ans. Le roi de Léon en profita pour la fen-
dation âe divers monastères, et pour la réforme d'abus glissés dans les disciplines ecclésiastiques. Lucas de Tuy dit même qu'un concile national fut tenu à ce sujet dans Astorga.
A peine la trêve- fut-elle expirée, que le roi de Léon convoqua son armée de tous les points du royaume. Franchi3sant les montagnes d'Avila , il fondit sur le territoire de ^^^ Talavera, et ravagea tout le pays. Abderahman envoya contre lui une armée nombreuse et aguerrie , sous le commandement de rhagib Achmet-ben-Said. Cet hagib avait saccédé dans la confiance du roi de Gordoue au brave Al - Mudafar, mort récemment dans les souiTrances d'une maladie aiguë. Une action sanglante eut lieu , sans que les historiens disent l'endroit où elle se livra. Le résultat en fut une victoire complète pour Don Ramire. Les Maures perdirent douze mille hommes tués , et sept mille prisonniers» que le roi amena à Léon.
Quelques jours après son retour, Don Ramire partit pour Oviédo ; mais se sentant gravement atteint de maladie , il retourna au plus tôt à Léon. Sa mort , qui eut lieu le cinq janvier 950, fit éclater et les regrets et l'amour sincère de tout son peuple , pour ses bonnes et brillantes qualités. U 950 fut remplacé au trône par son fils Don Ordoiio III , et laissa, de son second mariage, Don Sanche surnommé le Gros, qui régna plus tard. Don Ordono III, que le suffrage des grands venait d'élever au trône, était le digne successeur, ou plutôt le continuateur de son père. Prudent, valeureux, ferme et doux, il semblait promettre à ses sujets un règne heureux Bt brillant. Mais la mort de Don Ramire , comme une cala- Biité générale, devait soulever toutes les provinces chrétienaes de l'Espagne.
Don Sanche, infant de Léon, prétendit avoir un droit égal î celui de son frère aine, à la succession paternelle. Il sxigeait le démembrement de quelques provinces pour s'en lire un royaume indépendant ; le roi de Pampelune le souenait dans ses prétentions. Gela se conçoit ; en outre des îens du sang» puisque Don Sanche était neveu de Don jarcie III, ce dernier trouvait, dans cet arrangement.
TsYantage d^affaiblir ia puissance des rois de Léon « dont il était jaloux; et en même temps en recevait entrée à radiâtnistration de la portion détachée de ce royaume. L'avenir el la combinaison des événements pouvaient aussi lui onvrâ un chemin plus lai^e, et lui faire échoir une influence plus étendue dans le gouvernement entier de ce pouvoir rival.
Ce qui a plus lieu de surprendre, c'est que Don Fernando Gonzalez prenait parti pour Don Sanche de Léon , qui kd était étranger. Nous avons vu Don Ordono , pendant qal était prince royal , épouser Dona Urraca » fille du eomie, après que le feu roi de Léon l'eut remis en liberté. Mais il faut ici se souvenir que Gonzalez travaillait avec une ardev constante à détacher la Gastille du reste du royaume ; à l'affranchir de cette dépendance ; et que son but était de s'en rendre maître, et d'y établir, non pas une dynastie nouvelle» mais son pouvoir à lui. Il convenait donc beaucoup mbui â cet homme, que ne virent jamais reculer ni un danger, m une intrigue, ni un crime, d'avoir sur le trône de Léon un prince jeune et docile, comme Don Sanche» qu'un homme fait, rompu à ia guerre, doué d'une grande énergie» et qu'il était aussi difficile de séduire que d'effrayer. Gonzalez pensait parvenir à porter Don Sanche au siège royal de Léon, ni une fois il obtenait pour lui un fragment du royaume. En culbutant Ordono il renversait et dépouillait sa propre fille; mais cette considération ne pouvait l'arrêter; les cris de Tambition étouffent la voix du sang.
Gonzalez voyant que promesses, raisonnements et menaces étaient également impuissants sur son gendre, fut se joindre à Don Sanche et au roi de Pampelune. Ces protecteurs da jeune prince réunirent leurs troupes, décidés à arracher par la force ce qu'ils n'avaient pu obtenir par persuasion. Us fondaient le motif de cette guerre sur ce que Don Ramiren avait, de son vivant, donné le gouvernement de Buifw i Don Kanche ; ainsi le rapportent Moret et les archives de h Cardena. Ils en concluaient que la volonté du péro était de nommer pour son successeur, son fils issu d'une mère de •arig royal, a l'exclusion de Don Ordono, qui n'avait pas le même avantage.
Le nouyeaa roi répondit qu'il avait été promu par le oix et consentement des grands ; que par conséquent sa yauté était légale et qu'il ne lui appartenait pas de démemer un royaume, ni de partager un pouvoir qui lui avait été nfié comme un dépôt. Les conjurés, dit Tévéque Lucas de ly , se mirent en marche avec leurs forces combinées^ emment avec eux Don Sanche, cause et instigateur de cette guerre juste. Selon Morales et Sampyre, ils trouvèrent les fron- ^res de Léon tellement défendues par les forts et les trou- 18 qui les garnissaient, qu'ils furent obligés de se retirer os avoir commis d'hostilités. Don Ordono III eut la vive lîsfaction de se voir soutenu dans ses droits, non-seulement ir sa capitale, mais encore par tous ses sujets. Fort de cette sposition des esprits et ne voulant pas exposer sa couronne K hasards d'une bataille inconsidérée, le roi des Asturies it de fortes garnisons dans les citadelles de la plaine de k>n, et s'adossa aux montagnes avec une armée. Imbu du incipe que la lenteur en guerre est aussi favorable à lomme du sol que préjudiciable à l'étranger, Ordono prit B mesures pour faire traîner celle-ci en longueur. Son litude, l'accord de ses sujets, autant sans doute que l'état spectable de ses frontières, avaient déterminé les alliés à retraite. Ferreras dit même que la désunion s'était mise itre eux.
Don Garcie avait adopté le projet de renverser Don rdono, pour mettre à sa place Sauche » son adolescent ifveu. Gonzalez cherchait bien le même résultat, et adoptait 1 conséquence le même moyen. Mais il aurait voulu culbur Ordono pour montrer seulement le jeune Sanche sur le ftne; puis ensuite, brisant ce simulacre d'un moment, le ire remplacer par un fils de Froila appelé Ordono comme roi, et auquel son méchant naturel avait fait donner le sur- )m de Mauvais Q.
Aussitôt que le roi de Léon eut vu se dissiper l'orage, il g;nala sa colère en répudiant Doua Urraca, fille du comte onzalez. En sorte que cette princesse, étrangère aux fautes 951
(•) Moral.— Samp.— Luc. Tud.— Arch. de Carden.—Moret.— Ferrer.— irian.— Rod. Toi.— Rod. Sanc— Vas», chron.
de son père, innocente de son ambition, en supporta néanmoins le châtiment. Dépouillée de la couronne et des honneurs royaux, elle tomba du haut d*un trône resplendissant aux pieds de Fintrigant Femandez; et comme si cetaffiront n'eût pas été assez sanglant pour le rebelle, Ordono épousa en même temps Elvire, fille d'un grand et puissant seigneur galicien. Ce mariage enfanta une guerre intestine, par suite de Tarrogaoce et des prétentions qu'affichèrent les parents de la nouvelle reine. Les seigneurs castillans, blessés des airs de hauteur et de la morgue de cette famille, se soulevèrent. Ceux dont la fierté avait été froissée par la répudiation d'Urraca, levèrent aussi leur étendard; ce qui était facile à prévoir.
Don Ordono avait inutilement essayé les voies de conciliation pour calmer cette effervescence. Il s'avança contre les révoltés avec des troupes, et leur adressa une dernière sommation avant de commencer les hostilités. Sa voix« soutenue par les armes, fut écoutée; les chefe d'insurrection se rendirent devant lui et furent bien accueillis. Gaficiens et Castillans rentrèrent dans le devoir et Tordre fîit réia-
bii C).
Le roi de Léon fut ainsi débarrassé de ses craintes a l'extèriour et à Tintérieur. Il avait encore un autre point dé tranquillité dans la désunion qui régnait entre le roi de Navarre et Gonzalez, qui s^élaient mutuellement pénétrés et contraries dans Texécution de leurs pn^ets. Don Ordoio jugea qu'entre deux honunes de ce caractère la méfiance et Vaigreur avaient jeté de profondes racines, el qu'ils n'entreprendraient rieu isolément contre lui. Il jugea donc le moment op^HUlun pour la reprise de ses plans, ai^meiila notablement Teffectif de son armée, entra en Portugal, culbuta les Maures* arriva devant Lisbonne» la prit, la pilla, la démantela: et rentra a Léon chargé de gloire, de li^ dè|Hmillos et de prisonniers. Pendant qu^Ordono parcourait en vainqueur le Portugal, le comte Gonzalez fiiàit de son
p R<Ni. 1V4.-^V«I^. cerai.--lM.Swc.-- Forer. llaHw«
Mé une incursion dans les états de Gordoue, et la fortune lirait également ses armes.
Cette façon d'agir du comte était de Taudace, un acte atré d'indépendance, presque de souveraineté. Aussi, au itouT de son expédition, sans égard pour Tayantage réel, Dur rheureuse diversion qu'avait occasionnée ce moulinent, le roi ne remit point Tépée au fourreau, et fut tan ter ses drapeaux sur les frontières de Gastille. Le comte MM>urut. Brillant de la gloire qu'il venait de cueillir, il se jeta IX pieds du roi, demanda en coupable grâce d'une faute ai, par son résultat, était devenue un signalé service rendu
son maître, et le prévint que le roi de Gordoue avait essein de venir porter et assouvir sa vengeance en Gastille. ïdono pardonna avec bonté à Gonzalez et lui promit du scours. Il lui en envoya eifectivement lors* de l'irrupUon es Maures dans cette province, et mit le comte en état de smporter sur eux une victoire signalée f ).
Quelque temps après Ordono , qui avait formé de noueaux et grands projets de guerre contre les Musulmans, se Bndit à Zamora. Il y fut surpris par une maladie dont la iolence l'emporta. G'était en juin 955 ; il avait régné cinq Ds et cinq jours, et laissait un fils unique de son mariage ?6C Elvire, Don Bermude surnommé le Goutteux, qui n'avait ne trois ans. Le règne d'Ordono fut court , mais plein et ^^ lorieux. Prince sage et magnanime, amplement doté par la atare de cet ensemble de qualités qui fait la force et la plendeur des grands rois, Ordono semblait promettre aux hrétiens une longue série de prospérités, en même temps ue l'éclat qui résulte d'une puissance solide et nerveuse, igie par la prudence. Grand homme de guerre, ce roi joiaait au génie de cet art, aux talents d'un général, au cotise d'un soldat, la bontés la clémence, la générosité. Il fut ncérement regretté de tous ceux qui , comme lui, avaient our pensée dominante le bonheur des peuples et le triombe de la religion sur l'islamisme. Sa mort replongea le )yaum6 de Léon dans les agitations de l'intrigue ; elle avait
C) Luc. Tud.— Moral.-Vasœ. chron.— Rod. Toi.— Cron. var. ant. — Rod. inc.
été trop subite pour que les plus remoants eBWt pu m préparer; ils furent pris au dépourfu.
Sauche de Léon, frère de Don Ordono, accoonK & Léoi, de la cour de Navarre où nous FaTons tu se rèfiigîer. H; fut accueilli par les grands qui le proclamèrent, oabliaatel sa longue absence et les troubles antérieurenient aoukfà par ses prétentions au partage du pouvoir. Ce prince, omm dans rhisioire ayec le surnom de Gros , indolent et ineafi* ble, resta un an sur le trône sans aperceroir la conjunliea qui se formait autour de lui. L'inquiet et incorrigible Gèizalez en était Tâme. Le comte cherchait toujours à gifBer en indépendance ; il pressentait le roi de Navarre dmén Sanche le Gros, et ce patronage n'allait ni à ses vues ai i son ambition. Il sema divers bruits sur le compte du rai et le discrédita ainsi dans Tesprit des grands, qu'il lui alièai. Les cabales de Gonzalez entouraient le trône de troublM et d'agitations; au point que Don Sanche céda le chsmpM g^ comte, et fut se réfugier de nouveau à Pampelune auprès de son oncle. Don Garcie. Loin de ramener le calme, cetta fuite augmenta l'anarchie. Les uns voulaient proclamer Dot Bermude, à peine sorti des langes, en vue d'exercer m autorité toute royale pendant la minorité de l'inbut; lei autres craignaient l'influence du roi de Navarre et les meoéei de Gonzalez. Celui-ci, à découvert et san maître, voahl jouer le rôle de protecteur du royaume de Léon, et rempbev» par un roi de son choix« le monarque fugitif.
Sanche avait été reçu à bras ouverts par le roi de Navarre. Tous les grands de Léon l'avaient abandonné; le seul comie d'Âlava lui était resté fidèle. Cette conduite , condamnatka parlante de celle des autres, attira sur lui la colère et les armes de Gonzalez. L'Âlavais fut vaincu et réduit a fuir. Le comte de CastiUe rentra à Léon, fier de son succès, et décidé ^ à profiter de la crainte qu'on avait de lui pour faire éliie ^ qui il désignerait. Il choisit Ordono, que sa conduite odieme et indigne d'un roi a fait surnommer le Mauvais. Il était fik d'Alphonse , le moine aveugle que Ramire II avait rel^é j
dans la prison où il monnit.
Malgré Topposition des grands da royaume de Léon» Gonzalez parvint à faire nommer le prince» auquel il fit éponter sa fille Urraca, épouse répudiée du dernier roi. Ainsi se trouvèrent placés^ pour la seconde fois sur le trône des Âsturies, la fille et un gendre de Taudacieux Gonzalez. C'est peu de temps après sa promotion , disent les auteurs^ que le nouveau roi mérita son flétrissant surnom f).
Vêla comte d'Alava était fils du comte Vêla Ximénés qui, sous le règne d'Alphonse le Grand , avait à deux reprises si glorieusement défendu Cilloriogo contre les Sarrasins. Poursuivi sans relâche par l'implacable Castillan , le jeune comte fut forcé d'abandonner TAlava , et se réfugia auprès des Musulmans. A l'abri désormais des coups de son ennemi, ^^^ il médita une sombre vengeance , dont les effets devinrent, plus tard, funestes à la chrétienté. Ses descendants, héritiers de sa haine profonde pour la famille du comte de Castille, ne l'abjurèrent qu'après l'avoir assouvie par l'extine- Uon de la ligne mâle du comte, dans la personne de l'infant Don Garcie^ son arrière petit-fils.
Don Sanche de Léon préparait toujours sa réinstallation,
de concert avec le roi de Navarre, dont l'avis était de ne rien
brusquer. Il disait avec raison que la menace d'un danger
imminent rapprocherait les conjurés, et les grouperait autour
de leur commun intérêt; que le temps les diviserait plus
sûrement en amenant la jalousie, les vues personnelles, la
déception des espérances ; que le peuple, qui n'avait pas été
consulté dans cette circonstance, tenait peu a la réussite de
la conspiration, et que Sanche conservait encore assez de
sympathies dans le royaume pour le faire se prononcer
contre elle; qu'au surplus les cruautés et la conduite
d*Drdoflo le Mauvais le rendaient odieux à tous ses sujets, et
^créaient à Sanche de nouveaux partisans. Ce prince était
atteint d^nne hydropisie, dont les plus habiles médecins
n'avaient pu le guérir. Il résolut d'employer à se traiter
le temps qu'il lui fallait attendre pour ressaisir ses drotti.
Par le conseil de Don Garcie il se rendit à Cordoue, où le
n l^errer. — Mtriao.-Turq.-Luc. Tud.-Moret.-Rod. ToL-Samp.-^ Vas«. chron.— Hod. Sanc.
roi Abderahman reçut avec joie et magnificence un roi de Léon qui venait, en quelque sorte, se placer sous sa protection. L'habileté des médecins ai'abes triompha de la maladie; Don Sanche se rétablit.
Sanche reçut avis que les grands et le peuple, fatigués et indignés de la tyrannie et des désordres d'Ordono désiraient le voir remplacé ; qu'il n'avait, lui, qu'à se montrer, appuyé de quelques troupes et que le royaume se déclarerait unanimement pour lui. Don Sanche, que l'accueil et la générosité d' Abderahman avaient captivé, ne balança pas à s^ouvrir à lui. Le roi de Gordoue lui promit des troupes et lui conseilla de s'adresser à Don Garcie ; ce que le roi détrôné fit ausntôt. Peu après Don Sanche, à la tête d'une armée mahométane, se mit en marche sur Léon ; Don Garcie s'avança e& forces vers la Gastille. Le royaume entier salua de ses acclamations le retour de Sanche, tandis qu'Ordono le Mauvais restait seul avec la haine de ses sujets. Lâche autant que cruel, il fuit, et fut se cacher au fond des Asturies. Pendant ce temps Sanche, remonté sur son trône, congédia les Musulmans après leur avoir royalement témoigné sa reconnaissance.
Don Garcie, cependant, avait envahi la Gastille; il était entré par la Rioja et voulait, en forçant Don Gonzalez a se défendre sur son propre terrain, l'empêcher de porte secours à son gendre. Le comte, ayant appris que toot dépendait du sort des armes, appela vers lui ses deux fils, et se plaça en forces sur la frontière. Les armées se rencontrérent prés du village Giruena, non loin de la rivière d'Oja, sur l'emplacement où depuis fut fondé Santo-Domingo de la Galzada. Les anciennes inimitiés se réveillèrent entre les deux chefs, et l'affaire s'engagea chaude et disputée. Le comte et ses fils combattirent à outrance, se prodiguant am points les plus dangereux, sans ménagement pour leurs par sonnes, sans crainte de la mort. Tant de valeur ne pat empêcher une défaite complète. Gonzalez et ses deux fils, couverts de blessures, tombèrent au pouvoir du vainqueur. Ils furent envoyés sous bonne escorte dans les prisons de Pampelune. Don Garcie continua à parcourir la Gastille, afin
3uffer jusqu'au moindre germe de rébellion ; et après voir assuré la possession à son neveu, retourna dans ses
es Asturiens craignaient que la présence d'Ordono le vais parmi eut ne leur attirât aussi la guerre et la colère rois victorieux ; ils formèrent le projet de s'emparer de et de le livrer au roi de Léon. Don Ordono, prévenu, avec sa femme çt ses deux enfans à Burgos. Là il rit la défaite et la captivité de son beau-père, sur le Mmrs duquel il avait compté. La junte de Burgos, qui ne ouciait pas de s'exposer au ressentiment des souverains Pampelune et Léon pour un homme qui avait déjà été si »te à la Gastille, lui enlevèrent sa femme et ses enfants, furent traités avec tous les égards possibles, tout le lect imaginable, et Ordono fut exilé sur les terres des ires. Ce prince, craignant de tomber au pouvoir d'Abdenan, si ouvertement déclaré contre lui, se réfugia chez Arabes-Maures d'Aragon. Il y périt de misère, chargé du nris des Musulmans, comme de l'exécration et des maléions de ceux qui, momentanément, avaient été ses sujets, vré de ses ennemis. Don Sancbe épousa Dona Théréza irez, sœur du comte Don Fernando Assurez, un des cipaux et plus influents seigneurs dii royaume (^. resque aussitôt son mariage. Don Sanche apprit que les les normands venaient de faire une descente en Galice^ t ils avaient ravagé une partie, entraînant après eux, en avage, un grand nombre d'habitants. Sizenand, évèque ]oropostelle, prit prétexte de ce malheur pour demander -oi l'autorisation de faire entourer la ville de murailles, de préserver la riche église de SaintJacques des sacriléet spoliations de ces brigands redoutés. Sa demande fut »fy)ée ; mais le prélat pressura le peuple avec tantd'âpreté B tyrannie, que plainte en fut déférée au roi. e prince était alors en conférence avec Don Qarcie son 6, au sujet du comte Gonzalez et de ses fils , détenus à
Samp.— Moral.— Luc. Tud.— Ferrer.— Mayerne.—Marian.—Rod. Toi.— . delmonast. de Sahag.-Chron. del monast. de Oôa.— Ann. Compost. wtig. Moret.
Pampelune. Tous les griefs existants contre lui furent récapitulés dans cette circonstance solennelle : sa r^llion contre Ramire II , la prison qu'il avait subie alors et le pea d'amendement qu'il en était résulté ; le pardon généreux du roi; la restitution de ses titres et possessions du comte; toutes marques d'indulgence si mal reconnues envers le fib du roi; sa coalition pour exclure du trône Ordono III, ayec le dessein, traîtreusement caché, d'établir à sa place Ordoôo le Mauvais ; la manière audacieuse dont il leva le masque e& se mettant à la tète d'une conspiration armée ; la cooroBoe arrachée violemment a son légitime possesseur, et trans-. portée par Gonzalez dans sa propre famille ; son projet d'y perpétuer le pouvoir, par le mariage presque forcé de sa fille avec le tyran. La conclusion rationnelle fut qu^il n'était ni sage ni prudent d'attendre tranquillité ni repos de la part d'un homme à l'humeur aussi remuante que celle de Gonzalez, pour lequel les leçons de l'adversité étaient infriK)* tueuses , et qu& les bienfaits ne pouvaient attacher. U fut dil aussi que la Castille ne serait jamais rangée sous l'obéissance des rois de Léon, tant qu'elle aurait cet homme turbulent qui la soulevait sans cesse, et la berçait de ses projets d'indépendance, uniquement pour accaparer le pouvoir absolu. I
Pour contre-balancer tant de motifs de juste sévérité, on énumérait les services importants rendus à l'état par le comte ; sa brillante valeur, ses talents militaires , ses nombreuses victoires sur l'ennemi commun , sa promptitude et son ardeur à couvrir et défendre les frontières du royaume contre les entreprises des Musulmans. On mentionna encoit P son ancienne alliance avec le roi Don Garcie de Pampelanei jff dont il était beau - frère ; son degré de parenté avec Dos Sanche , cousin germain des fils du comte de CasUlle. Oa ajoutait que ces derniers n'avaient pu décliner les ordres de leur père , qu'ils avaient obéi à un devoir sacré et qne Tofi pouvait, sans ensanglanter davantage la victoire, se donner des sûretés et garanties de tranquillité pour l'avenir. Eafio, soit que la constante fortune du comte Tcût encore emporté dans celte circonstance ; soit que l'indulgence devienne plus facile quand on est vainqueur ; soit encore que le nalorel
généreux et bon de Don Sanche eût dominé toutes les déci* rions: Gonzalez, au lieu d'être condamné à moH ou du moins à une détention perpétuelle, fut rendu à îa liberté avec ses fils , et rétabli dans ses titres et possessions (*)*
En 96i mourut le roi de Gordoue Abderahman III , après cinquante années d*uh règne glorieux. Ge régne fut l'époque la plus resplendissante de la domination arabe en Espagne. « La faux de l'ange de la mort, dit un poète arabe, « frappa cette tète glorieuse, sur laquelle le diadème avait « brillé pendant un demi-siècle. » Ge prince, sans contredit Tun des plus grands des Omeyades qui aient régné sur les Arabes -Maures, porte dans leurs histoires le surnom de Anaztr'Ledifi' Allah , défenseur de la loi de Çieu , et c^iui de EmiT'Al-Mnmenin y prince des croyants, dont les écrivains efarétiens ont fait le mot de Miramamolin , pour désigner les califes de la Péninsule. Il mourut à l'âge de soixante-douze ans; son fils Alhakem lui succéda. Les traités existants furent maintenus entre les royaumes de Léon et Gordoue , et les ambassadeurs de Don Sanche les renouvelèrent.
Après les opérations dont nous venons de rendre compte, le roi de Léon se rendit en Galice pour examiner la con- ^^ duite de l'évèque Sisenand. Ge prélat, blessé des avis et des ordres réitérés que lui avait fait passer Don Sanche, armait alors ses partisans et se préparait à un soulèvement. A l'arrivée du roi tout rentra dans l'ordre , et l'évèque fut emmené prisonnier. Il fut déposé par Sanche, ef le roi nomma à sa place Rosende qui, lors de la nouvelle descente des Normands en 962, les repoussa à la tète des Galiciens, après avoir tué Gonfréde ou Gonderède leur chef, et fait un tel carnage de ces pirates, que pendant tout le temps de son ëpiscopat ils ne se montrèrent plus dans ces parages. Gette même année Don Ramire , second fils de Don Garcie de Pampelnne, arriva a la cour de Léon (**).
L'année suivante , le roi de Gordoue , prince doux et pacifique autant que doué d'un grand sens et de bravoure
(•) Luc. Tud.— Samp.— Rod. ToL— Morel.— Tit. des monast. de Arlanaz.
- O Chron. var. anl.
personnelle» fut contraint par le peuple, qui se Ceitigoe de tout ce qui dure, même de son bonheur, de renouer la guerre contre les chrétiens. Des malveillants avaient semé lé bruit qu'Alhakem surnommé le Lettré , manquait de courage et n'était propre qu'à s'occuper d'arts. Le roi 6t publier TAI-Gibedh, en annonçant qu'il marcherait à la tête de l'armée. Mais en même temps sa bonté naturelle lui dicta an ordre du jour, dont toutes les dispositions étaient basées sur le coran, etdevaient être exactementsuivies. Cet ordre du jour, dont les auteurs arabes donnent une copie , était conforme aux plus généreuses lois de l'humanité. Alhakem passa par Tolède et vint mettre le siège devant Saint-Etienne de Gormaz. Le roi de Léon envoya , pour la soutenir, des troupes qui furent battues. La ville fut enlevée, la garnison éigorgée, les fortifications rasées à plat, et les habitants emmenés captifs. Quelques autres places tombèrent devant les armes mahométanes, et la campagne se termina par la prise de Zamora. Alhakem rentra dans Gordoue, avec son armée victorieuse et riche de butin, un grand nombre de prisonniers et sa gloire. Le peuple le reçut avec enthousiasme et admiration, et lui donna le surnom A'Almostanzir BUah, secouru de Dieu. Tels sont les seuls exploits, l'unique campagne de ce roi qui régna quinze ans et demi, et resta sourd aux insinuations de quelques chrétiens mécontents, réfugiés à sa cour.
Sanche de Léon, débonnaire, affable et facile, avait rendu ses bonnes grâces et sa confiance au comte de Gastille, en même temps que la liberté. Entraîné par l'estime qu'il avait toujours conservé pour Don Fernando, il lui avait confié le gouvernement du Portugal. Le susceptible comte prit à vive injure la déposition de l'évèque Sisenand, dont il étail parent, et se révolta contre son roi et son bienfaiteur. Doo Sanche, irrité avec toute raison contre un homme qui semblait ne chercher que des prétextes de rébellion, marcha a la tète de son armée contre le séditieux Gonzalez. Le comie, trop faible pour se présenter à la lutte, jeta ses armes et fut implorer la clémence de son roi outragé. Don Sanche ne vit pas sans émotion l'orgueilleux seigneur à ses pieds ; il lui
— S7S — rdonna, Taltacha à sa personne, et en fit 5a .société habi^ elle et intime. Loin d'être touché de la douceur, de la ddération, de rattachement du roi, ce monstre d'ingratitude ! put oublier ce qu'il regardait comme une injure à lui rticulière. Il voulut se venger d'avoir été forcé de s'humiir, et empoisonna Don Sanche dans une pomme, que leroi cepta et mangea sans méfiance. La présence du poison se amifesla bientôt violemment ; le roi voulut se rendre à Léon ^ ur régler les afiaires de son fils Ramîre, alors âgé de cinq s seulement. Mais dés le troisième jour de marche il sucmba. Ses qualités le firent regretter f ).
Les grands du royaume se réunirent et proclamèrent imire III, sous la régence de la reine sa mère et de Tinite Dona El vire, sœur du roi défunt. L'ambassadeur de (OD à Gordoue fut chargé de renouveler le traité de paix ec Alhakeih. C'est alors que le prince musulman fit la mise et l'envoi du corps du martyr canonisé. Pelage, que
clergé de Léon lui réclamait depuis long-temps. Gomme as en avons parlé plus haut, il n'est pas hors de propos
dire ce qu'il est et comment il fut martyrisé.
On n'a pas oublié qu'à la journée du Val de Junquera, les idéles avaient pris deux évèques, celui de Tuy et celui de lamanque. « Gelvy de Tvy, dit Turquet dans son vieux français si naïf, nommé Don Hermoge ne povuant svppor- Ler la rvdesse de sa prison à cavse qy^l estoit uieil, moyenna de sortir, en baillant ostage povi' sa rançon vn sien aeirav, appelle Pelage, heav jevne enfant^ d'enuiron [{valorEe ans, av svrpivs novrry religievsement et en grande crainte de Diev. Dés qu'il fvt entre les mains des Mavre»» le roi Abderahman, povssé de détestable appétit, en vovlvt abvser à son jdaisir, et l'indvire à prendre la secte de Mahvmet : à qvoy ce sainct enfant résista uertvevsement. Parqvoy le Roy indigné le fit tver par diuers tovrments, et jeçter dans la riuiére de Gvadalqvibir, ov son corps estant trovué, fvt enseueli par les chrétiens :.la mémoire dvqueU
f ) Sâmp.— Obisp. de Santiag.— Sandov.-** Luc Tue*— Ferrer. — Rod. me.
« povr sa grande uertv en si bas âge, est digne de dvrer à « iamais ».
Sisenand avait trouvé moyen de sortir de prison. Il rassembla ses partisans et marcha avec eux sar Gompostelle, résolu de rentrer dans son siège à main armée. Rosende, le vaillant vainqueur des Normands, n'opposa aucune résistance, et céda la place à son fougueux compétiteur. Une mitre ne lui semblait pas devoir être arrosée de tant de sang chrétien. Quelque temps après des pirates de la même nation abordèrent aux côtes de la Galice avec cent voiles et 970 de nombreuses troupes, qui se dirigèrent sur Compostelle. Sisenand, jaloux d'égaler son prédécesseur, fut au-devant d'eux. Il fut vaincu et tué ; les Normands continuèrent leurs ravages, les portèrent jusqu'au pied du mont Gabrero dans la Gastille ; et, chargés, du butin do toute la contrée» rétrogradèrent vers leurs vaisseaux. Mais Don Gonzalo Sancbez, avec les secours que lui avait envoyés la régence, leur coapa la retraite, fondit sur eux, et les défit entièrement après un combat long et sanglant. A Texception de quelques prisonniers, tous furent exterminés, et leurs vaisseaux furent brûlés n.
Cette même année de 970 fut fatale à la Navarre par la mort du vieux roi Don Garcie Sanchez III, qui eut lieu en juin. La Gastille perdit aussi à la même époque le comte Don Fernando Gonzalez, fameux par ses exploits guerriers, ses trahisons, ses révoltes et ses crimes.
Don Garcie avait régné quarante-trois ans et quelques mois depuis la mort de son père. Du temps de Sancbe Mitarra, il avait exercé le pouvoir souverain sur la Rioja, Naxera et les terres reconquises sur les Maures, ainsi que le commandement suprême dans les armées de Navarre. Contemporain et rival du belliqueux Abderahman, Sancbe était resté, lui aussi, pendant quarante années à la tête de la guerre et des affaires. Pendant son règne il vit huit rois se succéder sur le trône de Léon ; et en finissant sa longue carrière si pleine, si vertueuse et si brillante, il était arrivé
(•) Luc. Tud. — Rod. Toi. Ilisl. Arab. — Morct. — Vas», chron. — Rod. Sanc.
déjà à la seconde année du règne de Tinfant Ramire, avec le bisaïeul duquel il avait combattu à la célèbre et désastreuse bataille de Val de Junquera. Redouté de ses ennemis, allié fidèle, bon et loyal parent» Garcie avait su se faire adorer des Navarrais qui le regrettèrent amèrement. Son fils Sanche, deuxième du nom, qui fut surnommé Abarca comme son aieul, pour avoir fait usage en guerre de la même chaussure, et qui joignit ses lauriers à ceux déjà cueillis par les vaillants montagnards, lui succéda.
Don Ramire de Léon, parvenu à Tâge de dix-sept ans, se maria, du consentement de la régence, à Dona Urraca, issue d'une des premières familles du royaume. Emancipé par ce fait il gouverna par lui-même. Mais Tamour lui faisait tout sacrifier aux désirs, aux caprices de sa femme, que les chroniqueurs font d'une beauté rare. Les conseils de sa mère, ceux de Tinfante Elvire sa tante, les égards, les ménagements dus à la noblesse , il n'écouta rien et indisposa tellement les seigneurs de Galice, qu'ils cherchèrent à se venger de tant d'abandon et de dédain. Leur choix s'arrêta sur Bermude, fils d'Ordono III, et élevé parmi eux.
Ce jeune prince réunissait toutes les précieuses qualités de son père ; il possédait celles qui ajoutent à l'éclat d'une couronne, brillantent un règne, assurent le bonheur et la prospérité d'un peuple; ils le proclamèrent roi. Toute la Galice connaissait le jeune prince et applaudit à sa nomination. Sans s'effrayer de l'approche de Ramire et de son armée, les Galiciens se groupèrent, comme d'eux-mêmes, autour de leurs seigneurs et s'avancèrent verà la frontière, près de Monterosa, où ils rencontrèrent le roi de Léon. Le combat s'engagea immédiatement, et se soutint jusqu'à la nuit avec un tel acharnement de part et d'autre, que tous les historiens disent cette bataille plus meurtrière qu'aucune de celles livrées aux Musulmans. L'obscurité seule put séparer les combattants, et la victoire resta indécise. Don Ramire, affaibli par tant de pertes, et surtout celle de sa noblesse, forcé de quitter le pays ennemi, retourna à Léon pour se refaire. Yers la fin de l'année, la mort vint le surprendre; il était
dhos la Tingtiéme amiée de soo âge «I la royaoté. Don Bermode fat ananimeiiieDl
Par ce moyen fat réunie de noareaa» à la cooroiuie de Léon, b Galice, que Finquiétude de ses habitants eo aTaient momentanément séparée. Bermude II reconnut promptemeal que les divisions qui déchiraient TEspagne étaient le Irait de la corruption des mœurs. Le respect aux lois et a rautorité souveraine était perdu ; la licence s'était emparée de tons les ^prits ; les petits étaient opprimés par les grands ; eeuxei affichaient la morgue et la violence; le peuple, de soi côté, décelait une tendance au soulèvement; rinconduiie s'était scandaleusement introduite dans le clergé, dont ki censures ne poursuivaient même plus le vice. Le roi Tooliit prévenir de plus grands abus et leurs dai^ereoses conséquences; il consacra donc les premiers moments de mi régne au rétahlissement de Tordre. Il commença par le clergé, dans lequel se trouvaient encore quelques évéqnes échappés à la gangrène générale, qui gémissaient d*un mal que seub ils ne pouvaient extirper, et qui ne demandaieat qu'à être aidés et soutenus dans leurs efforts et leurs essais de réforme. Don Bermude pensait avec raison qu^elle devait porter d'abord sur les ecclésiastiques. Une institution sainte que les peuples sont habitués a révérer, à regarder comme la régulatrice des mœurs et Texemple d'une conduite pore, inspire un éloignement, un mépris, soulève un retentissement, un scandale, alors qu*elle dévie de la ligne de ses devoirs, bien plus grand et plas pernicieux qu^un relâchement, un débordement même chez toute autre classe de b société (**).
La mort de Ramire avait- fait regardw par la cour de Gordoue, ses engagements de paix comme entièrement rompus. Alhakem n'était plus; son fils Hissem lai avait sneeédé. Le prince n'avait que dix ans lors de son aTènement en 97f
f) Ferrer.— Tun|.-llanan.—Chéfùer.—]KeGh. HisL S. les. Mior.-^M. Toi.— Luc. Tud.
(••) Ferrer.— Marian.—GanribiY.—Cbéoier.
^377 — et n'annonçait encore , à dix-huit ans , aucune des qualités guerrières de son aïeul, aucune capacité pour maintenir dignement la paix , ainsi que l'avait fait son père. D'ailleurs, il fut toujours comme enchaîné par la mollesse , et les plaisirs ordinaires aux cours orientales , et que Ton entretenait soigneusement autour de lui. La vice - royauté avait été confiée à Muhamad-ben-Abdallah. Cet homme extraordi* naire, que son titre d'Agib faisait vice-roi, était né en 938, Tan 327 de Thégire, a Toro, village andalous peu éloigné d'Âlgésiras. Dans sa jeunesse il avait fait à Cordoue de brillantes études ; ses succès l'avaient fait remarquer de la cour. La reine Sobeiha, femme d*Alhakem, en. fit son secrétaire, puis son intendant; puis lui donna sa confiance sans réserve, et i la fin, lorsqu'elle devint veuve, elle lui abandonna ratièrement la tutelle de son fils et les rênes du gouvernement.
Toute la nation applaudit à ce choix. L'amour du peuple* la place éminente d'Abdallah, l'affeclioD de la reine-mère^ Tempressement et la crainte avec laquelle on lui obéissait, les conseils de ses amis et de ses envieux eux-mêmes; tout invitait l'henreux et puissant Agib à s'emparer d'un trône qui semblait venir s'offrir naturellement à son ambition. Il résista constamment. Mais il tenait son royal pupille étroitement enfermé dans l'AI-Gazar des rois de Cordoue , dans les enivrantes délices du sérail. Il ne lui laissait d'autorité que celle d'ordonner ses plaisirs ; d'autre liberté que celle de d^enser, dans les bras de ses odalisques et dans les festins, * les revenus de l'état, et sa voluptueuse et inutile existence, à un âge où son aïeul s'était déjà illustré par plus d'un combat.
On s'aperçut alors que l'adroite politique de l'Agib ne refusait le titre de roi que pour mieux s'en assurer le pouvoir; Muhamad en était digne. Génie ardent et vaste, instruction solide et variée, éloquence persuasive , bravoure héroïque, extérieur imposant, manières ouvertes et affables, Hubamad-ben-Abdallab réunissait les éminentes qualités, les dons heureux qui portent à la tète des armées un chef qu'elles acceptent avec enthousiasme, un de ces hommes
ipiî GonliemieDt ou briseot la révolte, foat tarir l'envie, eotdouent en te jouant les états et b guerre , imposent le respect, terriCent Tennemi et commandent aux peuples l'anioiir et Tadmiration. Tel était cet irréconciliable ennemi do nom chrétien; implacable dans ses guerres, si cheraleresqoement valeureux, si privil^ié dans la plupart de ses entreprises militaires; celui enfin que Tbistoire dérigne sous le glorieux surnom que lui donnèrent ses soldats, sa natioB: Al-Manzor, le TÎctorieux, Theureux Tainqueur.
Son ardent désir de s'emparer des états de Léon, de Gistille et de Navarre , était sans cesse animé par les inst^ lions du comte Vêla, que la cour de Cordoue avait aecoeilli avec ses partisans, lorsque le comte Gonzalez le diassi d'Alava. Ce traître, qui ne respirait que vengeance, représentait à Muhamad Tétat de trouble et de division des duetiens, leur faiblesse provenant des guerres dévorantes qa'ik se faisaient entre eux ; et la haine mutuelle qui en lésuitait.
Muhamad résolut d'exploiter des conjonctures aussi Eivorables. Il partit donc pour les frontières , visita les places, les provinces, hâta les préparatifs de guerre, remonta TEbre jusqu'à Saragosse, et donna partout Tordre de lever des troupes. De là il descendit vers les contrées qu'arrose le Dnero, trouva les contingents de la Lusitanie et de Mérida déjà rendus au point désigné, se mit à leur tète et entra ea Galice. L'attaque était imprévue, la résistance fut nulle. Le marche de Muhamad ne fut qu'un pillage, un incendie prolongé. Ployant sous le faix du butin, encombrée d'esclaves, l'armée se retira à Cordoue. Cette heureuse expéditiaa réveilla l'ardeur martiale des Musulmans amollis par une longue paix.
Une seconde invasion suivit de près la première ; la Galice en fut encore le but. L'armée mahométane , grossie par les troupes africaines qu'avait envoyées Balkin^ben-Zeîra , nombreuse , enflammée par l'esprit du pillage plus encore que par le zèle religieux, renversa toutes les troupes chrétiennes qui se montrèrent en face d'elle. Elle les poursuirit et fit on nombre infihi de prisonniers , qui servirent d'ornement au
triomphe de Huhamad , lors de son retour à Cordoue. (Test dans cette seconde expédition en Galice qu'il reçut son surnom d'Al-Manzor. On compte cinquante - deux irruptions faites par TAgib sur les terres chrétiennes ; et Ton prétend que, dès sa première invasion en Galice, il avait commencé» ce qu'il continua toujours dans la suite dès qu'il rentrait sous sa tente, a faire secouer la poussière dont ses habits se couvraient dans le combat. Cette poudre , destinée par lui à couvrir un jour son cercueil , était Recueillie avec soin , et enfermée dans une caisse dont il se faisait constamment suivre f).
Cette guerre suscitée aux chrétiens par la haine d'Aï- Manzor fut atroce de cruauté; elle portait un cachet de férocité, de rage, de destruction qui terrifiait. Hommes, femmes, enfants, animaux, villes, maisons, récoltes, murailles même; tout devait porter l'empreinte de la fureur musulmane poussée à son paroxysme par le renégat , le transfuge Vêla. Pour se venger d'un homme que la mort avait déjà enlevé, mais qui de son vivant l'avait vaincu dans une bataille rangée et contraint à fuir; le traître avait appelé sur sa patrie, et les terres chrétiennes, la dévastetion, le massacre^ et toutes les horreurs d'une guerre sans quartier, qui dura dix-huit ans.
Les chrétiens hors d'haleine n'avaient pas le temps du repos ; le terrible Al-Manzor renouvelait ses razzias deux fois dans Tannée. La Galice, la Navarre, la Castille, la Catalogne ; il foulait alternativement tout sous son chinr victorieux. Tout le plat pays avait été abandonné par les chrétiens, que leur étet d'affaiblissement, de division, avait mis hors d'état de résister. . W4
Au printemps de 984, Al-Hanzor entra. en Castille et mit le siège devant Sépulveda. Cette ville relevée , repeuplée, garnie de troupes et munitions peu d'années auparavant, était remplie de résolution et , de plus , défendue par les avantages de sa position. Malgré toutes les chances con* trairas, Al-Manzor s'en empara. Quelques-uns des plus
(*) Moret.— Luc. Tud.— Moral.— Rod. Toi.— Docum. des arab.— Luis del Marm.— GhéQier,lust. arab.
^ 380 — anciens chroniqueurs disent qu'il la réduisit par la famine après de sanglants combats, dans les sorties des assiégés. Le comte des Asturies, réduit à ses propres forces, était hors d'état de secourir la place ; Sanche Abarcane pouvait Taider : il était occupé avec Don Urgel Borello, comte de Barcelone, à repousser de vives entreprises des valis de Saragosse et Tortose. Al-Mansor les avait envoyés de ce côté^ avec les forces de Valence et Aragon, pour faire une diversion et diviser les ressources des princes chrétiens.
Plus tard, et dans la même année, Al-Manzor parut dans les états de Bermutle. Il se dirigea sur Simancas alors clé du royaume de Léon , l'assiégea et jura d'effacer, avec le sang ennemi, l'affront que le croissant y avait reçu quelques années antérieurement. Les habitants opposèrent une éner* gique résistance et demandaient du secours au roi. Mais l'armée de Bermude avait essuyé de telles pertes lors de sa bataille avec Ramire, qu'il lui fut impossible de prendre la campagne. Un pareil secours, s'il eût pu être accordé, eût sauvé la ville; à son défaut elle tomba au pouvoir des Maures. Ils passèrent tout au fil de l'épée , entraînant en captivité le peu d'habitants qui avaient pu se soustraire momentanément à leur fureur ; le butin fut des plus riches. La résistance de Simancas avait été telle qu'AI-Manzor, hors d'état de pousser plus avant ses entreprises, fut obligé de se retirer.
Don Bermude II travaillait sans relâche à rétablir Tordre dans ses états et ramener ses sujets à une vie régulière et laborieuse. Le siège épiscopal de Gompostelle était occupé par l'évèque Pelage , digne successeur de Sisenand. Son inconduite , ses tyrannies , ses violences avaient gravement indisposé contre lui son diocèse. Le roi, averti par des plaintes multipliées , avait tenté la voie des remontrances, que Pelage reçut toujours fort mal , et se rendit à la fia à Gompostelle où il déposa le prélat. Loin de changer son genre de vie et de se repentir, l'évèque prouva combien peo il méritait Tauguste caractère dont il était revêtu ; il réunit plusieurs de ses partisans, quitta la ville et se retira auprès des infidèles. Dans ces temps d'anarchie, tous ceux des
chrétiens qui avaient, ou croyaient avoir à se plaindre d'une injustice ou d'un châtiment, allaient grossir les rangs arabes^ et aigrir de leur fiel , irriter de leur soif de vengeance, la férocité des Musulmans.
Pendant ce temps les valis de Saragosse et Tortose avaient réuni leurs forces à celles dé Valence et d'Aragon , et faisaient une guerre à outrance au comte Borrel de Barcelone. Ce seigneur avait demandé assistance à Sanche de Navarre, auquel vinrent se joindre Roger de Carcassonne et les autres seigneurs de cette province ; parmi ceux-ci était Raymond II comte de Rouergue et marquis de Gothie. Ce comte battit les infidèles dans une rencontre, et se retira chargé de leurs dépouilles, dont Yaissette prétend qu'il fit don à l'abbaye de Conques. Il parait 4[ue Roger ne fit guère plus d'une campagne en Catalogne et que le roi de Navarre resta seul pour soutenir le comte Borrel. On no pourrait trouver une indication dans le refus de Roger, déjà de retour en France pour lors , de reconnaître la royauté de Pépin {*) .
Aucun détail ne nous est parvenu sur les événements de cette année ; Moret dit seulement qu'elle fut fatale aux Musulmans. Ce qui confirme cette opinion est le secours que les valis demandèrent à Al-Manzor. L'année, ou plutôt la campagne d'automne suivante, les mêmes valis se reportèrent aux frontières de Catalogne et Navarre. Mais Abarca, avec les Yascons de la Mérindé de SaintrJean-Pied-de-Port, et ceux des deux autres provinces cis-pyrénéennes joints à les Navarrais, leur fit essuyer de notables pertes et les repoussa. Luis del Marmol, qui tire en grande partie ses renseignements des auteurs arabes, nous montre Sanche Miarca parcourant, à la tète de son armée victorieuse , les frontières d'Aragon. L'archevêque Rodrigue de Tolède, cet historien consciencieux dont les écrits font foi et autorité, lit que le roi de Navarre enleva aux Maures quelques peuplades de la Celtibérie et de la Carpétanie, et que, de son temps, ces localités conquises portaient le nom de terres du roi Sanche Abarca.
C) Norei.-Vals0et--Gert)er(.-Narc.-Beniiird.'-£col. d'Aogus.
La Geltibérie confine effeclivement avec la Navarre , et les antiques Yascons avaient toute facilité d'y pénétrer par les versants du mont Cauno» aujourd'hui Montcayo. C'est dans le but de défendre la frontière méridionale de son royaume, que le roi fit cionstruire le fort encore aujourd'hui nommé Fort de Sanche Abarca; il est dans la partie de la Bardena, à environ douze lieues de Saragosse et huit de Tolède. Ainsi en fut-il de la ville de Uncastillo , sur le côté do l'Aragon, bâti pour contenir les Arabes-Maures de ce quartier. Le gouvernement des valis de Saragosse comprenait un coin de la Carpétanie et une grande portion de l'ancienne Geltibérie. Comme Al-Manzor s'avançait en force et menaçant vers la Catalogne, Abarca dut se borner à des courses sur les frontières» sans se hasarder plus avant dans le pays ennemi.
Al-Manzor divisa sa grande armée en deux corps ; il en envoya un au vali de Saragosse, avec ordre de se portersur la Navarre. Cette diversion réduisit le comte de Barcelone a ses propres ressources, et le livrait, pour ainsi dire, à la puissance de son antagoniste. L'Al-Agib se précipita sur la Catalogne, avec le vali de Tortose, brûlant, saccageant le pays. Ils pénétrèrent jusqu'à Wallez, où le comte Borrel vint au-devant d'eux. La rencontre des deux armées se fit dans les plaines de Mataboas, non loin de la villa de Moncade. Les deux rivaux avaient même espoir âe vaincre; mais cet espoir n'était pas également motivé. Le comte appuyait le sien sur des souvenirs de succès passés; k Maure sur le nombreux effectif de ses troupes. La bataille s'engagea, une partie de l'armée de Borrel périt dans ces vastes plaines; cinq cents nobles Catalans y trouvèrent la mort. Entièrement défait , le comte courut , presque seul, s'enfermer à Barcelone. Désespérant bientôt de défendre sa capitale, il l'abandonna et fuit vers la montagne de Maaresa. L'Agib arriva devant la place, et l'investit sans délai. II s'en empara, passa les habitants au fil de l'épée, excepté quelques captifs envoyés à Cordoue. La ville fut pillée, saccagée, brûlée, et les environs ravagés. Après cet exploit Al-Manzor, riche de dépouilles et triomphant, s'en retourna.
~ 383 — Au printemps suivant il convoqua encore deux armées, urcha sur la Gaslille, prit Sépulveda , Osma, San-Estevan Gormaz ; mais ne rasa aucune de ces places et n'y commit s Içs excès, compléments ordinaires de ses faits d'armes, raison en^est facile à découvrir. Son allié. Vêla, et après ses ûls visaient à la souveraineté de cette province. Us mptaient éteindre leur vengeance dans le sang de Tunique dernier rejeton du comte Gonzalez, et succéder à son lorité. Al-Manzor se trouvait trop bien de la connivence gge ces traîtres à leur patrie et à leur Dieu, pour ne pas K>nder leurs desseins , du moins en apparence , et leur re le sacrifice momentané de sa fureur de destruction, ilà le secret de cette modération exceptionnelle et toute aie ; on le chercherait vainement ailleurs. De là le vainqueur rentra sur le territoire de Léon , dont ivait enlevé la ligne de forts établie par Ordono II ; puis (sant le Duero, il assiégea Zamora. Cette ville, une des ncipales du royaume, qui tant de fois fut prise et reprise, lit d'excellentes fortifications. Son assiette est élevée, sur bords du Duero, qui lui sert de fossé par le sud et Tocciit. Bermude essaya de faire lever le siège ; mais ses forces ient insuffisantes. Il fut battu, et la belle et riche Zamora, 1 s'était défendue avec tant d'âpreté ; Zamora , cette résiice , cette place d'armes des anciens rois d'Oviédo , des miers monarques chrétiens de l'Espagne ; d'où ils avaient té si fièrement la paix; d'où ils s'étaient, tant de fois, s fièrement encore élancés pour la guerre ; Zamora après dernier et terrible assaut tomba au pouvoir d'un vainmt inhumain. Tout ce qui restait de vivant dans son einte fut massacré; et après le pillage, la ville, les railles, les rempjirts furent nivelés avec le sol. Ce barbare loit était digne des Galba, des Scipion, des Auguste et de t d'autres Romains.
ja chute de cette place importante et la cruauté de jib , répandirent la terreur et firent tomber les portes de les les forteresses voisines. Fidèle à son système de des- 3tion , Al - Manzor les rasa toutes , emmena une grande intitéde captifs, et fit un butin qui assouvit la cupidité
de ses soldats. Lors de son entrée a Cordooe, Vkph était précédé de neuf mille esclaves ; le vali de Tolède en avait, en outre , reça quatre mille poar sa part ; et Al - Manzor, disent les historiens arabes, en avait fiiit massacrer autant pendant la route. Le crime de ces malheureux avait été nne tentative, vraie ou supposée, de recouvrer leur liberté (*).
De Tautre coté de la Péninsule, le vali de Saragosse était entré en Navarre, après avoir partagé avec le vali deTortose les secours envoyés par Al-Manzor. Fort du nombre de ses troupes, aigri encore et irrité par ses défaites de Tannée précédente , il se faisait suivre par Tincendie et précéder par la terreur. Il voulait forcer Don Sanche à nne bataille décisive; mais Abarca joignait la prudence à Tintrépidité; il ne voulut point compromettre royaume et royauté en an jour, tandis qu'il pouvait encore les sauver. Il se borna à garnir les places fortes , à côtoyer sans cesse les Musulmans avec le reste de son armée , à tenir les hauteurs et ne se montrer que dans des postes assez avantageux pour compenser le nombre, et lui permettre de braver Taudace de son ennemi. Sanche fit couper et cacher tous les blés, dont il se pourvut abondamment , harcelait les Arabes sans relâche, inquiétait leurs fourrages, troublait leur sommeil, épiait leurs négligences, et en profitait pour tomber partiellement sur eux. Grâce à ce genre de guerre , les Maures né purent s'emparer d'aucun fort en Navarre.
Abarca , aussi adroit chef de partisans que général consommé, se montrait avec ses agiles Navarrais et Vascons dspyrénéens, tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Infatigable lui-même, il profitait de sa parfaite connaissance des Keux pour attirer Taudacieux vali dans des gorges, où il loi finsait toujours éprouver des perles considérables. A la fin, après avoir promené dans toutes les plaines de la Navarre sa fureur toujours croissante ; après avoir incendié les villages et lieux ouverts; ne voyant autour de lui qu'un désert, ioot le pays sous les armes, ses forces diminuant chaque jour, ses
f ) Luis del Mann.— Geron. — Zurita. — Mor. — Ann. AnI. de Câtil.nisl. Arab.
» harassées, au moment de manquer totalement de ; le vali, découragé par tant de revers» se résigna à lier cacher sur les frontières de son gouvernement son et la nouvelle humiliation que recevait son orgueil. Il ira donc, de Taveu des historiens arabes, avec perte partie de son armée.
Catalogne, le comte Borrel, ne pouvant compter sur la ration des Navarrais» assez sérieusement entrepris chez 'était adressé à Louis V de France, dit le Fainéant. Ce mit à la tète d'une armée suffisante pour secourir lone» qui faisait alors partie de la Septimanie, et relevait France, sous le nom de Marches d'Espagne. Louis, jeune et courageux, fils et successeur du roi Lothaire, malheureux dans son intérieur. De nouvelles brouilleirvenues entre lui et la reine Blanche sa femme, Tem* rent de suivre le généreux projet d'aller faire en me la guerre aux Sarrasins. Il fut contraint d'abandon- \ commandement à un de ses généraux, et resta en e, où la reine Tempoisonna» dit l'histoire, au mois de B l'année suivante.
te ce secours, le comte de Barcelone reprit sa capitale vali de Tortose. Les chrétiens ne furent pas malheupartout; la Castille et le Léonais furent seuls écrasés i flot mahométan, par le fougueux Al-Manzor; la gne et la Navarre soutinrent l'honneur des armées gnardes, des défenseurs constants de ienr liberté, de jligion f).
inée 987 n'ofl're rien de remarquable; seulement le s Tortose continua ses courses dans les divers comtés talogne, et les ravagea. Les autres états chrétiens ; un moment de répit; ils purent respirer. Les intérêts rs de la guerre d'Afrique retenaient Al-Manzor à ne, d'où il la dirigeait, après avoir envoyé son fils melik pour la pousser.
inée suivante le roi de Pampelnne convoqua les eortès, nte générale, à Santa -Eulalia d^Arreso, ainsi qu'il
rayait fait lors de son ayènemeiit^ comme au point le plas central pour la réunion des membres de la Navarre et de la Rioja. La première convocation avait eu pour objet de régler le mode de gouvernement ; celle-ci pour arrêter les mesures à prendre dans la guerre actuelle.
Nous avons déjà dit Tinfluence du comte Vêla sur Al* Manzor^ et combien il le pressait d'accabler, par une guerre incessante, les chrétiens désunis. Le parti de ce chevalier félon s'était grossi de tous les mécontents, ou coupables de quelques méfaits dont ils fuyaient le châtiment, et encore de ceux qui espéraient pouvoir^ sous les étendards des infidèles, rétablir une fortune que leur inconduite avait dérangée. Al-Manzor sentait Timportance de la présence de cette famille et de ses partisans, devenus assez nombreux pour former une colonne dans son armée. Aussi les ménageait-il avec soin ; et dans tous les différents qui s'élevaient entre eux et les Musulmans^ Tadroit Agib faisait toujours pencher la balance en faveur des renégats.
Vers le mois d'août 989, Al-Manzor se porta de nouveau sur la Gastille, et s'empara, dit Rodrigue de Tolède, d^Aranda de Duero, Alcobela ou Alcola. Il détruisit Yaleranica, aujourd'hui Berlanga. Cette même année, les puissances chrétiennes. Don Bermude de Léon, Sanche Abarca et le comte Garcie Femandez de Gastille, honteux et alarmés de voir les frontières de Léon et Gastille et tout le cours du Duero, dégarnis de défense; les places détruites par un ennemi puissant et acharné ; convinrent de former une ligne offensive et défensive, dont ils ne purent néanmoins, quaot à présent^ poser les bases. Abarca, harcelé constamment par les valis de Saragosse et Huesca que renforçaient les troupes envoyées par Al-Manzor, ne pouvait abandonner ses propres états pour aller secourir ses alliés. Le Musulman avait d'ailleurs assez de ressources matérielles pour déjouer tout projet de concentration de la part des chrétiens, et les occaper vivement chez eux. Quoi qu'il en soit, les premiers jalons alors établis, servirent plus tard à amener un favorable ensemble, un résultat définitif.
Les deux années suivantes furent des époques de deuil
pour le roi de Pampelune. Don Ramire, roi de Viguera, son frère, mourut en 991 et fut inhumé à San-Salvador de Leyre. En 992, environ à l'anniversaire de cette mort, rinfant Don Ramire^ fils de Sanche, s'endormit aussi dans la tombe, et ses dépouilles mortelles, suivies par toute la cour, furent déposées à San-Millan.
Les frontières de Léon étaient dégarnies ; avant que les W3 chrétiens n'eussent pu fermer les blessures qu'ils s'étaient réciproquement faites, au lieu d'opposer un ensemble serré à l'ennemi commun, ils avaient été attaqués de tous côtés à la fois, et isolément. Entourés de dangers toujours renaissants, Yoyant leurs forces diminuer, leurs ressources s'appauvrir; réduits à une continuelle et périlleuse défensive; morcelés, écrasés par des armées toujours renouvelées, toujours également nombreuses^ et qui se succédaient comme les flots de la mer; ils ouvrirent enfin les yeux sur leurs vrais intérêts. La ruine qui les menaçait de près les éclaira, leur démontra la nécessité d'une union franche et sans souvenirs du passé. Us étouffèrent, sur l'autel de la patrie et de la religion, des dissensions funestes, de malheureuses rivalités. La question entre eux et les infidèles était celle d'être encore ou de ne plus être; de régner en combattant ensemble, en unissant leurs épées ; ou d'aller successivement orner, de leur royale captivité^ de leurs royales dépouilles , eux soutiens et représentants de la chrétienté de l'Europe, Torgueilleux char, la triomphale entrée à Cordoue du Musulman vainqueur.
Mais la faiblesse respective des états chrétiens commandait une concentration locale; et les attaques simultanément dirigées par l'ennemi, sur des points opposés, empêchaient une réciproque assistance. Voilà ce qui explique l'absence de défense sur les frontières de Léon. Il devint donc facile k AI-Manzor d'y pénétrer, tandis que Bermude II rassemblait tout ce qu'il pouvait de troupes pour s'opposer à l'heureux et farouche Agib. Les forces du roi étaient bien inférieures en nombre à celles des Arabes. Mais il est telle circonstance dans laquelle un roi doit savoir jeter au vent le dé des batailles, et jouer, sur cette chance, ou son trône ou sa vie;
présenter audacieusemeni sa poitrine à rennemi; la couronne en tète tomber avec elle, ou avec elle se relever dans toute la force et Téclat d'une victoire.
La providence des états, la sainteté de la cause religieuse, inspirèrent de la confiance au pieux Bermude. Il s'avança contre Al-Manzor^ et lui présenta la bataille prés des bords de TEzla, qui baigne de ses eaux les murs de Léon. L'armée de Bermude comptait dans ses rangs un corps de Vascons du Labourd, de la Basse-Navarre et de la Soûle, ainsi que quelques troupes d'Aquitaine, de Gascogne et de Béarn.
Al-Manzor méditait la prise et le sac de Léon ; il r^arda cette occasion de combattre comme le moyen de terminer d'un seul coup la conquête du royaume entier. Il sortît avec empressement de son camp, sûr d'avance du succès. Don Bermude l'assaillit avec tant de promptitude et de vigueur, ses soldats déployèrent une valeur tellement fougueuse el tenace, qu'après un combat des plus meurtriers, les Maures furent mis en pleine déroute. Ils coururent ainsi jusque non loin de leurs palissades. Al-Manzor, accoutumé à vaincre, furieux de voir ses étendards fuir devant le drapeau chrétien, poursuivit les fuyards, les atteignit, les dépassa, s'élança à bas de son cheval, et s'assit a terre. Dans son désespoir il aiTacha son turban , qu'il posa près de lui ; lança au loin son cimeterre, et jura d'une voix haute et solennelle que puisqu'il avait la douleur et la honte de se voir abandonné par de lâches soldats, déshonorer ses enseignes par d'indignes enfants du prophète ; il voulait, dans cette position, attendre les chrétiens et la mort.
Cette conduite courageuse produisit l'effet prévu ; la hpnle et l'enthousiasme remplacèrent la terreur. Al-Manzor ndlia promptement une partie de ses honunes et retourna sur l'ennemi ; le reste le suivit. Les chi étions poursuivaient leur succès avec le désordre de l'acharnement; le rétablissement du combat les surprit, ils ne purent se reformer. Attaqués avec fureur, ils plièrent à leur tour, et le massacre àexixA affreux sur leurs troupes disséminées et désunies.
C'est ainsi que cet homme extraordinaire, qui savait
er la fortune par la magique influence de ses inspim* ibites, arracha la victoire aux chrétiens qui Tavaient mportée, et de vaincu qu'il était, sut devenir vain* Toutefois, cette victoire, sitantestque son résultat per- [}u'on nomme ainsi ce cas fortuit de guerre, coûta cher anzor. Réduit a terminer les opérations de la cam* » par suite des pertes essuyées dans cette sanglante 5, il se retira.
[ib rentra à Gôrdoue où l'appelait le désir de recevoir iveaux applaudissements, moins peut-être que le de s'assurer que son royal pupille ne cherchait pas à es chaînes d'or dont il Tavait enlacé. Peut-être encore lit-il que pendant une absence plus prolongée, quelque X, quelque rival jaloux n'inspirât au jeune roi le désir aer par lui-même, et ne renversât ainsi, pour s'élever ruines, le pouvoir sans bornes du tuteur vice-roi. La n de ces motifs l'empêcha de prendre ses quartiers * en Gastille; mais en s'éloignant le vindicatif Agib }a avec colère son retour pour la campagne suivante, destruction de la ville de Léon qui, cette fois, lui pait.
is Arabes avaient été affaiblis a ce point par la journée , les chrétiens n'avaient pas payé leur gloire de moins tg. Les alliés de Léon s'étaient retirés, et Bermude ssait Al-Manzor. Effrayé d'une menace qu'il savait ne ivoir rester vaine, convaincu de la grande supériorité rces du Musulman, il se retira dans les Asturies, lant avec lui sa famille, selon Rodrigue Sancius. Une des grands de l'état et des évêques le suivirent, et le évacuer ce que la ville et les églises renfermaient de récieux ; il fit même enlever les cendres des rois ses lesseurs. Il plaça dans sa capitale une forte garnison, 3 commandement du valeureux comte de Galice, Don 1 Gonzalez.
e mesure de prudence ou de timidité de la part du ain, était peu apte à relever le courage de ses sujets, bitants et la troupe connaissaient l'impitoyable cruauté [anzor ; ib se jurèrent de résister jusqu'à la dernière
extrémité et de ne tomber sous le fer sarrasin qu'en combaltant.
Dès le printemps suivant» le ^ice-roi de Cordoue, animé par le ressentiment de ses pertes et fidèle à son serment, marcha sur le royaume de Léon. Nul obstacle ne le retarda; 994 tout fuyait à son approche. Il parcourut rapidement les contrées ravagées par lui Tannée précédente, et arriva devant la capitale, dont le siège fut immédiatement formé. La résistance fut longue et opiniâtre ; mais Tactivité d'Al-Manzor, sa présence, ses encouragements précipitaient les Irayaux. On aurait dit que chacun de ses regards, chacune de ses paroles arrachaient une pierre aux fortifications de Léon.
Le comte Guillen, malade, s'était fait porter, dans son lit, à une brèche pratiquée non loin de la brèche principale. Revêtu de ses armes, Tépée à la main, quoique étendu sur son lit de douleur, il animait les habitants par sa présence: et pendant trois jours les tentatives des infidèles furent repoussées; ils essuyèrent même de grandes pertes. La civière qui supportait le corps du digne chevalier, semblait une nouvelle muraille opposée à Tennemi, plus forte, plus résistante que la première.
Après un grand nombre d'assauts, livrés et repoussés avec le même nerf; après bien des brèches ouvertes et refermées aussitôt, une large trouée fut faite dans le mur. Le formidable Al-Manzor, son étendard d'une main, son cimeterre de l'autre, s'élança le premier sur la brèche, entraînant tout par son exemple, renversant tout sous ses pas.
Pendant ce temps Bermude, le roi Bermude se cachait dans les plus hautes montagnes des Asturies, entouré de ses trésors, de sa famille et de prélats. Et de ces mêmes asiles d'où Pelage, il y avait plus de deux siècles et demi, s'était élancé pour tout reconquérir, pour jeter les fondements de ce même royaume avec lequel Bermude refusa de périr; ce prince terrifié adressait au roi de Navarre une voix suppliante, oubliant qu'une couronne est toujours perdue pour un roi déshonoré. Mais Sanche Abarca avait l'épée à la main, et le fracas des armes Tempêchait d'entendre les cris de
détresse du successeur des Alphonse, des Ramire, des Ordono. Suivant Lucas de Tuy, le siège de Léon avait retenu Al-Manzor pendant toute une année ; Rodrigue de Tolède dit qu'il dura près d'un an , et les auteurs arabes conviennent également de ce fait.
La prise de la capitale, comme celle de toutes les places emportées par Al-Manzor, Tut suivie de sa destruction. Trop fidèle à son engagement d'anéantir cette superbe cité, Al- Manzor la fit raser au point qu'il ne fut pas laissé pierre sur pierre. Seulement une tour de la muraille resta par son ordre, à ce que rapporte l'archevêque Rodrigue, pour laisser à l'avenir un monument de son triomphe, et marquer l'emplacement qu'avait occupé Léon. La résistance désespérée des habitants, lors du dernier assaut, avait amené un carnage horrible; le gouverneur sur son grabat avait été tué de la main même d'Al-Manzor, et les Arabes avaient passé la nuit sur les remparts. Ce ne fut que le lendemain matin qu'ils purent entrer dans la ville, se gorger de sang chrétien, se charger de butin. L'esclavage devint le partage de ceux que le fer fatigué des Maures ne moissonna pas. Après le pillage vint la complète démolition.
Al-Manzor se dirigea vers Astorga, qui se rendit sans résistance; il entra dans les Asturies, pilla toutes les églises et rasa le monastère de Sahagun. Il assiégea les châteaux de Gordon, Luna , Arbolio ; mais la difficulté des lieux, jointe au courage obstiné des Asturiens et aux succès qu'ils avaient obtenus sur lui, le décidèrent à la retraite. Al-Manzor retourna à Gordoue; et le malheureux royaume de Léon, si brillant, si exhubérant de gloire il n'y avait encore que peu d'années, se vit réduit à ses premières proportions, celles auxquelles l'avait laissé Pelage , son premier roi , son fondateur f).
L'année précédente avait vu le mariage de Bermude IL avec Dona Elvira , fille de l'infant Don Garcie de Navarre, premier né de Sanche Abarca et qui lui succéda sous le nom de Garcie le Trembleur. Nous avons dit le motif qui
(•) Luc. Tud. - Garib. — Morel. - Rod. Toi. — Hîsl. Arab. Ohénier.— CoDde.
anraît empêché le roi de Pâmipelone de Tenir en aide i cdm de Léon. Le lien de Êonille qoi existait entre eux en aTait établi un autre plos précieox dans cette cîrcoiistaiice pour Bermude.
j^ A la cour de Sanche était alors le jeone Doo Sanche, nereu do roi. fils de Dona Urraca de Navarre et do comte de Gascogne, Guillaume Sanche. Par son moyen , et a h prière d'Abarca. Bermude obtint Tannée suivante une année auxiliaire composée de Gascons, Béarnais, Aquitains, Taseons, en un mot de tout ce qui formait b coalition cantabrique du côté des Gaules. Joignant à ce renfiMi ce qnll avait lui-même de troupes, le roi de Léon se sentit en état de reprendre la campagne. Dés le printemps Tinfatigable Agib entra en Portugal où, après avoir passé la Guadiana et le Tage, il s^empara de Coimbre et Visée ; traversant ensuite le Duero, il prit les rilles del Puento, Lamego , y plaça des garnisons et se présenta devant Dragues , qui se rendit. H franchit le Mino , fit raser plusieurs places qui avaient osé résister k sa fortune, et emmena captifs les habitants ; Toy, siège épiscopal, fut détruite.
De là. Al - Manzor s'en fiit en Galice, à la demande de Tèvèque destitué Pelage , qui avait ses vengeances à exercer. Compostelle fut attaquée,, enlevée, saccagée, ainsi que la superbe égKse de Saint-Jacques le patron de TEspagne, un des principaux monuments de la dévotion des peuples. Cette métropole apostolique avait des portes d^airain qu^Âl- Manzor fit arracher, et porter par les prisonniers chrétiens. Il enleva aussi les cloches , qui servirent de lampes à la grande mosquée. Elles y restèrent, disent Garibay et lliîsloire arabe, jusqu'au règne de Ferdinand le Saint, qui prît Cordoue, et les rendit à leur première destination.
L'Agib n'avait pas le projet de borner là ses conquêtes. Hais la dyssenterie sévissait dans son armée et l'affaiblissait; il ordonna la retraite. Bermude s'était mis en mouvement; il fit poursuivre les Maures par ses généraux , cpii en fireat un massacre effrayant.
C'était la seconde fois que le fier Al-Manzor était force d'ajourner ses projets , par suite des pertes qu'il éprouvait.
Aussi ful-ii irrité comme à Léon» et jura-l-il, dans sa colère» de venir se venger par le ravage et l'extermination de toute la Galice. Une telle menace sortie d'une telle bouche devait Taire trembler ceux à qui elle s'adressait; aussi les Galiciens De voyaient-ils d'autre ressource que leur désespoir.
Toutes ces fureui^s, ces dévastations, ces rapides courses du Musulman, étaient en partie l'œuvre de quelques seigneurs inquiets et ambitieux , ralliés au croissant , et qui irritaient de leurs passions celles d'Al-Manzor. Si le comte Vêla et sa famille» si le comte Rodrigue Yelazquez et* son Gis l'évèque Pelage, si tant d'autres avaient su ou voulu immoler leurs ressentiments particuliers» leurs animosités à la cause de la patrie et de la liberté ; jamais les mêmes avantages n'eussent été obtenus» jamais les mêmes horreurs n'eussent été impunément commises parles Mahométans.
Le roi de Pampelune Don Sanche Abarca II » mourut au commencement de cette année » ou tout-à-fait à la fin de la précédente» selon quelques auteurs. Il avait atteint soixlnte ans » pendant vingt desquels il avait tenu d'une main ferme et glorieuse le sceptre et l'épée. Malheureusement nous o'avonspu trouver aucun détail sur les campagnes habilement conduites de ce prince. II reste ce fait» qu'il a presque constamment fait la guerre avec les différents valis de Saragosse» Huesca et Tortose, et leur a fait essuyer des pertes sensibles. Il leur a fait une guerre d'activité» d'épuisement, dont ses états souffraient , puisqu'il n'avait jamais le temps de réparer les dommages causés ; mais aussi par laquelle il les préserva d'une odieuse domination.
Le surnom d' Abarca lui vient» non comme le prétendent les écrivains arabes» du mot Embarc, qui dans cette langue signifie heureux; mais bien de la chaussure montagnarde appelée Abarca. Ce sont des pièces de cuir ou de peau qui embrassent le pied et le bas de la jambe, et sont retenues par des cordes ou courroies. Cette chaussure empêche de glisser dans la montagne» et assure le pied, tout en le laissant à l'aise et le garantissant. Sa légèreté aide à la marche» et le roi Sanche l'affectionnait beaucoup. Courageux, endurci à la fatigue» aux intempéries; voulant» par son exemple,
cfceval â b cmHiade de «s ényvn, ci ■airfcait a^cc
cubMHu». U i« Hn^wiit rn—ir «» ÎBtréfîiés et 9iaf^VTa», il les itooiliRsaît , o>iii]Be àts dnams » â tnven le« rff^hen^ b» mriiktaçiiei k» plas escarpeo. le» pièûfke Ie4 plo:^ fbotrcnna. La (xre et le» panlioBs des Jlâves rokiércaieiit â ce i^eiire de ;»env faiisaiiL
Ltè ««'ddaU, beur^fn de \oit leur rot aa milieo d*e«x, prendre sa part de» fati^nie» aTec aotaBl de sailè. d*aBnté et de coftflaofe qo'il partageait leors périb a^ee calme et aadatfre, lai doQnêreot, soldant récrÎTaÎB ^menjmit de Dw Thilidud, le surDom d'Abarca ; et Dos Sanrhe raeeepli eomine une flatteuse disâîocikw qui devait le bife icmmûi parmi les rois du même nom que lui, et dépeindre d*on boI, en les consacrant, sa popularité et la manière dont il s^uaissait aux travaux de ses soldats. La même chose est rapporlée par plusieurs autres historiens et durooiqueurs, entre anires Garae Lopez trésorier de Roncevaux.
Don Garcie IV, dit le Trembleur, succéda à son père Dw Sanche. Ce prince, d'un âge déjà mur, avait fait et apprit la guerre â la grande école d'Abarca. U avait un frère. Don Gonzalve, auquel le roi Sanche avait donné le gouTemement d'Aragon , conquis par lui sur les Maures, conjointement avec la reine sa mère Dona Urraca. On ignore où repose soo cercueil ; les moines de San-Juan de la Pena et ceux de San- Salvador de Leyre prétendent également le posséder.
Al-Manzor s'était retiré , poursuivi par les chrétiens ; les débris de son année décimée par la maladie, étaient encore tailladés par le fer montagnard. Le dépit qu'il ressentit de ce nouveau revers ne permit pas à son ardent désir de Teii. geance de s'assouvir. D'ailleurs le superi»e Musulman avait prononcé le serment d'exterminer la Galice et la chrétienté.
Dés son arrivée a Gordoue , il commença ses .préparatifii. Il lit publier l'AI^Gibedh dans tous les états du roi , et ea Afrique. Les Musulmans accouraient de toutes parts soas les drapeaux de l'ardent Agib, et ne rêvaient que victoire et richesses. Déjà, lorsqu'il se mit en mouvement il avait,
(lisent les auleurs arabes» cent mille hommes de pied et soixante mille chevaux. Accompagné de son fils Abdelmelik» des fils du comte Vêla qui avaient hérité de la haine et de Tobslination de leur père; de grand nombre de capitaines renommés et de chrétiens transfuges ; il ouvrit la cam-. pagne en passant par Tolède, Alcala et Siguenza » traversa les monts Carpétanicns, se dirigea sur le Duero et les frontières de Gastille, se grossissant toujours dans sa marche de toutes les troupes et levées qui se trouvèrent sur la route» ou vinrent se joindre à lui.
Tant et d'aussi grands préparatifs n'avaient pu se faire assez mystérieusement pour échapper à la connaissance des rois chrétiens. La terreur fut grande chez les peuples» mais d'un effet salutaire; elle leur inspira une généreuse résolution : celle de résister à outrance. Le roi de Léon se transporta en Galice pour ranimer le courage des habitants ; il envoya des hommes recommandables en Biscaye et Guipuzcoa ; les Vascons cis-pyrénéens furent aussi appelés par leurs frères de la Péninsule. Toutes ces troupes auxiliaires étaient sous le commandement de Loup III, duc de Biscaye. De respectables évéques» des hommes de la plus haute considération, travaillèrent au rapprochement du roi avec les Castillans» devenus indépendants du royaume de Léon.
Don Garcie de Navarre fut aussi sollicité. Il ne s'agissait plus de conquérir sur les Arabes quelques lambaux arrachés au manteau royal. Ce n'était plus exclusivement la croisade religieuse contre les ismaélites, contre l'islamisme; c'était plus : c'était la conservation des couronnes affaiblies, l'existence des populations ruinées» massacrées en partie»tramées *en esclavage; c'était la fureur» la cupidité, la férocité des Mahométans, la torche et l'épée d'Al-Manzor qu'il fallait éteindre et briser par un grand coup» sous peine d'être égorgés par Tune et dévorés par l'autre, sans espoir de rémission» sans pitié » sans rachat ; c'était la loi des chrétiens» leur foi, les autels du Dieu de leurs pères, qu'il £sillait préserver» sauver de la profanation des infidèles» d'une totale et irrémédiable destruction.
Il est grandiose et imposant» le tableau des fils de la mon-
tagne, debotit au pied de leurs rochers, attendant sous les armes le moment de trancher par les armes la question for* midable de leur délivrance ou de leur anéantissement. Ib regardaient avec calme et résignation accourir en foule aui cris de mort et d'incendie, ce que TEspagne , ce que rAfirique avaient pu amonceler sous le croissant, d'ennemis fooa* tisés du nom chrétien. Et sans frayeur, comme sans vaine bravade ils étaient là , ces remparts séculaires de la foi de TEurope, ces champions de la liberté du monde ; conGant dans la sainteté et la grandeur de leur mission , comptant d'un coup d'œil rapide les farouches adversaires contre lesquels, dans un moment, ils vont se heurter. Peuple sublime, qui arrêta l'envahissant islamisme aux pieds des Pyrénées, comme l'air pur de la montagne chasse l'air empoisonné des épidémies. Peuple sans lequel le croissant, franchissant cimes et vallées , se serait répandu sur le continent, l'aurait asservi à sa loi, l'aurait fait esclave et Blahomëtan.
Il nous faut, quoique nous en ayons , retrouver et reconnaître dans toutes les grandes phases de cette histoire, dans les circonstances suprêmes, le sceau d'une mission éternelle, la providentielle destination des Euskariens i être les sauveurs de toutes les libertés, les conservateurs , les apôtres armés de la foi , les visibles instruments des arréis de Dieu.
L'alliance entre les peuples et les rois se fit ; Tintérèt général le voulait comme l'intérêt particulier; la nécessité d'une union, d'une coalition sincère et serrée fut comprise. Il fut décidé que les armées avec leurs chefs, le comte Loup 111 , celui de Gastille et les rois de Pampelune et de Léon se réuniraient sur la frontière de Gastille , point habituel de l'entrée d'Al-Manzor. Pendant quelque temps on n'entendit dans toute cette partie de l'Espagne que le bruit des armes , des troupes en marche et des fanfares de guerre.
Don Garcie Fernandez fut le premier au rendez • voos. Bermude, que la goutte tourmentait, se fit transporter sur une litière à bras, pendant les soixante lieues qui séparent
hriédo d'Osma. Il ne voulait pas, dans un moment aussi solennel , que sa présence faillit au zèle , à Tardeur aveo aquelle tous se précipitaient à rencontre des Musulmans » jvarcie le Trembleur ne tarda pas à arriver à la tête d'une lelle armée.
Les forces des chrétiens étaient imposantes , ils étaient Uectrisés, leur confiance et leur accord présageaient le suc- ^s. A peine furent -elles réunies, Tarmée mahométane s'avança à la suite du redoutable Al-Manzor. Dans Tintention de s'assurer des dispositions morales de leurs troupes^ les rois et chefs, voyant s'approcher le moment décisif, ne balancèrent pas à leur faire un exposé rapide et vrai de la rituation des choses. L'importance du moment, l'imminence lu danger, la nécessité absolue de vaincre , les inévitables conséquences d'une défaite ; rien ne leur fut déguisé. Cette, déclaration franche fit son effet sur des hommes qui voyaient eux-mêmes la triste vérité. L'armée, comme concentrée dans la profon(]|p méditation qui précède une résolution forte et sxtréme , garda un moment de solennel silence. Puis» ;x>mme une seule voix s'élança des rangs la demande de marcher incontinent au combat.
Les dispositions prises, les chrétiens furent aussitôt mis m mouvement sur Galatanozor, village assis sur la rive nord i.Q Duero, entre Osma et Soria. Son nom, qui vient de l'Arabe, signifie rocher du Vautour, et devait être à peu près où se trouve aujourd'hui Al-Manzor. Le lendemain matin, l'Agib présenta la bataille aux chrétiens, qui l'acceplèrent avec ardeur. Les deux armées savaient que l'enjeu de la journée, pour les uns comme pour les autres, était l'em* pire de toute l'Espagne ; et que cette vieille querelle toujours ajournée, toujours en question, était soumise, cette Ehs, a la sentence définitive de l'épée.
Le signal fut donné des deux cotés^ et les armées s'abordèrent avec tant de fureur, au bruit des instruments de guerre, des commandements élevés des chefs, des cris d'enthousiasme des soldats, qu'il semblait qu'elles devaient se briser par la violence de leur choc. Pendant qu'elles parcouraient Tespace qui les séparait, une nuée de flèches, de pierres, de
dards, de tous projectiles, préludait au combat corps à corps auquel chrétiens et Musulmans apportaient en courant une égale animosité. Alors commença le massacre.
Les Maures étaient plus nombreux, mais Taudace des chrétiens, leur acharnement étaient effrayants. Déjà plusieurs fois les escadrons africains avaient rompu les lignes des chrétiens ; mais toujours ceux-ci s'étaient ralliés, les avaient vigoureusement repoussés. D'un autre côté le roi de Pampelune, Garcie le Trembleur, à la tête de ses chevaliers bardés de fer, allait porter la mort dans les rangs musulmans, y jetait le désordre, écrasait tout ce qu'il rencontrait. Al- Manzor indigné d'une résistance que jamais encore il n'avait rencontrée, prodiguait son sang, exposait sa vie, comme le dernier des soldats, et ne pouvait faire se décider la victoire.
Le jour déclinait, les deux armées, comme deux invincibles rivaux, diminuées par le carnage commencé dès le matin, luttaient encore à la même place et avec la même ténacité. On combattait, on s'entretuait, les pieus dans le sang, embarrassé par les cadavres dont la terre était couverte. Le choc des glaives, des massues de fer, de haches d'armes; les clameurs des combattants et des chefs, les plaintes des mourants et des blessés, remplissaient l'air d'un bruit tumultueux et effrayant. Al-Manzor, transporté de honte et de fureur, courait de rang en rang, de danger en danger, affrontant la mort partout, partout la méprisant et cherchant la victoire. La supériorité du nombre ne lui servait à rien; les chrétiens, il le savait, étaient forcés de vaincre ou de s'ensevelir jusqu'au dernier dans leur défaite.
La nuit avançait à grand pas et la mêlée continuait sanglante et animée. Malgré l'immensité de leurs pertes, malgré leurs rangs éclaircis, les Maures, électrisés par la présence et Texemple de l'inflexible Agib qui portait ses coups partout comme l'ange des combats, continuaient âprement la bataille. Les chrétiens regardaient la cavalerie encore si nombreuse de l'ennemi comme l'instrument d'une perle assurée et totale pour eux, s'ils lâchaient pied. Ils se voyaient
— 3W — moment d'être vainqueurs, et ne voulurent pas» en cédant a fatigue de toute une journée de lutte non interrompue» rdre le fruit de tant d'heures de travaux» de sueurs et de ig. Tous étaient exténués ; les forces épuisées des deux nées auraient bientôt trahi leur courage : l'obscurité vint ipendre un acharnement dont aucune guerre» aucune ion n'avait encore fourni d'exemple.
Les combattants se séparèrent peu à peu ; personne ne fait, personne non plus ne poursuivait : tous se retirèrent ses de lassitude» défigurés par le sang et la poussière» les nés ébréchées et fumantes. Les Maures regagnèrent lente- »nt leur camp ; les chrétiens» péniblement ralliés par les 8 et le comte de Gastille» qui avaient pris une part si ive au combat» couchèrent sur le champ de bataille» au lieu des mourants et des morts; tous avec l'espoir ichever» à l'aurore du lendemain» la destruction de leurs nemis.
^•Manzor» couvert de blessures» attendait tristement dans tente que» suivant l'usage^ ses généraux se rendissent près de lui. Quelques-uns» en petit nombre» se présentèit mornes et silencieux. L'Al-Agib demanda les autres; on répondit que le fer chrétien les avait renversés sur la ussière de Calatanozor» et que ceux qui avaient revu le np étaient dangereusement blessés. Il comprit alors» lui i» pour ainsi dire, avait pu compter tous ceux qui étaient nbés» l'impossibilité absolue de recommencer le combat le idemain. Ce combat se montra à lui comme le complémt de sa défaite» privé qu'il était de tous ses chefs. Parmi jx dont la mort excita le plus de regret chez les Arabes» lient Cacem-el-ben-Gaci» le plus vaillant des enfants du sert» et le farouche Latah BuhehuI, le Roland furieux de xabie. Ces deux guerriers étaient venus poser leurs cime- Tes aux pieds d'Al-Manzor; leurs poètes avaient déjà iébré leurs hauts faits. L'Agib donna l'ordre de la retraite; ur mieux dire» il licencia son armée découragée» qui se banda aussitôt et se mit à fuir dans toutes les direcns.
Al-ManzorhumiHé» abattu» se livrait au plus violent déses-
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» trouva déserts comme le camp. Les maux de la veille îsparurent devant cet aveu tacite mais formel d'une défaite impiété ; le camp fut pillé et les chrétiens à leur tour s'en ïtoumèrent chargés de dépouilles {*).
Le roi Garcie s'était montré digne de conduire à la gloire ss soldats euskariens. L'histoire» avons-nous dit, lui a >nsacré le surnom de Trembleur, mais elle en explique la lison. Au moment de livrer bataille, l'agitation de son (Bur guerrier communiquait à ses membres un frissonnement ipide et convulsif. Son regard» brillant alors et prompt mime l'éclair, parcourait les rangs ennemis. Une fois la lèlée commencée, Garcie se précipitait au plus fort du dan* Bf et se livrait à toute la fougue de sa valeur. L'impartiale istoire lui rend ce témoignage, que jamais il ne la montra ins un plus beau jour, que jamais il ne déploya plus 'audace et de bonheur que dans la journée de Cisilainozor. Il fut le digne émule du fougueux et redoutable Qsulman.
Oo ne mentionne pas la perte des vainqueurs dans cette Eaiire, si glorieuse pour les deux partis. Les chroniques et svèque de Tuy évaluent celle des Maures à cent mille Hnmes restés sur le champ de bataille. 11 fallait un massage aussi terrible pour qu'Al-Manzor renonçât à renouveler
combat le lendemain. Après le partage des dépouilles qui irichirent l'armée chrétienne, les troupes alliées se séparent, et leur concentration étant désormais inutile, elles ntrèrent dans leurs provinces respective .
L'Espagne, si long-temps gémissante sous le poids des Tiies d'AI-Manzor, respira enfin. La mort inespérée de implacable Agib fut le résultat le plus heureux de la jour- 36 de Calatanozor. Cette célèbre victoire, la plus grande, >rés Muradal, de toutes celles que présente Thistoire du 3uple qui nous occupe, prépara le règne glorieux de inche le Grand, ainsi que la conquête de l'Aragoo et de la istille, érigés en royaume. Al-Manzor, ce colosse de gloire
(•) Nayeroc. — Morel. — Pelag. de Oviéd. — Rod. Toi. — Luc. Tud. — irib. — Rod. Sanc. — Chéoier. — Homaîdi. Ann. de Fez. — Conde. ^« irlès.— Hist. Arab.
et de génie, entraîna dans sa tombe la dynastie des Oméîdes, enfante de Moayie et de Mervan. Terrassée par la conquête des Romains, foulée aux pieds par les invasions gothiques et musulmanes, la vieille nationalité hispanique se releva terrible après une léthargie de douze siècles. Elle se releva au cri magique de liberté qui, pendant ce long sommeil de la Péninsule, n'avait cessé de retentir du haut des Pyrénées occidentales, poussé par les Euskariens toujours armés, toujours guerroyante.
Don Bermude le Goutteux rentra dans ses étate, souffrant et comme accablé par sa maladie. Un grand seigneur asUirien, aveuglé par Tambition et Tespoir d'arriver au trône de Léon, forma, dit Rodrigue de Tolède, le complot d'assassiner rinfant Don Alphonse, fils unique du roi. L'active solli* citude du comte Ménendo Gonzalez, auquel Bermude avait confié Tenfance du prince, découvrit le criminel projet. Le coupable fut puni de mort, et ses biens conGsqués furent donnés à l'église d'Oviédo. Peu de temps après, en 999, Bermude mourut en Galice et fut inhumé, selon les chroniques, à Val-Bueno. Cette même année fut aussi marquée par la mort de Don Garcie le Trembleur. Le premier avait eu un règne de seize années; Don Garcie ne garda la royauté que quatre ans. Des guerres continuelles avaient occupé la vie de ces deux souverains ; leurs derniers jours reçurent la récompense due à tant de travaux. On dirait que la main toute puissante n'avait détourné le danger de leurs têtes, et ne les conservait que pour rétablir en Espagne la cause si chancelante de la chrétienté.
Après la mort du roi de Léon, les grands suasse mbiérent pour élire son fils, Alphonse cinquième du nom, âgé de seulement cinq ans. Les soins de la régence furent confiés à la reine-mère et au comte Ménendo. A Don Garcie de Pampelune succéda son fils unique, Sanche III, qui prit le titre d'empereur, ce que n'avaient pas osé, même les rois visigoths, au faîte de leur puissance; il mérita par sa valeur et ses vertus le surnom de Grand.
Abdelmelik aussi remplaça son père dans la dignité d'Agib, ou premier ministre. Il avait toujours géré les affaires du
royaume de Gordoue, en l'absence d'Al-Manzor, et la reîDe mère Sobeiba, qui survécut peu à ce grand bomme» avait conseillé^ au lit de mort, à son fils Hissem, de le remplacer par Âbdelmelik , dont la bravoure et les talents avaient été si souvent éprouvés. Le^ nouveau ministre suivit le plan de son père en éloignant le prince des affaires, en caressant et entretenant son pencbant à la volupté comme au repos; looi enfin en Tentourant de tout ce qui pouvait lui faire oublier le pouvoir. Abdelmelik réussit sans peine à confiner dans les délices du sérail un prince faible et indolent, incapable de régner par lui-même, et qui n'avait pas songé un moment à reprendre des mains de son ministre une puissance qui n'était à ses yeux qu'un fardeau.
Abdelmelik voulut venger la défaite et la mémoire de son père ; il assembla une armée et se mit en marche sur la Castille. Les princes chrétiens et la régence, sur la faiblesse de laquelle comptait l'agib, s'étaient trop bien trouvés de leur première coalition pour ne pas la maintenir ou la renouveler. La reine Elvire, le roi de Pampelune et le conite de Castille, réunirent leurs forces et attendirent l'ennemi. Ce n^étaient plus les soldats d'Al-Manzor, fanatisés par un chef dont la présence était pour eux un talisman, dont un mot disposait de la victoire ; ce n'étaient plus l'amour, l'admiration, l'enthousiasme, qu'il inspirait. Les principaux valis, les guerriers les pli^"} renommés avaient succombé ayecV heureux vainqueur; une partie des troupes était composée de nouvelles levées, aussi Abdelmelik fut-il défait et réduit à retourner au plus vite dans les états de Gordoue. Il n'en jura que plus fort de suivre les errements de son père, et de poursuivre les chrétiens par une guerre sans trêve.
Il porta en conséquence ses armes vers la Gatalogne; et après une sanglante bataille qui le forçh d'arrêter les opérations de la campagne, U s'empara de Lérida. Les comtes de Barcelone et d'UrgeL réunirent leurs armées et obligèrent Abdelmelik de retourner sur ses pas. Lérida fut reprise. L'année d'après ce fut le tour de la Galice. L'agib avait réuni une force imposante, et s'avança sur Léon, ppur ravager le royaume et abattre la tour laissée debout par son
père. Le comte Gonzalez joipiH ses armes à celles de la régence, (bndil sor les Maores, el remporta sur eux une Boovelle victoire ^.
Des diiisions mnltipliées, des troobles, occapèrent les Mabomélans et forent favorables â la régence de Léon. Âa surplus peo de régences présentent une administration pios sage, plus ferme, plus exempte d^ambition. Elle reconnut que les nombreuses guerres des Maures, dans les dernières années, ces guerres qui avaient presque renversé la chrétienté, étaient, en majeure partie, Tœuvre des instigations des mécontents réfugiés avec leurs partisans dans les élats de Cordoue. En conséquence, le gouvernement de Léon négocia avec ses alliés de Navarre, Castille et Galice une amnistie pour ces dangereux et acharnés ennemis. 11 fat convenu qulls seraient réintégrés dans leurs biens, avec promesse de Fentier oubli du passé. Don Fernando Gonzalez, comte de Castille, avait autrefois pris TAlava sur le comte Vêla ; et après Gonzalez sa famille en avait gardé la possession. Vêla était mort; mais ses deux fils avaient juré haine à mort, haine étemelle à toute la chrétienté. D'habiles négociateurs amenèrent le comte de Castille à restituer la province usurpée aux jeunes comtes Vêla.
Cette disposition était d'autant mieux combinée que nonseulement le comte et ses enfants avaient excité les Arabes à une guerre acharnée et non interrompii^ , mais encore avaient fourni différents corps de troupes à AI4tlanzor. Ces troupes lui avaient rendu d'éminents senices. Par cuite de ces sages combinaisons, la régence réussit à priver les Maures de leurs chaleureux auxiliaires, qui acceptèrent avec joie la restitution de leurs patrimoines. Ils vinrent donc se remettre sous Tobéissance de leurs souverains, en rentrant dans leurs droits et possessions. Tous les chrétiens qu , précédemment, les avaient rejoints sous les drapeaux mahométans, rentrèrent avec eux dans leur patrie. Cette réconciliation des principaux sujets avec leurs suzerains, jointe à Tuoion
(V Luc. TQd.-Va8œ. Cbron.— Rod. Toi.— Chron. Var. Ant.-More!.- Cbénier.
étroite des états de Léon et de Navarre avec le comte de Gastilte, donna plus de consistance à la force des chrétiens, et mit un frein à l'ambition musulmane. Le moment de tranquillité qui en résulta permit à ces puissances de réparer leurs villes démantelées et d'en fortifier d'autres, pour la défense des frontières (*).
Deux années avant celle-ci, Sanche 111 de Navarre avait épousé Dona Munia, issue d'une des grandes maisons de Castille. Quelques factions troublèrent cette malheureuse province ;'et comme la reine Majora Munia, ainsi que la désigne Oyhenart, appartenait à une famille qui faisait tète d'un des principaux partis, Sanche, qui se regardait comme lié par la parenté, resta neutre. Telle fut la cause de son inaction pendant trois années ; ce qui l'empêcha de profiter de la stupeur dont la mort d'AI-Manzor avait frappé la cour de Gordoue et tous les Musulmans.
Le moment eût été favorable pour les armes chrétiennes; le califat venait de perdre son plus formidable boulevard et, peut-on dire, son épée et son bouclier. Des ambitions rivales, que la main du maître ne contenait plus, poussaient, les uns contre les autres, la plupart des valis ; ils se soulevaient *^^ contre le roi Hissem, visaient à l'indépendance de leur autotorité ; et celui qui aurait pu les réduire, qui seul avait le pouvoir en main et l'énergie au cœur, Abdelmelik, était débrillanté, presque découragé. Il avait été battu chaque fois ^ qu'il s'était mesuré aux chrétiens. Alors se jetèrent les fondements de ces petits pouvoirs isolés du grand ensemble', qui depuis s'instituèrent orgueilleusement royaumes. Tels furent ceux de Tolède, Saragosse, Huesca, Valence, Grenade, et tant d'autres.
Don Raymond avait succédé à son père Borrel dans le comté de Barcelone, et continué la guerre contre les Arabes. Il les joignit non loin d'Albesa, les défit complètement et recouvra tout ce que son père avait perdu de terres et de villes. Les divisions de la Gastille avaient appelé l'attention de Gordoue, qui se disposa à en profiter ; les Arabes armèrent et marché-
(•) Rod. Sanc— Chén.
rent sur eette provinee. Leurs premiers efforts firent tomber, f hemin faisant, Salamanqne, qui fut ruinée ; ils arrivèrent ensuite devant Avila, dont on avait récemment commencé le repeuplement; ils la prirent et la rasèrent. Us passèrent ensuite le Duero dans les environs d'Osma, et ravagèrent le pays.
Le comte de Gastille, en tète de ses troupes, se porta à la rencontre d'Abdelmelik. Elle eut lieu le vingt-huit juillet 1005, entre Alcozer et Langa, sur les bords du Duero. A la suite d'un combat vivement disputé le nombre l'emporta; le croissant demeura victorieux. Après des prodiges de valeur, le comte de Gastille, épuisé, sanglant, couvert de blessures, tomba au pouvoir des Musulmans. Il ne resta leur captif que peu d'instants ; la mort rompit ses chaînes. Son corps fut envoyé en trophée à Gordoue ; il y fut enterré. Don Sanche de Gastille, fils du comte et son successeur, obtint quelque temps après, moyennant une forte rançon, de le faire transférer à Gardena, où il lui rendit les honneurs funèbres, et le mit en terre sainte.
Le comte Garcie avait été trente-cinq ans seigneur de Gastille. Guerrier distingué et intrépide, la bonne et la mauvaise fortune avaient successivement ballotté sa vie ; il avait dignement supporté le poids des affaires et les travaux de la guerre jusqu'à son dernier soupir (*).
Le comte Don Sanche, enflammé du désir de venger la mort de son père, renouvela la ligue faite par feu Dca Garcie avec le roi de Pampelune. Il obtint de ce prince, son gendre selon Blanca et Moret, de grands secours, ainsi que de la régence de Léon. A la tète d'une armée florissante, le comte entra dans le territoire de Tolède par les palommières d'Avila, et mit tout à feu et à sang. Gette conquête fut dirigée avec tant de talent, que le Musulman ne put recouvrer cette province qu'en la rachetant à chers deniers. Le roi Sanche le Grand profita de cette précieuse diversion, qui attirait toutes les forces arabes, pour aller faire le dégât en Aragon f*).
(') Annal, de Alcal.— Conde.— Chén.— Hisl. Arab.
(••) Rod. Toi— Blanc— Moret.— Moral.— Luc. Tud.— CNb.
On ne sait combien de temps durèrent ces guerres ; mais on lit dans les auteurs que Don Garcie rentra à Pampelune» chargé de dépouilles et de richesses. De son côté, Sanche le Grand promenait ses conquêtes sur les rives du Gallego, serrant les Arabes de Huesca, et s'emparant du territoire situé depuis le Val-Donzella jusqu'à TEbre. Toujours est-il qu'en Tannée 1009 le comte de Castille fit de nouvelles incursions sur les terres des Musulmans ; il parcourut en armes les contrées de Médina d'Aragon, et démolit le fort too6 d'Âcenea, dont l'assiette est ignorée aujourd'hui. Descendant ensuite de Tolède, il porta de nouvejau ses troupes jusqu'aux confins de l'Âragon, cherchant toujours l'occasion de combattre. Sur un autre point des frontières, les Maures d'Aragon étaient aussi resserrés et inquiétés par le roi de Pampelune, qui dirigeait ses principaux efforts entre la rivière Gallego et Ginca, sur le territoire de Huesca. Il ne tarda pas à trouver, dans les discordes des infidèles, une occasion favorable d'étendre sa domination a leurs dépens.
Un coup d'œil sur les divisions des Maures nous devient nécessaire. Nous y trouverons la cause efficace et première dé la chute de ce long et puissant empire, qui semblait devoir durer toujours, s'accroître, s'étendre toujours, puisqu'il s'était dégagé des entraves de l'Orient, et s'était fait indépendant; puisqu'il s'appayait sur les deux rives du détroit, qu'il était fort en Afrique et couvrait toute l'Espagne. Ces dissensions signalèrent aussi la fin de la dynastie des Oméïdes ; dynastie à laquelle on peut faire encore l'application de cette remarque de l'expérience : que les familles souveraines, même les pins énergiques, les plus brillantes à leur origine, décroissent, se dégradent, perdent leur ressort et leur force en s'allongeant avec les années; et se rompent, tombent enfin, sans même jeter un dernier éclat, la dernière lueur d'une lampe qui s'éteint.
Une révolution éclatée à Gordoue avait changé la forme du gouvernement. Abdelmelik était mort, après avoir occupé pendant six ans et demi la place d'agib de son père Al- Manzor. La guerre avait rempli ce temps de sa puissance et de sa vie, sans interruption. Il avait été remplacé par son
frère, Abdeirabman, jeune encore et capitaine de la garde. Devenu premier ministre, cet homme, ami de tous les plaisirs, prodigue de son temps comme de ses richesses, dépensant ses journées et son or en festins et en jeux, ses nuits en débauches ; homme sans mœurs, ignorant des affaires, incapable de conduire une vaste administration, s'insinua dans Tamitié, les bonnes grâces de Tinsignifiant, du faible Hissem. La conformité de goûts^ Tidentité de penchants avaient produit cette haute faveur, qui finit par devenir fatale au voluptueux ministre, dont elle avait éveillé Tambition.
Le roi Hissem n'avait pas d'enfants. Abdelrahman le contraignit à le désigner comme son successeur. L'agib ne Toulut cependant divulguer cette déclaration, arrachée dans le secret du sérail, qu'après l'avoir légitimée en quelque sorte par quelque éclatante victoire sur les chrétiens. Ses préparatifs étaient achevés, il était même enmarche; Hissem s'était plaint, le bruit de l'usurpation d' Abdelrahman avait transpiré ; Gordoue à cette nouvelle s'était soulevée , et l'agib avait été obligé de revenir sur ses pas. Muhamad el Mohadi, arriére-petit-fils du roi Abderahman Anazir, aspirait au trône. Sa naissance, le défaut d'héritier direct, de descendance d'Hissem, lui en ouvrait les approches; il s'était misa la tête de TinsuiTeclion. Abdelrahman revenait avec l'intention bien arrêtée de le combattre. El-Mohadi, instruit par ses amis du peu de troupes restées à Gordoue, laissa un corps d'armée en présence de son rival, prit l'élite de sa cavalerie, se jeta dans des chemins détournés, surprit la ville par la rapidité de sa marche, s'empara du palais, de la personne même du roi, et proclama la déchéance de l'agib.
Abdelrahman furieux, marcha sur Gordoue, pénétra sans opposition, avec ses Africains, jusqu'à la place du palais, et là fut écrasé par le nombre. Il perdit la plus grande partie de ses hommes, et tomba, grièvement blessé, au pouvoir du vainqueur. Muhamad le fit aussitôt mettre en croix. Le dernier fils du grand Al-Manzor périt de l'ignominieux supplice des esclaves et des plus vils criminels.
El Mohadi, fier de son succès, se crut tout permis. H
oulragea les grands el le peuple par la licence effrénée de ses mœurs, et faisait enlever pour son sérail celles des femmes et filles de ses sujets, qui avaient eu le malheur d'attirer ses regards. Une conspiration se trama contre lui ; il la fit échouer, et punit de mort tous les chefs. Sa cruauté lui aliéna de plus en plus les esprits ; de nouveaux complots éclatèrent. Muhamad fit emprisonner Hissem ; et sans les représentations et sollicitations de Whada, valet de chambre du roi, il Faurait fait égorger. Muhamad répandit le bruit de la mort d'Hissem, et se fit proclamer à sa place.
Les chefs de la garde africaine, frustrés de leurs charges et des récompenses dues à leurs longs services, nommèrent roi un de leurs chefs, Hixem-ben-Suliman. Muhamad combattit rémeute avec succès; Suleiman eut la tète tranchée. Les conjurés, battus, n'en furent que plus exaspérés; ils nommèrent pour successeur à Hixem le fougueux Suleiman, ami et même parent du précédent. Les troupes lui manquaient pour assiéger Gordoue; il s'occupa de recruter son parti, avant de rien entreprendre, et s'adressa au comte de Gastille qui, moyennant quelques cessions de terrain, lui donna des secours. Ainsi renforcé, Suleiman battit complètement El-Mohadi à Quintes; vingt mille hommes restèrent sur le champ de bataille. Muhamad atteignit péniblement les montagnes, où il rallia les débris de son armée , et se rendit, par Galatrave, à Tolède, dont son fils, Obeidala, était vali. Ge dernier se servit de ses. précédentes relations avec le comte d'Urgel et son frère Raymond, comte de Barcelone pour en obtenir des troupes. Elles lui furent promises moyennant des sommes considérables, et Raymond ne dédaigna même pas de prendre le commandement de Tarmée qui devait servir d'auxiliaire à Muhamad.
Pendant que tout cela se passait, Suleiman était entré à Gordoue^ et s'y était fait proclamer roi. Plusieurs complots furent formés et déjoués, entre autres celui de Mervan, cousin de l'usurpateur; il fut enfermé dans une tour. Alors on proposa, comme mesure propre à se concilier les suffrages des Musulmans , d'égorger tous les chrétiens venus de Galice à Gordoue avec Suleiman . Le roi la rejeta comme
horrible» et renvoya prudemment les Galiciens comblés de présents.
El-Mohadi cependant s'avançait a la tète de trente mille Musulmans^ et neuf mille chrétiens de la Catalogne. Saleiman, avec une force moitié moindre, ne craignit pas de hasarder la bataille ; elle fut terrible. Les armées combatti* rent le premier septembre 1010, aux champs d'Acbotalbo* 1010 ^^^» <>u Âlvacar, à dix lieues de Gordoue. Les auteurs arabes avouent que, sans Tintrépidité des Catalans, la victoire , en dépit du nombre, serait restée aux Africains de Suleiman. L'acharnement avait été indicible. Le comte d'Urgel, les évèquesOthon de Girone, Âêcio de Barcelone et Arnnlfde Vique, payèrent le triomphe de Muhamad de leur vie. On sait qu'à ce temps*la les prélats portaient les armes et se présentaient des premiers au combat.
Muhamad, rentré à Cordoue, remonta sur le trône, fit fortifier la ville et l'entoura d'un large fossé. Suleiman se sauva à Azhara et s'empara des trésors qu'elle renfermait. Muhamad, à la poursuite de son compétiteur, fut totalement défeit peu de temps après, sur les bords du Guadiaro ; il revint presque seul à Cordoue, et voulut retenir les chrétiens. Mais leur chef, Armengand> ayant été prévenu que Muhamad voulait faire désarçier ses troupes pour les livrer ensuite â la fureur des Musulmans, résista à toutes les sollicitations et rentra en Catalogne (*).
Cette scission des Arabes-Maures dessine exactement leur position politique, et nous les montre en deux camps bien distincts. Le parti de Muhamad, formé des Mahométans natifs d'Espagne ; et celui des Africains partisans de Suleiman. Fiers de la gloire moissonnée sous un chef illustre, orgueilleux de leurs nombreux succès sur les chrétiens, les fils de l'Afrique avaient pris le nom de Gazis , vainqueurs. Les Arabes-Maures d'Espagne se désignaient par le nom d'Abderahman, en mémoire des grands rois de ce nom qu'ils avaient eus, et comme indice de leur dévouement à celte dynastie.
(*) Rod. Toi. — Luc. Tud.— Ferrer.— Herbelet. — Conde. — ChénJcr.
Ce schisme des infidèles avait amené celui des princes irétiens, selon le raisonnement différent qu'adoptait chacun eux. Sanche le Grand et son beau -père le comte de Cas* le trouvèrent plus rationnel de prêter main forte aux fricains. Les autres infidèles faisaient, en quelque sorte, irlie inhérente de TEspagne, devenue leur berceau. Il imblait donc plus facile de commencer par les détruire, )iir ensuite chasser des étrangers nomades, qui n'avaient is eu le temps encore de jeter dans la Péninsule des raciis bien profondes.
Les comtes d'Urgel et de Barcelone, séduits par la restituon promise de quelques places fortes de la Catalogne perues dans les dernières guerres ; irrités d'ailleurs des pertes ue leur avaient fait essuyer ces sauvages Africains , à la ravoure farouche, cruelle et brutale ; se jetèrent dans le ^arti des Abderahmoades.
Hissem, tiré de sa prison par son fidèle Wada devenu gib, et auquel déjà il était redevable de la vie , fut de noueau proclamé, et Muhamad eut la tête tranchée. Suleiman vait des forces imposantes , et occupait les hauteurs de !ordoue. Il attendait un fort secours de son fils Obeidala, ali de Tolède, et se mit en marche pour opérer sa jonction. Vada l'avait repoussé, ainsi que ses Africains, loin des Qurs de la ville et demandait assistance au comte de Casille. La réponse fut que Suleiman lui avait promis la restiution de dix places fortes ; et qu'aux mêmes conditions il tonnerait la préférence à la légitimité d'Hissem. L'arranement fut bientàt conclu. Obeidala, rencontré à Cantiche »ar l'armée de l'agib, fut battu et pris; trente mille Abdeabmoades restèrent sur la poussière. Wada amena son captif à Cordoue, où le roi le fit décapiter.
Le peuple ayant appris que le vali de Tolède , beau et à a fleur de l'âge , avait été pris en combattant une armée composée presqu'en totalité de chrétiens, fut au moment de *e soulever. Il blâma hautement l'agib et le roi lui-même. ^s chrétiens, largement payés de leurs services, furent 'emerciès. A la sollicitation de son ministre, et sans en >eser les conséquences, Hissem accorda grande faveur à ses
iOtl
officiers esclavons ou alameris ; c^élait la désignation appellative de ceux qui suivaient encore le parti de la famille d'Al-Manzor. Il leur accorda le droit de garder leurs gou* Temements à perpétuité, avec transmission à leurs enfaots. Ainsi furent données les alcaidies de Murcie, Dénia , Car- Ihagéne, Âlicante, Almérie, et beaucoup d'autres qui» plas tard, devaient se détacher entièrement de toute obéissance au pouvoir de Gordoue.
Celte année le comte de Castille, séduit par Tor et les présents de Suleiman, résolut de former une ligue avec lui, et de marcher en personne sur Gordoue. Il voulait assurer le triomphe des Gazis d'ontre-mer, et replacer sur le trône le chef de cette faction. En même temps Sanche le Grand portail une guerre plus active encore chez les Maures d'Aragon, qui étaient du parti de Muhamad. Il courut les bords du Gallego, par les sources de la rivière d'Isuela, et conquit sur eux toutes les terres situées entre les Pyrénées et Huesca. La proximité de cette place avait maintenu ces contrées opiniâtrement fidèles aux Mahométans. G'était Tancien territoire des Ilergètes. En vain reçurent-ils secours sur secours; il leur fallait céder aux armes du roi de Pampelune. Sanche pénétra jusqu^à la province de. Sobrarbe , qui tire son nom de la montagne arabe, enfermée dans son périmètre f ).
La peste vint ajouter son fléau a la guerre civile qui dévorait les Arabes-Maures; la famine, la misère assiégèrent Gordoue, et le mécontentement croissait toujours. Hissem, . * sur quelques soupçons vrais ou faux, fit trancher la télé à || Whada, auquel succéda Hairan. Informé de tout ce qui se j passait, Suleiman finit par s'emparer de Gordoue , dont les rues furent jonchées de cadavres, et que les Africains livrèrent pendant trois jours a un affreux pillage. Hissem arraché une dernière fois de son trône et de son sérail, disparut de la scène du monde. Les historiens arabes, entre autres Xérif Edris, disent tous qu'il mourut assassiné en prison.
Le roi de Navarre continuait toujours chaudement la guerre ; il la porta jusqu'aux confins de la Ribagorza, et
n Annal. d'Alcal.- Hist. Arab.-Rod. Toi.- Xérif Edris.
ileva aux Maures toutes les places et châteaux qu'ils possélient dans ces quartiers. Les chrétiens qui les habitaient, icouragés par la puissance de Sanche le Grand , par son »isinage et la fortune soutenue de ses armes» se soulèvent en sa faveur et secouèrent la dure domination des usulmans. Ainsi, cette fois encore, Tépée euskarienne îsa les chaînes de Tesclavage, et le cri de liberté descent des sommets pyrénéens. Don Garcia Aznarez comte de )il, qui avait toujours , même sous les Maures, conservé n château-fort et ses possessions exemptes de tout tribut, va aussi sa bannière, suivi des chrétiens qui le raUièrent,
s'en fut mettre sa forteresse sous l'obéissance du roi de impelune, auquel cet hommage a fait donner le surnom ) comte de Boil, que lui conservent quelques auteurs.
A Gordoue, Suleiman dépassa encore Hissem dans la partition et Tètendue de ses faveurs. Non- seulement il >ana à plusieurs valis Thérédité du titre, mais encore il ur en aliéna la propriété. De cette façon il affaiblit le lyaume et réduisit à un vain hommage, à de simples serents de fidélité, le pouvoir de la couronne dépouillée de ^^^^ )s propriétés. Aussi chacun des grands fiefs s'érigea en îlit état indépendant, et le royaume fut morcelé. Les valis (belles le déchirèrent à la mort du roi, et s'en partagèrent s lambeaux.
Alphonse V roi de Léon avait atteint dix-huit ans. Elevé rec le soin le plus scrupuleux et la sollicitude la plus flairée, il annonçait devoir être un des plus sages et des ^qj^ leilleurs monarques de son époque. Sa reconnaissance 3ur son tuteur. Don Ménando Gonzalez, le porta à demaner la main de Dona Elvira, fille de ce seigneur. Il l'épousa œc l'assentiment de la reine-mère et des grands de l'état, ette princesse sut se faire chérir de tous par son humilité, i douceur et ses vertus. La reine douairière se relira alors ?ec ses deux filles au couvent de Saint-Pélage à Oviédo.
Don Alphonse se mit à la tête du gouvernement; il s'ocupa immédiatement de relever les villes ruinées par les ifabes, et de rendre des habitants et des bras aux terres lue les dévastations de l'ennemi avait fait abandonner. Le
ni 4» 3iavarre €«C à iiwilinmi les €êêêêb$ de Pldas el de K&Wiicia: at èermer, ^km ^nSkkm^, claH fb de Don
fÊ0t d'Mtn» feizeran»; oe le toîI slnliloler dais Klet antfe^îqa», m de Nature, Sobnik.
f 4!b:( et Ribaeqfxi. Il dMn flKine, du» h suite , le gwh ▼enMflMnt de SobnriN? â 5«jii fl». riefaot Dcm GonaWe. Peudaiii q«e Don SeoifW était daa» cette prornce, il coofimt et étendit les pmilésw JU» IbMiealots qui s^étaient ngaalés daa» cette enerre et hn a^aîent lesdo de grands seni-
Les Ifabes-Saores, dépooinés d'âne partie de lens eoafaétes dans ces parafes, s> portéfent en finnce, par les ver sants les ph» êloijniés de Xencayo. Cette mananiTre sfaii Ken pemfant que Don Sanche était oceopé aTec les comtei de Pallas et Ribaçona. En ressentiment des pertes qn'ib avaient laites, les infidèles uiagéfcnt toot, selon leor €M> tome. Ils arrivèrent ainsi an Yal de Fones, à b jonction des ririéres Aragon et Arga qni, après aroir coolé dans le mène lit pendant enriron cinq milles, se jettent dans TEbre pra de Nila^rro, en face d^AlCva.
Sanche le Grand n'eut pas pins tôt appris rentrée dei Maures sor ses terres que . laissant en Sobnurbe des fbrcei soffisantes, il se porta rapidement sur TEbre , le passa aiià que le Gallego, el remonta le cours de la ririère Aiagoa. Le chemin eut été plus court et plus direct par Huesca; mais par cette route, le roi aurait du s'engager au milieu des pbces et contrées occupées par les Musulmans ; ce parti eèt été trop dangereux. Sanche prit donc le plus long» et ea passant par le monastère de Saint-Sauveur de Leyre , il it pieusement le Tœn de consacrer au saint patron et an rierges saintes et martyres dont les restes étaient déposés ea reliques dans ce couvent, la dime de tout ce qu'il prendriit . sur les infidèles. Il rencontra Tannée arabe a Val de Fuaes, et aussitôt en vint aux mains. Sa victoire fut complète et sanglante ; il n'avait pas laissé à Tennemi le temps de se
r) Géron. — Blancas. - ZuriU. — HisL Anl. - De Sao J* de la Peni.- Mor. loresu— Congres.^ Priocip. de Cari.
reconnaître. Il le poursuivit avec acharnement et le chassa entièrement de la contrée. Le roi de Navarre repassa l'Ebre, s'avança jusqu'au confluent du Duero et de la Téra, enleva toutes les places comprises dans cet intervalle^ et que les Maures détenaient depuis les guerres d'Al-Manzor. Cette campagne nécessita une nouvelle délimitation territoriale entre la Navarre et la Gastille, limitrophes sur ce point. Les anciennes démarcations avaient été bouleversées par les guerres et la conquête.
Après la défaite des inGdèles Don Sanche, exact à remplir son vœu, le vint accomplir au monastère de Leyre. Dans le privilège octroyé par lui à ce couvent» il prend le titre d'abbé et même d'évèque du même lieu; ce dernier concurremment avec révêque titulaire, Ximeno. C'était sans doute :omme dignité qu'il s'était réservé cette domination.
Quelques démêlés s'élevèrent entre la Navarre et la Casille, au sujet des frontières méridionales de la Rioja, et des ioie erres voisines des sources du Duero ; contrée qui avait été e principal théâtre de la guerre. La conciliation l'emporta (ur la voie des armes ; le roi et le comte firent procéder à la reconnaissance et au rétablissement des anciennes limites, le manière à prévenir, pour la suite, toute espèce de discusîon. Les deux seigneurs chargés de ce travail furent Don funo Alvarez, pour la Gastille ; et pour la Navarre, Don Forunie Oxoiz, nommé dans les actes du temps seigneur de ^ntabrie et de Viguera. Le premier de ces gouvernements insistait dans la forteresse située entre Yiane et Logrono, ivec les terres qui en dépendaient ; l'autre embrassait la ^^^^ Qontagne jusqu'aux frontières de Gastille. Les annales de San-Millan donnent tous ces détails avec ceux de la délimiation.
Gette année aussi les infidèles franchirent les limites du omte de Gastille et se jetèrent sur Glunia, aujourd'hui ]oruna del Gonde, située plus bas qu'Osma, en descendant e Duero. Le comte accourut à la défense de ses frontiéres i refoula les infidèles, après une sanglante expédition. Penlant l'accomplissement de ces divers faits. Don Alphonse V recueillait la foule des chrétiens qui fuyaient la tyrannie
nrasolmaiie et les piDa^, les cnnolés doaldiaqBe parti marquait son aranl^ passager. Les portîoiis dés»les deb Castille fareot repeuplées de celte façon, et le roi fil relntir la TÎlle de Léou, arec Taide des seigneurs et grands da royaume, dit Rodrigue Sancius.
Renforcé arec des secours que lui axait amenés Robert, duc de Normandie , le comte entra en Ar^on* et pénétra ^ jusqu'à Sar^osse, pour se irenger du roi de cette Tille. Ce Musulman était alors en Andalousie avec ses troupes ; Sangosse fut soumise à un tribut annuel. Le comte de Castille poursuivait de son cèté ses succès de Tannée précédente sur les Maures, et leur reprit Penafiel , Madovelo , Montijo, Sépulveda, Gormaz, Osma et plusieurs autres places. La Tille de Léon étant à peu près reconstruite, Alphonse y god- Toqua les états en 4020, et fit divers règlements de disci* plîne ecclésiastique et gouvernementale. 11 fit aussi faire la consécration de la cathédrale, et sa dédicace à Saint - Jean- Baptiste.
Les Arabes cependant se disputaient toujours sur les tombeaux fréquemment ouverts de leurs éphémères souverains de G)rdoue. La sédition parut s'assoupir un moment dans cette riche métropole, et les habitants élurent Hissem* ben-Muhamad , dit Hissem lll , frère du roi Abderahman- Al-Mortadi, de la faction des Alaméris. Cette même année
1080-1022. mourut Don Sanche^ comte de Castille ; il laissait un fils âgé de treize ans. Don Garcie, beau-frère de Sanche le Grand de Navarre, qui fut nommé son tuteur.
Deux ans après Alphonse Y fît relever et repeupler Zamora, située aux frontières de Léon. Hissem ne jouit pas plus long-temps du rang suprême. Le peuple Tavait pro-
1024-1026 ^'^'"^î '^ populace égarée par d'obscurs factieux, d'invisibles agents, demanda à grands cris sa déposition. Heureux qu'elle n'exigeât pas sa tète, Hissem se retira. Avec lui disparut a jamais la noble dynastie des Omeyas d'Espagne, commencée par Abderahman-ben-Moravi» l'an 138 de l'égire, et qui avait glorieusement régné pendant près de trois siècles.
Lorsque le dernier fils des califes, Abderahman I", des-
indit de la rive africaine aux terres d'Andalousie, sa main enfaisante et ferme cicatrisa les plaies de la discorde et nda une brillante succession de gloire et de puissance, [^cueilli avec enthousiasme» il avait été entouré de Tamour î la nation. Le caprice populaire maintenant exilait sa ce, proscrivait. son nom, croyant peut-être affermir ainsi empire chancelant. Mais il était arrêté , dans les destinées 3 Cordoue, que ces princes devaient emporter avec eux ins leur exil et dans leur tombe, la splendeur dont, tant années, ils avaient couvert l'orgueilleuse cité. La ville lyale, veuve de ses califes, marchant péniblement d'émeus en révolutions , tombant de main en main , de dégradaon en dégradation, ne dut le reste d'influence qu'elle con- ;rva quelque temps encore, qu'à sa grande mosquée, œuvre 3s Oméides, et finit par descendre au rang de succursale 3 Séville.
Giaffar-ben-Muhamad s'en était proclamé roi; Tolède îgée aussi en royaume, élut Ismaël-ben-Dylmun ; la partie id du Portugal reconnut le roi de Badajos ; les Alaméris, ascendants d'AI-Manzor, s'emparèrent de Dénia, Valence . Grenade, tandis que les enfants d'Aben-Emet se rendiint indépendants à Lérida, Saragosse et Huesca. Orihuela, orcie, Jaca, Almeria, Malaga, Lisbonne, eurent ausssi leurs 3tits souverains; le moindre vali, le plus mince alçaïde >ulut avoir sa cour et sa couronne. Tous travaillaient de mcert à l'anéantissement du calife, qui devait les entraîner ms sa chute; et tous ces roitelets s'entre-détruisaient, se 3voraient entre eux, pour se disputer les débris qu'un chef lique devait, encore une foi», réunir dans sa main.
Alphonse V jugea les conjonctures favorables pour ague^r ses sujets. Il assembla une armée nombreuse , passa le uero et s'achemina à la conquête du Portugal. Sur son issage il ravagea toutes les terres, enleva tous les châteaux tsqu'à Visée, qu'il assiégea. Un jour Alphonse s'était rancé à cheval, avec une seule personne de sa cour, pour ^connaître la place ; il était sans cuirasse à cause de la chalur. Pendant que le roi étendait le bras pour désigner à )n interlocuteur un endroit faible et qui présentait plus de
facilité pour ouvrir une brèche ou donner un assaut, un arbalétrier qui Tavait reconnu du haut des remparts, lui décocha une flèche qui pénétra profondément. Le roi se
i(K27 retira sous sa tente sans avoir proféré une plainte, arracha lui-même le trait de sa blessure , et mourut. C'était le cinq de mai 1027, la vingt-huitième année de son règne. Alphonse avait trente-quatre ans ; il fut inhumé à Léon, dans la cathédrale qu'il avait fondée. Sa piété , sa douceur, sa libéralité l'avaient fait chérir de ses sujets ; il fut amèrement regretté. Son fils, Bermude III , fut élu pour lui succéder; il n'avait encore que treize ou quatorze ans : une régence fut composée (*).
Les troubles qui divisaient les Maures donnèrent heureu-
*^^ sèment à cette régence le temps d'affermir la tranqaillité de l'état. Le roi de Pampelune, tuteur du jeune. comte de Castille, assura le roi de Léon de ses bonnes dispositions de tenir les engagements pris avec son père Alphonse. Cette déclaration fut accueillie avec joie par la régence et les grands de Léon. De son côté le jeune roi annonçait un avenb heureux par sa prudence, son activité et des qualités audessus de son âge.
Le comte de Castille avait quinze ans ; Sanche le Grand jugea nécessaire de le marier. Il jeta les yeux sur Dona Sancha, sœur de Bermude III. Pour aller au-devant des objections il fit ressortir le grand avantage d^une alliance qoi unissait par les liens du sang toutes les puissances chrétiennes d'Espagne, et les rattachait ainsi, plus fortement encore, à la cause commune. Ces raisons furent déterminantes pour la régence; on convint que la célébration du mariage se ferait à Léon.
Les trois frères Vêla, Rodrigue, Diego et Inigo, bien qw rétablis dans leurs possessions d'Alava, s^étaient refasés obstinément, depuis leur retour, à reconnaître la sucerai* neté de là Castiile. Le père du comte actuel avait choisi Rodrigue pour être parrain de son fils. Tous ses efforts
n Vas». Chiron. — Luc. Tud. — Chron. Ant. — Sandov. — Rod. ToL-^ Obisp. Pelage.
été vains pour ramener à Tobéissance ces trois stables et vindicatifs seigneurs, qui s'étaient soulevés lui. Force avait été au comte Sanchc de les expulser ille.
trois frères étaient réfugiés à la cour de Léon, se, dans la crainte de les voir se jeter de nouveau dans ags arabes, les avait accueillis et leur avait donné et puissance dans ses états. La haine héréditaire de imille vivait dans le cœur des trois frères, envenimée
par le nouveau châtiment qu'ils s'étaient attiré, sion leur parut favorable pour assouvir leur ven- . Ils épièrent donc tous les pas du jeune Garcie [joignirent, en grand secret, bon nombre de leurs ins.
che le Grand, brillamment escorté par un corps de rie qu'il laissa à Sahagun, accompagna son pupille il Léon. D'indispensables occupations avaient appelé le rmude à Oviédo, d'où il devait revenir pour assister riage de sa sœur. Les frères Vêla n'hésitèrent point à tsenter à Don Garcie, qui, bon et généreux comme on
son âge surtout dans un moment ou tout est joie et or, les accueillit à cœur ouvert et leur laissa sa main er.
lendemain, pendant que le cortège se rendait à la Inile^ les conjurés, à un signe de leurs perfides chefs, iront sur l'escorte mal armée et l'enfoncèrent aisément, \ que les trois frères se précipitaient sur leur jeune le, et que Rodrigue, de la même main qui avait tenu Don e sur les fonts du baptême, lui plongeait dans le cœur crilége poignard. Les Castillans de la suite du comte ient pu empêcher la rapide exécution du crime, faute voir prévu ; ils se pressèrent, mais trop tard, autour de naître tombé. La foule des conjurés se jeta inopinément ux ; un grand nombre de ces fidèles tombèrent sans vie h de leur maître. L'infante, éplorée, s'était précipitée 9 corps sanglant de son jeune fiancé ; rien ne pouvait uracher.
)8 que le crime fut connu, les Léonais s'empressèrent de
voler à la défense des royaux époux. Mais les assassins» à la faveur du trouble el de la confusion inséparables d'une pareille catastrophe» étaient parvenus à s'échapper vers leurs retraites. La ville, déjà maculée par le sang innocent, fut bientôt remplie de larmes, de fureur, et de cris de vengeance. Les honnêtes. gens gémissaient de voir la foi publique si odieusement outragée; la cour craignait qu'on ne la soupçonnât de connivence avec les traitresi et creusant d'un regard scrutateur dans l'avenir^ tremblait d'y entrevoir la source d'une longue et terrible guerre. Outré de colère à cette nouvelle. Don Bermude commença aussitôt ses préparatifs de poursuite contre les coupables. Don Sanche le Grand, instruit avant lui et déjà en mesure, imposa silence à sa douleur pour ne pas retarder les effets de son courroux; il fit transporter le corps de son malheureux pupille au monastère d'Ona, fondé par le comte Sanche, père de Garcie, et l'y fit inhumer. Ainsi s'éteignit dans le sang de son dernier rejeton et sous le fer d'un assassin, la noble et vaillante race des comtes de Gastille.
Les conjurés, ralliés par les Vêla, cherchèrent à se rendre maîtres d'une partie du pays frontière ; ils y furent redoutables par tous les excès auxquels ils se livrèrent. En attendant les secours promis par les Maures, les Vêla s'efforçaient de s'emparer de quelque place forte, qui les pût protéger contre les poursuites de Sanche le Grand, déjà entré en campagne, toute considération pei*sonnelle ou gouvernementale cessant. Les assassins, dont les forces allaient toujours croissant, surprirent la ville et citadelle de Monzon près de Palencia; ils s'y enfermèrent. Mais la marche du roi de Pampelune avec ses Navarrais, avait été si secrète et si vive, qu'à peine les conjurés avaient pris possession de Monzon lorsqu'ils le virent arriver. Le siège, immédiatement commencé, fut poussé avec tant de vigueur que la place, au bout de peu de jours, fut enlevée d'assaut. Tons les hommes de la suite des frères Vêla furent passés au fil de l'épée ; les seuls frères Vêla furent pris vivants et condamnés par Don Sanche à périr dans les flammes. Telle fut la fin de la malencontreuse famille des comtes d'Âlava; ils avaient fait couler plus de
sang chrétien depuis la défection de leur père» que plusieurs rois maures ensemble. Pour ne pas souiller Thistoire d'Espagne, leur inémoire, comme les objets pestiférés, devait passer par la purification du feu (*).
Don Sanche hérita du comté de Gastille échu à Dona Munia sa femme, par la mort de son frère Garcie, et comme n'ayant pas d'autre héritier mâle. Don Sanche ajouta ainsi à sa couronne de Navarre plusieurs provinces, soit par héritage, soit par son épée. La Rioja, la Bureba , TAragon, les comtés de Pallas et Ribagorza, la Gastille en dernier lieu, donnèrent un vif et brillant éclat au U'ône de Pampelune.
Don Bermude s'adressa, cette année de. 1031, a Don Sanche et lui demanda sa fille, Dona Un*aca Thérésa, belle- foso sœur du roi de Navarre. Sanche * qui désirait consolider autant que possible Talliance entre les deux états» consentit avec empressement; vers la fin de Tannée le mariage fut célébré avec une magnificence toute royale. Un fils, du nom d'Alphonse, naquit l'année suivante de cette union, et ne vécut pas.
Les Galiciens se soulevèrent de nouveau. L'actif Bermude marcha contre eux, les défit et doAna leurs biens a l'église de St-Jacques de Compostellc. Il déposa et fit emprisonner l'évèque, dont la vie déréglée était un objet de scandale. On eût dit que les prélats de cette ville étaient sous une perni- 1033 cieuse influence de dépravation; sous le règne précédent aussi nous en avons vu deux alternativement dépossédés pour les mêmes motifs ; et même l'un d'eux avait été se ranger sous les drapeaux musulmans. De ces faits il résulte que, du temps de Bermude III encore, les rois de Léon conservaient les prérogatives des rois visigotbs leurs prédécesseurs, pour la réforme des abus ecclésiastiques ; bien que les papes eussent déjà commencé à étendre leur pouvoir sur le clergé d'Espagne. Ils avaient le simple droit de censure et de hiérarchie, mais ne disposaient ni des sièges épiscopaux»
n Rod. Sanc.—Mariao. -Ferrer —Luc. Tud.— Rod. Toi.— CWn. — Uist. Arab— Moret.-llaygrti.
ni des punitions» restés exclusivement dan^ les attributions des rois (*).
Sanche le Grand regardait ou feignait de regarder la ville dePalencia comme faisant partie du comté de CasUlle. Cette ville, voisine des frontières, avait été rasée dans les guerres contre les Maures. Palencia avait été célèbre au temps des Vaccéens ; assise sur les bords du Carrion, il y avait environ trois siècles, depuis la première entrée des Sarrasins, qu'elle doripait dans la poudre de ses ruines. Sanche ordonna d'en relever les monumeirts, l'église et les maisons. Don Bermudc, mécontent de cet acte d'autorité qu'il accusait d'usurpation^ prétendit que Palencia était une dépendance des états de Léon; mais toutes les raisons qu^il fit valoir furent impuissantes sur le roi de Pampelune.
Il est possible que Sanche eut soupçonné le roi de Léon de complicité avec les frères Vêla dans l'assassinat du jeune comte Garcie. L'absence du monarque dans une circonstance aussi solennelle que celle du mariage de sa mur, présentait au cœur droit du Navarrais quelque chose de loucbç et d'affecté. Les Castillans allaient plus loin ; non-seulement ils accusaient hautement Bermude, mais ils n'excluaieiU pas entièrement de leurs incriminations leur nouveau suzerain, à cause de la paix qu'il maintenait avec l'Asturien. On peut, d'après cela, admettre quQ Don Sanche, piqué de ces bruits offensants pour sa gloire, avait pris ce prétexte de rupture. Quoi qu'il en soit, il persista dans ses prétentions, et Don Bermude lui déclara la guerre. Sanche y était préparé; il fit aussitôt entrerses troupes dans le royaume de Léon. Les Castillans se joignirent d'autant plus volontiers à tui« que le désir de venger leur iqjure ainsi que leur honneur qu'ils regardaient comme compromis, et la convenance de leurs intérêts les stimulaient également. D'aitlêurs la réputation méritée de bravoure et de talent du roi de Navarre attirait sous ses drapeaux les forces et la confiance de toutes ses différentes souverainetés. Aussi devint-il bientôt maître du
f ) Rod. Toi. - Rod. SaDC.-Ghron.-AIph. de CaiithagiMi.— lAnoBym. di Théob.
pays compris entre la Pisuerga et la Géa ; il assiégea et prit Astorga.
En dépit de sa valeur personnelle et de toute son activité» Don Bermude se vit avec douleur hors d'état d'arrêter les progrès du Navarrais. Les troupes lui manquaient; il se retira en Galice pour faire des levées pendant Thiver, et pouvoir tenir la campagne au printemps. Pour cette époque il eut une armée nombreuse et se mit en marche, désireux de réparer ses pertes et venger ses affronts. Sanche le Grande qui avait ses conquêtes à conserver, se porta au-devant du roi de Léon avec des forces qui n'étaient pas inférieures, résolu a lui présenter le combat. Les évêques des deux camps songèrent alors à s'entremettre. Ils représentèrent aux deux rois les malheurs que ces discordes déplorables attiraient sur la cause de la foi ; ils montraient les chrétiens s'entr'égorgeant, et diminuant ainsi leurs forces, tandis qtie les Musulmans augmentaient les leurs de toutes les pertes des chrétiens. Enfin, ils insistèrent tellement sur les funestes suites de cette querelle, que les deux rois consentirent à traiter de ta paix. II est vrai de dire aussi que les observalions, les instances des grands du royaume, qui voyaient chaque jour l'état s'affaiblir et les ressources diminuer, ne contribuèrent pas peu à la détermination de Bermude.
Les conditions furent le mariage de l'infant Doii Fetf>dinand, second fils de Sanche, avec la sœur du roi de Léon, la fiancée du malheureux Garcie, Tinfante Dona Sancha. Le roi de NavaiTe devait garder toutes les terres et villes^ conquises par lui ; cette cession devait servir de dot à Tinfonte, tandis que Don Ferdinand apporterait le comté de Castille, et prendrait le titre de roi. Ces clauses arrêtées, on s'occupa de fixer )e jour du mariage. Il fut célébré au jour convenu, avec grand étalage de faste et de magnificence; marque de la sincérité des parties contractantes, ou de leur soin à couvrir leur secret mécontentement.
Ce mariage devait, un jour, réunir sur une seule tête les couronnes de Navarre et Léon. Mais quelle prévision humaine pouvait lire dans l'avenir un résultat aussi dénué de probabilité? Don Bermude était dans sa plus brillante
jeuDesse ; il avait eu déjà de la reine un fils, mort il est vrai peu après sa naissance; mais il était probable qu'il lai naîtrait d'autres enfants. La succession, ainsi que le remarque Tévèque de Tuy, était donc pour Dona Sancha d'une bien grande éventualité, le résultat improbable d'un cas fortuit. Quelques auteurs ont pi-étendn que, par la conclosion de cette alliance. Don Bermude jetait sa couronne aux mains de son ennemi. Cette assertion est au moins bien légère, et il ne faut pas un grand effort de réflexions pour voir que toutes les probabilités étaient contre cette prévision. Malgré tout, les peuples des deux états, qui raisonnaient plus sainement, virent avec une égale satisfaction conclure un traité qui leur assurait la paix d'abord, et ensuite les garantissait contre les entreprises des Musulmans f ).
Ces derniers étaient dans un état de division, dans une fermentation qui les rendait bien moins redoutables à leurs ennemis. Ils se refusaient à reconnaître la suprématie de Gordoue, alléguant qu'elle avait perdu son empire à la chute de la dynastie des Oméides. De là, une guerre d'ambition, guerre acharnée, guerre de vautours qui cherchent à s'arracher les uns aux autres la proie dont ils viennent de s'emparer; guerre sans partage et sans fin; puisqu'il s'agissait pour chacun des acteurs d'étendre par les armes et en renversant tous ses rivaux, une puissance unique, établie sur leurs débris. Elle était difficile à établir cett« puissance ; car il fallait préalablement réunir à un même tout les parcelles disséminées dans tant de mains; et comme les droits étaient égaux, puisque les titres de tous étaient les mêmes, l'esprit de rébellion et la soif de dominer, alors même que le plus fort ou le plus heureux aurail établi ce pouvoir, eût-il pu devenir durable, être accepté de tous, acquérir force et stabilité? En attendant, il était patent que cette division multiple de l'autorité détruisait l'état et réduisait la nation Arabe-Maure à l'état de coteries dissidentes entre elles ; qui ne vivaient qu'en s'agilant, comme pour chercher leur
(*) Rod. Toi.-Rod. Sanc— Sandov.-Luc. Tud. Alph. de Carthag.—
ÀQODyme de Th^ob.
— 4Î5 — centre de gravité, et que leur faiblesse intrinsèque empêchait de se soutenir.
Un* exemple aussi' frappant et aussi prés d'eux était uh enseignement pour les chrétiens; et cependant Sanche le Grand, ce prince sage et valeureux, qui n'avait du l'extension de son royaume qu'a son ensemble et à la division des Arabes ; Sanche, vers la fin de'sa carrière, partagea ses étaU entre ses quatre fils. Il en conserva bien la direction suprême pendant sa vie, et ses enfants n'étaient que ses lieutenants; mais il n'en prépara pas moins la rupture du faisceau dont l'unité faisait toute la force, et après lui la couronne de Navarre devait être morcelée en quatre portions.
On se demande si c'est l'amour paternel qui l'eiïiporta sur les considérations d'état et de simple politique, au point de vouloir laisser à chacun de ses fils un titre également brillant. Ou bien encore s'il avait été inspiré par la crainte que la jalousie n'armât les trois autres frères contre celui qui seul aurait hérité du pouvoir? Don Sanche fit rois ses quatre fils, et l'on s'étonne à bon droit d'une pareille résolution de la part d'un prince blanchi sous le harnais monarchique, au milieu de la politique et de ses tourmentes, entouré de révolutions dont il avait su profiter.
Don Garcie, comme aine, reçut la Navarre, la Biscaye et la Rioja; Don Ferdinand, la Gastille et les provinces conquises sur le roi de Léon ; Don Gonzalez celles de Sobrarbe, le comté de Pallas et la Ribagorza, érigés en royaume; et enfin Don Ramire, fils naturel du roi et de dame Ayvart, une autre partie de l'Aragon et plusieurs localités disséminées. Voici, au surplus, les délimitations et situa- i03t tiens des lieux soumis aux deux plus jeunes frères ; les autres royaumes sont d'une circonscription facile et connue.
Les états de Gonzalez comprenaient le pays de Sobrarbe ou Aragon, borné par la déclivité de la montagne d'Arbe et le cours de la Cinca qui, prenant sa source aux sommets pyrénéens, vient baigner Ainsa, tète de la province, la Ribagorza, côtoyée au sud de Sobrarbe par la même rivière, et s'étend jusqu'à celle de Naguera; arrosée dans cet intervalle par les eaux de l'Esera et de l'Issabena.
La domination de Don Ramirè embrassait les terres comprises entre le village de Matidero et les sources de l'Aléanadre à deux lieues nord d'Âinsa, jusqu'aux bords delà rivière Aragon, à Yadoluengo, un peu au-dessous de Sanguesa. Dans ce périmètre Don Sanche réserva Lobarre et San- Ëmeterio, qu'il donna à Don Gonzalez avec leurs dépendances , en outre Auesta et Pitillas avec leurs dépendances» adjugées à Don Garcie. A son tour Don Ramire reçut, non loin de Vadoluengo, Aybar et Galipienzo avec divers autres villages et bourgs enclavés dans le royaume de Navarre; Rigo de Bena en Castille lui fut également assigné.
Ainsi se trouva partagée cette puissance formidable dans son ensemble, affaiblie dans son démembrement. Partage impolitique, dit un auteur, qui devait retarde - le développement de la grandeur dont ces provinces ne contenaient encore que les germes inertes, et sans laquelle cependant on ne pouvait repousser la domination étrangère. Mais le génie inquiet et turbulent de la discorde avait jeté ses brandons jusque dans les vallées des Pyrénées. Les chrétiens, aussi inhabiles a profiter de leurs avantages et de leurs succès, que les Maures à réparer leurs revers, tournèrent leurs armes contre eux-mêmes. La guerre civile ne fit que s'assoupir et se réveiller au sein des montagnes pendant près de quarante ans ; le sang des rois coula dans ces guerres impies qui donnèrent aux Musulmans le temps de se remettre et de se consolider.
Peu de temps après le partage de ses états, le vingt et nn février 4035, mourut Sanche III de Navarre, surnommé le Grand. Son règne avait été de trente-cinq ans. Il fut vivement regretté de ses sujets, tant k cause de ses qualités pe^ sonnelles que pour l'éclat de ses victoires et son zèle pour la religion. Il fut inhumé au monastère d'Onia; plus tard son fils Don Ferdinand le fit transporter dans les caveaux de Saint-Isidore à Léon. L'archevêque Rodrigue de Tolède et Lucas évêque de Tuy détruisent la fable inventée au sujet de son assassinat, rapportée par la chronique générale.
Don Garcie cinquième du nom, dit de Naxera, succéda à son père dans les états de Pampelune, Naxera et Alava;
l'Atagon démembré, ainsi que nous l'avons dit plus haut, ne faisait point partie de sa domination. Ses limites étaient donc :
1** Celles de Navarre depuis le Montcayo jusqu'au Pyrénées, comprenant Taragone, Agreda, les terres partant des cimes du chaînon de Cogolla aux sources de Valvanero ; Biciercas, ^ Monténégro, la source du Razon ; puis passant par la vallée de Gazala, la ville de Soria jusqu'à Garray, confluent de la Téra et du Duero dont le cours forme la séparation de cet état avec la Gastille, ainsi que le comte de cette province et Sanche le Grand en étaient convenus.
2** L'AIava telle qu'elle est de nos jours, le Guipuzcoa et la Biscaye.
5"* La Naxera qui se composait des pays de Rioja, avec TEbre pour limite au nord, et les versants des monts Occa au sud.
De la succession maternelle Don Garcie avait la Bureba située dans la Yieille-Gastille entre Victoria et Burgos et confinant à TAlava. Burgos en était excepté : il avait encore ce que Ton appelait les cinq Mérindés de Gastille^ savoir : les Asturies de Larédo qui longent les montagnes de Burgos jusqu'à Sainte^Marie de Cueto, avec le fort du même nom sur le rivage océanique ; et Ages et Atapuerca sur les frontières de Burgos.
Jusqu'à ce moment Don Bermude avait dissimulé son mécontentement du morcellement de ses états. 11 avait vu que ses sujets ne le suivaient qu'à contre cœur dans sa guerre contre Sanche le Grand ; le mariage tout politique et presque forcé de sa sœur avec Don Ferdinand lui semblait aussi un affront» que jusqu'alors il avait dévoré en silence. La mort du roi de Navarre s'était révélée à lui comme une circonstance favorable à ses intérêts et ses projets de vengeance ; il pensait que la jalousie et la discorde verseraient avant peu leurs venins sur les quatre frères, et qu'il aurait son tour. D'ailleurs, jeune et audacieux, débarrassé par la mort de Don Sanche du seul antagoniste dont il redoutât le talent et l'expérience ; comptant aussi sur le concours des populations depuis si long-temps enveloppées
dans la dénomination collecliYe de sujets de Léon» annexées présentement au royaume de GasUlle sous un prince étranger : Don Bermude s'occupa activement de la formation d'une nombreuse armée. Il entra aussitôt dans les terres plates de Léon, celles dont se formait la dot de sa soeur; rinfante Dona Sancha.
Le roi Don Ferdinand s^abandonnait avec sécurité aux assurances de paix précédemment données, et aux liens de famille formés entre lui et Don Bermude ; il n'était donc pas en mesure de résister ni d'opposer la force à la force. Ea conséquence, il resta spectateur immobile des courses de son beau-frère, qui s'imagina voir dans cette involontaire inaction une reconnaissance tacite de l'injustice dont il se plaignait, ou un sentiment de frayeur et de timidité. Don Ferdidinand voyait les habitants des lieux parcourus par Don Bermude , retourner avec empressement à leiirs anciens maîtres; et il jugea plus adroit et plus prudent d'attendre.
Le roi de Léon se porta sur Palencia ; cette ville nouvellement reconstruite par Don Sanche^ n'était encore ni bien fortifiée, ni munie de garnison; précautions inutiles en temps de paix, et lorsqu'on n'a aucune suspicion de rupture ; Don Bermude s'en empara facilement. Ne trouvant aucune opposition à combattre, il exécuta son plan de vengeance dans une seule campagne. Ce fut une simple course, et Bermude s'en retourna triomphant, jouir au sein de sa capitale de ses faciles conquêtes. Il avait le projet de recouvrer tout, dans la campagne suivante, soit par les armes, soit par un traité; et employa le temps qu'il avait devant lui à coni' pléter ses préparatifs.
Don Ferdinand avait levé des troupes pour couvrir la Castille, prévoyant le cas où son beau-frére voudrait pousser ses conquêtes plus loin. Bermude s'attendait de son côté à voir le roi de Gastille, effrayé des forces qu'il aurait en tète, venir humblement solliciter la paix. Mais Ferdinand était Navarrais et fils de Sanche le Grand. Réduit à ses propres ressources il ne pouvait résister à la puissance de Léon : il demanda secours à son frère Don Garcie. Celui-ci comprit l'importance et les résultats de la guerre qui se préparait.
eulement il s'indignait de voir son frère puiné dépouillé îusemenl, frauduleusement de ce que lui avait assuré loire et les traités de son père ; de ce que lui avait conson mariage avec Tinfante de Léon : mais il sentait en combien il lui serait dangereux à lui-même de laisser iermude se prévaloir de la supériorité de ses forces, et >arer de la Gastille. Le voisinage d'un roi aussi puisaussi entreprenant lui eût été trop redoutable.
surplus la mauvaise foi que montrait Don Bermude n'était île non plus pour tranquilliser. Garcie convoqua donc 1037 nombres et écuyers, les grands de ses divers étals; tous rent avec empressement , désireux de prouver à leur lau souverain que leur fidélité au roi son père lui avait 3U : Don Garcie de Naxera convoqua les vieilles banîvarraises et vasconnes de Don Sanche, qui avaient ; sous lui à vaincre Maures et chrétiens. Il se mit en 16 plein de confiance dans la valeur et l'ardeur de ses 38; heureux aussi de trouver dès le commencement de ^gne le fortuné présage d'un tel empressement à le î et l'entourer. L'armée arriva bientôt à Burgos, après traversé les montagnes d'Occa. Ferdinand s'y trouvait toutes les forces qu'avait pu lui fournir la Gastille ; eux armées rivalisaient d'impatience et semblaient
à défendre et servir un intérêt commun. Le plan lînpagne arrêté, les deux frères s'avancèrent vers les
de Léon par Castro-Xéris sur la Pisuerga. C'était la la plus courte, en même temps que le point des états ton le plus rapproché des limites de Burgos. Don Ber-
observant attentivement la direction que prendraient ères coalisés, avait concentré toutes ses ressources, a se porter où le besoin l'appellerait. Il reconnaissait nce de faire les plus grands, les derniers efforts pour îr à tant de forces réunies ; il se mit en mouvement, porta au-devant de ses ennemis.
; deux frères passèrent la Pisuerga et vinrent asseoir amp près de Tamara ^ dont le nom est resté célèbre s cette époque. L'armée de Bermude ne tarda pas à se
montrer ; les rois de Castille et Navarre présentèrent h bataille : celui de Léon l'accepta.
En cela il eut politiquement et stratégiquement le pins grand tort. Attaqué chez lui après avoir reconquis les terres précédemment occupées par son beau-frère , le roi de Léon devait se tenir sur une sévère el menaçante défensive. Pour lui, harceler son ennemi, le fatiguer, lui couper les vivres, lui résister sans se compromettre, c'était vaincre ; tandis que ses adversaires ne pouvaient se soutenir que par Taction, les armes et la victoire. Pour eux» n'avoir pas un avantage prompt et complet, c'était être vaincus; la temporisation les eût bien vite réduits à la retraite, et la retraite à la renonciation de leurs prétentions.
Sous le point de vue politique, Bermude aurait dû réfléchir que, n'ayant ni frère, ni postérité, s'exposer à Tévenhia' lité d'une bataille, c'était jouer son royaume à la poinle d'une lance, et courir la chance imprudente et non motivée, de voir tomber et lui-même et son sceptre aux mains d'un rival devenu mortel ennemi. Dans l'état actuel des choses, le droit de succession légitime faisait échoir la couronne de Léon à Dona Sancha sœur de Bermude. Or cette princesse avait épousé Ferdinand, le roi de Castille. Mais impétueux et bouillant ainsi que le comportait son âge, fier de sa jeunesse, Bermude s'enorgueillissait de ses faciles conquêtes de l'année précédente et du nombre de troupes dévouées qui s'étaient réunies de tous les points de sa domination sous son présomptueux drapeau. Le traité que lui avait imposé un vainqueur, traité qui le dépouillait au profit de sa sœur et de son beau -frère, et qu'il avait subi sans en appeler à la décision d'un combat, soulevait son indignation et le faisait frémir de honte et de colère. Il s'exaltait à la fascinante pe» pective de le lacérer et l'anéantir par un dei^nier et brillaot coup d'épée. Acceptant le sort des armes, le jugement d'une, journée, il rangea au plus vite son armée en bataille; diffi* rer eût été alors à ses yeux une humiliation. Beau, ardent et courageux, il parcourait les rangs, haranguait ses soldafe, leur rappelait leurs anciennes prouesses, les inspirait de fl confiance, et leur répétait qu'en ce jour ils avaieat à défcfliH
are contre Tusurpation et une domination étrangère» et leur pays et leur roi, descendant de tant de rois. . Garcie et Ferdinand, qui désiraient impatiemment lA ipMaille, firent promptement sortir leurs cohortes des quar* pers, et eurent en un instant déployé leur front imposant. ports de la justice de leur cause et de la valeur éprouvée de k0ur8 guerriers, ils passaient, eux aussi, devant les rangs i^ec cet air d'assurance qui annonce le succès et fait infail- Hblement vibrer la fibre impressionnable des armées. Ils se p0Btentérent de dire aux soldats : qu'élèves et compagnons ^P0 Sanohe le Grand, sous les bannières duquel ils avaient IpJit de fois vaincu les Maures et les antagonistes qu'actuell^^nent encore ils voyaient devant eux ; ils avaient a prouver gfCÊ^ le souvenir du grand monarque et son ombre glorieuse ^ipvfivaient à la tombe. Quant à eux, jeunes princes, rois i^ouveaux, ils devaient montrer à leurs ennemis que les iFi^iHes légions de Navarre et de Gastille étaient encore sous Ei» conduite des fils, ce qu'elles furent toujours sous le règne lo père.
"' Xa présence de leurs souverains, leurs discours brefs et Aaleoreux, avaient enflammé les deux armées ; des àevcx KMé8 des cris répétés et retentissants demandaient le signal. • partit, et les deux corps s'attaquèrent avec la même furie pue s'ils avaient eu à se iiier sur des Musulmans. Mêmes ifnaes, même courage, même manière de combattre, noéme ***»l>re de guerriers; aussi la bataille fut ofnniâtre, concen» i^fe» fixée sur le terrain même qui l'avait vu commencer, ^318 fluctuation, sans mouvement en avant ni rétrograde, l^i^ antre mobilité que les coups terribles qui retentissaient ^ loin, et les nombreuses victimes qui tombaient soi» le '•«chant du fer.
"^Dk^n Bermude portait sur sa couronne trois siècles de ^re, trois siècles de royauté; il vint les ensevelir dans la **>ssiére de Tamara : Le superbe jeune homme engagé par ^^ orgueil et son ambition dans une guerre inique, lacom- "^^ça par une faute irrémissible. Le Dieu doxlaîntice ^*^*ougla à ce point pouf le punir, et changer la face de ^ ^tats. Monté sur un coursier renommé pour sa fotce et
sa. légèreté, cheval brillant qu'il affectionnait et nommât Pélaguelo, leiougueux Bermude se précipita, dit Tévêquede Tuy, sur un gros de cavalerie navarraise, en tète duquel combattaient les rois Garcie et Ferdinand. Ces princes cherchaient le roi de Léon. Bermude aperçut son beau-frère ; les deux rivaux se chargèrent avec fureur la lance en arrêt. Bermude, traversé de part en part, fut renversé mort sur la place. Les fidèles Léontins volaient sur les pas de leur roi, que la vitesse de son cheval avait emporté loin en avant d'eux ; ils arrivèrent trop tard pour le sauver. Du moins voulurent-ils défendre son corps. Tous tombèrent vaillam* ment autour de lui, nobles vicjlimes de leur dévouement à leur téméraire souverain. La nouvelle de la mort de B^mude^ répandue dans son armée, accéléra la victoire des deux frères ; le combat se changea en déroute « la déroule en massacre.
Les vainqueurs pénétrés de cette maxime de leur père : que le plus grand avantage de la victoire est d'en savoir promptement profiler et de la pousser vivement^ firent enlever le corps du roi de Léon et se dirigèrent à marches forcées sur la capitale du vaincu, Ils passèrent en courant« par Garrion de los Gondes en Sahagun, laissànl, saos s'y arrêter, les places fortes sur leur passage. Ils savaient que la chute de Léon entraînerait leur reddition. Le bruit de la défaite et de la mort dir, roi y avait déjà été porté par ceux que le combat avait épargnés à Tamara. Les habitaiiti prirent les armes , occupèrent les remparts, les murs, les tours, et se préparèrent à une âpre défense; ils étaient animés, moins par l'espoir d'une résistance efficace, que par la douleur de la perte de leur roi. Ils reconnaissaient que depuis la démolition de leur ville par Al - Manzor, eUe ! n'avait pas été mise en état de soutenir un siège long et actif, et ne doutaient pas que l'armée victorieuse multiplierait les assauts et s'emparerait bientôt de leurs faibles fortifications. D'ailleurs les Léontins s'avouaient que le droit, la légitimité, le sort des armes, portaient également au trdne la sœur de Bermude mort en combattant, et que Favoflement de Ferdinand était loin d'être une usurpation. Epoux
de rhéritière de la couronne , il la partageait naturellement avec elle. Après quelques jours, la ville royale ouvrit ses portes a Don Garcie et Don Ferdinand qui fut reconnu légitime souverain.
A l'exemple delà métropole, les autres parties du royaume se soumirent aussi. Non - seulement la portion antérieurement conquise par Don Sanche et cause de la guerre actuelle» vint se ranger à la domination de Ferdinand, mais encore les Asturies, la Galice et les terres de Portugal entre Miflo etDuero. Exemple mémorable de la mutation des révolulions autant que de la fortune de Don Ferdinand, dit un auteur; puisque par une seule et unique bataille il soumit & ses lois ce même royaume que n'avait pu subjuguer, après dix-huit années de guerres et de victoires, le redoutable Al- Manzor. Le secours que Don Garcie donna à son frère et qui étendit d'une manière si brillante le pouvoir du roi de Gastille, jetait les premières bases d'une formidable puissance qui, un jour, devait devenir bien préjudiciable à Garcie luimême, à ses successeurs, à la Navarre, et finir par Tabsor-
berC).
Les grands et seigneurs du royaume ne tardèrent pas à venir reconnaître et saluer le nouveau roi ; courtisans avant tout, ils voulaient s'insinuer dans ses bonnes grâces. La bataille de Tamara avait eu lieu vers la fin de mai^ et le vingt-deux juin, dit Lucas de Tuy, Don Ferdinand fut couronné à la cathédrale de Léon par l'évêque Sen^ando, en présence de toute la noblesse et du clergé de l'état. Selon le même auteur, il fut sacré; usage importé par Ferdinand, a l'instar de la famille royale de Navarre, dans laquelle cette cérémonie était pratiquée depuis long-temps. Don Garcie ayant vu son frère s'asseoir paisiblement sur son nouveau trône, appelé lui-même par les soins de son empire et son mariage projeté avec une princesse de Barcelone , s'achemina vers la Navarre.
n Lac. Tud. — Rod. Toi. — D. Pelag. de Ovîëdo. — Samp. — Aon. Complat — Hist Arab. - Yepes. — Morct. — Garib. — Turquct — Moral. — CIKéniar.— Sandov*— Cooda.
Ferdinand» prince éclairé et magnanime qui, à la journée de Tamara, avait fait tant d'efforts pour empêcher une plus grande effusion de sang, avait fait relever d'entre les morts, ainsi que nous l'avons dit, le corps de Bermude. 11 avait donné Tordre de le transporter à Léon avec toud les honnears dus à la royauté ; il le fit inhumer dans la sépulture de ses aïeux. Dans le roi Bermude III s'éteignit la lignée de Pierre de Gantabrie, et Récarède le catholique; antique sonehe qui^ CD trois cent vingt ans, avait donné vingt- trois rois a l'empire des Âsturies e de Léon. La conduite de Ferdinand à l'égard de son beau-frére mort lai concilia Testime et l'esprit des peuples, a l'exception des Galiciens qui» après s'être soumis dans le premier moment^ prirent les armes. Le roi marcha contre eux et les réduisit, moins encore par la force que par la persuasion. Leur vieille haine eontre les Castillans en entraîna cependant quelques-uns qui, sous la conduite de Sizenand , un de leurs principaux seigneurs, se réfugièrent auprès du roi de Séville, Aben-Abed.
Don Garcie avait suivi la ligne de Tiermas , Kuesta, et le cours de la rivière Aragon , pour se rendre à Barcelone. Il entra sur les terres de soa frère Ramire^ qui le reçut k Santa- Gilia, prieuré de Saint-Jean de la Pena. Garcie eontioua son itinéraire par les montagnes d'Aragon, la Sobrarbe et la Ribagorza, pays du ressort de Gonzalez. La proximité des Maures de Uuesca et autres places voisines occupées par eux, avait forcé le roi de Pampelune à suivre cette direetioB. Garcie arriva enfin à Barcelone, et son mariage y fut splendidement célébré, avec fêtes publiques et joie égale des deux cours. La femme de Garcie était Doua Estepbania, fille du comte de Barcelone Berenguel , ou Béranger, et de Dona Sancha^ fille elle-même du duc de Gascogne. Dt vivant de son père, le Navarrais avait été fiancé k la jdiM comtesse, dont l'enfance avait nécessité l'ajournement da mariage. Quelques auteurs ont avancé, sans plus d'examen, que Dona Estepbania ou Stéphanie, était fille du comte de Foix. Ils n'ont pas fait attention à une difficulté qui «y oppose radicalement : c'est que le comté de Foîx de fot
— 4S5 — érigé qu'en 1070, c'est-à-dire trente-deux ans plus lard que le mariage de Stéphanie.
Le premier de ces comtes fut Roger, fils dernier-né de Roger, comte de Garcassonne ; d'où ceux de Foix tirent leur origine, par un autre Roger, aïeul de celui que nous venons 1059 de nommer, et père de Dona Ermensa. Cette Ermensa avait épousé Borrel de Barcëlone/et était aïeule de Stéphanie, femme du roi de Navarre f ).
Après les cérémonies et fêtes usitées en pareille occasion^ le roi de Pampelune emmena sa jeune épouse dans ses états, suivant au retour la même route qu'en allant. L'union se maintint entre les quatre fils couronnés de Sanche le Grande * jusqu'en 1042, la huitième année de la mort de ce grand roi. Don Ramire prit alors ombrage de la puissance de son firére aine, et lui suscita quelques brouilleries. Gonfiné par les territoires de Huesca^ Tolède et Saragosse, dont les valis s'étaient érigés en rois à la chute du califat de Gordoue, Don Ramire fit avec eux une ligue étroite, alliance ofi^ensive et défensive envers et contre tous, qu'ils s'empressèrent de conclure. Ils y trouvaient le double avantage de combattre les chrétiens par des chrétiens, et de détruire l'union formidable pour eux de frères aussi puissants. Gette alliance et les préparatifs qu'elle amenait furent tenus dans le plus grand secret. ^ . ^
Don Garcie ne s'inquiéta nullement des levées considérables de troupes faites par les Musulmans. La guerre civile les dévorait, et ils avaient eu la précaution de répandre le bruit d'une expédition qu'ils devaient fiiire vers le sud de l'Espagne. Don Ramire était censé prendre ses précautions pour couvrir ses frontières a tout événement. Les quatre rois coalisés ramassèrent ainsi toutes leurs forces disponibles, et fondirent a l'improviste, et tous à la fois, sur la Navarre. Ils y pénétrèrent sans difficulté, laissant derrière eux les places et forts qu'ils espéraient réduire par la prise de quelque ville importante de l'intérieur. La terreur de cette brusque
n Zurit. — F. Dieg. Hist. des C«" de Barcelon. — Hist. Arab. — Rod. Td.— VaisBet— Lois del Marn.- Moral.— Ami. Complul.
attaque Tut d'autant plus profonde qu'elle était plus imprévue.
Les coalisés avançaient à gi*andes journées, dans le but d'embarrasser d'autant plus Don Garcie, et de couper la roule aux troupes qu'il appelait de toutes parts. Ils ne s'arrêtèrent donc à aucune des places frontières du Val de Funes, ni des bords de l'Ebre, et marchèrent droit sur Tafailla, pays fertile et propre à l'approvisionnement. Les ^0^2 quatre rois assirent leurs différents camps et se distribuèrent les positions, de manière à cerner la ville entièrement. Bien que surpris, les habitants de Tafailla n'en xésolurent pas moins de se défendre à outrance, aidés des faibles secours qu'ils pouvaient tirer des villages voisins. Ils suppléèrent ainsi par la loyauté de leur dévouement aux forces qui leur manquaient; garnirent le fort situé sur le faite d'un mamelon du côté nord, afin de procurer derrière ce rempart un abri à ceux qui ne pouvaient combattre ; ils en occupèrent les tours et les murailles, et se tinrent prêts à soutenir les efforts de l'ennemi.
Don Garcie apprit ensemble et la coalition de son frère avec les infidèles, et la prise des hostilités, et le siège de Tafailla. Il ne fut pas médiocrement surpris de cette brusque et inique résolution de Ramire, et de son ingratitude. L'indignation doubla son courage ; il conçut un vif désir de frapper le coupable d'un châtiment exemplaire et en forma aussitôt le projet. Il envoya donc en toute hâte l'ordre d'une levée en masse pour la défense de la patrie menacée ; et dans peu de jours tous les chemins se couvrirent d'hommes armés. Les Navarrais accouraient, ardents, humiliés de voir les infidèles fouler leur sol, plus indignés encore de la coupable alliance de Don Ramire avec eux, contre son frère aîné. Chefs et soldats étaient animés des mêmes sentiments; tous en voulaient mortellement au roi d'Aragon, que la bonté de Don Sanche le Grand, et la générosité de ses frères, avaient admis à un partage auquel il n'avait pas de légitimes droits. Car Ramire, nous l'avons déjà dit, était fils naturel du feu
roi.
Les habitants de Tafailla n'avaient pas vainement compté
sur leur souverain. Avec les premières troupes qu'il avait pu réunir, ramassant en route toutes celles qu'il rencontrait, suivi des ricombres et de toute la noblesse des six roérindés qui accouraient a son appel, Garcie s'avança avec un cortège d'élite, qui ne demandait qu'une occasion de se signaler et de venger l'affront national. Un homonyme du Fortune Sanchez, auquel avait été confiée la jeunesse du prince , portait l'étendard royal; le roi l'estimait particulièrement et lui avait donné les gouvernements de Buradon , Porteilla et Haranon.*
L'armée s'avançait à grandes journées vers Tafailla sans que l'ennemi soupçonnât même sa réunion , à cause du peu de temps qu'avait eu Garcie pour ses préparatifs. Plein de confiance dans les dispositions de ses troupes et la solidité des chefs qui les commandaient, le roi se hâta de profiter de leur ardeur. 11 donna les ordres convenables, assigna à chaque corps le poste qu'il devait occuper, indiqua avec précision les divers points d'attaque, et à la faveur de la nuit s'approcha, dans le plus profond silence, du camp des ennemis plongés dans le sommeil et la sécurité.
C'était dans les premiers jours d'août. Au crépuscule, l'armée navarraise, au son des fanfares, au bruit des tambours, aux cris mille fois rédits de Navarre! Navarre! s'élança impétueusement sur les retranchements. Le tumulte et la frayeur la firent paraître plus nombreuse qu'elle ne l'était effectivement. Les fossés avaient été comblés par des fascines apportées à dessein, les retranchements furent escaladés en an clin d'œil, les sentinelles^ les gardes, égorgées, les camps envahis à l'improviste. Bientôt tout chez les infidèles ne fut que terreur et confusion. Les rois coalisés coururent chacun à son poste, appelant à haute voix les troupes à la défense du camp.
Mais dans les moments de surprise, les ordres donnés avec trouble sont en général exécutés de même ; la nuit, d'ailleurs, Tobéissance se perd, l'obscurité cache la faiblesse. Les cœurs sont aussi plus accessibles a la crainte lorsque les ténèbres rendent l'ennemi invisible et les coups incertains. La nuit, s'il était permis de le dire, est le tombeau du jour et
peut-être exerce par analogie une influence secrète sur la machine humaine. Aussi les soldats de la coalition combattaient, chacun comme il Tentendait^ ou cherchaient à se soustraire au danger le plus pressant et le plus voisin.
Les troupes de Garcie» sous les ordres de chefs connus et sous les yeux de leur roi, s'enflammaient de plus en plus. Serrés en bataillons et en colonnes, ils pénétraient toujours plus profondément dans les divers quartiers, renversant, massacrant tout ce qui leur faisait obstacle. L'ennemi n'avait pas eu un moment de relâche pour se former ; il était pourchassé, enfoncé partout; on se battait corps à corps entre les baraques des soldats, dans les rues du camp, on s'égorgeait jusque dans les lentes. L'implacable fer navarrais abattait toujours sans pitié, sans merci, comme sans distinction. Don Garcie, profitant de la stupeur de l'ennemi, le pressait de plus en plus, croisait dans tous les sens le campement avec l'impétuosité d'une vague d'orage. Le massacre était affreux, le sang ruisselait.
A la naissance du jour les habitants de Tafailla reconnurent le sujet du tumulte de la nuit, et le secours qui leur était survenu. Ils sortirent en foule de leurs retranchements, jaloux de prendre leur part de gloire et de vengeance^ et se portèrent au pas de course à l'aide de leui^s^ libérateurs. Ils fondirent avec furie sur un ennemi déjà presque démoralisé et qui alors se découragea totalement Quand vint le jour, Don Ramire put mesurer l'étendue des pertes, vit la confusion, la consternation qui régnait dans le camp, l'inutilité de la défense, l'impossibilité d'arrêter la fougue d'un vainqueur exaspéré.
Alors il redouta la juste colère d'un frère aussi grièvement offensé ; alors il appréhenda le ressentiment des Navarrais et jugea que, s'ils le reconnaissaient, ils chargeraient plus spécialement sur ses quartiers et lui enlèveraient tout moyen de salut. Dans celte perplexité Ramire, le roi d'Aragon, l'instigateur, le chef de la ligue sacrilège, Don Ramire dépouillé de toute insigne royale, à moitié nu, le cœur bourrelé de remords et de frayeur, sauta sur le premier cheval qui se trouva sous sa main ; et sans selle ni frein, sans armure,
sans épée, tête Que, ii fuit de toute la vitesse du coursier, abandonnant alliés et armée. Les rois maures suivirent bientôt son exemple ; mais du moins ils montaient leurs chevaux de bataille, tandis que le roi Ramire avait abandonné le sien de peur qu'il ne fut remarqué et reconnu à sa beauté et la richesse de ses harnais.
Après la fuite des quatre souverains, le combat devint une boucherie. Les uns couraient en forcenés vers les fortifications et se précipitaient dans les fossés ; d'autres, chargés de ce qu'ils avaient de plus précieux, cherchaient à fuir; quelques groupes» serrés autour de leurs étendards, combattaient en désespérés : le courage coûte la vie à ceux-ci, comme à ceux-là leur cupidité. Tous enfin recoururent à la fuite; jamais débandade ne fut plus complète ; aussi fut-elle funeste à Hn grand nombre. Dans cette contrée plane et découverte au loin, la cavalerie courait à bride abattue, dans l'espoir de joindre Ramire ou les rois infidèles^ et tuait en passant. Mais les monarques avaient trop d'avance, et tous les efforts furent inutiles. Don Garcie demeura maître du champ ou plutôt du charnier de bataille. Les armes, les drapeaux, les vivres, les trésors, les riches tentes des rois confédérés, les dépouilles dont elles étaient remplies, en un mot le camp entier tout passa aux mains du vainqueur.
Après le combat, un valeureux ricombre, Sancho Fortunez, qui s'était particulièrement signalé a l'attaque des quartiers de Ramire présenta au roi le superbe cheval abandonné par son frère, et lui en fit don avec ses somptueux harnais, la selle garnie et surchargée d'argent, et le mors de la bride, ainsi que tons les accessoires, en même métal. Don Garcie reçut ce présent avec un plaisir tellement vif que, pour témoigner au ricombre le prix qu'il y attachait, il lui donna en propre, sans aucune redevance ni [suzeraineté de la couronne, la seigneurie et ville d'Ororbia, qui relevait d'Etchaury, et se trouve à une lieue et demie de Pampelune, près de l'Erga. Le roi laissa prendre haleine à ses troupes fatiguées, partagea le butin entre les officiers et les soldats, les loua de leur valeur et remercia les habitants de Tafailla de leur confiance en lui, de leur concours, et de leur fidélité.
Naguère encore on i^oyaît vers le sud-ouest de la ville, environ à un quart de lieue des murailles» deux pierres pyramidales élevées par Don Garcie, en conmiémoration de ce combat. Elles étaient au lieu dit Torreta et Baranquel, que sépare la route d'Olite à Tafailla. Sur celle de Torreta on distinguait les traces d'une inscription, devenue illisible par les injures des siècles et des intempéries. Ces deux points avaient été choisis comme indiquant remplacement des tentes royales de la coalition, et les endroits les plus ensanglantés.
Don Garcie se mit presque aussitôt en marche pour TAragon, dont il prit possession après avoir expulsé les Musult044 mans de toutes les terres chrétiennes; il dépouilla Don Ramire de ses états et ne lui laissa que les provinces de Sobrarbe et Ribagorza. Don Gonzalez était mort sans postérité, et sa souveraineté était échue à Don Garcie, en qualité d'ainé. G'étajt cet accroissement de puissance qoi avait excité la jalousie de Ramire, et Tavait entraîné à la guerre commencée et terminée par la bataille que nous venons de tracer (*) .
Don Ferdinand, roi de Gastille et Léon, tout en reconnaissant la faute de son frère d'Aragon et la justice de son châtiment, n'en pouvait cependant voir la rigueur sans chagrin. Il est probable que les prévisions et les calculs politiques occupaient une place dans ses sentiments fraternels. Voisin, limitrophe même de la Navarre, il était assez rationnel qu'il regardât avec un certain ombrage l'extension croissante de la puissance de Don Garcie. D'un autre côté il n'était pas sans inquiétude, et craignait que Don Ramire, dépossédé de son royaume, fût, en désespoir de cause, se jeter dans les bras des Musulmans^ qu'il les intéressât au recouvrement de son royaume, et par suite au renversement, comme au partage de la Navarre. Don Ferdinand entama des négociations avec son frère de Pampelune; il en chargea, en partie, des évêques et autres personnages dont le caractère et la haute
(•) Rod. Toi. — Luc. Tud. — L. del Marm.— Yep,— Sandov.— Zurit- D. J. Briz-Martin.— Marian.— Turq.— Chén.— Mor.
position avaient une influence naturelle» et donnaient du poids à leurs démarches.
Le roi de Pampelune^ dont la colère était plus prompte et plus violente que durable, prêtait déjà Foreille à un arrangement, lorsqu'une circonstance fortuite, et miraculeusement racontée par les auteurs espagnols vint hâter Taccomplissement de la négociation. Ce fait est trop curieux pour le passer sous silence ; il nous conduira d'ailleurs à cette conclusion : que les chrétiens avaient commencé dès lors<à introduire dans leurs récits le merveilleux et l'exagération du langage poétique des Orientaux.
Don Garcie, rêvant à son raccomodement avec son frère, qa'il avait vaincu et châtié, se promenait à cheval, seul, aux environs de Naxera. 11 avait fait de cette ville, où il avait été élevé, son séjour habituel et préféré; c'est pourquoi on lui en avait donné le surnom. Une perdrix se leva en avant et tout prés de lui, lorsqu'un vautour qui vint à paraître subitement, lui donna la chasse. La perdrix traversa à tire-d'aile la rivière de Naxerilla, son ennemi la suivait de près. Au moment d'être prise, elle entra dans un épais fourré. Le roi, poussé par une force majeure autant que par son amour pour la chasse, passa la rivière à gué, et s'avança vers le roc couvert de halliers, dans lesquels avaient pénétré la perdrix et son ennemi mortel. Il se fraya un passage à l'aide de son épée, et découvrit bientôt l'ouverture d'une grotte ignorée. Descendu de cheval, il y entra, et fut frappé d'étonnement et de saint respect à la vue d'une statue de la vierge, tenant l'enfant Jésus dans ses bras.
Quelque chrétien fugitif l'avait sans doute cachée dans ce lieu désert, pour la préserver de la profanation des païens. Elle était posée sur un autel grossièrement fait, et placée eotre un vase de terre couronné de lis et une clochette en bronze. Ce qui pénétra le roi d'une plus grande surprise encore, et d'une vénération plus profonde, ce fut l'aspect de l'autour et de la perdrix, réfugia tous deux aux pieds de la statue, l'un à côté de Tautre, sans crainte et sans méfiance, comme si leur naturel avait toujours sympathisé.
Se prosternant alors devant l'image sainte à laquelle il
attribuait ce miracle, il l'adora, accepta ce qu'il venait de voir comme d'un heureux augure dans la guerre qu'il médi* tait contre les Maures» et résolut de construire dans ce lieu un monastère en rbonneur de la mère de Dieu. C'est l'endroit même où il existe aujourd'hui sous le nom de Santa- Maria la Real de Naxera. Cette pensée fut suivie de celle de la création d'un ordre de chevalerie, la première institution de ce genre en Navarre. Les insignes étaient un collier d'or Ufùi garni de fleurs de lis en argent. Cet ordre fut consacré à la vierge Marie, et mis sous sa protection ; des pratiques religieuses y furent attachées. Le roi s'en décora, ainsi que les infants ses fils, les ricombres et principaux de l'état.
Vers la fin de l'année^ les rois Don Ferdinand et Dca Ramirese réunirentàDonGarcie,qui les reçut fort gracieusement dans sa cour et les nomma chevaliers de son ordre. C'est de celte époque que date, en Espagne, l'usage de représenter Tange saluant la vierge, avec un vase rempli de fleurs de lis auprès d'eux. Quant à la clochette, elle portait une inscription latine dont on n'a pu extraire que quelques mots dont
la traduction est : « Pensée sainte et spontanée. Honneur
à Dieu et liberté à la patrie. »
Cet ordre de chevalerie ne fut pas très-suivi sous Don Garcie et son fils Don Sanche de Penalen. Il fut repris dans la suite par l'infant de Castille Ferdinand, dit d'Ântequera. Ce prince lui conserva la même insigne, avec Tadjonction d'un griffon, aux serres duquel pendait le vase contenant les fleurs de lis. On le voit en 1403, se rendre processionnellement à l'église de Sainte -Marie l'Antique, à Médina Céli^ déposer les colliers de l'ordre sur l'autel, auquel se célébrait le sacrifice de la messe. Don Ferdinand, ayant repris les colliers après leur bénédiction, en revêtit un luimême, et en passa ensuite au cou des infants ses fils. C'étaient Don Alphonse, depuis roi d'Aragon et de Naples; Don Juan, roi de Navarre par son mariage avec Dona Rlanca, la fille de Charles le Noble, et roi d'Aragon par la mort de son frère, sans postérité ; Don Henrique, grand-maître àe l'ordre de Saint Jacques ; Don Sanche de celui de Calatra^i et Don Pèdre mort dans la guwre d'Italie.
Lprès SOD avèDement au trône d'Aragon^ Don Ferdinand asdit beaucoup cet ordre et nomma grand nombre de Yaliers. Lorsque dans sa guerre contre le comte d'Urgel» 'empara de la ville de Balaguer, on le vit toucher trois \ de son épée huit cents gentilshommes qui s'étaient ingués dans cette campagne. C'était la marque prépara- « de la solennité dans laquelle il devait ensuite, à l'église, décorer du collier.
senlremiêe du roi de Gastille fut heui^use pour Ramire. A Garcie pardonna généreusement les offenses de son re et lui rendit son amitié et son royaume d'Aragon. Don idinand, en sage politique, s'était porté avec ses troupes
Zamora; chemin faisant il avait emporté d'assaut le fort ILena, passé la majeure partie de la garnison au fil de >ée, et réduit le reste en esclavage. Tout ce qu'il rencontra places fortes jusqu'à Visée, subit le même -sort. Visée endue par l'art, la nature, et un fort détachement, renmait de grandes richesses. Après trois semaines d'un ;e actif, la brèche fut trouvée praticable; l'assaut fut 'é, et la ville enlevée, malgré une résistance désespérée. rmî les prisonniers était l'arbalétrier maure qui avait tué roi Alphonse. Ferdinand lui fit couper les deux poignets, le pied dont les archers se servaient pour bander leur ne ; il le fil ensuite mettre à mort. Le roi poussa jusqu'aux rds de la Mal va, aujourd'hui Mondego, qui baigne les irs de Goimbre, et revint à Léon, où l'accueillit l'enthousme de ses sujets.
L'hiver de cette année fut employé par lui et par Don rcie, à faire, chacun de son côté, les préparatifs de la npagne que tous deux méditaient séparément pour le ntemps suivant. Don Ferdinand suivait toujours son plan reconquérir les pays perdus en Portugal, au temps d'Alnzor, et de s'organiser ainsi une frontière facile à garder, imbre lui parut un point essentiel pour l'accomplissement
ce projet ; il s'y achemina dès le premiers jours de la lie saison, en 1045. Intéressé à endommager cette ville le uns possible, il résolut de la réduire par la femine, et la Mfua étroitement. Peu s'en fallut qu'il ne subit lui-même
le sorl qu'il préparait aux assiégés. Il manquait absolument de vivres, était même sur le point d'abandonner son entreprise, lorsque des religieux, à ce que rapporte Tarchevêque Rodrigue de Tolède, lui portèrent des provisions, et lui révélèrent Textrême pénurie des Coimbrois. Encouragé par ce ravitaillement, et celte heureuse nouvelle, le roi resserra son blocus ; les Maures, réduits aux abois, demandèrent à capituler. Il leur fut permis de sortir de la ville, avec leur avoir et leurs familles. Le commandement de cette place importante fut confié à ce même Sisenand que nous avons vu plus haut aller chercher un asile auprès des Musulmans, à la suite de sa révolte contre le roi. Sisenand repentant avait, depuis, fait sa soumission, obtenu sa grâce, et ne cessa plus de se montrer digne de la haute confiance dont Thonorait Ferdinand en lui donnant un poste aussi important.
Le roi de Navarre à la tète de nombreuses troupes s'était porté sur Calahorra, fameuse par les sièges qu'elle avait soutenus lors de Sertorius. Il assit et divisa ses camps tout autour de la ville, qui ne peut être attaquée que par son côté occidental, et forma un blocus exact. Il coupait ainsi tous les secours que les Arabes, selon toute apparence, enverraient à la défense d'une place qui était pour eux d'un si grand intérêt. Calahorra assurait le passage de FEbre, et sa possession ouvrait la frontière entre les états des Maures et la Navarre. Mais la lenteur et les risques de ce genre de siège, qui expose également à la disette assiégés et assiégeants, ne convenaient pas plus à lïmpatience de Don Garcie, qu'à la fougueuse et inquiète valeur des Navarrais.. Il fut donc résolu qu'on recourrait à la vive force et aux brusques attaques. Le roi fit rapprocher sa ligne, resserrer la ville, et profitant de quelques petits endroits planes qui s'étendaient de distance en distance, s'établit tout près des murs et des tours. Sûrs de ne pouvoir être coupés dans leurs sorties, tant à cause du peu de largeur de ces terrains isolés les uns des autres , que par la nature rocailleuse et abrupte des anfractuosités profondes qui les séparaient; les Maures fondaient fréquemment sur les chrétiens , renversaient leurs ouvrages, leur livraient des combats meurtriers et d'autant
plus âpres, qu'assurés sur leurs derrières, ils se portaient en masse sur un seul et même point : la difBculté et le temps nécessaire pour franchir les ravins et les coupures du sol« entravaient les mesures de précaution, et entraînaient une lenteur forcée dans l'arrivée des secours. Les encouragements et la présence du roi, Tardent désir des chefs et des soldats de se signaler sous ses yeux, remportèrent sur tous les obstacles. Dans une attaque qu'ils firent, les infidèles furent vigoureusement refoulés jusque dans leurs murailles, et perdirent beaucoup de monde. Les assiégeants s'emparèrent des fossés , se mirent à l'abri des projectiles de la place sous des mantelets, et commencèrent à battre en brèche, tantôt en ébranlant les murs avec de fortes machines de guerre , tantôt en les sapant. Dés que Don Garcie vit quelques ouvertures pratiquées, cédant à son impétuosité naturelle il ordonna l'assaut. Les Navarrais passèrent les fossés sur les décombres dont ils étaient remplis , et le combat commença avec ardeur, aux cris de guerre répétés des assaillis et des assaillants. Mais les inégalités, les aspérités des éboulements, rendaient le terrain ditUcile , et amortissaient la violence du choc. Devant les brèches les Musulmans présentaient leurs rangs épais et serrés ; sur les flancs des assaillants, des archers garnissaient les tours, d'où pleuvait sans relâche une grêle de traits, de pierres, de javelots, qui tuaient en grand nombre les chrétiens.
L'honneur du premier assaut avait été accordé à Tavantgarde. Ces hommes éprouvés, impassibles dans le danger, étaient excités encore par les cris de ceux qui les suivaient de près. Ils s'acheminaient à l'escalade , dans l'espérance d'une chance plus favorable alors que, de plain pied avec les Maures, ils pourraient croiser le fer avec eux. Mais ces raines inégales et mouvantes , les cadavres qui s'amoncelaient sur la brèche, le sang qui en rendait les approches glissantes ; le cimeterre mahomélan d'un côté , de l'autre la continuelle émission de traits des archers : tout retardait le succès des chrétiens, sans abattre leur courage. Des troupes fraîches relevaient les troupes épuisées; les blessés et les morts étaient remplacés par de nouveaux combattants. Au
milieu de ces attaques sans cesse renouvelées et repoussées; pendant ce flux et reflux sanglant, un détachement de Navarrais découvrit un endroit plus faible, et moins gardé par les infidèles , concentrés sur la brèche. Aussitôt des échelles furent dressées, les murs escaladés, et les soldats de Don Garcie se précipitèrent dans la place, aux cris de ville gagnée. Les défenseurs des remparts furent troublés par ces clameurs, qui s'approchaient d'eux, et déjà étaient entendues des assaillants du dehors.
Les assiégés étaient obligés de faire face à deux dangers; la défense principale faiblit. Les chrétiens s'en aperçurent, redoublèrent d'eflbrts et d'ardeur; ceux des derniers' rangs poussaient et soulevaient ceux des premiers ; ils ne voulaient pas, après tant de sang et de souffrances, perdre le prix de tant de morts^ et d'un aussi long combat, ni laisser à lears compagnons, qui avaient déjà pénétré dans l'intérieur, l'honneur d'achever seuls leur ouvrage. A mesure que l'attaque devenait plus pressante, les Musulmans mollissaient. Un dernier élan rendit enfin les chrétiens maîtres de la brèche. Les murs, les tours, les divers postes furent enlevés ; et tandis que les uns se précipitaient à la poursuite des Maures , les autres se dirigèrent vers la porte battue par leurs compagnons du dehors, et l'ouvrirent. Alors, comme l'eau quia rompu sa digue, se répandirent dans toutes les rues, les bataillons navarrais. Les Musulmans se défendirent partout, se barricadant et songeant plutôt à vendre chèrement leur vie, qu'à rétablir un équilibre qu'ils reconnaissaient détruit sans retour.
Cette résistance longue et désespérée ne fit qu'irriter les vainqueurs. Tout fut passé au fil de l'épée, et Calahorra se trouva encore une fois baignée dans le sang et pavée de cadavres. La ville fut ensuite mise à sac, et les guerriers trouvèrent , ainsi qu'ils l'avaient espéré , la récompense de tant d'héroïques travaux dans la grande richesse du butin. La prise de Calahorra eut lieu dans les derniers jours d'avril. Le premier soin du pieux Don Gatcie fut de relever, avec magnificence, l'église et le siège épiscopal, que la domination des infidèles avait supprimé pendant tant d'années.
Il fit ensuite de grandes donations^ tant à l'église et à Tévéqae de cette ville, qu'à divers autres monastères.
Don Garcie resta quelque temps à Calahorra. Il fit rele* ver et fortifier sous ses yeux les murs, et tous les endroits qui en avaient besoin. Il voulait mettre cette ville à Tabri pour Tavenir, et la peupla d'habitants chrétiens. On voit qu'à la fin de mai, un mois après la conquête, il y était encore avec Dona Estephania sa femme ; soit qu'il l'eût fait venir ; soit, ce qui n'était ni rare ni étrange à cette époque, qu'elle eût suivi son royal époux dans sa périlleuse entreprise. Don Ramire vint aussi féliciter son frère de son brillant succès. Le Navarrais ne borna pas là ses victoires. Luis Del Marmol nous le montre vainqueur à Tudela, et rendant tributaires les rois de Huesca et Saragosse. Ce dernier lui payait^ de l'aveu même des historiens arabes, une redevance de mille pièces d'or par mois Q.
Les guerres intestines dévoraient toujours les Musulmans. L'Andalousie était livrée à la dévastation, et les chrétiens réitéraient avec succès leurs attaques contre les Arabes du nord. Affaiblis par leurs divisions, ceux-ci se voyaient toujours arracher quelques villes, et reculaient forcément vers ^^^ leurs capitales les limites que la main victorieuse de leurs anciens souverains avaient tracées aux vaincus. Don Ferdinand I" avait déjà poussé ses conquêtes dans la riche Lusitanie. Visée, dépôt des richesses musulmanes, avait été prise, pillée et brûlée ; Goimbre et Lamego étaient tombées devant l'heureux monarque ; le butin , les captifs , les troupeaux, enrichissaient lui et ses armées de Castille et Léon, et cette année le vit renversant et rasant tous les forts détachés, construits par les Arabes dans la Vieille-Castille, dont il les chassa entièrement. Les Maures furent refoulés au-delà des montagnes de ce royaume, et le passage leur en était défendu par de fortes garnisons.
Le roi de Tolède et de Badajoz s'opposaient ensemble à Don Ferdinand ; mais leurs efforts étaient impuissants contre ce redoutable bouclier de la chrétienté. L'année suivante
n Hist Arab. — Sandov. — Yepès. - Zuril. — Rod. Toi. - Luc. Tud.— Garibay.-^ Luis del Narm.
le roi de Léon ravagea tout le pays des environs de Médina Céli et revint chaîné de riches dépouilles. La guerre allumée de nouveau contre les Mahométans» embrasait alors l'Espagne depuis les bords du Tage jusqu'à la mer. Ces rois à puissance si restreinte, cherchaient à se culbuter mutuellement pour s'agrandir ensuite des ruines les uns des autres. Ceux de Séville^ de Malaga, de Grenade , de Cordoue et de Tolède étaient alors en pleine hostilité. Ce dernier, le valeureux Aben-Dylnun, était le plus puissant de tous, et se trouvait attaqué par des forces supérieures.
Pendant qu'il était ainsi pressé, Don Ferdinand ^ à la tête d'une armée plus nombreuse encore que les précédentes, vint ravager tout le plat pays du côté de Salanianque et mettre le siège devant cette place. Il la serra tellement que, j(yg malgré l'excellence de ses fortifications, elle fut obligée de demander à Aben-Dylnun de prompts secours, sous peine de reddition. Ce hardi Musulman, ne pouvant faire tête à tous les orages qui fondaient à la fois sur lui, accourut luimême chargé de richesses et de présents. Il les oifrit à Don Ferdinand, le suppliant humblement de lui accorder une trêve. Il lui proposa même de se déclarer son vassal, et de lui payer un tribut annuel. Malgré les conseils des officiers du roi de Léon, qui l'engageaient à se méfier de celui de Tolède^ Don Ferdinand se laissa toucher par la triste position de ce prince, accepta ses offres et retira ses troupes. Dès qu' Aben-Dylnun fut. tranquillisé de ce côté, il s'adressa à son gendre, Abd-EI-Melic, seigneur d'Alarcon et Cuenca, et fils du roi de Se ville. Abd-El-Aziz, roi de Valence, envoya secrètement des troupes à celui de Tolède qui rassembla également tous ses vassaux et alliés^ pour écraser le roi de Cordoue. Quand le printemps arriva. Don Ferdinand s'apprêta à porter la guerre chez le roi de Saragosse. Celui-ci en ayant été prévenu à temps , acheta la paix aux mêmes conditions qu' Aben-Dylnun, et devint tributaire et vassal du roi de Léon. Don Ferdinand profita des loisirs de la paix, pour réunir un concile national à Coyanca f).
(•) Conc. Hisp. — Rod. Toi. - Alph. de Carlhag. — Luc. Tud. ^ Mor.— Chroii. var. anl.
Le roi de Navarre tomba dangereusement malade. Don Ferdinand, que n'occupait alors aucune guerre» se rendit à Naxera^ résidence habituelle de Don Garcie, pour lui témoigner Tintérèt qu'il prenait à son état. Don Garcie Taccueillit avec tous les dehors de la plus sincère amitié ; la cour entière lui témoignait un respect profond et une joie sincère de le voir. Cependant, au fond de Tâme, le roi de Navarre avait conçu une noire jalousie contre son frère. La gloire dont s'était couvert Don Ferdinand, la rapidité de ses conquêtes sur 1 es Musulmans, les hommages dont l'entouraient les princes mahométans devenus ses vassaux^ son renom de magnanimité et de générosité; tout avait concouru à lui aliéner les sentiments de Don Garcie. Pendant qu'il était sans soupçon ni arrière- pensée à la cour de Navarre » le roi de Léon fut secrètement averti que son frère le voulait faire arrêter et enfermer. L'avis était grave; il se trouva vrai. Don Ferdinand, prétextant un motif suffisamment plausible, retourna en toute hâte dans ses états. Il était ulcéré de la fausseté insigne de son frère, et de l'injure sanglante qu'il lai avait préparée. Don Ferdinand partit donc la vengeance dans le cœur; néanmoins il la dissimula long- temps. Don Garcie» de son côté, était d'autant plus piqué d'avoir manqué l'exécution de son projet, qu'il se voyait découvert et ne songeait plus qu'aux moyens de détruire chez son frère la fâcheuse impression qu'il devait nécessairement avoir emportée.
Sur ces entrefaites, et vers la fin de l'année, mourut la * reine douairière de Léon Dona Elvira, belle-mère de Don i052 Ferdinand. Elle fut inhumée dans la cathédrale de Léon. En 1052 mourut aussi le fameux Âben-Dylnun, roi de Tolède ; son fils continua à payer fidèlement le tribut au roi de Léon, terreur des Musulmans.
Don Ferdinand tomba malade à son tour. Don Garcie, dans l'espérance de détruire les soupçons conçus par son frère, fut le visiter. Le roi de Léon le reçut avec les démonstrations les plus amicales ; Don Garcie se vit fêté comme si tout était «052 à jamais oublié. Mais au bout de quelques jours le roi de Navarre fut enlevé, et enfermé au château- fort de Céa. Le
Navarrais, à force d'or et de promesses, suborna ses gardiens et fit donner Tordre à quelques-uns de ses fidèles, de lui amener des chevaux et de préparer tous les moyens de s'échapper à un jour et un lieu indiqués. Ses intentions furent ponctuellement suivies; et Don Garcie sortit de sa prison avec tant de secret, mit tant de célérité dans sa fuite, qu'il était déjà sur ses frontières quand le roi de Léon fut informé de son évasion.
Don Ferdinand ne se dissimula pas les conséquences do fait accompli ; et bien assuré que son frère voudrait tirer par les armes une vengeance éclatante* de cet affront, il se prépara à recevoir la guerre. Division doublement déplorable, tdiitpar la haine mortelle allumée entre deux frères que pour la cause de Taffranchissement et de la liberté de l'Espagne. Elle aurait pu facilement la reconquérir en restant unie, alors que les Musulmans se déchiraient entre eux et rendaient ainsi plus facile leur expulsion.
Indépendamment de la jalousie attribuée à Don Garcie contre Don Ferdinand, Don Garcie était poussé par un autre grief non moins fort peut-être. Sandoval nous apprend que le roi de Navarre s'était attiré la haine d'un de ses sujets nommé Sancho Fortunez pour avoir grièvement offensé la femme de ce seigneur. Sancho Fortunez avait deux frères, Garcie et Aznar, qui épousèrent sa querelle. Ils se retirèrent tous trois dans les états de Castille, après avoir formé le complot de tuer le roi de Navarre. Don Ferdinand les accueillit et leur donna asile. Don Garcie réclama ses sujets pour les châtier comme le méritait le crime qu'ils méditaient. Le roi de Léon les lui refusa. Il devenait dès lors tout naturel que Don Garcie, dans son for intérieur, accusât son frère de complicité avec les conjurés qui en voulaient a sa vie, puisque Don Ferdinand les couvrait de son pouvoir et de sa protection.
Don Garcie, échappé des mains de ses geôliers, ne fut pas plus tôt arrivé en Navarre qu'il réunit toutes ses forces et s'avança immédiatement vers la Castille. Il s'était adjoint, comme auxiliaires, des troupes maures demandées à ses feudataires de Saragosse et Huesca ; et emmena avec lui pour
lui faire faire ses premières armes^ son fils Don Sanche, à peine âgé de quinze ans. Don Ferdinand s'avançait de son o6té, commandant en personne son armée, dans laquelle marchaient Sancho Fortunez et ses frères f ).
Les deux rois se rencontrèrent sur les confins de leurs doux royaumes, à trois lieues de Burgos, dans la plaine qui s'étend entre les deux villages d'Agges et Atapuerca, aux montagnes d'Occa. Des deux côtés beaucoup gémissaient des sentiments haineux qui amenaient deux frères sur un même champ de bataille, destiné à se rougir du sang de Tun ou de l'autre, peut-être de tous deux. Ils déploraient le dommage résultant de ce combat, ppur la cause de la chrétienté ; combat dont l'issue , quelle qu'elle fût, devait coûter des larmes également araères aux vainqueurs et aux vaincus. De ces réflexions aux démarches il n'y avait pas loin. Aussi plusieurs grands seigneurs et ecclésiastiques, entre autres Inigo abbé d'Ona, et Dominique abbé du monastère de Saint-Sébastien de Silos, s'en occupèrent chaudement. Le premier surtout était très-aimé de Don Garcie et marchait toujours à ses côtés sans jamais le quitter, «à ce que nous apprend un vieux manuscrit de l'abbaye d'Ona. Cet abbé employa tout son ascendant sur le roi, pour l'amener à un aceomodement. Il fut jusqu'à lui faire remarquer l'attitude de ses troupes qui» mornes et silencieuses, témoignaient assez de la douleur que leur causait cette guerre impie, et combien elles la soutenaient à contre-cœur.
Sur ces entrefaites. Don Ferdinand envoya des ambassadeurs pour demander la paix et la concorde, et offrir satisfaction à Don Garcie, s'il était vrai que l'arrestation dont il avait été l'objet eût été opérée par suite d'une erreur. Ils étaient chargés en outre de demander, au nom du roi de Castille, l'entier oubli dupasse. Don Fortune Sanchez, ancien gouverneur, ou menin du roi de Navarre, les deux abbés ci-dessus nommés, grand nombre de seigneurs, ricombres, ecclésiastiques de tous grades se joignirent aux envoyés de Don Ferdinand pour fléchir Don Garcie, Les prières, les
QRod. Toi.— Rod. Sanc— Morct.-Luc. Tud.— Chron. yar. anl.-Sandôv;
iutanees furent inutiles; le roi de Pampelune résista à toutes les sollicitations. Esclave à l'excès du point d'honneur, altier, courageux et vindicatif, le susceptible Garcie craignait que Ton imputât à faiblesse, sinon à lâcheté, la concession de se retirer sans combattre, surtout après un aussi grand étalage de forces.
Fatigué des supplications que lui adressaient tant de voix, l'œil courroucé, l'air menaçant, il intima sèchement aux ambassadeurs de son frère l'ordre de sortir immédiatement du camp. Transporté d'une colère toujours croissante, il imposa silence à tout le monde, et avec une inexorable inflexibilité commanda que l'on rangeât sur-le-champ l^année en bataille. Don Ferdinand, plus profondément blessé encore de ce procédé, imita ce fatal et douloureux exemple.
L'archevêque Rodrigue de Tolède, ainsi que Lucas de Tuy, et la plupart des auteurs, citent ici un trait touchant dé Don Fortune Sanchez. Ce respectable vieillard, qui avait soigné et dirigé l'enfance et la jeunesse de son roi , qui avait acquis sur lui une autorité de père, comme il en avait la tendresse , s'était vu, lui aussi, repoussé comme les autres dans ses entreprises d'accomodement. Ni ses vieux et longs services, ni sa loyale fidélité, ni, dirons-nous, l'imposante majesté de ses cheveux blancs n'avaient rien pu obtenir de 1 -inflexible Garcie. L'âme navrée, et peut-être aussi troublée par uu de ces pressentiments du cœur, familiers à ceux qui ont un profond attachement. Fortune dit au roi d'une voix émue et altérée : « Seigneur, puisque mon conseil, qui vous « a souvent été heureux, et fut toujours empreint de fidélité, « a été rejeté aujourd'hui, il ne me reste plus qu'une seule « preuve de mon dévouement à vous donner. C'est de ne pas « être témoin des scènes de déplorable destruction devenues « inévitables désormais. Je trouverai dans la mort, que j'ai « hâte d'aller chercher, la seule consolation à laquelle « j'aspire, à laquelle vous me réduisez : celle de ne pas « TOUS voir périr vous-même. »
Il dit; et se dépouillant, en présence du roi, de son bouclier, casque, cuirasse, qu'il jeta à terre , dénué de toute arme défensive , la lance d'une main, l'épée de l'aotre, no-
tAte, le véndrable et preux Foiiuno fut à grand pas rejemdre l'avant-garde. Il se mil à sa tète, déterminé, non à défendre sa TÎe, mais à la vendre chèrement, pour venger, par anticipation» celle de son roi, qui semblait lui être révélée. Cette démarche elle-même trouva Don Garcie impassibjo. Pour toute réponse, il donna le signal du comhat; Tannée de Castille et Léon le réi)éta aussitôt.
Les armées s'abordèrent impétueusement. Le magnanime Sanchez, issu du sang des rois, combattait avec le courage désespéré d'un homme qui provoque la mort, et la regarde comme son unique refuge contre un malheur poignant et prévu. Après avoir rougi ses armes dans le sang castillan» il tombil*au premier rang, comme il y avait combattu, en héros dévoué. Les deux rois, par leur présence et leur exemple, rendaient la lutte plus âpre et plus acharnée.
Sur un des côtés de la plaine dans laquelle se déployaient les deux armées, s'élevait une colline boisée, a laquelle Don Garcie avait appuyé son aile droite. Il avait commis la faute impardonnable de n'avoir pas fait occuper, ni même fouiller ^ cet endroit couvert et important. Don Garcie ne doutait pas que le roi son frère n'eût conservé toutes ses forces pour le combattre de front. Un gros de cavalerie de Léon avait été embusqué dans le bois la nuit d'avant la bataille, et les trois frères Fortunez, altérés de vengeance et de la soif de laver leur affront dans le sang du roi Don Garcie » faisaient partie de ce corps.
Au plus fort de la mêlée, dans ce moment où il deviwt impossible de dégarnir, sans inconvénient, un point peur faire tète à un nouveau danger imprévu et soudain, cette cavalerie sortit tout*à-coup de son embuscade et, bride abattue, chargea l'armée navarraise en flanc. Elle romj^t bcilement des rangs surpris, et entrepris sérieusement sur leor front. Dans le désordre du premier moment elle pénéfrt Jnsqa^au roi, accouru avec les hommes qu'il avait trouvés sous sa main. Don Garcie se vit donc impétueusement chargé sans s'y attendre.
En tète de l'ennemi courait Don Fortuflo Sanches, te rebelle. Il frappa le roi d'un si violent coup de lance, qu^il
~ 454 — le traversa d'outre en outre, et le renversa, mourant, de son cheval. Les Navarrais ayant vu tomber leur roi, se pressèrent autour àe lui pour l'empêcher d'être pris. Ils combattirent avec furie, tandis que rabbéd'Ona,Inigo, arrivé en toute hâte, tenait dans ses bras Don Garcie, baigné dans son sang. Le coup était mortel ; Inigo assista de ses prières et de ses exhortations le prince défaillant qui, peu d'instants après, expira soutenu par le pieux abbé. Une gi*ande pierre fut placée depuis au lieu même où le roi de Navarre était tombé et avait rendu le dernier soupir.
L'armée apprenant la mort de Don Garcie, perdit courage et se retira* précipitamment vers le camp. Elle fut favorisée dans sa retraite par Don Ferdinand lui-même qui, parcourant le champ de bataille, ordonna d'épargner les chrétiens, et défendit la poursuite. Il abandonna à la fureur de ses soldats les Maures auxiliaires, qui avaient suivi l'armée navarraise. Les Musulmans furent tous massacrés, à l'exception de leurs chefs, qui trouvèrent leur salut dans la vitesse de leurs chevaux. Cette funeste journée eut lieu le premier de septembre 4054 (*).
Aussitôt que les troupes furent rentrées au camp, les chefs principaux et subalternes s'entendirent pour élire Don Sanche, fils de Don Garcie sixième du nom, et dit de Naxera. Le jeune prince fut élevé sur le bouclier et nommé par acclamation roi de Pampelune, en remplacement de son père. Les cérémonies militaires suppléèrent aux fêtes du couronnement. La nomination d'un roi prévint les discussions entre chefs au sujet du commandement, réunissant ainsi tous les pouvoirs sur une même tête, dans une seule main. Le corps de Don Garcie fut transporté à Naxera, environ quatorze lieues d'Atapuerca; et inhumé à Téglise du monastère de Santa-Mariala Real, fondé par le feu roi. Don Ferdinand ne s'opposa en rien ni à l'enlèvement du corps de Don Garcie, ni à sa translation, ni à l'élection du jeune Don
HRod. Toi,— Luc. Tud.— Ann. Complut. — Moret.— Ferrer. — Chron. var.
ant.— Sând. — Yepes. — Marian. — Turq. — Chén.— Rod. Sanc Priocip. de
Vian.— ChroQ. dé las Princip. de Navarr.— Ànonym. del tierop. de D. Théob. — Zttrit.
Sanchfi. Il lui semblait assez cher, sans doute, d'acheter rétablissement de la consolidation de son royaume de Castille, par l'assassinat de son beau-frère^ et la mort de son frère. Don Garcie avait régné vingt ans moins quatre mois.
Le nouveau roi de Navarre Don Sanche, cinquième du nom, dit le Noble, à cause de sa générosité, et de Penalen, lieu de sa mort malheureuse , se voyait, à quinze ans, héritier proclamé d'une couronne qu'il était en danger de perdre immédiatement. Cependant, comme l'hiver, précoce dans les montagnes d'Occa, commençait à sévir et que Don Ferdinand se préparait à retourner dans ses états. Don Sanche, ayant mis ses frontières en état de défense, se retira à Naxera, dans la Rioja. Il fut présider les funérailles de son père, et porter à sa mère, la reine Dona Stéphania, les eonsolations qu'il pouvait lui offrir.
Au printemps suivant il fallut songer à de nouveaux préparatifs de guerre. Don Ferdinand menaçait de la recommencer. Ce monarque avait des vues de conquête sur la Vieille-Castille, assignée à Don Garcie dans le partage fait ' par leur père ; et depuis long-temps il regardait de mauvais œil cette séparation de la Castille en deux portions. Celle qu'il convoitait est la partie comprise entre les montagnes de Burgos et d'Occa, jusqu'à la mer cantabrique, y comprenant le côté septentrional de la Bureba d'aujourd'hui, et que l'on nommait alors Asturies de Laredo f).
Cependant, Don Ferdinand ne voulut point profiter de l'avantage que pouvait lui donner la grande jeunesse de son neveu» et ne lui déclara pas la guerre, qui paraissait imminente. Il se contenta d'entrer dans la vallée d'Ona, et d'enlever le corps de son père du monastère de Saint- Saaveur, où il avait voulu être déposé. Mécontent des dispositions prises par ce grand prince pendant sa vie, le roi de Léon vint le troubler jusque dans la paix de son tombeau. Il le transféra dans la ville dé Léon, cédant en cela, selon Don Rodrigue de Tolède et Lucas de Tuy, aux instances de la
HRod. Tol.-Luc. Tu(J.-Alph. d. Carlhag.—Morct.--Marian. -Ferrer. - P. d*0rléaiis.— Mayerne.-^Rod. SancChroo. van ant.
— 456 -^ reine Dofia Sancha. C*est dans cette même année que fut repeuplée la ville d'Aybar, avec rautorisation de Don Ramire roi d'Aragon. Les nouveaux habitadU furent tirés de la vallée qui, frontière de France, passe par le sud de Ronce- « vaux. Apre, montueuse, stérile, cette vallée d'Aîscoa était riche en population. Elle en fournit aisément Aybar, et d'autant plus volontiers que cette ville est également située sur le sol navarrais.
Lors de la dédicace de la nouvelle église de Saint-Sauveur de Leyre, Don Ramire prit ce prétexte pour se rendre auprès de son neveu ; il forma avec lui une ligue défensive contre le roi de Léon, en cas d'attaque de la part de ce dernier. Les annules de SainUean de la Pena portent que pour lier son oncle d'une manière plus étroite encore. Don Sanchele Noble lui donna, sa vie durant, les villes de Sanguessa, Lerda et Undues ; et le roi d'Aragon, de son côté, regardant son neveu comme chef de la branche aînée et de toute la famille, lui jura par serment amitié fidèle, secours etconseils. Don Ramire observa toujours cet engagement, au point que, dans son testament fait deux ans avant sa mort, en 1061, en faveur d'un fils naturel nommé Don Sanche, il est spécialement porté : qu'il lui donne les seigneuries d'Aybar et Xaviere Latre, sous peine de les perdre en cas de désobéissance à l'héritier présomptif, fils légitime d'Aragon, Don Sanche Ramirez; ou en cas qu'il se déclai*ât contre le roi de Pampelune.
Don Ferdinand de Castille et Léon ne troubla cependant point la paix entre les chrétiens. Prince doux et bon, autant que courageux, il ne se servait de sa puissance que pour le bien et la prospérité de ses sujets. Sous son règne la culture fut encouragée, et les grandes villes devinrent florissantes^ Ce prince fit une irruption sur* les terres de Séville, sous le prétexte d'aller y relever les corps de deux visites et martyres de cette ville. Chemin faisant Don Ferdinand s'empara de Mérida, Badajos et quelques autres cités, qui furent ravagées. Beaucoup de Mahométans périrent, ou furent faits esclaves dans cette campagne. Le roi de Séville, attaqué sans motif, pris au dépourvu, entraîné d'ailleurs par les
plaintes de ses sujets et l'approche de Tannée de GastiUe, vint se jeter aux pieds du conquérant. Il offrit de devenir son vassal et tributaire» et Don Ferdinand accepta, sous la condi. tien que les corps de Sainte-Juste et Sainte-Rufine lui seraient remis. Mais Aben-Abet ne savait pas plus que les chrétiens de Séville où gisaient ces reliques. Toutefois, pour témoigner de sa sincérité, il offrit de livrer le corps que Ton voudrait. Celui de Saint-Isidore fut emporté, et le roi maure, comme marque de respect pour Don Ferdinand, fit couvrir le cercueil du saint avec un tapis de drap d'or.
Le roi de Castille et Léon^ au comble de la puissance, chargé de gloire, béni de son peuple, convoqua vers Tépoque de cette translation, une assemblée des états dans la ville de Léon. Il y déclara son intention de diviser son royaume entre ses enfants. Les grands acceptèrent la volonté ^de leur souverain, et les cortés y souscrivirent.
Etait-ce l'amour ou la faiblesse paternelle^ était-ce encorcL la fausse politique du temps qui entraînait Don Ferdinand; ou était-il aveuglé par son vaste pouvoir et la constante fortune de ses armes, pour en agir ainsi? Il avait vu de près cependant les guerres intestines qu'enfantent de semblables partages, et les déplorables suites de ces guerres. Il ne pouvait ignorer l'affaiblissement qu'un pareil démembrement entraîne dans un état; il savait mieux que personne le roi de Castille, que s'il avait été puissant et redouté, s'il avait été fort, c'était par la concentration d'un grand pouvoir^ par la réunion du royaume de Léon à la portion détachée de celui de Navarre, que lui avait léguée Sanche le Grand ; par l'unité, enfin, de vues et de mesures dans son gouvernement^ et d^obéissanco de lu part des peuples ix une volonté unique et dominante. Outre que, par le morcellement de cette belle couronne, il mettait ses successeurs hors d'état de combattre efficacement pour le maintien de la religion et la liberté de leur patrie ; il jetait encore au milieu d'eux les dents de Cad^ mus, et leur semait des germes de discorde, de malheur, et par suite, d'affaiblissement. Ces réflexions durent être faites par (riosieurs des membres des eortés^ dans lesquelles il ne se
li'ouva pourtant pas une voix généreuse pour rappeler à son roi les leçons de sa propre expérience.
La mesure fut adoptée ; Don Sançhe, Tainé des infants, eut la Castille et le vasselage des Mahométans ; Alphonse le royaume de Léon et les Asturies d'Oviédo. Les princes devaient, dès lors même, prendre possession de leurs états. La Galice et le Portugal échurent à Don Garcie, troisième né; la ville de Zamora à l'infante Dona Urraca, et à Dona Elvire ceHe de Toro, afin de les rendre indépendantes de leurs frères. Toutes les ambitions furent excitées par ce moyen, et pas une ne se trouva satisfaite. Don Sanche surtout, l'aîné des fils du roi, ne vit qu'avec un profond regret ce démembrement de l'héritage paternel, qu'il aurait dû seul posséder.
Mais les lois qui régissent les états, comme celles qui gouvernent les particuliers, ne peuvent ôti'e le résultat que d'une longue expérience, celle des hommes, des choses et du temps. L'expérience seule ne suffit pas cependant ; ^1 faut des esprits droits, qui sachent en comprendre et en déduire les leçons; il faut l'absence du despotisme, pour que la voii du législateur puisse être entendue; il faut des hommes courageux pour porter d'une manière ferme , comme un flambeau, la vérité ayx yeux des rois; courageux en même temps que purs et désintéressés, pour pouvoir dire avec énergie et conviction aux peuples : La sagesse, fruit de l'enseignement des âges et dçs malheurs passés , exige les mesures actuellement prises dans vos intérêts ; vous y obéirez pour votre bien-être et pour celui du monde.
La voix de l'homme de bien, de l'ami vrai de son pays, peut et doit clamer ainsi ; mais il faut la grande épée d'un conquérant, l'influence magique et la volonté de fer d'un héros pour imposer des lois et les faire exécuter, quelque bonnes, quelque sages qu'elles soient. Car les peuples sont de vieux enfants dont il faut faire le bonheur malgré eux, et en quelque sorte, à leur corps défendant.
Don Ramire, tandis que son frère faisait la guerre au roi de Séville, l'avait portée aussi dans le royaume de Saragosse. Le roi de cette dernière ville» feudataire de celui de Léon,
liii demanda le secours qui lui était dûî. Ce prince était alors absent; les envoyés musulmans s'adressèrent à son fils. Don Sanche, roi de Gastille , qui gouvernait en Tabsence de Don Ferdinand. Don Sanche promit ce secours dans un bref délai, et envoya h son tributaire Tordre de réunir, en attendant, le plus de troupes qu'il pourrait. Le Castillan tint bientôt sa parole. Il avait pour lieutenant-général, le célèbre Don Rodrigue Diaz de Bivar, surnommé le Cid par suite du nom de Cidy, signifiant seigneur, que lui donnaient les Arabes lorsqu'ils venaient rendre à sa valeur, si justement renommée, l'hommage qu'ils lui devaient. Don Ferdinand , nous dit Garibay, ordonna que le suraom de Cid serait conservé au valeureux guerrier.
Aussitôt la jonction opérée avec les Maures, Don Sanche et le roi de Saragosse marchèrent contre Don Ramire, qui assiégeait la ville de Grade, située à l'embouchure des rivières Issavena et Esseva, dans le comté de Ribagorza^ Don Ramire leva le siège a cette nouvelle, et vint au-devant de son ennemi. C'était le huit de mai. Le combat s'engagea promptement et se maintint long-temps, sanglant et douteux. L'armée de Don Sanche fut enfin victorieuse, et le roi d'Aragon fut tué dans la mêlée. Son règne avait été de vingfrhuit ans et trois mois. Don Sanche, son fils, lui succéda à la couronne. On peut remarquer que les fils aines des trois frères. Don Garcie, Don Ferdinand, et Don Ramire, portèrent sur le trône, et presqu'à la fois, le nom de Sanche. C'était un hommage rendu à ce nom, illustré par les Mitarra, les Abarca , les Sanche le Grand , Sanche le Noble ; tous Navarrais (*).
Vers cette époque furent députés à Mantoue , en Italie, trois évêques espagnols, pour assister au concile convoqué par lepape Alexandre II. C'était la première fois que l'Espagne ^^^^ envoyait ses prélats. Ces évoques, ensuite des démarches faites à la mort du pape Nicolas II, par les légats du pontife
C) Rod. Toi. — Luc. Tud. — Chron. génér.— Moine Pinnat.— Yepès.— Saodov. — Vid. de Don Fernand.— Garib.— Moret.— Mayern Hist Arab.
— Rod. Sanc — Nariao.— Ànn. de San Juan de la Peiia. — Cbén.— Conde.
— Pelag. de Oviëd. — Phnce de Vian.— Zurita.
concile fef Erras des' b Pènnle. La eoor de BiMBe, fu
Id TexteMM» de sos qoi ae recounkail q«e b f^e, el SM b lempofelle. Cepcsdat le ooacîle de MantiNie hÊ, obligé de recoanailra Fenliéra oilhodoue de ces lirres. Aion le fvffr^e da soarenia pontife piésidaBt oa coadle mwni^ lemr éUil acqois. Noos totoos daas b mite le os fse roB fil à Borne de ce jogeoMat, lonqo'il j fiit éubli fae, fans raboUlioa de ces offices, l*Espagne ne serait jaauis sojette soamise da Saial-Siége.
Les rots maores anicat regardé le parfa^ de ses élali fiai |iar Don Ferdiaand, comme nae preore de sa ùâblesse, occasionnée par Tâge. Ils jogéreat le moment (^portan poor s^afhinchir de h sujétion â laquelle les airaienl réduits les armes de ce premier guerrier, et refuserait de lui payer le tribut. Le vieux roi rassonUa une nombreuse armée dliommes aguerris, et fondit sur les frontières des états de Tolède el Saragosse. Le feu et le massacre marquèrent son passage. D s^empara des villes ei places de Gormaz, Yado del Rej, Aguilera, Berlanga, Riba de Sanzuste, Mora, Gormassas; et porta jusqu'à Médina Céli et Taleacc, la terreur el la victoire. Les environs en furent ravagés. Surpris par la maladie au milieu de 'ses triomphes» qu'il voulait pousser plus loia encore» Don Ferdinand se retira à Léon. Il y arriva la veille de la Nativité, et peu de jours après mourut , revêtu d'un habit de pénitent, avec toutes les. marques de la plus fervente piété ; ce qui valut à ce grand roi le surnom de Catholique. Véritable mort d^un prince chrétien, qui avait encore, pour ainsi dire , en fermant les yeux , les armes à la main contre les oppresseurs de son pays et les ennemis de sa religion H-
Nous remarquons que dans une donation pieuse» faite par Don Sanche de Penalen au monastère de Saint - Sauveur de Leyre, en 1066, se trouve conmie témoin el signataire un
n Mord.— Hbt. Udît.— Eod. Sanc. — Rod. Toi. — Hisl. Arab.— Luc Tod.- Ferrer.— Mayero.—Garib.-Conde.-Cliën.-Concfl. Hi^.-llamD. — Pelag. de Oriéd.
certain OiiiiUi, évèque de Guipuzcoa. C'est la première fois ({08 l*on trouve cette proTince désignée par ce nom , et qu'il 106S wl question de son évèque.
Ce fut moins par respect pour la mémoire de son père, contre TarraDgement duquel il avait protesté dés le moment qu'iX fut fait, selon quelques historiens, qu'à cause des droits le Dofta Estephania sa mère, au royaume de Léon« que Don Sanche de Castille n'entama pas de suite la guerre contre son frère Alphonse. Don Sanche avait hérité du courage de son père ; entreprenant et presque incapable de repos, il était d'une extrême ambition. Il ajourna cependant les projets, et fut occuper son activité contre les Maures. Il dbtint quelques succès et s'attacha à l'embellissement et la prospérité de la Castille ; sa résidence était Burgos. Il aurait pu employer d'une manière plus utile à l'Espagne le temps de son règne, en combattant l'ennemi commun ; car pendant les sept ans de sa durée il fatigua ses sujets par des guerres continuelles. Des combats, des sièges, des envahissements, l'emprisonnement, l'exil ; voilà ce que présente cette courte série d'années; et ce fut toujours contre ses frères, ses Meurs , ses parents.
La reine-mère mourut le sept novembre 1067, pendant que Don Sanche de Castille était en guerre avec ses deux cousins. Don Sanche de PeAaleu ou le noble roi de Pampelane, et Don Sanche d'Aragon. Le roi de Castille, sans déclaration de guerre préalable, était entré dans les états de Navarre, s'était emparé déjà de Pancorvo, avant que Sanche le Noble eût pu se mettre en défense. Il nomma gouverneur de cette ville, pendant que lui-même était à San-Millan avec *^^ les infiintes ses sœurs , un des principaux seigneurs de Castille, Don Garcia Ordonez. On voit par là que le Castillan était déjà au cœur de la Bureba. Don Sanche le Noble, attaqué si brusquement et tant à l'improviste^ laissa les vaillantes populations de Bureba et Rioja avec toutes les ressources que le moment comportait , passa l'Ebre, et se retira en Navarre. Il appela à lui toutes les provinces vasconnes de son obéissance, FAlava, la Biscaye et le Guipuzcoa. Ces vieux défenseurs de l'indépendance nationale, accoururent ayec amour
et empressement, excités par Tinjustice d'une guerre qui les menaçait, en outre, dans leur liberté. Sanche de Penalea demanda aussi au roi d'Aragon son assistance dans cette dangereuse conjoncture. Il lui rappela Tétroile alliance conclue avec Don Ramire, et la consistance qu'en avaient acquis les deux états. L'Aragonais ne fut pas sourd aux prières de son cousin-germain ; il se mit lui-même à la tête de ses troupes. Don Sanche de Pampelune avait fait préparer, pour recevoir les détachements qui lui arriveraient, des lieux de réunion, des places d'armes, sur la rive orientale de l'Ëbre , prés la ville de Mendavia. Cette position, heureusement choisie , couvrait la Navarre, était défendue par le fleuve, se trouvait à portée de secourir promptemeDt la Rioja, et de recevoir d'Aragon les renforts qui ne lardèrent pas à arriver. Il fut décidé que, afin de profiter de l'ardeur des troupes, l'on irait au-devant de l'armée castillane pour lui livrer bataille. Sanche de Gastille, aveuglé par la rapidité de ses succès à peine contrariés , imagina que la peur faisait abandonner la campagne à son adversaire. Il s'était, en conséquence, de plus en plus enfoncé dans les états de Navarre, avait passé l'Ebre plus haut que le roi de Pampelune, et s'était venu établir à trois lieues de Mendavia, dans une vaste plaine où Sanche le Fort, en 1219, éleva la ville de Viane. Cette plaine portait alors le nom de champ de la vérité, parce que c'était là que les chevaliers navarrais et autres, venaient soutenir, la lance au poing , leur bon droit et en appeler dM jugement de Dieu.
Les deux partis se cherchaient, ils se rencontrèrent bientôt ; le combat fut oflert et accepté avec un égal empressement des deux côtés. Le Castillan était excité par l'orgueil de ses premières réussites et la fougue de son caractère ; le Navarrais se trouvait enflammé par une vengeance bien naturelle et le désir de repousser une injuste agression, en recouvrant ce qui lui avait été enlevé sans motif. Le choc fui terrible. L'armée castillane était réduite à vaincre ou à se voir détruire, à cause de Fimprudente et longue pointe faite dans le pays ennemi ; les Navarrais, de leur côté, combattaient pour châtier la témérité et l'aiTOganee des Castil*
lans^ en même temps que pour recouvrer leurs biens; les Aragonais n'aspiraient qu'à l'honneur de contribuer à la victoire. Les rois des deux partis ne se ménageaient pas non plus; ils parcouraient les rangs et animaient leurs hommes de la voix et de l'exemple.
Il y avait déjà long-temps que le sang coulait à flots, et que le succès flottait indécis, lorsqu'un corps de Navarrais se porta tout-à-coup , avec un irrésistible élan , sur le point où combattait Sanche de Gastille. Ils enfoncèrent le corps de troupes qui couvrait le roi, et commençaient déjà à pénétrer dans les rangs ennemis. Le danger était pressant; Don Sanche accourut pour rétablir la chance qui allait lui échap* per; un coup de lanoe le porta à terre. Son armure le préserva ; mais il aurait été infailliblement pris sans le dévouement des siens, qui lui formèrent un rempart de leurs corps, et se firent tuer pour le sauver. Ce bruit, répandu dans l'armée navarraise, augmenta l'ardeur des combattants. Les Aragonais redoublèrent d'eflbrts, et chargèrent avec tant de vigueur que la victoire se prononça sur tous les points pour les rois réunis. Sanche de Gastille, jugeant qu'il était dorénavant impossible de la leur disputer, sauta sur un cheval à sa portée et que l'histoire de San-Juan de la Pena et les écrivains aragonais, prétendent être sans selle ni bride. Don Sanche s'enfuit donc rapidement du champ de bataille. 11 craignait de ne pouvoir, dans la foule et la presse de la déroute , passer avec sûreté les rares et dangereux gués de l'EbreC).
Ainsi ce jeune présomptueux , qui s'était cru invincible, abandonna son camp avec tout le butin dont il s'était enrichi depuis les montagnes d'Occa, et son armée sans point de ralliement, sans ordre donné, sans place forte pour s'abriter, et obligée de repasser l'Ebre. Le combat qui eut lieu sur le champ de la vérité fut un vrai jugement de Dieu; le droit et la justice l'emportèrent sur l'usurpation, Tambition, et l'orgueil. Cette seule victoire rendit à Don SsuQche de Penalen tout ce qu'il avait momentanément perdu
0 Ferrer.— Mariaû.—Sandov.—Moret.—Rod. Toi.— Luc. Tud.— Chron. de Sftn i* é9 la Peaa.
dans U Bioja eth Bureba. Suhri deDcm Sandie d^Aragon, il marcha sur cet proTÎaces et s^arança Ters Panconro, où a'étaient entassés les Taincus. N^espéraol pas être secoums, dés qu'ils connureol Tapprodie de Farinée combinée, ils abandonnèrent cette place ainsi que quelques autres, surprises par eux lors de leur entrée dans le pays. Les habitaDts alarmèrent à leur tour, et firent éprouTer aux Castillans de grandes ^rtes dans leur retraite précipitée; résultat ordinaire des in?asions manquées.
Cette année, commencée sous de sanglants auspices puisque la bataille de Mendavia avait eu lieu aux premien jours d'aTril, se passa néanmoins sans autre guerre. Les rois alliés, satisfaits de leur victoire et d'avoir recouvré leon états, renoncèrent à pousser plus loin leurs avantages. Doo Sanche d'Aragon retourna dans son royaume et le roi de Pampclune, profitant de la paix pour se livrer à des œuvres pieuses, fit achever un travail depuis long-tmnps commencé. La magnificence du reliquaire dont il s'agit ici pouvant donner une idée de l'état des arts, en même temps que da genre des donations faites à cette époque par les souverains, nous en allons donner une description. C'était un coflte d'une verge et demie de long sur une de hauteur, en bois précieux incrusté d'ivoire et revêtu de lames d'or pur émaillées de diverses couleurs. Les incrustations , divisées en vingt-quatre compartiments, représentaient pinceurs per* sonnages et figures : par exemple les principaux traits de la vie de Saint-Millan, aux reliques duquel ce coffre était consacré. On y voyait aussi représentés les différents miracles attribués à cet évèque, avec les noms des rois et princes qui contribuèrent par leurs dons à la confection de cette riche pièce, ainsi que ceux des ouvriers qui l'avaient travaillée. Ce reli* quaire était, en outre, tout parsemé de pierreries; sur le couvercle brillait une escarboucle d'une grande valeur et de la plus rare beauté, donnée autrefois au monastère par osa reine. ^
Don' Alphonse de Léon, prince d'un caractère doux et généreux, préféré de sa mère dont il suivit toujours les atis pendant le temps qu'elle vécut , eut les mêmes égards pour
ses Msars. Il agissait d'après leurs conseils , et s*ea trouva bien , car les infantes étaient princesses d'un grand mérite, sans intrigue ni jalousie. C'est d'après elles que Don Alphonse fit demander, et épousa par procuration, la prin* cesse Agude fille de Guillaume I", roi d'Angleterre. Cette princesse mourut en mer, et fut inhumée dans un couTont sur les côtes de France.
Un malheur ne marche jamais seul ; le roi de Léon se TÎt bientôt attaqué par son frère, le turbulent Don Sanche de Castille. Il mil sur pied une armée , forte comme nombre, mais peu aguerrie, et marcha à la rencontre des Castillans. Ils se trouvèrent en présence et se combattirent le dix-neuf juillet, près la ville de Llanlada. Don Alphonse, entièrement défait, s'enfuit à Léon, où il se prépara à la défense. L'intervention des deux infantes servit cependant à persuader Don Sanche, qui s'en retourna en Castille. Pendant ces dtibats entre deux frères, le troisième. Don Garcie de Galice, ne jouissait pas non plus d'une grande tranquillité. Epris des charmes d'une esclave affranchie , il était aveuglément •oomis à ses moindres volontés. Aussi les seigneurs galiciens, ■aturellement remuants et portés à la rébellion, humiliés de se voir élever ou abaisser au grô dos caprices de cette finnme, offensés de voir inutiles leurs représentations à ce( sujet, prirent le parti de se faire justice eux-mêmes. Ils poignardèrent la £eivorite sous les yeux même du roi, et passèrent aussitôt dans les étals de Léon. Quelques mois ensuite le comte Don Froila ayant eu un démêlé avec Gudestie son neveu, évèque de Compostelle, au sujet de certains droits que chacun d'eux se voulait arroger, fît entrer nuitamment des gens à lui dans la chambre de l'évèque, qui fut assassiné pendant son sommeil. Ce crime resta impuni, grâce à Tanarchie existante dans l'état; car les uns s'étaient rebellés, et les autres tenaient encore pour la cause du roi f).
Après une inaction d'environ un an. Don Sanche de Castille reprit ses idées de conquête ; il revint sur les terres de ^^^ Léon, dans l'unique but de détrôner son frère. Don Alphonse
n lod. Toi.-** Luc. Tad. — Cbron. ur. «bI.-- Hsrst
arma de toutes parts et reçut un secours de son frère le roi de Galice. Ce fut le quatorze juillet que les deux armées en vinrent aux mains, prés de Carrion de Los Gondes située sur les bords de la rivière du même nom, affluent du Duero. Âpres un combat acharné. Don Alphonse resta vainqueur. Il rentra immédiatement dans son camp, arrêtant le massacre et la poursuite des Gastillans. Ses troupes s'abandonnèrent à toute l'ivresse de la victoire.
Pendant qu'elles la célébraient, le fameux Gid Rodrigue Diaz de Bivar, aida Don Sanche à rallier son armée. Les Léonais, endormis en toute sécurité à la suite de la bonne chère à laquelle ils s'étaient livrés, furent surpris pendant leur sommeil aux premières lueurs du jour. La résistance fut presque nulle, le massacre fut affreux. Don Alphonse se sauva à cheval et se réfugia dans Téglise de Sainte-Marie de Carrion. L'infatigable Rodrigue, le Gid , le poursuivit à outrance, l'arracha de son asile et le remit aux mains de Don Sanche. Le roi de Léon fut envoyé prisonnier à Burgos, et Don Sanche se dirigea vers Léon, où il entra en vainqueur. A la sollicitation des infantes ses sœurs, il consentit à rendre la liberté à Don Alphonse, sous la condition expresse qu'il abdiquerait la couronne, et se ferait moine au couvent de Sahagun. Le prince détrôné, hors d'état de se défendre ou de refuser, accepta ces dures et pénibles conditions. Il prit l'habit monastique. Don Sanche de Gastille se fit proclamer roi de Léon sans grande opposition.
Mais son ambition ne se contenta pas de cette couronne. Vainqueur d'un de ses frères il voulut dépouiller l'autre, et entra dans la Galice, à la tête de son armée renforcée des nouvelles troupes amenées de Castille.
Les états de Don Garcie étaient en butte aux divisions, nous l'avons dit. Ce prince n'avait pas su se concilier l'amour de ses sujets : il n'en fut pas secouru. D'autre part. Don ^ Sanche traitait avec la dernière rigueur ceux qui prenaient lea armes contre lui. L'effroi se joignit à la désaffection. Les troupes elles-mêmes abandonnèrent Don Garcie, dont la plus grande frayeur était de tomber au pouvoir de son frère.
aissé de tous, il prit le parti de fuir et fut demander un i au roi de Séville.
J-Moateded, riche, puissant et considéré, maître de ille, Carmone et Gordoue, de rAlgarve, de Gibraltar et toute la contrée voisine , était un des plus formidables ices mahométans. Il accueillit Don Garcie en roi et le ibla de biens et d'honneurs. A la mort du généreux Aliteded, son fils Muhamad» qu'il avait armé chevalier de propre main en lui ceignant Tépée et lui donnant un écu Il céleste parsemé d'étoiles d'or autour d'un croissant lement d'or, remplit dignement envers l'hôto royal de son e les devoirs d'une noble hospitalité.
Cependant Don Alphonse ne songeait qu'à, ressaisir sa )rté en dépouillant le froc qui lui avait été imposé. ; sœurs, avec lesquelles il avait conservé des relations rètes, s'entendirent avec trois seigneurs de la maison ssurez de Léon ; c'étaient Dob Pedro, Don Gonzalo et Don 'oando. Ceux-ci trompèrent la vigilance des moines du io7i oastère, et conduisirent Don Alphonse à Tolède. Ismaëli-Dylnûn, non moins généreux que le roi de Séville, Drda toute sa protection à Don Alphonse, qui la lui avait nandée en lui racontant ses disgrâces. La douceur du détrôné lui attira l'amitié d'Ismaël, qui se lia étroitement ic lui. S'étant aperçu que Don Alphonse aimait l'exercice la chasse, le roi de Tolède lui assigna un quartier affecté ui et aux seuls chrétiens. Dans ce quartier se trouvaient niques anciennes ruines. Don Alphonse s'y plaisait fort; laël lui permit de les relever, et d'y faire quelques consctions. C'est ainsi que prit naissance la ville de Brihuega, ^n Mariana et d^autres (*)•
3on Sanche de Castille et Léon, ayant terminé ses courses Galice et Portugal, revint à Léon. Il avait su l'évasion de Q Alphonse, et en adressa de vifs reproches à ses sœurs; iisant offensé de l'attachement qu'elles avaient témoigné )on Alphonse et lui conservaient encore, 11 leur fit dire ]$\ qu'elles eussent à lui remettre leurs villes de Toro et
) Rod. Toi.— Luc. Tud.— Peliig, de Ovied.— Chron. var. anl.— Morian. ?«frer.— Moret.— Mayera.
Zamora, que leur ayail données Don Ferdinand leur père, ajoutant qu'il les mettrait en état de soutenir dignement leur rang. Les remontrances, les réclamations des infantes ne furent pas écoutées. Elles consultèrent leurs sujets sur leurs 1072 dispositions ultérieures, et les trouvèrent disposés à se défendre jusqu'à l'extrémité plutôt que de tomber sous la domination de fer de Don Sanche , offrant même jusqu'à la dernière goutte de leur sang. Les princesses se mirent alors en mesure de résister aux prétentions envahissantes de leur frère.
Surpris du refus des infantes, le roi entra dans une grande colère. Accompagné du Cid, et suivi d'un grand déploiement de forces, il se présenta d'abord devant Toro, apanage de Dona El vire. Cette ville effrayée de l'appareil militaire de Don Sanche, se rendit sans coup férir. Le conquérant se porta aussitôt sur Zamora, comptant obtenir le même résultat. Mais Dona Urraca s'était enfermée dans cette place, forte par elle-même et par la nombreuse garnison qui l'occupait. Elle îivail eu outre, pour gouverneur de Zamora, un. homme d'une bravoure, d'un talent et d'un dévouement avéré. C'était Don Arias Gonzalez. Général de la petite armée, chef du conseil, il sut si bien se défendre, et repoussa tellement toutes les tentatives de l'ennemi, que Don Sanche fut réduit à changer le siège en blocus, et à attendre de la famine ce qu'il ne pouvait obtenir par les armes.
Cependant, comme les rois de Galice et Léon étaieut détrônés, Dona Urraca n'avait de secours à prétendre de nulle part. La position était désespérée. Don Sanche était irrité, el les habitants commençaient déjà à délibérer entre eux sur les conditions à demander aux vainqueurs. Un des officiers de Dona Urraca, nommé Athaulphe, déterminé au sacriflce de sa vie pour sauver celle de l'infante et de ses concitoyens, demanda au conseil assemblé de suspendre sa décision, s'engageant à faire lever le siège dans un délai de vingt-quatre heures. Ce serviteur dévoué sortit de la ville et se rendit seul au camp ennemi. Il se présenta au roi comme i ayant été chassé de la place pour en avoir proposé la reddi' i
ion. Il s'offrit aussi à découvrir a Don Sanche une porte ecréte, avec le gardien de laquelle il avait des intelli- ;ences.
Âthaulphe promit au roi de le faire entrer, lui et ses roupes, par cette poterne. Le roi donna complètement dans e piège ; il voulut même se rendre seul avec Athaulphe au ieu indiqué, pour le reconnaître. Pendant que Don Sanche examinait attentivement Tendroit, Athaulphe le perça, par lerriére, d'un violent coup de javeline, qui le renversa. Le "égicide laissa le roi se débattre dans son sang contre la nort, et rentra dans Zamora. A cette triste nouvelle, Tarmée le débanda presque en entier. Le Gid, a la tète des Castilans, fut enlever le corps inanimé de son maître, et se retira (D bon ordre. Le siège fut immédiatement levé par suite de »l événement. Ainsi périt, le cinq octobre 1072, victime de M)n ambition, ce prince auquel ne suffisaient pas les trois *oyaunies de Gastille, Galice et Léon. Il fut inhumé au monastère d'Ona.
Don Sanche, dont le port était majestueux et les traits ^cieux et nobles, était adroit à tous les exercices du corps, et d'une force musculaire tellement remarquable qu'il en reçut le surnom de Fort. Son règne fut de sept ans. Dona Urraca, délivrée des appréhensions du siège, envoya avertir de la mort de Don Sanche, son frère Don Alphonse, qu'elle appela en toute hâte à Zamora. Le prince s'y rendit et fut reconnu avec empressement comme roi, par les seigneurs de Galice et Léon. Les Gaslillans exigèrent, avant de l'accepter, qu'il fit serment de n'avoir trempé dans la mort de son frère Don Sanche ni comme complice ni comme auteur. Alphonse y consentit. Mais lorsqu'il se présenta devant la réunion des seigneurs de Gastille, la noblesse de sa prestance leur imposa tant que pas un n'osa lui rap'peler la condition qu'il venait d'accepter. Le Gid, lui seul, prit la parole et réclama du roi le serment promis. Alphonse le prêta, mais ne pardonna jamais à Rodrigue sa hardiesse. Il se servit du courage et de l'épée du héros de la Gastille, sans lui avoir jamais voulu rendre ses bonnes grâces. La famille de Don Rodrigue Diaz de Bivar, surnommé le Gid Campeador, on le
guemer, contracta des alliances avec les familles royales d'Espagne (*).
Don Garcia de Galice ayant appris la réception faite à Don Alphonse lors de son retour de Fexil, demanda aossi au roi de Séville Tautorisation de retourner dans ses états. Huhamad la lui accorda généreusement, ainsi que Tavait fait Isroaël-ben-Dylnûn pour Don Alphonse. On ne saurait trop louer la conduite de ces princes musulmans, qui offrirent argent et escorte à des rois chrétiens, qu'ils avaient recueillis dépouillés par les leurs, et qui en recouvrant leurs coq* ronnes redevenaient forcément leurs ennemis; ils le savaient.
Don Garcie, d'un naturel turbulent, rechercha son frère sur la succession de Don Sanche, d'après Ferreras. Uoe entrevue ayant eu lieu entre les deux rois à Léon, Don Garcie y fut reçu avec toutes les marques possibles d'amitié. Doua Urraca, qui craignait son caractère inquiet, conseilla à Don Alphonse de s'assurer de lui. Le roi de Galice et Portugal fut enlevé de la cour de son frère, et emprisonné au fort de Luna, où il resta jusqu'à sa mort.
La soumission des Galiciens suivit cet acte, qui peut être taxé moins d'exacte justice , que de poUtique prudente. Don Alphonse après avoir été dépouillé de tous ses droits, réduit à fuir, à demander même refuge et protection à ses ennemis naturels, se trouva, par la combinaison des circonstances, à la tête des royaumes de Galice, Gastille et Léon.
Ainsi donc, le projet de Don Sanche, c'est- a- dire la réunion de la puissance établie par Don Ferdinand V' dans sa seule main, fut la cause de sa perte. Son insatiable ambition, qui avait échoué contre la Navarre, Tavait porté i détrôner ses deux frères, à déposséder une de ses sœuis, i entreprendre le dépouillement de l'autre, et le livra au fer obscur d'un assassin. Gette couronne qu'il croyait avoir tressée pour lui, lui échappa au moment de la saisir, et vint f
(•) Sandov.— Pelag. de Ovied.— Ped. de Lum.—Ànn. Complut— Moret- j^ Garib.— Rod. Sanc— Rod. Toi.— Luc. Tud.—Marian.— Ferrer.— HisU Arak. —Mayern.— Conde,— Chén.— Prindp. de Vitne.
placer sur la tête de son frère puîné. Don Alphonse, Jié un moment par lui de sa portion de Théritage paler- . Témoin et victime de tant de crimes et de châtiments, a Alphonse arriva à la royauté avec les enseignements du Iheur, de Texil, et le grand exemple des punitions .gui codent et brisent les ambitieux.
Don Alphonse, veuf sans avoir vu sa femme, songea à se (larier. L'intérêt de ses peuples, les siens même le lui nmandaient. Il demanda et obtint la main d'Agnès, fille duc de Guienne comte de Poitiers. Pendant les fêtes mées à cette occasion, Don Alphonse apprit que le roi de rille, Muhamad-Ben-Abed, mettait une armée sur pied, itre déjà de trois des principautés mahométanes, Muhamad it entré sur les terres de Tolède, dans les états du géné- IX Ismaël-Ben-Dylnûn et se fit un devoir de se porter au ours de ce prince.
Ciomme le roi de Léon n'avait pas prévenu son ancien nfaiteur de cette démarche, Ismaël lui envoya aussitôt des bassadeurs pour le supplier, au nom de leur ancienne ison, de ne pas l'écraser dans un moment si périlleux pour . Alphonse répondit qu'il venait acquitter une dette de onnaissance, et resserrer le nœud de leur amitié ; qu'inmé du danger de celui qui lui avait tendu dans son malir une main amie, il accourait à sa défense. Cette réponse ingea les sombres appréhensions du Musulman en joie et
espoir. Ismaël quitta Tolède, dans laquelle il s'était !enné, et vint se joindre au roi chrétien. Xuhamadnese sentant plus assez fort, envoya Aben-Cmar Barcelone, avec mission d'engager le comte Raymond a
fournir dix mille cavaliers auxiliaires, moyenne i^ une nme de vingt mille pièces d'or. La moitié en devait être nptée d'avance, et le reste aussitôt l'arrivée de ces Irousà Murcie. Des otages furent donnés de part et d'autre; comte Raymond s'engagea à conduire lui-même ses Gâta* 18. Il arriva à Murcie pendant que l'armée d'Ismaël en sait le siège, et n'osa rien entreprendre à cause de sa inde infériorité. Le comte fut même jusqu'à croire que
Muhamad lui avait tendu un piège pour Ty faire périr avec les siens.
La discorde s'était mise dans l'armée assiégeante; le roi de Tolède en profita. De concert avec Don Alphonse il fondit suises ennemis aigris et divisés. Ce qui se trouvait d'Arabes dans ce corps, ne tint pas; les Andalous et Catalans, se défendirent à outrance. Forcés de céder enfin à un ennemi qui avait l'avantage du nombre, ils prirent la fuile. Muhamad, arrivé sur les bords de la Ségura pendant la bataille, trouva cette rivière tellement enflée par les pluies, qu'il ne pul la traverser. Il eut même la douleur de voir se noyer, sous ses yeux, presque tous les fuyards qui tentèrent de la passer. II n'apprit ainsi le désordre de ses troupes, que par leur destruction.
Le printemps suivant, Ismael, toujours accompagné de Don Alphonse, ne voulant pas donner à son adversaire le temps de se réparer, se porta sur Cordoue et la surprit par la vivacité de sa marche. Ayant laissé une garnison dans celle cité vaincue, il tourna vers Séville, dont il s'empara également après une faible résistance. Muhamad était alors aux environs de Malaga. Cette guerre, dont tout l'honneur est attribué à Don Alphonse par les historiens et chroniqueurs, étant terminée heureusement, le roi de Léon revint à sa cour.
La Navarre avait joui d'une assez longue paix, à peine
interrompue par la courte campagne de Don Sanche de 5 Penalen contre le roi de Saragosse, l'année avant celle-ci, au sujet du tribut de douze mille pièces d'or, que le Musul.
man avait refusé de payer. Les armes de Don Garcia VI é
avaient établi cette redevance ; son fils Penalen l'avait main- ï
tenue. Cette paix qui régnait dans tous les états chrétiens n
y fut troublée par un autre motif, et le trait, lancé par un k
zèle outré, ou la conséquence d'une politique envahissante, s
parlait de Rome. Rome eût mieux fait d'adopter un esprit 3 conciliateur, un système de persuasion.
Nous avons vu plus haut deux évêques espagnols députés ^
au concile de Mantoue, pour soumettre à la censure de ^
celle assemblée, présidée par le pape Alexandre II en per- . ^
sonne , les livres du rite ancien des Visigoths : rite suivi de tout temps dans la Péninsule.
Ces livres étaient : 1** le Sacramental, contenant les cérémonies du baptême et rof&ce des morts. Le pape lui - même s'en était réservé Texanien, à la suite duquel il l'approuva, en en vantant le bon esprit : 2*" le Livre des Oraisom soumis aux investigations de San-Benito^ abbé à Rome ; il en porta le jugement le plus complètement favorable : 5** le Missel et ÏAntifhonaire, dont étaient chargés des ecclésiastiques d'un profond savoir et d'une sagesse avérée.
Après un examen de dix-neuf jours, ils ne trouvèrent pas à y faire la moindre objection. Déjà sous le règne de Sizenand , lors du quatrième concile de Tolède , en 655, ce rite avait été l'objet des réclamations de Rome, et le concile avait chargé Saint-Isidore, le docteur le plus renommé de l'Espagne à cette époque, de sa révision et correction» afin d'établir dans toute la Péninsule et la Gaule narbonaise qui en dépendait, l'uniformité de rite et de dogme. De là lui vient le nom de Dogme de Tolède, parce qu'il avait été revu dans cette ville. On l'appelait indifféremment de Tolède ou gothique.
Saint-Isidore s'était adjoint pour ce travail Saint-Braulio, évêque de Saragosse, Gonancio de Palencia et plusieui*s autres savants théologiens, choisis parmi les soixante-deux évêques et les sept délégués des prélats absents^ qui formaient ce célèbre concile. Le travail de Saint-Isidore avait été examiné et capprouvé par le pape Jean Vlll; il venait de l'être par Alexandre II , et malgré cela leur successeur, Grégoire VII, renouvelait l'attaque, exigeant l'établissement exclusif de l'office romain dans les états chrétiens de l'Espagne. Il connaissait cependant les déclarations du concile de Mantoue et des papes, précédemment favorables à l'ancien. Les légats décidèrent d'employer la violence pour en venir à leurs fins.
Des plaintes furent portées à Rome contre eux , et Grégoire les envoya en France. Il nomma, pour l'Espagne , le cardinal Hugues le Blanc. Il fallait que ce prélat fût un homme d'une grande habileté, pour avoir été revêtu de la
confiance de deux papes successifs, qui en firent leur légat à latere. Car ce Hugues le Blanc n^est pas des mieux signalés par rhistoire. Il fut le premier fauteur et proYOcatenr du schisme scandaleux de Cadolo qui, usurpant le nom d^Honorius II, se prétendit pape. Il est assez remarquable de Yoir Hugues le Blanc promu à la dignité de légat peu de temps après le concile assemblé uniquement pour réparer les désordres provoqués par ce même cardinal. CependaDt, comme déjà la Catalogne, le midi de la France, et une partie de la Navarre avaient accepté Toflice romain. Hugues joua si bien son rôle auprès de Don Alphonse de Léon, qu'il emmena avec lui , à Rome , les ambassadeurs du roi.
Leur mission était de reconnaître Tobédience au pape, et de demander comme faveur rétablissement de roflice romain dans les royaumes de Léon, Galice et Asturies. Celait s'assujettir au siège de Rome, à la juridiction des papes; le pauvre roi le fit sans le voir. Nous en connaîtrons bientôt les conséquences et le résultat.
Don Alphonse YI n'eut pas plutôt commis la faute de se soumettre par cette démarche à la suprématie de Rome, qu'il eut sujet de s'en repentir. Grégoire VII reçut les ambassadeurs du roi, et entendit le rapport de Hugues le Blanc; ce rapport est resté inconnu à l'histoire. D'après ce qui s'ensilivit, il doit être regardé comme une insinuation de l'adroit cardinal, un fruit de ses observations sur les craintes et les scrupules qu'il avait su inspirer aux princes chrétiens. La manière dont le pape reconnut la soumission du roi de Léon est asser maltraitée par les historiens espagnols eux-mêmes; entre autres Jérôme Zurita, Francisco Diago, Mariana, Ferreras, Moret et Sandoval.
Grégoire prélendit qu'il avait la suprématie absolue, nonseulement sur les royaumes de Don Alphonse VI, mais aussi sur la Navarre, et en dernier ressort sur tous les états des princes chrétiens d'Espagne. Il prétexta , pour soutenir ses prétentions, une donation de toute la Péninsule faite à Saint - Pierre avec reconnaissance d'un tribut, qu'il nVjbliait pas de demander. Cette donation ou soumission était
censée faite par un certain comte Eblon de Roussi, Français, que les auteurs espagnols nomment Ebulo conde de Roceyo. Ce seigneur aurait écrit au pape Alexandre II, en lui demandant Tautorisation de faire une croisade contre les Maures d'Espagne ; qu'il reconnaîtrait tenir de lui toutes les terres qu'il enlèverait aux infidèles, se déclarerait ainsi son feudataire et lui paierait un tribut annuel désigné.
Les princes chrétiens ne daignèrent même pas répondre a la sommation du saint siège, tant cette prétention leur paraissait inadmissible et impossible à légitimer. Que leur importait, en définitive, qu'un seigneur français inconnu, sans renom comme sans pouvoir, eût offert an pape , à une époque quelconque, de conquérir l'Espagne pour lui en faire hommage? Cet homme d'ailleurs ne s'était pas montré; il n'avait point passé les frontières, et aucun bruit d'armée de Croisés n'avait été répandu. Grégoire, outré de voir ses ordres méconnus, renvoya en Espagne Hugues le BInne avec les ambassadeurs de Léon. Le cardinal était muni d'un bref du pape, d'un assez bizarre contenu ; il commence par ces mots singuliers :
« Grégoire, élu pontife romain, à tous les princes qui vou- « dront partir pour les terres d'Espagne, salut éternel en « Jésus-Christ. Vous n'ignorez pas, nous le pensons du moins, « que le royaume d'Espagne, depuis toute antiquité, appar* « tient en droit propre au bienheureux Saint-Pierre, et que, < bien qu'il soit encore occupé par les païens, la loi de jus- • tice n'est pas pour cela éteinte, et ce royaume revient, «non à aucun homme mortel, mais au seul siège apostotlique, etc. »
Le pape relate ensuite l'autorisation demandée par le comte Roussi et accordée par Rome, sous les conditions déjà rapportées. Il appelle les autres princes à concourir à cette œuvre pieuse, leur recommandant de se souvenir qu'ils travailleront uniquement pour Saint-Pierre et le siège de Rome, et ne devront pas faire au chef des apôtres l'injure que lui font ceux qui détiennent présentement son apanage, sans aucune connaissance ni crainte de Dieu, etc. Le bref est conçu, d'un bout à l'autre, dans le même esprit, et finit
en disaat que Hugues le Blanc a tout pouvoir pour traiter avec ceux qui désireraient*participer à la sainte entreprise. Hugues se rendit en France, chargé de lettres pour le comte Eblon de Roussi, pour les légats de ce royaume, et les princes que le pape voulait inciter à la guerre contre l'Espagne. Les rois et princes chrétiens de la Péninsule reçurent du pape la déclaration suivante, renouvelée depuis en 1077 :
« Nous vous rendons notoire par ces présentes ce qu'il « ne nous est pas loisible de vous taire , et ce qu'il vous « importe de connaître pour votre gloire , tant dans l'autre « monde que dans celui-ci, à savoir : que le royaume d'Es- « pagne , par les anciennes constitutions , a été reconna « appartenir au bienheureux Saint-Pierre, et à la sainte « église do Rome, comme leur droit et propriété. Les diffi- « cultes des temps présents, et la négligence de nos prédé- « cesseurs ont laissé ignorer et péricliter ces dispositions. « Parce que depuis l'envahissement de ce royaume par les « Sarrasins et les païens , la tyrannie de ceux-ci et leur « impiété interrompirent le service du tribut dû au bien- « heureux Saint-Pierre, ainsi qu'à la sainte église de Rome, « et l'ont détourné, depuis tant d'années, de notre usage; « on sorte que, dans un même temps, se perdit la mémoire « dos redevances et de la propriété, etc. »
Lorscpio le môme Grégoire VII demandait à la France une capitution d'un denier par habitant, ainsi qu'il est porté dans sa lettre n* 25, dernière du huitième volume du recueil écrit a réviVjuo d'Albe et au prince de Salerne , ses légats dans ce royaume , du moins avait-il à prétexter la somme de mille deux cents livres que Gharlemagne donnait annuellement au pontife de Rome, et l'offrande faite par cet empereur, à Saint-Pierre, de la Saxe, lorsqu'il en entreprit la conquête. Aussi, dans une autre lettre écrite aux mêmes légats, s'exprime- t-il ainsi : « Intimons et mandons, avec ordre d'obéir, à tous les Français, que chaque maison paie annuellement un denier à Saint-Pierre. »
Pour ce qui concerne l'Espagne, Grégoire, son prédécesseur et son légat, avaient cherché en vain pendant cinq ans
m point d'appui légitime pour fonder leurs prétentions. Il l'en était fait mention dans aucun acte, cartulaire, donation, li écrit d'aucune espèce ; et c'est après avoir reconnu que 'usage du tribut s'était perdu depuis la première invasion les Maures, que Rome venait le réclamer, prétendait le rétablir, et qu'elle se posait en créancière. Et il y avait trois »ècles et demi de celte invasion ! On voit assez l'esprit qui ivait dicté cette démarche, ainsi que la lettre qui supposait m droit. Il est évident que l'auteur de tous ces troubles 3tait le cardinal Hugues le Blanc. Un coup d'œil rapide jeté }ur cet homme astucieux, et le jugement prononcé sur lui par le concile de Mauloue, sufDront pour convaincre de la rérité de l'assertion.
Hugues le Blanc était un homme faux , intrigant , indocile, et ambitieux; sa vie en fait foi. Avant lui jamais il n'avait été question de cette prétendue donation de l'Espace entière, ni de la redevance d'un tribut. Hugues arrive à Rome, et ces bruits retentissent par toute la ville. Les papes y donnent suite, et c'est Hugues, Tinvenleur du système, qui se trouve chargé de le faire triompher. Dans les actes du concile tenu à Mantoue en 1064, il est ainsi parlé de ce prélat : « Dans ce même temps, Hugues le Blanc , créé car- « dinal par le pape Léon , homme double et séditieux se « sépara de la communion de l'église romaine. Il nous « semble plus décent de nous taire sur sa vie repréhensible • et la perversité de ses mœurs que d'en parler. »
Ces censures portent sur la conduite de Hugues sous le pape Etienne X, et le schisme qu'il souleva peu de temps après la mort du pontife. Lors de l'élection d'Alexandre H, on voit encore Hugues faute\ir du schisme causé par et pour l'anti-pape Gadolo de Parme. Le pape pardonna à ce prélat deux foisschismatique. Les actes précités relatent ce pardon. Cet homme avait accaparé pleinement les bonnes grâces, la faveur et la confiance de Grégoire; il s'était rendu nécessaire. En 1073, dans ses lettres de recommandation, ce pontife écrivit aux princes et légats de France au sujet du cardinal : < Hugues le Blanc ayant renoncé à toute idée « autre que les nôtres et nos avis, est l'homme de notre
« cœur, et se trouve confondu avec nous dans les mêmes « sentiments^ volontés, et affections. Nous avons su tout ce « qui lui avait été imputé du temps de notre seigneur, feu « le pape Alexandre, et savons qu'il avait été entraîné, plus « par dies influences étrangères que par son propre meuve- ■ ment. >
Voilà ce qu'en 1073 au mois d'avril écrivait Grégoire VII; et déjà, en 1075, Hugues le Blanc ourdissait une noire conspiration contre son bienfaiteur. Ce fut l'année suivante qu'on le signala comme auteur des lettres sacrilèges adressées, par légats, au conciliabule de Worms, pour l'entraîner à proclamer l'abolition du pontificqt. La vie entière de ce Hugues est tracée par Lambert, auteur grave de cette époque, qui le traite fort mal. Domnizo, prêtre du temps de la princesse Mathilde, attribue également à cet homme dangereux tout ce qui se fit d'impie dans l'assemblée de Worms, où Hugues s'était rendu. Enfin un prêtre pénitencier de Saint-Anselme de Manlouo , contemporain de Hugues le Blanc, en parlant de l'élection de l'nnti-pape Guiber, provx)quée par ce cardinal qui s'était de nouveau déclaré chef du schisme et fut cause de la sanglante persécution du pape Grégoire, ainsi que de beaucoup d'autres chrétiens , dit : « Alors se présenta un homme, appelé Hugues, au visage « blanc, mais à l'àme bien noire; cardinal autrefois, aujour « d'hui justement dégradé et excommunié pour sa perver- « silé. Il prit la parole, et se mit à louer ce qui est condamné, « parjure, et parricide. »
Enfin le pape frappa Hugues d'anathèmè, lui interdit toute fonction sacerdotale, le dépouilla de ses dignités, l'excommunia et lui ferma l'entrée des églises, comme étant hérétique, simoniaque, apostat, et trois fois schismatique.
On trouvera, peut-être, que nous nous sommes tn^ étendu sur ce qui concerne ce prélat; il nous a paru essentiel de le faire , pour signaler la facilité avec laquelle certains esprits, profitant des circonstances , savent donner des avis spécieux qui entraînent des conséquences malheureuses. Hugues avait jugé le moment favorable pour établir et étendre la puissance du saint siège, par la division des chrétiens
entre eux et leur affaiblissement. Il flatta Tambition delà cour de Rome, et se fit écouter. S'il avait réussi dans sa hasardeuse entreprise, il serait devenu pape ; et il est facile d'apprécier quel en aurait été le résultat.
Toutefois, cet homme insidieux avait jeté au Vatican un germe, et les siècles ne devaient le frapper de stérilité que seulement bien long - temps après qu'il aurait porté tes funestes fruits. Cette pensée de se trouver, en même teaipi que chef spirituel de l'église, maître absolu et suzerain de tous les royaumes de la terre, avait trop d'attrait pour ne pas être adoptée et suivie. Aussi l'histoire nous offre*t«ellê l'exemple de plusieurs papes, foudroyant de l'excommum» cation les rois , cherchant à les précipiter du haut de leurs trônes, et s'érigeant en arbitres suprêmes et juges sans appel. Elle nous moutre aussi des royaunies entiers eo inte^ dit, par la seule volonté, la simple parole , la m^iace et la mauvaise humeur d'un pape. Décidément le séjour de ^tte Rome qui fut la maîtresse du monde connu de son tempe» conserve ses anciens errements , évoque de grandioses sou* venirs ; l'air qu'on y respire est chargé d'esprit de domination et d'envahissement. >
Grégoire persista; il renouvela aux rois de Léon et ds Navarre l'ordre de remplacer, dans toute retendue de leurs états, l'office gothique par le romain, déjà suivi en Aragon, et de se reconnaître dépendants et tributaires de SaintrPîerre et du saint siège. Les rois, poussés à boiut et' forc^ a une réponse, la firent digne. Ils déclarèrent quie les oonquètei arrachées aux infidèles, l'avaient été par leurs épées et celles de leurs aïeux ; que loin d'adhérer aux préteniioilfl de Rome, ils se proclamaient indépendant^^, et ne reconnaissaisit, sur la terre, personne au-dessus d'eux. Quant à l'établissement de l'office romain, le roi de Léon essaya la per« suasion. Quelques évéques l'admirent pour lui complaire; beaucoup d'autres, ainsi que ceux de Navarre, s'y refusèrent nettement (*).
f ) Lambert-* Domniio.— Rod. Toi.— Manan.--^roD. lêr. $Mi.^ F^rar. - Lac. Tud.— Moret.— Mftyern.
Don Sanche le Noble avait un frère et une sœur, nommés Raymond et Dona Ermesenda , enfants naturels du feu roi Don Garcie. Ce Raymond, prince d'un génie sombre et farouche, était dévoré du désir de s'emparer de la couronne. Lui et sa sœur, qu'il avait faite la dépositaire de ses projets, ne quittaient que rarement la cour de Don Sanche. Ils avaient réussi à s'y créer des partisans, à s'attirer même l'amitié du roi, par la fausse douceur et la grâce de leurs dehors. Raymond s'était ligué eq secret avec le roi de Saragosse, lui promettant de lui remettre son vasselage et le tribut annuel qu'il payait au roi de Pampelune , s'il voulait l'aider à monter sur le trône de Navarre.
Don Sanche, noble de cœur, éloigné de tout soupçon, ne voyait pas l'orage qui s'amoncelait autour de lui. 11 accepta de Don Ramire et Dona Ermesenda une partie de chasse, que devait suivre un banquet. Dans la vallée de Funes, limitrophe des états de Saragosse, se trouve , entre les villes de Funes et Villafranca, un bois touffu abondant en daims et sangliers. 11 est baigné par les deux rivières d'Arga et Aragon, qui réunissent leurs eaux un peu plus loin. Après leur réunion elles courent , pendant environ six milles , au pied d'une roche haute et abrupte, qui en côtoie les bords jusqu'auprès de Milagro. Une portion de cette roche porte le nom de Penalen. De son sommet aplati, comme d'un observatoire, on voit au-dessous de soi ces eaux rapides, sur la rive desquelles se déploie le bosquet que suivent de vastes plaines, illustrées jadis par une victoire signalée de Sanche le Grand sur les Musulmans. C'est dans ce gracieux site que Sanche le Noble fut attiré par le perfide Raymond, sous prétexte du festin.
Le traître avait eu l'adresse d'écarter du roi les écuyers et les personnes de sa suite, serviteurs fidèles à leur maître, qui l'auraient défendu ou vengé. Le roi était, sans s'en douter, entouré d'assassins, des sicaires de Raymond et de Ermesenda.
Les veneurs avaient déjà foulé le bois; déjà les cris joyeux des chasseurs annonçaient que l'animal était sur pied. Le roi, pour embrasser toute la chasse d'un coup d'œil
et jouir du riant tableau qui se déroulait du haut du plateau, se mit à gravir la roche de Penalen. Elle est en cet endroit fort unie et très^lissante, sans aucune aspérité qui puisse aider ou retenir. Au moment où, sans déflance, le roi allait atteindre le terme de cette pénible ascencion, Don Raymond qui suivait chacun des mouvements de sa victime, donna le signal aux assassins qu'il avait apostés. Sous apparence d'aider le roi, ces hommes s'approchèrent de lui, feignant de lui tendre la main* et le poussant violemment par les épaules comme il allait se redresser, ils le précipitèrent. L'infortuné prince tomba, roulant, bondissant de rocher en rocher, pendant l'espace de plus de trois cents brasses. La rivière l'engloutit sanglant et en lambeaux.
Ceux qui avaient été témoins innocents de cette atrocité, craignant de se trouver enveloppés, avec les fauteurs, dans une même accusation, s'éloignèrent avec toute la célérité possible du théâtre du crime, dès qu'ils furent revenus de leur première tstupeur. Ils en furent alors répandre la douloureuse nouvelle dans tous les villages et lieux d'alentour. Bientôt ce ne fut dans toute la Navarre qu'un cri d'indignation. La population entière, inquiète et en deuil, courut aux armes.
Don Raymond leva le masque, et faisant sortir ses bandes de conjurés des endroits dans lesquels il les avait répartis et cachés afin de mieux éloigner tout soupçon, il arbora le drapeau de l'insurrection et se mit à battre le pays. Il comptait, en agissant ainsi, profiler de la première impression causée par cet événement déplorable, et appela sous sa bannière tout ce qu'il y avait de gens perdus, tarés dans l'opinion, et ceux qui avaient quelque chose à redouter de la vindicte publique ou de la sévérité des lois, tant chrétiens que Mahométans. Les peuples irrités du fratricide commis sur la personne de leur roi, indignés de voir l'assassin pré^ tendre à la couronne de sa victime, souffrant, en outre, des ravages que Don Ramire était obligé de tolérer faute de pouvoir solder sa troupe, appelèrent aux armes avec eux les populations des vallées. Le soulèvement fut général, et Don Ramire ne put s'emparer d'aucune place forte. Poursuivi
de tous côtés, traqué comme une bêle fauve par les montagnards, il ne resta au meurtrier que le parti de la fuite. Il réussit à s'évader, et se réfugia auprès des Musulmans.
L'explosion d'horreur occasionnée par la mort de Sanche le Noble fut telle, que les états de Navarre, réunis à ce sujet, déclarèrent la famille royale atteinte d'infamie par cette tache, la première qui eût jamais souillé sa gloire vierge et brillante et son noble écusson. Afipuyées sur les fors du royaume, les certes exclurent du trône les enfants encore en bas âge de Sanche le Noble. Ce monarque fut surnommé de Peiialen, en commémoration du fatal rocher. Des députés furent envoyés, oifrir à Sanche Ramire d'Aragon le sceptre de Sanche le Grand, son aïeul.
Pendant ce temps, le fratricide Don Ramire, frère du roi mort, et dont l'histoire ne fait pas autrement mention, appela Don Alphonse de Léon, pour l'aider à saisir la royauté. Alphonse faisait déjà ses préparatifs, mais dans d'autres vues. Il était même tellement pressé d'agir, qu'il se trouvait déjà à Galahorra avec son armée, le dixjuillet; et la catastrophe de Don Sanche avait eu lieu le huit de juin. Don Alphonse s'empara de la Biscaye et de la Ripja. Le roi d'Aragon était entré également dans les états de son cousin germain. Ayant trouvé les députés des certes et les Navarrais déclarés en sa faveur, il arriva à Pampelune sans effusion de sang. A l'exception des provinces dont s'était emparé Don Alphonse, le royaume de Navarre échut à l'Aragonais. L'infant Don Ramire et ses sœurs, Dona Urraca, DoSa Ximena et Dona Mayor, s'attachèrent à la suite du roi de Léon, qui les traita selon leur naissance. U fit épousera Dofia Urraca sop favori, le comte Don GarcieOrdoâez, auquel il donna le gouvernement de Galahorra.
L'histoire nous présente encore ici l'enseignement de rinslabilité des états et de leurs destinées, en nous montrant la royaume de Navarre, contre la réduction duquel étaient venus échouer trois siècles et demi d'eiforts de tant d'armées jiaïennefl et chrétiennes, maintenant divisé, partagé en peu
de jours, par suite d'un seul crime, d'une seule trahison (*) .
L'archevêque Rodrigue de Tolède rapporte une particularité assez singulière, arrivée cette année. La cour de Rome n'avait pas encore renoncé à faire adopter à l'Espagne l'oflice romain. Dona Agnès, épouse du roi. Française de naissance, ainsi qu'un certain Robert, abbé du monastère de Sahagun, aidés du cardinal Richard, abbé de Marseille et devenu par la suite légat du pape en Espagne, pressaient vivement le roi pour l'admission de ce rite, reçu en France, et que pour cela on qualifiait, dans la Péninsule, d'Office français. Don Alphonse n'en aurait pas été éloigné ; mais le concile, alors assemblé à Bui^os à cet effet, n'y était pas favorable. Le clergé et le peuple s'élevèrent contre la mesure. Le* conseil décida sérieusement que la question serait remise au jugement de Dieu. En conséquence le roi désigna un chevalier qui devait soutenir, à la pointe de sa lance, le rite romain, ou français ; et le peuple en nomma un autre, chargé de défendre l'office de Tolède, ou visigoth. Ce dernier fut un seigneur de la famille de Maganza, près de Pisuerga.
Le duel eut lieu, et le chevalier royal fut vaincu, à la grande joie du peuple; le vieux rite l'emporta sur le nouveau. Cependant les partisans de celui* ci ne voulurent pas s'en tenir à cette décision ; ils obtinrent du roi que les livres, l'ancien et le nouveau, seraient soumis a l'épreuve du feu. Le jugement de Dieu se trompa encore; le nouveau fut coosumé en un instant, et l'ancien sortit des flammes sans avoir été entamé. Le cardinal Barouius, savant et profond écrivain qui rapporte également ce miracle, s'en amuse, et déclare n'y pas ajouter la moindre foi ; tandis que le consciencieux archevêque de Tolède y croit tout de bon, ou du moins feint d'y croire. Il dit aussi que le vieux adage espagnol : alla van leyes, donde quiercn reyes (là vont les lois, où veulent les rois) vint de ce que Don Alphonse n'obéit ni à la décision du duel, ni n celle du feu.
Une remarque pénible à faire, c'est que Doua Ermesenda,
n Garibay.— Sandov Rod. Toi.— Luc. Tud.— Marian. —Ferrer.— Moret.
-Eâcrit. anonym. deTheobaldo.— Tumb. neg. de Santiag.— Zurit.
la sœur et la complice du meurtrier de TinfortuDé Don Sanche de Penalen, se réfugia à la cour de Don Alphonse de Léon. Un sombre soupçon obscurcit le régne éclatant de ce prince quand on voit, à sa cour, celte femme traitée avec une aussi grande déférence, et décorée du titre d'in&nte, en présence et avec le concours des infantes de Léon, et des frères et sœurs du roi défunt. Au moins Tinfame Ramire subit Tarrèt céleste lancé contre le premier fratricide. Maudit, en exécration et en mépris à tout le monde, Ramire porta sa tétc coupable d'exil en exil, ne trouvant d'abri pour la reposer que parmi les étrangers, les ennemis de son pays, et les mécréants.
Les divisions et les usurpations continuaient depuis environ quarante années chez les Maures, comme chez les chrétiens. Il y avait entre eux cette différence, que les Musulmans tendaient d'autant mieux à s'affaiblir, qu'ils avaient recours aux princes chrétiens dans leurs querelles. Les secours intéressés de ceux-ci concouraient sans cesse à une plus grande division de la puissance mahométane, et à sa ruine ; tandis que chez eux le pouvoir convergeait toujours vers la concentration. Sans doute l'ambition Jes excitait à se dépouiller réciproquement; mais le résultat n'en était pas moins de grouper autour d'une même couronne plus de force et de puissance. Dans cette dernière catastrophe encore, un crime prive le royaume de son chef, et semble devoir le jeter dans l'anarchie. Deux voisins se précipitent sur la proie que leur livre le régicide ; et toute l'Espagne chrétienne, à l'exception de la Catalogne bientôt après réunie au trône d'Aragon, se trouva répartie entre deux princes, parents au même degré du roi assassiné. Les événements marchent toujours vers un but donné ; les moyens dont se sert la providence sont impossibles à prévoir.
Une nouvelle croisade commença contre les Maures. Eu même temps que sa puissance, s'agrandissaient aussi les pensées et les projets de Don Ramire. Ce roi d'Aragon et de Navarre, avec une armée combinée de ces deux provinces, se jeta sur les frontières de Saragosse, confinant à la Navarre. Il courut ces contrées en les ravageant, et enleva la
rteresse de Monzon, au siège pénible de laquelle les Ron" ilojs méritèrent» par de nouveaux exploits, la confirmation ) leurs antiques privilèges. Don Ramire s'empara également Argudas et de la ville d'Encisa. L'année suivante, ayant marqué Tardeur des Navarrais à guerroyer contre les aures de Saragosse, il revint encore sur la même frontière. *^*^ m dessein était de chasser de la Bardena les forces que mnemi y maintenait.
Cette Bardena était un terrain fort accidenté, couvert de )is épais, dépeuplé, désert, et destiné, à cause de la chesse de ses herbages, uniquement au pâturage des besaiux. Il était également propre à favoriser les embuscades . les attaques que les inûdèles, placés dans les forts envi- »nnants, dirigeaient à l'improvisle sur la Navarre. Le roi on Sanche Abarca avait nettoyé une petite portion de cette ardena; il y avait construit un fort qui porte son surnom, . peuplé la ville de Uncastillo. Mais ces postes étaient insuf* )ant8 pour défendre et préserver une étendue de neuf lieues B longueur sur six de largeur, et bordée par l'Ebre. Don amire porta ses armes le long de cette rivière, ajouta à ses récédentes conquêtes Pradilla, et édifia du côté de Saraosse, avec l'arrière-pensée de faciliter plus tard le siège de stte ville, Timportante citadelle de Gastelar. Bien qu'il 'eût pas encore entièrement abrité ce côté de ses états mtre les incursions des infidèles, il n'en avait pas moins )eulé ses frontières aux dépens des Musulmans, et avait 3ibulé assez loin ses voisins pillards.
Cette même année. Don Alphonse de Léon pensait déjà à 6pudier la reine Agnès de Guienne. Robert, abbé de >ahagun> placé très-avant dans les bonnes grâces du roi, tait fort attaché à l'ancien office. Comme il n'y trouvait rien ui autorisât les princes au divorce, il s'opposait constamaent à celui de Don Alphonse. Un légat du pape, était écemment arrivé à la cour de Léon. Plus adroit ou plus courtisan que l'abbé, il sut découvrir un degré de parenté »tre Agnès de Guienne et Agude d'Angleterre. On se rappelle que cette première femme de Doir Alphonse était
morte dans la traversée, et que le roi ne Tavait jamais vue de prés ni de loin. Le légat cassa en conséquence le second mariage au moyen de cette découverte spécieuse, et Tabbé Robert fut renvoyé en France, sa patrie, après avoir été préalablement excommunié. Un autre abbé Robert, Français également, lui succéda et conduisit les choses avec tant d'adresse qu'avant la fin de Tannée il fit conclure le mariage du roi avec la princesse Constance, fille de Robert T" duc de Rourgogne. Agnès, la reine répudiée, se remaria aussi pendant la vie de son royal époux. Nouveau genre de flatterie, récompense de Taveugle soumission aux volontés de Rome, appât puissant pour sMnsinuer dans la faveur, la conGance des princes et les attirer à une obéissance que la contrainte n'aurait pu obtenir.
Yahie Âl-Gadir, fils d'Aben-Dylnûn, successeur de son frère Ismaël à la couronne de Tolède, n'avait apporté au trône ni entente du gouvernement, ni vertus militaires. Insouciant pour tout ce qui n'était pas indolence ou plaisirs, Yahic avait vu la perte de Murcie d'un œil indiflérenU Quoique menacé par le roi de Séville, il ne sortait pas de sa voluptueuse inertie, et préparait des fêtes lorsqu'il lui aurait fallu courir aux armes. Les peuples, mécontents de son apathie et de son humeur tyrannique, firent solliciter Don Alphonse de Castille et Léon de venir s'emparer de Tolède leur capitale, et de tout le royaume. Le roi de Séville avait déjà commencé ses attaques ; Ramire d'Aragon et Navarre poussait vivement la guerre sur un autre point; les circonstances se montraient d'autant plus engageantes, que Yahie était sans alliés. Don Alphonse entra dans la Nouvelle- Castille.
L'inerte Yahie, retiré dans un château-fort sur les frontières du royaume de Valence, ne s'était soustrait qu'avec beaucoup de peine aux fureurs de la populace, ameutée et soulevée par quelques chefs ambitieux. Il avait vu massacrer S0118 ses yeux ses gardes et ses vazirs. De sa retraite il écrivit à Don Alphonse, l'ancieii ami de son père, pour lui demander du secours.
Le roi de Séville, lui aussi, avait envoyé son ûdèle et astucieux Âbèn-Omar vers le roi de Léon, et acheta à prix d'or l'aide de ce prince, l'annulation de ses traités avec Ismaël, frère prédécesseur de Yabie, et l'oubli de la noble hospitalité d'Aben-Dylnûn, père de ces deux princes. Don Alphonse s'avançait en allié de Yahie, dont il avait reçu un nouveau message. Ce ne fut qu'aux bords du Tage qu'il déroula ses enseignes en ennemi. Il ravagea la portion parcourue des états de Tolède, brûla les villages, enleva les troupeaux, fit esclaves les habitants, et s'empara de tout ce qui est compris entre Talavera, qu'il enleva, et Madrid. Après ces exploits, il rentra dans son royaume , chargé de butin , et suivi d'une multitude de captifs.
Le roi Don Ramire ne donnait pas de relâche aux Maures ses voisins. Ses conquêtes antérieures ne le satisfaisaient pas ; c'était vers Huesca qu'il tournait, depuis long-temps, ^^, toutes ses pensées. Cette place, que les Arabes - Maures défendirent toujours avec plus de soin et d'opiniâtreté qu'aucune autre, était pour eux du plus haut intérêt. Rapprochée des montagnes d'Aragon, elle coupait toutes les communications entre la Navarre, la Ribagorza et les terres recouvrées aux environs par les naturels. Il fallait donc faire un grand détour jusqu'aux Pyrénées pour passer de l'une â l'autre de ces localités. Huesca, en outre, située dans un terrain fertile, entourée de forteresses qui la couvraient, voisine des frontières d'Aragon, était le point d'où s'élançaient les Maures de Saragosse pour leurs incursions sur les terres chrétiennes. Sanche le Grand avait déjà, en 1035, commencé à brider cette place par l'érection du fort de Loarre, construit à quatre lieues seulement d'Huesca ; ce fort était resté dépendant de l' Aragon.
Don Ramire s'en servit pour couvrir les derrières de son armée dans cette campagne. Il s'approcha d'une lieue vers Huesca, entoura tout d'un coup et assiégea la place forte de Bolea. Les Maures montrèrent une grande résolution ; ils opposèrent à la chaleur de l'attaque^ la plus vive résistance. Cette citadelle était regardée par eux, avec raison, comme l'avant-poste, le rempart de Huesca, que la chute de Bolea
auTii! mise dau le plus grand danger. Ces mêmes consîdélalMM» aaimaiest le roi et ses troupes ; Aragonais, Na^arrais, Boocalob, AbTais, GoipozicoaDs, rivalisèrent d*ardear. Après oo sîége actif et meurtrier, Bolea fut emportée d'assaut, sa garnison fut passée au fil de Tépée.
Dans ee siège il est Eût mention particulière des deux frères Torres ; ils déployèrent une Taleur tellement brillante et soutenue, que le roi les autorisa à ajouter à leur nom le glorieux surnom de Bolea. Don Ramire releva les murs du fort, les tours, tous les ouvrages, ei y mit garnison. U savait le danger continuel auquel cette place allait être exposée. Les Maures de Huesca devaient naturellement, tant parr^ret que par colère^ se sentir poussés à de fréquentes entreprises sur ce point, dès Téloignement de Farmée chrétienne.
L'année suivante le roi d* Aragon faisait encore la guerre aux environs de Loarre et Huesca ; mais elle ne présente aucune affaire ni conquête sérieuse. Dès le commencement de 1083, Don Ramire se mit en campagne, avec de grandes et nouvelles forces. U se porta sur le comté de Ribagorza, dans lequel les Maures avaient des possessions, au point qu*ik y *<^ étaient maîtres de la ville forte de Grados, située au oonflueut de rissabena et TEssera, et tellement voisine des montagnes dWragoD, qu'elle ne se trouve pas à plus de cinq lieues de la ville d'Ainsa, clé du comté de Sobrarbe. Cette place gênait beaucoup TAragon, en ce qu^elle Tempêchait, nonseulement d'étendre sa domination dans cette direction, mais encore de jouir paisiblement de ses possessions dans le comté.
Don Ramire forma le siège de Grades, et le pressa avec tant de persistance que, malgré la belle défense des Maures, il remporta; il y fit son entrée triomphale dès le vingt avril. Maître de cette ville, il se répandit dans tout le comté, qu'il parcourut rapidement, faisant tomber devant lui les châteaux et forts de moindre importance, et réduisant à son obéissance les villages occupés par les Musulmans. Don Ramire ayant ainsi agrandi son royaume, chassa les Maures de la Ribagorza, qu'il peupla d'habitants chrétiens. Selon toute apparence ce furent des Navarrais qui vinrent se fixer dans
ces parages. Ce qui accrédite celte opinion, c'est la grande quantité de noms basques parmi les villages de cette contrée; à moins que les montagnards conquérants n'eussent cherché à se consoler de Téloignemenl du sol natal, par la reproduction des appellations locales de la patrie, ou qu'ils n'eussent voulu marquer ces conquêtes à leur coin, afin que Ton reconnût sans équivoque Tépée à laquelle on en était redevable.
Parmi la multitude de ces noms, nous citerons seulement les suivants, qui ne sauraient démentir leur origine; tels «ont : Benavarry, Navarry, Lascuerry, Laguerry, Artajona et plusieurs autres. Les Espagnols désignent également cette série de localités sous la dénomination de Villas de los Navarros.
Cette même année Don Alphonse continuait sa guerre de dévastation autour de Tolède. Pendant qu'il ruinait les champs et les récoltes, il reçut un message de TArabe-Maure Aben-Falax, commandant la place de Rueda sur la rivière Xalon, environ cinq lieues de Saragosse. Ce perfide Musul* man lui faisait dire que, par suite de quelque grave mécontentement que lui avait donné son roi, il cherchait les moyens de s'en venger. Dans ce dessein il priait Don Alphonse de venir, en personne, avec un corps de troupes suffisant se présenter devant Rueda, comme pour l'assiéger; qu'alors il lui en ouvrirait les portes, et l'en rendrait maître. Cet artifice était convenu avec le roi de Saragosse, qui tremblait devoir ses états envahis par Don Alphonse. Le roi de Castille, dupe de l'adresse et de la bonne foi apparente avec laquelle lui était faite la proposition, l'accepta sans balancer, et promit de faire ainsi qu'on lui demandait.
11 communiqua son projet aux seigneurs qui l'approchaient; ceux-ci, dont plusieurs connaissaient la duplicité d'Aben-Falax, se refusant à croire à la sincérité du Maure, engagèrent le roi à demander des otages a Falax, soutenant qa'il devait y avoir un piège de caché sous cette démarche. Don Alphonse persistait dans sa résolution de se rendre à Rueda ; tout ce que purent obtenir les seigneurs fidèles et dévoués fut qu'il n'irait pas en person le et se contenterait
d'envoyer un détachement, sommer le Musulman de sa parole. Le roi, malgré toutes les représentations» ne pouvait encore se résoudre à admettre une trahison. Il nomma cependant, pour marcher en tète du corps d'élite qu'il comptait envoyer, Tinfant Don Sanche et Tinfant Don Ramire, ses cousins germains, frères de Sanche le Noble; le beau-pére de Tinfant Don Ramire, le comte Gonzalo Salvadores, gouverneur de la Yieiile-Gastille, et que sa valeur avait fait surnommer qwUre'fnains; le comte Don Nuno Alvarez, cousin germain de Gonzalo, gouverneur de Lara et des montagnes de Laredo; et grand nombre de seigneurs de sang et de renom. Ces intrépides et généreux chevaliers acceptèrent la périlleuse mission, sans élever la moindre observation. Ils s'y préparèrent comme à la mort, par des œuvres pies, et partirent enGn au jour fixé, ayant à leur tète Tinfant Don Ramire, et une suite de mille cavaliers. choisis.
Âben-Falax ne doutait pas que Don Alphonse, attiré par ses promesses et Timportance de la place, ne tint sa parole de venir lui-même prendre possession. Le projet du Maure était alors d'assassiner, aussitôt son entrée dans la citadelle, ce redoutable ennemi des enfants du prophète. Il avait, en conséquence, pris les mesures les mieux concertées pour que rien ne transpirât, et que personne de l'escorte du roi ne put échapper au fer musulman. Les approches de Rueda étaient au loin couvertes de troupes embusquées, et si bien cachées qu'on ne pouvait même pas en soupçonner l'existence. Falax avait renforcé sa garnison, barricadé et palissade fortement les rues aboutissant à la porte d'entrée dont les tours voisines étaient garnies abondamment d'archers et d'arbalétriers. Lorsqu'il apprit que le roi n'était pas venu en personne, il ût quelque difficulté, feignant de ne vouloir remettre la place qu'aux mains de Don Alphonse.
À la fin cependant, considérant combien de personnages de distinction se trouvaient dans ce brillant détachement, Aben-Falax fit abaisser le pont et ouvrir la porte. Le traître avait donné cet ordre du haut d'une des tours adjacentes à l'entrée et fit mine de descendre à la rencontre de ses nobles
hôtes. Ceux-ci qui, de loin, avaient pressenti le danger, ne le soupçonnèrent plus quand ils en furent le plus rapprochés; ils entrèrent sans déûance aucune. Dès que tout le détachement fut passé, Aben-Falax, toujours au sommet de sa tour, ordonna de lever la herse et fermer les portes.
Ce fut le signal. Des tours^ du haut des murs, des maisons, des barricades, de partout ce fut une grêle de flèches, de pierres, de javelots. Les malheureux chevaliers, enfermés de toutes parts, ne voyaient pas un ennemi à combattre, personne à qui vendre son sang et disputer sa vie la dague au poing. En vain poussaient-ils leurs chevaux sur les palissades ; les poitrails de ces robustes animaux ne pouvaient les renverser. Les preux furent réduits à tourner leur fureur contre des ennemis inertes : les palissades trop élevées pour les franchir, les portes des maisons barricadées en dedans, les impénétrables murailles des tours ; ils y brisèrent lances et épées, ils finirent par tomber un à un, sans vengeance comme sans gloire ; heureux encore d'avoir, pai' la sagesse de leurs conseils, sauvé les jours de leur roi.
 cette nouvelle Don Alphonse, transporté de colère et d'indignation, jura de venger la mort de ces vaillants hommes si lâchement égorgés. Il réunit toutes ses troupes et s'avança à marches forcées vers Rueda. Mais Falax savait qu'il n'y aurait pour lui ni composition ni merci. Dans la prévoyance de ce qui lui arriverait, il avait ajouté aux fortifications, fait grande provision de vivres, doublé sa garnison, et fait passer dans le cœur de tous ses soldats la sombre et fturouche résolution du désespoir. Le roi de Castille tenta plusieurs assauts ; tous furent repoussés avec la plus grande énergie. Comme il perdait beaucoup de monde et que la saison s'avançait. Don Alphonse reconnut l'inutilité de persister, ajourna le châtiment, et leva le siège après avoir racheté les cadavres mutilés des infants et des seigneurs, qu'il transporta et fit inhumer dans les monastères de Naxera ctd'Onaf).
(•)Rod. Toi.— Rod. Saiic— Luc. Tud.— L. del Marm.— Sandov.— Hist. arab. — Mayern.— Morel. lovestig.— Turab. negr. de Santiag.— Annal. Comp. — Pelag. de Oried. — Garib.—Zurit.— Ferrer.— Ped. de Léon.— Marian.— Aot. del reyoo de Navarra-Annal. Tolet.— Ghron. antiq.
Peadant que ce malheur irréparable frappait Don Alphonse, et qu'il était réduit à replier ses tentes pour les emporter loin de la coupable Rueda» Don Ramire plantait les siennes dans les états de Saragosse» et mettait le siège devant Piedra- Pisada» située à moins de cinq lieues nord de Huesca. Cette place lui fut disputée; mais la valeur impétueuse de ses Navarrais Tenleva. De là Don Ramire se porta sur les bords de TEbre et eut avec les Maures une rencontre sanglante près de Tudéle. Vainqueur dans ce combat, il s'empara d'Ârguedas , malgré les efforts des Arabes réunis de ce royaume et de celui de Saragosse.
Les valis de ces deux villes, devenus rois , avaient combiné leurs forces pour contraindre Don Ramire à lever le siège d'Arguedas. La proximité de cette place à la grande et importante ville de Tudéle, gravement menacée par la prise d'Arguedas, leur avait dicté cette mesure. Ils se mirent donc en campagne, et marchèrent sur l'armée navarraise. Le roi» instruit de ce mouvement, laissa devant Ai'guedas les forces nécessaires pour contenir la garnison assiégée, et s'avança à la rencontre des valis. Le combat s'engagea bientôt; les armes chrétiennes restèrent victorieuses. Don Ramire, délivré d'inquiétude de ce côté, retourna devant Arguedas et la serra de si près, lui fit subir coup sur coup de tels assauts, que les assiégés, désespérant d'être secourus, se rendirent, ainsi que le château qui était très-fort.
Le roi de Navarre et d'Aragon ayant mis garnison dans Arguedas, ayant aussi laissé des ordres pour la peupler de chrétiens, se remit immédiatement en marche et pénétra dans le royaume de Saragosse, jusqu'à Lérida. Là il rencontra l'armée musulmane^ qui lui présenta la bataille. Elle fut acceptée avec enthousiasme ; et quoique nous soyons privés de détails sur cette glorieuse campagne, les historiens arabes^ sans entrer dans aucune autre explication, disent que dans cette affaire et celle des environs de Huesca, les eaux de la Ségre et de la Ginca furent rougies du sang de quarante mille hommes. Don Ramire triomphant, averti par la saison, fatigué par la rapidité de ses marches et de ses
yictoires, riche de butin» rentra dans son royaume avec son armée, digne compagne de ses travaux guerriers.
11 y avait quatre ans que Don Alphonse dit le Brave ravageait, par des courses continuelles, le pays de Tolède et s'emparait de toutes les places fortes des environs. Le roi de Badajos, accouru pour h seconde fois au secours du roi de Tolède, Yahie, venait d'être battu par les Castillans, et se retirait à Mérida avec les débris de son armée « naguère si florissante. Don Alphonse recevait chaque jour les troupes qu'il avait demandées de tout côté. La Guienne, le Béarn, et particulièrement les Bas-Navarrais , les Souletins et les Labourdins lui envoyèrent en grand nombre leurs guerriers. L'Aquitaine, et plusieurs seigneurs de France vinrent joindre leurs pennons aux étendards de Gastille et Léon, et prendre une part active à la Croisade que , depuis plusieurs siècles, alimentaient contre les Musulmans les provinces nord de l'Espagne et la France méridionale.
Le roi de Pampelune s'était rendu avec empressement à l'appel de son cousin germain, non pas comme vassal ^ ainsi que le prétend Turquet sans aucun fondement , mais bien comme chrétien , comme roi , comme Navarrais , toujours prêt à présenter sa lance là où se trouvaient des infidèles à combattre, des dangers à braver, do la gloire a acquérir. Les Guipuzcoans, les Âlavais avaient fourni leur contingent. Ainsi, puissamment entouré. Don Alphonse vint asseoir le siège devant la superbe Tolède.
Cette ville avait été la résidence des rois visigoths , le rendez- vous des plus fameux conciles d'Espagne; et depuis la disparition de Roderic et de son vaste empire sous la fougue sarrasine, Tolède avait toujours marché rivale de Cordoue, cette nouvelle capitale d'un nouveau pouvoir. Ville puissante, seconde ville delà Péninsule, Tolède en était devenue la première, et l'orgueilleuse Cordoue avait, à son tour, été forcée d'en reconnaître la suprématie. Au surplus, population inquiète, prompte a se soulever, comme aussi prompte à revenir, mais pour recommencer bientôt. Les Musulmans en comprenaient toute la valeur et l'importance; ils pré-
Toyaient les conséqaeoces de sa chute, si die T«iail à tomber au pouvoir d'Alphonse de Léon.
Les sages recommandaient avec instance la conconle et Tunion aux fils dlsmaël ; mais le choc broTant des ambilions particulières et multiples étouffait leurs toîx. L^onique allié du roi de Tolède, Omar Ben-Alaftas, avait été obligé de se retirer à Mérida après sa défaite. Tout secours était derenu impossible à porter à cette grande TÎUe ; elle était entourée de manière à ce que rien n'y put pénétrer. D'ail- ^^ leurs ses environs avaient été désolés par quatre années de courses et de ravages.
Le roi Yahie, forcé dans ses derniers retranchements, se défendait enfin avec une grande résolution. Il faisait de fréquentes et vives sorties, dans lesquelles les chrétiens perdaient beaucoup de monde. Les vivres cependant commençaient à manquer, les habitants à souffrir, à se plaindre, à murmurer qu'il n'y avait aucune assistance à espérer. FW lement ils parlaient ouvertement de faire une capitulation aussi honorable que possible.
Yahie, à qui s'adressaient toutes ces récriminations, comprit que ceux qui les lui faisaient pourraient bien traiter sans lui, et pour eux seuls. Il se résigna donc à envoyer des députés à Don Alphonse, pour convenir de la reddition. Une première députation avait demandé la paix ; le roi de Léon, l'Agamemnon du camp chrétien, opposa fièrement que sa première condition, sans laquelle il ne voulait entendre à rien, instruit qu'il était de la pénurie des Tolédains^ était la reddition pure et simple de la ville. On traita ; et les concessions accordées par Don Alphonse prouvèrent qu'il n'avait guère d'espoir d'emporter la ville de force, ou qu'il voulait l'acquérir à tout prix. Il fut statué que le roi Yahie, ainsi que sa famille et ceux qui voudraient le suivre , sortiraient librement de Tolède et pourraient se rendre où bon leur semblerait; sûreté et protection pour tous les habitants dans leurs personnes et leurs biens; liberté de conscience, juridiction des cadis, comme par le passé, pour les Musulmans, et conservation des mosquées. L'ancienne cathédrale
de Tolède était devenue la principale mosquée des Maures; la possession leur en fut continuée.
Ainsi croula le vingt -cinq mai 1085, après trois cent soixante • douze ans d'existence » le royaume de Tolède» unique et dernière barrière qui arrêtât encore les puissances chrétiennes de Tautre côté du Tage. Le roi Yahie se retira à Valence, emportant ses {trésors, suivi de sa famille» d'une partie de sa noblesse fidèle à son malheur , et accompagné d'un corps de troupes que lui donna le vainqueur pour Taider à s'établir dans ses états de Valence. Il y fut accueilli, et en conserva la paisible jouissance, jusqu'à ses derniers moments.
Don Alphonse, qui aurait tout sacrifié pour devenir maître de Tolède , résolut de la repeupler de chrétiens, et d'y établir sa cour. Tolède renfermait un certain nombre de ces chrétiens désignés par le nom de Muzarabes. Le reste de la population se composait de Juifs et surtout de Musulmans. La résolution connue du roi , de faire de Tolède sa capitale et d'y établir sa résidence, attira une foule de nouveaux habitants , tous chrétiens. Don Alphonse sut habilement ménager tant d'intérêts divers et de croyances dissidentes et comme en conflit ; il sut prévenir sagement et avec prudence les dangers qui pouvaient menacer sérieusement son pouvoir.
La prise de Tolède jeta l'alarme et la consternation parmi les Arabes-Maures. L'impression profonde qu'ils en reçurent témoigne assez de^a grandeur de la perte qu'ils faisaient. Comprenant enfin la nécessité de s'unir pour s'opposer efficacement au torrent, ils formèrent une ligue, à la tête de laquelle fut mis le roi de Séville, le brave Omar Ben- Âlaflas de Badajos. Le roi de Grenade en fit également partie ainsi que tous les petits princes qui vivaient dans l'indépendance et dans la discorde, après avoir déchiré et partagé entre eux les lambeaux de la dynastie tombée des Oméîdes.
Muhamad de Séville, révolté de l'arrogance d'un message d'Alphonse le Brave, ayant rassemblé les coalisés, leur représenta vivement les dangers de leurs divisions^ l'agran-
dissement rapide de la pui88ance chrétienne, et l'imminence de leur ruine complète. Omar manifesta alors la pensée d'implorer le secours du vainqueur de rAfrique» du fondateur du royaume de Maroc, le Maure Jusef Ben - Taxfin , dont la renommée croissait chaque jour. La main puissante de ce héros, disait-il, pouvait seule enchaîner parmi les tribus le génie mquiet des dissensions, alléger leurs malheurs et leur misère, arrêter les effrayants progrès des chrétiens » et venger sur eux Taffront des armes et du nom mahométan. Des ambassadeurs furent envoyés à Jusef Ben - Taxfin ; ils lui dirent que Fintérèt seul de la religion du prophète, menacée en Espagne d'un renversement total par le roi de Caslille et Léon, les armait et les faisait recourir à lui.
Abdalah, vainqueur des Berbères, avait fondé la dynastie des Almoravides, nom qui signifie hommes de Dieu, en donnant ce surnom à la tribu de Lamtuna en récompense de sa constance et de sa bravoure. A ce conquérant en avait succédé un autre , Aben-Bekir« de la tribu des Lamtuniens. Ce guerrier, forcé de s'éloigner et de quitter la ville de Maroc, dont il venait de jeter les fondements , pour aller secourir dans une guerre acharnée ceux de sa tribu , avait remis en partant le commandement à son cousin Jusef Ben-Taxfin. Ce lieutenant infidèle profita de l'absence forcée de son chef, pour le supplanter. Jusef continua les constructions de la ville naissante, et commença les fortifications. Un soulèvement des Berbères lui fit prendre les armes. Il soumit les rebelles , et ayant réuni cent mille cavaliers il porta la guerre, qu'il aimait et pour laquelle il semblait né^ vers la ville de Fez. En peu de temps il la prit et étendit ses conquêtes et son autorité du mont Atlas aux confins da désert, des grèves de l'Océan aux rivages de la Méditerranée.
Sou fils Gilman d'un autre côté enlevait, au nom de Jusef, la ville de Ceuta. Toute l'Afrique occidentale, domptée par le bras . de ce héros du Croissant , concoorut alors à former le florissant, mais éphémère royaume à» Maroc. Couvert de gloire, aimé de ses sujets , Jusef avait
déjà tourné ses rêves ambitieux vers les belles et riches contrées de l'Espagne.
Il savait les discordes cruelles des Musulmans de la Péninsule, et leurs revers ; il n'ignorait pas que le brûlant &natisme qui jadis emportait toutes leurs pensées vers les conquêtes et la propagation de Tislamisme, s'était éteint dans une longue série de désastres , dans les flots de leur sang répandu de leurs propres mains. Il voyait l'ambition effrénée» la soif immodérée des trésors et des plaisirs dévorer les tribus, et énerver, dans les délices et la volupté, des bras désormais impropres à la lance et au cimeterre. Jusef frémissait en songeant que les maux présents, les dangers à venir, aggravés par les funestes dissensions qui les livraient» comme liés, à leurs ennemis , entraînaient forcément l'ex* pulsion honteuse des Arabes - Maures hors de la riante et fertile Espagne.
Alors il conçut l'audacieux projet d'assujettir à son sceptre cette multitude de petites dominations , et de relever à Cordoue, avec l'étendard du prophète, l'empire écroulé d'Abderahman; de s'asseoir sur l'ancien trône rétabli par ses mains triomphantes, et de s'intituler Calife d'occident. C'est au milieu de ces vastes pensées et de ses préparatifs de guerre, que vint le surprendre l'ambassade des rois de Séville , Grenade et Badajos. Jusef était aussi prudent qu'intrépide; il demanda que la ville d'Âlgésiras lui fût cédée, afin d'assurer sa retraite en cas de revers. Le roi de Séville recevant cette réponse, ne balança pas. Une aveugle fatalité le destinait à devenir lui-même l'instrument de sa perte.
Pendant ce temps. Don Ramire d'Aragon avait visité ses dernières conquêtes, et s'était avancé jusqu'à Monzon, sur les rives de la Cinca. Cette place populeuse et défendue par un château très-fort, fut enlevée par les Navarrais. Cette même année mourut , le vingt-quatre avril , la reine Dona Félicia fille du comte d'Urgel et de Dona Ermengande. Elle laissait trois fils. Don Pedro , Don Alphonse et Don Ramire, qai r^nèrent tous trois. Don Alphonse de Léon, qui connaissait toutes les négociations des Maures d'Espagne
avec l'Africain , leva de nombreuses troupes, et se mit en campagne, après avoir convoqué un concile à Tolède poor le mois de décembre suivant Ce concile devait élire un archevêque métropolitain pour ce siège, si long- temps vacant et profané par les sectateurs de Mahomet. Les suffrages se réunirent, à Tépoque dite , sur Bernard abbé de Sahagun.
Don Alphonse pénétra dans les états de Badajos, ravagea FEstramadure et s'empara de Coria. Deux princes arabes ayant joint leurs armées pour s'opposer au vainqueur, le rencontrèrent le vingt-cinq octobre, entre Badajos et Mérida, près du Guadalquivir; ils engagèrent le combat. Il fut opiniâtre ; les pertes de part et d'autre furent grandes ; à la fin, le roi de Castille, défait , se vit obligé de retourner sur sa nouvelle capitale. Là il songea à tirer vengeance de son affront. Jugeant que la réunion commencée des Musulmans se consoliderait, et qu'il ne pourrait résister seul à tant d'ennemis , il s'adressa à Philippe-Auguste de France , proche parent de la reine de Léon, et sollicita de lui son aide contre les infidèles. En même temps, il envoyait des demandes pareilles aux principaux seigneurs. Les comtes Raymond de Bourgogne, Henry de Besançon et Raymond de Toulouse amenèrent eux-mêmes leurs troupes.
Don Alphonse, avec toutes les forces rassemblées de ses royaumes, s'était porté sur la frontière où il étalait devant ses deux vainqueurs la guerre qu'il leur apprêtait. Ceux-ci, informés des secours qui arrivaient de France , se jugèrent hors d'état de faire face à tant de puissance, et demandèrent la paix. Les deux partis également froissés, en avaient un égal besoin. La paix se conclut, et les seigneurs français la trouvèrent établie à leur arrivée. Les troupes envoyées par Philippe-Auguste de France ne parvinrent qu'au pied des Pyrénées ; elles retournèrent sur leurs pas à la nouvelle de la cessalion des hoslilités (*).
Don Sanche , pendant quelques années , avait laissé reposer ses peuples des fatigues de la guerre ; il profita de ce
(•) Rod. Toi. — Luc. Tud. — Pelag. de Oviédo.— Ped. de Léon.— Morct — Ferrer.— Marian.— Sandov.— Chén.— Hist. Arab.— Chron. monast
épit pour arranger les affaires intérieures de son royaume, ies églises et les couvents furent tous richement dotés. Il ugmenta la ville d'Estella du côté de Lizarra, de façon à 6 que ces deux localités, jointes entre elles par de nouvel- Bs constructions, n'en fissent plus qu'une. Le nom d'Estella irévalut dans cette agglomération, et cette localité, ainsi omposée, devint une des trois principales de la Navarre à ette époque. La ville forte de Luna fut entièrement peuplée; i090 larcuello, Loarre et Âlguzar virent aussi leurs. fortifications éparées et augmentées pendant ce temps. Il y eut encore iroclamation du for, écrite et publiée à Jaca en 1090, ainsi [ue rétablissement et la réunion des certes.
Le roi de Gastille et Léon > profitant également de quel- [ues années de tranquillité, peuplait de chrétiens et fortifiait BS villes ruinées pendant la guerre, et celles enlevées aux [aures. Le comte Raymond de Bourgogne fut chargé de re- 3ver Avila, Ségovie et Salamanque ; il peupla ces villes en tartie de Bourguignons. Ce seigneur avait passé au service le Don Alphonse, et ne le quittait plus. Médina del Gampo, k)ca, Iscar, Arevalo , Sépulveda , Olmedo , Osma , Cuellar, t plusieurs autres places entre le Duero et les montagnes le Gastille, reçurent aussi de nouvelles populations.
Le comte Raymond, eu récompensé des services rendus u roi Don Alphonse, devint gendre de ce monarque , dont i épousa la fille unique, Donallrraca. Dans ce même temps es caractères gothiques furent abolis et remplacés par ceux lont on se servait dans le reste du continent. Alors aussi e valeureux Rodrigue , le Gid , l'orgueil des Castillans ne ^ssait de faire la guerre aux Mahométans.
Depuis la prestation du serment de Don Alphonse « lors le la réunion de la Gastille aux royaumes de Léon et Galice, B guerrier s'était aperçu que le roi ne pouvait lui pardonner ion audace d'avoir exigé de lui ce que personne n'osait lui lemander en face. Il s'était alors éloigné de la cour avec ses amis et partisans, pour suivre son goût dominant, la ^erre, seule passion de ce héros. Don Alphonse lui avait (pélquefois envoyé de faibles détachements, pour l'aider dans ses entreprises hardies. Mais le Gid , ayant tourné ses
— socarmes contre le roi de Tolède dont il arail ravagé une partie du territoire, le roi de Léon Tavait exilé de sa cour. Alphonse était allié et ami du prince maure, et en outre excité par les intrigues de quelques seigneurs , auxquels la gloire et les hauts faits de Diaz de Bivar portaient onâbrage. A la suite de cette disgrâce , Rodrigue s'était emparé» ayec sa petite troupe, du château d'Alcoên prés de Calatayud, dans TAragon ; et passant ensuite dans le quartier de Terruel, au sud de Saragosse, se maintint long-temps dans une citadelle connue encore aujourd'hui sous le nom de Roche du Cid , ou Pena del Cid , d'où il désolait les Maures par des courses, des pillages, et des combats continuels.
1091 Cette année , Don Ramire marcha contre le roi de Saragosse. Celui de Iluesca avait « ainsi que nous rayonsyn, acheté la paix quelque temps auparavant. Les griefs du roi de Navarre contre son ancien feudataire étaient que, s'étant reconnu vassal de Don Alphonse et lui payant un tribut plus considérable qu'à Don Ramire, le Musulman avait imploré le secours du roi de Castille contre celui de Navarre, et faisait de plus éprouver à celui-ci une réduction considérable sur le tribut annuel qu'il lui devait. Don Ramire , pour le punir, rassembla une armée de tous les points de son obéissance. Les Basques des deux côtés des Pyrénées en composaient la plus grande partie ; les ducs de Gascogne et de Toulouse y joignirent leurs troupes ; et le roi , entouré des grands du royaume, des ricombres, des capitaines les plus renommés, se mit en marche dans la direction de Saragosse.
Il commença par suivre la rive gauche de l'Ebre» afin de choisir le site le plus favorable pour l'assiette de la grande forteresse qu'il méditait, et qui devait tenir Saragosse en respect, ^^e roi s'arrêta à quatre lieues de cette ville, dans l'endroit où nous voyons aujourd'hui Castelar, y établit son camp, et prit ses quartiers dès les premiers jours du printemps. Aussitôt il fit commencer les travaux par la brigade nombreuse de pionniers qu'il avait amenés. La proximité de Saragosse, la nécessité d'être toujours en défense et de cou-
vrir les travailleurs, tenait Tannée navarraise en état d'alerte permanent.
Les Maures, qui se voyaient dominés par la position qu'avait choisie Don Ramire, ne négligeaient rien, en ce qui les concernait, pour entraver la construction de la forteresse qui leur était si nuisible. Ils levaient des troupes, sollicitaient des alliés, faisaient de fréquentes sorties, des courses, des attaques de nuit et de jour, ne donnaient aux chrétiens ni paix ni trcTe, et agissaient avec tout le courage, toute Tactivité d'une juste appréhension, d'un violent dépit. Don Ramire, toujours armé, n'en poursuivait pas moins son entreprise avec une constance héroïque. Veilles, travaux, combats, rien ne l'arrêtait, rien ne ralentissait son ardeur. Il opposait une inébranlable persistance aux efforts de ses ennemis , envoyait des corps détachés attaquer les postes musulmans. Ces corps battaient la campagne dans tous les sens, éloignaient les coureurs ennemis, et sans cesse escarmouchaient avec eux.
En vain les Maures avaient pour eux la forte Saragosse, qui protégeait leur retraite et leur offrait un asile sûr ; en vain ils avaient l'avantage de se pouvoir couvrir par l'Ebre, et d^ètre maîtres du pont qui donnait passage à leurs sorties et à leur retour. Don Ramire n'en élevait pas moins, sous leurs yeux et à côté d'eux, le fort qui devait leur apporter la défaite et l'asservissement. Et cependant le roi de Saragosse était un des plus puissants d'entre les Maures ; et cependant encore Don Alphonse s'était déclaré son protecteur.
Le vingt-deux mai mourut Don Garoie, roi dépossédé de Galice. Du château de Luna« où il était resté enfermé pendant dix-neuf ans pour tranquilliser l'ombrageuse ambition de son frère Alphonse, son corps fut transporté à Léon dans l'église de Saint-Isidore, où il fut enterré, selon Rodrigue de Tolède, Lucas de Tuy et Pelage d'Oviédo, avec les grilles de sa prison. Ge malheureux prince, ne pouvant espérer de trophée, avait ordonné que ce monument de sa captivité le inivlt dans le tombeau. Leçon posthume, terrible et frappante manière d'écrire l'histoire et de flétrir les ambi* lieux! •
1092 Gaslelar était terminé ; Don Ramire Favait muni d'une garnison convenable. Dès le mois de janvier 1092, ce prince se mit à parcourir les frontières d'Aragon, et arriva à Arguedas. C'est de cette place qu'il publia les fors relatés dans le grand cartulaire. Non content de la construction de Gastelar, le roi décida la nouvelle fondation ou agrandissement d'un lieu nommé dans l'antiquité Gallicollis. Cette localité abandonnée n'était pas tenable, a cause de la proximité des Maures de Huesca. Don Ramire voulut, à ce que dit Don Pedro évêque de Pampelune^ que cette fondation prit le nom de Montemayor^ ou Luna d'Aragon; ce dernier prévalut.
La reine Constance de Caslillc mourut alors, ne laissant qu'une fille, Dona Urraca, mariée au duc Raymond de Bourgogne. Le roi, désireux d'avoir un fils héritier de sa couronne, épousa la sœur de son gendre, nommée Berthe, sans scrupule pour les liens de parenté. L'année suivante Don Alphonse, dont les états étaient tranquilles et florissants, entreprit la conquête du Portugal. Il commença les opérations de la campagne par le siège de Santarem sur le Tage, enleva celte ville et descendit le fleuve jusqu'à Lisbonne, peu distante de Santarem. Il reçut cette capitale à composition le six de mai, et marcha aussitôt sur Sintria, qui suivit Texemple de Lisbonne et se rendit le neuf du même mois.
Le roi de Navarre poursuivait toujours son projet favori, la prise de Huesca. Désirant mettre le ciel dans ses intérêts, il se résolut a faire prendre le froc de moine à son troisième fils l'infant Don Ramire. Il le consacra à Dieu, et l'envoya au monastère de St-Ponce, juridiction de Narbonne, occupé par des religieux de l'ordre de Saint Benoit. L'infant fut recommandé, pour l'instruction, aux soins de l'abbé Frotar, supérieur du couvent. Le roi dota le monastère, nous dit Zurita, de riches donations à ce sujet. Il y avait peu de temps que l'infant avait pris l'habit lorsque le roi de Huesca, ayant fait un traité secret avec celui de Saragosse irrité comme lui de se voir sans cesse resserré par de nouveaux forts et châteaux.
refusa nettement à Don Ramire. le paiement da tribut auquel il s'était engagé quelques années auparavant.
Secours et protection furent demandés au roi de Gastille^ avec offre de la part du vali de Huesca de lui payer une redevance plus forte qu'à Don Ramire, et de se reconnaître vassal de la couronne de Léon. Ce refus de paiement, loin d'irriter le roi de Navarre, lui fut agréable en ce qu'il fournissait une occasion naturelle de déclarer la guerre au Musulman, son feudataire. Il appela aussitôt à lui tous ses sujets, ses auxiliaires habituels et, sans attendre la complète réunion de ses troupes, il fondit sur le territoire de Huesca. De toute part le royaume retentit de bruits de guerre, et se couvrit de soldats, qui accouraient au point de ralliement. Le roi avait retiré la moitié des garnisons des places les plus éloignées des Maures, jeté de forts détachements dans celles qui se trouvaient les plus rapprochées , ravageait les environs, faisait battre, parcourir et désoler toute la contrée. Il fortifia quelques postes occupés par lui dans ses guerres précédentes, afin de resserrer Huesca de plus en plus, et dans l'espoir de rendre le siège plus court.
Parmi les postes qui, vu leur proximité de la place, l'incommodaient davantage, était Mohte-Âragon ; Don Ramire y avait antérieurement élevé un fort et une église dotée de rentes considérables, sous le nom de Jésus de Nazareth. Les Maures ligués furent bientôt instruits de la favorable diversion faite par Don Alphonse à leur sollicitation, et conçurent l'espérance d'éloigner d'eux Don Ramire et ses armes, qu'ils redoutaient. Ils firent savoir à Sanche Ramire que les troupes du roi de Léon attaquaient en grand nombre les frontières d'Âlava, sous la conduite du comte Don Sanche, fils de Don Lopez^ seigneur de Biscaye, et s'apprêtaient à entrer en Navarre.
Cette nouvelle, loin d'abattre Don Sanche Ramire, ne fit qu^ajouter à son activité naturelle. 11 jugea d'un coup d'œil qae tout dépendait de la vivacité de ses mouvements, prit une bonne partie de l'armée^ laissa le reste à la garde des camps, emmena ses deux fils Don Pedro et Don Alphonse, souleva, entraîna par son influence tout ce qu'il rencontra
d'hommes sur sa route» traversa TÂragon comme un fleuve, la Navarre comme un torrent, et arriva à marches forcées et toujours grossissant, où le danger le réclamait. Il rencontra Tannée castillane sur l'emplacement occupé aujourd'hui par Victoria, et se présenta au combat avec des troupes * nombreuses, déterminées, recrutées en courant. Le comle Don Sanche battit en retraite sans oser mesurer son épée avec lesNavarrais, qu'il était loin d'attendre aussi vite, recula jusqu'en Galice, refoulé par Don Ramire toujours courant; puis ce prince actif retourna sur ses pas par le même chemin> avec la même promptitude. La fin de l'automne le trouva de retour, avec tout son monde, à Monte- Aragon. 1094 Au printemps suivant le roi redoubla d'ardeur pour terminer les travaux nécessaires, et pousser à outrance le siège de Huesca. La distance à parcourir par les troupes pour se rendre devant cette place^ autant que les intempéries de rhiver, avait retardé les opérations. Tout reprit bientôt de l'activité ; l'armée se logeait de plus en plus près de la ville; on fortifia une hauteur^ qui porte encore de nos jours le nom de Sanche : on l'occupa aussitôt.
Le roi de Huesca s'était enfermé dans sa\ille, avec grande provision de vivres et forte garnison. Don Sanche Ramire ne l'ignorait point; mais il jugeait le long temps que nécessiterait la réduction de la place par famine, et le danger qu'il courrait en donnant ainsi aux alliés éloignés que pouvait avoir le vali, le loisir d'accourir à la défense de Huesca. Il se décida à suivre l'exemple de son père à Galahorra, et d'emporter Huesca à la pointe de l'épée. Le brave Don Ramire établit son quartier général sur le mamelon dit de Sanche, et de là, présida tout le siège. L'armée entière attendait avec impatience le signal de l'assaut.
Le roi ne s'en voulait rapporter qu'à lui; il se porta aux avant-postes. Avec une imprudence causée par son courage, mais blâmable dans un chef d'armée et plus encore dans un roi ; avec la témérité qui lui avait toujours &it exposer inconsidérément sa vie, Don Ramire poussa, un matin, une reconnaissance jusque sous les remparts de Huesca. Quoicpe accompagné seulement d'un écuyer, il fut reconnu. Ao
moment où il levait le bras pour désigner a son suivant un point faible et propice à Tatlaque, un arbalétrier maure» qui suivait de l'œil tous les mouvements du roi, saisit ce moment et lui plaça une flèche sous Taisselle. La blessure était profonde ; le roi se sentit frappé à mort.
Cependant, dissimulant autant que possible ses soufirances, il revint au camp et regagna sa tente, qui fut ouverte à tout le monde. Un instant suffit pour la remplir. Alors, en présence des seigneurs, ricombres, écuyers, et des guerriers montagnards qui se pressaient autour de lui. Don Ramire interpella ses deux fils Pierre et Alphonse. Il leur demanda si les difficultés et les dangers d'un siège commencé étaient capables de rebuter leur constance. Sur leur réponse négative : « Eh bien, leur dit le vieux roi, jurez-moi donc sur le « Dieu vivant que vous ne reploierez nos étendards qu'après < avoir enseveli sous les ruines de la ville infidèle, le perfide « Giaffar. » Les princes jurèrent avec transport ; une noble ardeur brillait sur leurs fronts; leurs bras, armés de gantelets de fer, étaient levés au ciel. Un sourire de satisfaction éclaira le visage pâlissant de Ramire, qui mit alors sa blessure à découvert, et se fit extraire le fer du trait. Il expira presque aussitôt dans d'affreuses souffrances. C'était le quatre de juin 1094; son corps fut déposé, selon sa demande, dans Téglise à peine finie de Jésus de Nazareth, à Monte-Aragon. Don Ramire avait voulu assister vivant à la prise de Huesca; il voulut présider, mort, à Texécution du serment juré f).
Don Pedro Sanchez, premier du nom, fut élevé sur le bouclier. Associé au gouvernement par son père, qui l'avait déjà nommé roi de Sobrarbe et de Ribagorza avec l'autorisation des états, selon le for de Navarre , Don Pedro fut proclamé par l'armée, roi de Navarre et Aragon. Le camp, distrait de sa douleur par cette proclamation, avait pris un air de fête. Les cérémonies du couronnement ne prêtèrent pas leur majestueux éclat à la circonstance. Mais il n'en était
OMong. Pinnat— Rod. Toi.— Garib.-Luc. Tud — Escrit. anonym. de Théob.-Moret.-Pelage de Oviéd.-Hisl, arab.-Turq.-Chén.-Conde.- Tornb. neg.— SandoT.^Zurit.
pas moins imposant de voir le jeune Pierre entouré de prélats, de la fleur de la noblesse, de ricombres, des chefs et des nombreux guerriers de deux royaumes et de plusieurs provinces, au milieu du camp^ le lendemain et la veille d'un combat, en face d'un ennemi audacieux ; de le voir éle?é par les grands sur un bouclier de guerre, aux cris trois fois répétés de : Le Roi ^ cris redits en chœur par toute une armée.
Ces acclamations s'élevèrent comme un tonnerre, et s'en furent rouler en grondant autour des remparts de Huesca. GiaiTar, qui avait su la fatale nouvelle, et comptait sur la levée du siège, fut troublé au milieu de sa joie. Les Maures des places du second ordre, qu'aurait entraînées la perte de Huesca, reprenant courage au bruit de la mort de Don Sanche Ramire, sortirent de leurs retraites. Ils vinrent passer au sud de Huesca, côté le moins couvert de forteresses chrétiennes, et s'approchèrent de la ville avec le projet de s'y jeter. Ils arrivaient par petites bandes^ ayant soigneusement pris un détour par la droite de Monzon, et passant par Galasans et Barbastro, dépendances des Musulmans.
Pierre avait compris les obligations de sa nouvelle dignité. Son courage ne fut point émoussé par la douleur que lui causait la mort de son père, ni ébranlé par la recrudescence d'audace de l'ennemi et par les nouveaux auxiliaires qu'il voyait s'assembler contre lui. La foi jurée au lit de mort de Don Ramire, le désir de le venger et de se montrer digne du ' legs périlleux qu'il avait reçu, occupaient tout entier le nouveau roi. Il adopta le plan de son père, resserra l'ennemi, rapprocha ses postes, établit une communication plus 1093 prompte et plus sûre entre eux. L'hiver n'apporta aucune interruption dans les opérations ; le plus strict blocus avait été formé. Les chrétiens s'occupaient à repousser les sorties vives et fréquentes des assiégés, à chasser au loin les détachements qui tentaient de s'approcher, ou de ravitailler la place. Ils attendaient que la famine leur en ouvrit peu à peu les portes.
Huesca ne pouvait être prise d'assaut qu'en sacrifiant une
partie de Tarmée. Place frontière de deux états ennemis, elle avait été soigneusement fortifiée par les Musulmans. Une épaisse muraille en terre gazonnée formait une double enceinte en avant des murs en moellons. Indépendamment des difficulté^que présentait ce genre de fortification, des ouvrages intermédiaires ajoutaient encore aux moyens de défense. Ces considérations firent traîner Texpédition en longueur. L'armée ne restait cependant jamais oisive ; son courage était toujours tenu en haleine, et chaque jour elle s'aguerrissait davantage.
Cette même année mourut la reine de Gastille Berthe de Bourgogne, quatrième femme de Don Alphonse. Ce prince maria sa fille naturelle Dona Thérèsa, avec le comte Henry de Besançon, passé à son service en même temps que Raymond de Bourgogne. Le roi donna en dot à sa fille toutes ses conquêtes de Portugal qu'il érigea en comté. Le comte Henry n'en devait jouir qu'après la mort de son beau-père, et comme relevant de la couronne de Léon.
Giafiar commençait à reconnaître tout ce que le système 1096 adopté par Pierre avait de dangereux pour lui. Son orgueil avait faibl^ ; il avait trouvé moyen de faire savoir au roi de Soragosse son état de détresse, et la triste nécessité à laquelle il se trouverait bientôt réduit. Car il lui fallait se rendre, s'il A'était promptement secouru. Le roi de Saragosse, à cette nouvelle, rassembla des troupes de toutes parts, s'adressant aa roi de Castille et Léon, dont celui de Huesca était tributaire, et lui demandant son assistance. Don Alphonse envoya une nombreuse colonne sous le commandement de Don Garcie Ordonez comte de Naxera, et Don Gonzalo Nunez Larra.
Giaffar, avant de connaître tous les préparatifs qui se taisaient on sa faveur, avait offert au roi de Navarre et Aragon le double du tribut qu'il payait à Don Alphonse, s'il consentait à lever le siège de Huesca. Mais Pierre avait fait un sennent qu'il voulait tenir ; il repoussa donc la proposition de Giaffar, en exigeant comme seule condition admissible, qu'il se rendît à discrétion. La chose en était restée là, et c'est ce que Giaffar avait trouvé moyen de faire savoir à
AMMlostain Bilah. Saragosse présentait le mouvant tableaa d'une grande place d'armes. Elle était pleine de gens de guerre ; il en affluait de tout coté, et chaque jour. Celte ville avait été choisie comme le point le plus central et le plus convenable , tant par la distance proportionnée de l'armée chrétienne, que comme point de retraite en cas de revers, et aussi pour la facilité qu'elle offrait de se couvrir de l'Ebre en recueillant les troupes, et les y concentrant.
La renommée répandit au loin le bruit de tant d'armements, et de la formidable réunion des défenseurs du croissant. Tous les esprits étaient en émoi, attendant l'extermination totale des chrétiens, si inférieurs en nombre à la multitude qui se concentrait à Saragosse. Pierre, soumis à la volonté du For national, avait rassemblé en conseil de guerre les seigneurs, ricombres et chefs principaux. Après avoir recueilli l'avis de tous, voyant qu'en général, et afin d'éviter la division des forces, on penchait pour attendre l'ennemi dans les retranchements , il donna son opinion, contre laquelle personne ne s'éleva. Comptant sur la sainteté de sa cause et l'appui du ciel, Pierre déclara estimer plus la valeur de ses troupes, que le nombre des Musulmans. A leur cohue il avait à opposer une armée vieillie dans les combats, endurcie par les travaux et les périls incessants d'un siège de deux années; une armée, enfin> formée à l'école de Don Sanche Ramire, et accoutumée à ne point abandonner la victoire a son ennemi. Sûr de vaincre avec de tels hommes et de tels chefs, il était résolu à laisser dans les retranchements ce qu'il fallait de soldats pour contenir la garnison de Huesca, et à marcher à l'ennemi avec le reste de ses troupes. Pierre de Navarre et Aragon ayant bien arrêté de livrer bataille aux Musulmans, fit ajouter aux fortifications de ses divers logements tout ce qui pouvait les corroborer, faciliter leur défense et leur conservation. Ainsi fit-il creuser et élargir les fossés, exhausser les parapets et remparts, de manière à pouvoir, sans inconvénient, en retirer plus de monde. En même temps, il allait explorer la campagne environnante, étudier, choisir son terrain, et ne perdait pas un des mouvements de l'ennemi.
Enfin, vers le milieu de novembre, la foule coalisée sortit de Saragosse, passa TEbre au pont d'Altavasa, et se déploya sur la rive droite du fleuve. Tous les chemins étaient couverts de troupes, depuis Saragosse jusqu'à Zuera aux bords du Gallego; c'estrà-dire, à une distance de cinq lieues d'Espagne. Pierre V' fut instruit de ce mouvement; il sut quelle multitude armée il allait avoir en tête. Rien ne put rébranler. Il sortit de ses quartiers, et marcha au-devant des infidèles jusqu'aux champs d'Alcoraz, à une lieue ouest de Huesca^ où il prit position. Quelques auteurs prétendent qu'alors le comte Don Garcie de Naxera lui fit passer Tavis de ne pas se présenter en personne au combat, parce qu'il n'y aurait aucun quartier pour les chrétiens. Mais le roi de Navarre dédaigna cet avertissement officieux et fallacieux peut-être. Insouciant du péril, au-dessus de toute crainte, le valeureux prince ne voulut point renoncer à inspirer, par sa présence et son exemple, un double élan à ses soldats.
Le salut de l'armée, celui de la Navarre aussi dépendait de l'issue de la journée. Pierre aspirait à sa part de victoire ; il voulut sa part des dangers. Bientôt les deux armées furent en vue l'une de l'autre ; des deux parts furent prises les dispositions pour en venir aux mains. Don Pedro formait ses lignes, et parcourait les rangs avec cette assurance, cet air de gaieté présage assuré du succès. Les évêques de l'armée le promettaient aussi au nom du ciel et de la religion, dont la cause était confiée a l'intrépidité des chrétiens. L'armée était forte de sa confiance en elle-même et dans son roi; elle regardait la victoire comme infaillible.
La première ligne, composée de la majeure partie de la cavalerie, était commandée par Tinfant Don Alphonse, frère de Don Pedro, et prince d'une valeur éprouvée. Le corps de bataille présentait un front serré. Prévoyant que l'ennemi, plus nombreux que lui, essaierait de le tourner, et jugeant l'urgence de pouvoir porter de prompts secours sur les points menacés, le roi garda pour lui le commandement de la réserve, composée de corps d'élite et de montagnards. Il s'y tint entouré de seigneurs et chevaliers navarrais et aragonais renommés par leur courage et leur expérience, auxquels
il pouvait confier» en toute sécurité» le coup de main le plus hardi et le plus périlleux.
Le signal se donna de part et d'autre; rengagement commença aux cris sauvages, aux hurlements des Maures, au cri de guerre des Navarrais. L'infant Don Alphonse chargea le premier corps» ou avant-garde ennemie» avec tant de vigueur et d'abandon qu'il Tenfonça. Alors de tous côtés s'ébranla cette multitude, s'eflforçant d'envelopper les chrétiens» cherchant un endroit vulnérable pour l'attaquer avec avantage. Le prince» se retirant en bon ordre» était venu reprendre son rang de bataille. Les Maures^ voyant ce front inébranlable» attaquaient à leur manière accoutumée» chargeant, mais jamais a fond, simulant une fuite pour reprendre course, revenir avec impétuosité, et rétrograder de nouveau. Ils pensaient pouvoir troubler les rangs chrétiens par la fougue de leurs charges, ou du moins les attirer et les rompre en feignant ensuite de fuir. Mais les Navarrais étaient faits à cette méthode de combattre. Ils attendaient les infidèles de pied ferme» et ne poursuivaient pas leurs retraites trompeuses. Toujours les rangs restaient entiers.
De temps à autre le combat devenait plus acharné. Les Musulmans perdaient beaucoup de monde comparativement à leur grand nombre ; les chrétiens en voyaient aussi, proportionnellement, tomber beaucoup des leurs. Les Maures, par le désordre de leurs escadrons, s'étaient mis dans la nécessité de vaincre; ils ne pouvaient plus se rallier. La fuite les aurait livrés au fer chrétien ; mieux valait donc combattre. Les Navarrais étaient stimulés par la quantité d'ennemis tués ; les Musulmans espéraient» par la promptitude et les nombreux secours qui leur arrivaient, épuiser les forces de leurs antagonistes, fatiguer leur constance et leur courage, en leur opposant toujours des troupes fraîches.
Le combat en était à ce point d'opiniâtreté et d'espoir mutuel, lorsqu'un incident vint lui donner une nouvelle impulsion. Don Garcie comte de Naxera» auxiliaire des infidèles» général du roi Don Alphonse» combattait vaillamment avec ses Castillans. Les bataillons qui lui étaient opposes» indignés de voir des chrétiens dans les rangs musulmans»
Ire des chrétiens comme eux, se battaient avec plus Qimosité encore. Une charge impétueuse des Navarrais versa de cheval le comte Don Garcie ; il fut fait prisonnier s que les siens pussent le sauver. Ge^e nouvelle, promplent répandue, fit mollir les troupes de Gaslille et Léon, enflamma d'autant plus celles de Don Pedro. Gomme d'un Qmun accord, Tarmée entière s'élança en avant pour erminer la victoire, et enfoncer définitivement les lignes hométanes. Gependant, non-seulement l'agglomération de memi, mais encore les monceaux de cadavres, les armes andues sur la terre, entravèrent ce mouvement décisif.
e jour avançait sans que les Navarrais eussent eu unmoment répit. Don Pedro s'était porté en ligne, et combattait ame un simple soldat ; l'avantage restait balancé, et se prononçait pour aucun parti. Les chrétiens avaient ;né.du terrain; la terre était jonchée de Mahométans; et jours ceux-ci.résistaient. Le roi savait que celui qui reste ître du champ de bataille est déclaré vainqueur ; aussi îouragêait-il ses guerriers à persister, à presser leur ces. L'obcurité était désirée parles combattants des deux lées. Les chrétiens, épuisés, aspiraient au repos; les sulmans, obligés de reconnaitre l'énormité de leurs 'tes, voulaient cacher leur défaite dans les ombres de la it.
Elle arriva enfin, et le carnage fut suspendu. Les infidèles retirèrent ; l'armée royale, en ordre de bataille et sous les Des, coucha sur le champ ensanglanté et couvert de morts, n Pedro pensait voir le combat se renouveler avec le jour, prit les précautions dictées par la prudence ; mais elles vinrent inutiles. Les Arabes-Maures profitèrent de la nuit Dr se retirer, abandonnant leurs bagages. L'aube du matin It montrer au roi de Navarre l'étendue de sa victoire et bsence de ses ennemis. Geux-ci s'étaient dirigés sur Almubar, à trois lieues environ de Huesca. Don Pedro se mit à ir poursuite avec sa cavalerie légère ; il ne put atteindre e ceux qu'avait brisés la fatigue : le nombre en était grand. D'en suivit pas moins les fuyards à la piste, et ne revint
sur ses pas qu'après les avoir vus» de loin, repasser TEIbre et s'enfermer dans Saragosse.
Le roi retourna alors aux plaines d'Alcoraz , et distribua à son armée les riches dépouilles du champ de bataille , du camp mahométan, et celles ramassées dans la poursuite. Le roi Don Pedro tua de sa main , dans cette journée » quatre scheiks Arabes-Maures ; depuis ce temps il porta sur son écu quatre têtes à longues chevelures. Les Arabes-Maures et les chrétiens leurs auxiliaires avaient péri presque tous. Une lettre de donation du roi Don Pedro P' à l'église de Huesca porte que^ dans cette action , il fut tué quarante mille infidèles. Les historiens arabes en font foi, ainsi que Rodrigue de Tolède, Lucas de Tuy, Pelage d'Oviédo et plusieurs autres historiens. Ces auteurs disent, avec Zurita, Garibay, Mariana et les autres, que la perte des chrétiens ne s'éleva qu'à trois mille hommes.
Don Pedro rentra triomphant dans ses quartiers. Giaffar et sa garnison purent entendre les bruyantes acclamations les cris d'allégresse, par lesquels le roi et son armée furent accueillis. Ces cris retentirent à son oreille comme un glas de mort. L'armée musulmane avait emporté en fuyant la dernière espérance des assiégés. Giaffar ne voulut pas cependant paraître réduit à l'extrémité autant qu'il l'était en effet, ni montrer son découragement. Il feignit donc, dans l'espoir d'obtenir des conditions plus avantageuses , de pouvoir tenir encore long-temps. Mais Don Pedro savait apprécier sa victoire et rejeta toutes les propositions. Il exigea, sous peine d'en venir bientôt aux dernières rigueurs, la reddition pure et simple de la place , avec la seule stipulation de la vie sauve.
Huit jours se passèrent ainsi en pourparlers , après lesquels Giaffar, qui se relâchait peu à peu de ses' prétentions, souscrivit à tout ce que voulait Don Pedro. Ce fut le vingtcinq novembre , octave de la bataille d'Alcoraz , que le roi devint maître de Huesca , et mit fin à l'existence de cette petite souveraineté, dont la possession était d'une haute importance pour la chrétienté. La garnison se retira avec Giaffar a Barbastro, reprise déjà par les Mahométans. Le roi
Navarre fit son entrée triomphale dans Huesca , après un tge de deux ans et demi. Son premier soin fut de la peu- )r de chrétiens, auxquels il donna de grands privilèges de Bchises et d'exemptions. Il fit aussi consacrer de nouveau glise, que les Arabes-Maures avaient érigée en mosquée, générosité de Don Pedro s'étendit sur les prisonniers rétiens qui avaient combattu contre lui aux champs d'Aïraz. Il les mit en liberté , et les renvoya sans rançon; comte Don Garcie de Naxera fut également compris dans to mesure.
Le roi de Gastille et Léon» veuf et sans enfant mâle, usa à se marier de nouveau. Il jeta les yeux sur Zaide e de Muhamad, roi de Séville. La renommée publiait au n les charmes et les éloges de la belle Musulmane ; Don phonse demanda sa main, sous la condition qu'elle embrassait le christianisme. Zaide y consentit, etMuhamad sousvitavec joie à cette alliance, qui pouvait lui devenir si amtageuse. Lors de son baptême, Zaïde quitta son nom pour lui d'Isabelle , qu'elle porta depuis. Elle apporta en dot isieurs places fortes, à la convenance de Don Alphonse; les que Guenca, Hueté , Occana , ainsi que d'autres terrires qui furent réunis à la Nouvelle-Gastille. Le roi de Léon rtitua à son beau-père, à titre de présent, Gintera, Santan et Lisbonne. Quelques historiens ont prétendu , à tort, e cette princesse Zaïde avait été concubine de Don phonse ; Don Pelage évèque d'Oviédo en fait alternativesnt la femme et la maîtresse du roi, appliquant ainsi les iux noms de la reine à deux personnes différentes. Gette reur a pu être causée par le privilège assez singulier l'avaient les rois, surtout en Espagne, à cette époque, avoir une femme et des concubines. De là cette distinction le font les écrivains contemporains , entre les bâtarde et les ifants naturels. Ges derniers étaient appelés à partager la iccession paternelle, parfois même le trône. Le mariage de Don Alphonse mit fin à quelques différents irvenus entre les rois de Galice et de Séville, au sujet de prise de Tolède. D'après un arrangement fait entre eux, (S deux princes étaient convenus que le Gastillan s'empa-
riniz ift !»*t:i» viiie . et qu'il aiderail ensuite Muhamad à ' iFiirierr 'jr^naii»^. Mii^ Doq Alphonse avait réussi plus -itf ri»? 10 . iTi.r pen.«ô le ri>i de Sêville : Madrid et d'autres itiiiv^s i-riieal: ^^iit prises aussi, et les réclamations du Musuioian rueat ^Ajt^ sLil Kcueillies. Maintenant tout se trouvait irj:u5^: e i-?îiiire et le beau-pére avaient adopté un aulre piiid. iuac .i -^^t permis d'être surpris, connaissant l'habile p«M.:;.riH ie D'-n Alj^honse, et sa perspicacité à prévoir les :a«'ses ie yi2. Nous avons parlé plus haut du célèbre Almori -.ie j i-i^î'-Bec-Tajifin roi de Fez et Maroc. Il ne s'airissait ie rec m^xas .|ue de l'appeler en Espagne, ou tout au moins i'^bcet-tr Je lui une armée.
Le vr/\H secret de Don Alphonse et de Muhamad élail de .;t^n«{-ierîr. .\u\ moyens de ces auxiliaires, les petites princiva.:tes de tous les valis érigés en rois dans la Péninsule, et •le se le< jvirta::er. Au roi de Léon la partie septentrionale; et riretuide, et Conloue, avec la moitié sud de l'Espagne à M îhaniviil. Don Alphonse entama les négociations; son beau- :vf:^ se reuilit lui-même en Afrique et renouvela à Juscf, O'vuaie prix de sou secours, l'abandon d'Algésiras. Jusef souscrivit volontiers à ce qu'on lui demandait. Lui aussi jv »:: ses vues, bien qu'elles ne fussent pas conformes à :e i Les des n.>is qui le sollicitaient. Il renvoya Muhamad à Sev'lie. avec promesse de l'aller rejoindre au plus tôt.
Jiiset'reuttit une flotte nombreuse, qu'il chargea de trou* •uvset. devancé par sa gloire et son renom, vint prendre vrpi' a Malaira. Les Maures espagnols, qui voyaient dans son irn^ee un zajîe assuré de paix et de prospérité inléricure, ie reçureut, lui et sou armée, avec transports de joie el j.;clamalioas. Juset* n'eut pi\s de peine à imposer à tous ces petits despotes le joug d'un humble et religieux vasselage. i,»s jîttbassaileurs. accourus à Malaga, lui dépeignirent M i^atiukl comme chr^'tien au fond du cœur, d'accord avec soîi cendre le puissiuil ol redouté Don Alphonse, pour déiruirt» eu Fsjv^gtie les Maures et leur religion. Ils demandén^ti au rvu africain . comme unique moyen d'obvier à un le! malhetir, de se dtviarer leur protecteur et de les aider de :^^aniic5 iH>ur s'emparer du royaume de Séville. Ce " "
étaitbien plus en rapport avec ceux de Jusef que celui proposé par Muhamad ; il Tadopta avec empressement ^ et s'avança vers Séville.
Jusef y fut accueilli en allié attendu avec impatience. Il devint donc également facile à Jusef de s'emparer de la capitale et de la personne de Muhamad. Craignant Don Alphonse, avec lequel il n'osait encore se mesurer, il ajourna l'exécution de son plan, qui était d'airacher autant que possible aux Maures et aux chrétiens indistinctement, de leurs possessions, et de se tenir dans une sorte de neutralité visà-vis le roi de Léon. Il se borna donc à s'emparer de Grenade, Almérie, Murcie, et quelques autres petits états dont il se déclara le souverain (*).
Don Pedro cependant ne donna pas un long repos à ses 1097 troupes; il marcha au secours du Gid, assiégé et vivement pressé par les Mahométans. Ge grand homme, avec des moyens restreints, mais secondé par la fécondité de son génie et sa traditionnelle valeur, s'était rendu maître de la ville de Valence, il y avait environ trois ans. Lui et sa faible garnison étaient en danger de succomber enfin sous tant d'attaques et tant d'ennemis. L'armée de Navarre le dégagea, d'après Luis del Marmol, et Don Pedro retourna vainqueur dans ses états.
Don Alphonse de Gastille avait aussi fait des apprêts considérables^ et s'était mis en marche pour Saragosse avec une des armées les plus brillantes qu'il eût encore mise sur pied. Les princes et seigneurs de ses états , le comte Raymond de Galice avec sa femme, l'infante Dona Urraca, les évêques de Léon, Burgos et Palencia, les abbés D'Ona, Gardena, Alanza, les comtes Don Pedro Assurez de Valladolid , Don Garcia Ordonez de Naxera, rendus à la liberté par le roi de Navarre, Don Gonzalo Nunez de Lara, Don Gomez Gonzalez qui portait la bannière royale , suivaient le fastueux roi de Gastille.
Don Alphonse s'arrêta à Aguilera, où il fit quelques avantages et donations au monastère de Saint - Dominique de
(•) Luc. Tud. - Rod.Tol. - Pélag. do Oviédo — Hist. Arab. — Marian. — Moret.— Annal. Navar.— Mayern.— Chénier.— Conde.
Silos. L'acte passé à cette occasion relate le passage de ce prince avec son armée, et sa destination pour Saragosse. Il y est pompeusement intitulé Empereur de toute TEspagne: sa signature porte seulement, empereur de Tolède. L^évéque Don Bernard, témoin et signataire, se qualifie , avec noo moins de splendeur, évéque de l'empire de Tolède f).
On ignore ce qu'il advint de cette expédition ; il est néan* moins avéré que Don Alphonse , en marche sur Saragosse, était le dix-neur mai 1097 à Aguilera. Etait-ce pour venger la défaite de ses troupes à Alcoraz? Etait-ce que la prise de Huesca le contrariait par Textension qu'en recevait la puissance de Don Pedro? Etait-ce encore pour aider son fondataire de Saragosse à réprimer cette puissance et à rétablir la sienne, en opposant son tributaire, comme un boulevard, au roi de Navarre, dont les succès lui portaient ombrage?
Alphonse n'ignorait pas que Don Pedro s'était avancé sur Valence ; il en conclut que le projet de ce prince était de poursuivre son triomphe , et de se rabattre sur Saragosse, soit en allant, soit au retour. Le Castillan resta en observation et se retira sans avoir rien opéré. Il prit tout-à-coup une autre direction et se replia du côté de la Hanche. Irrité de voir son beau-père dépouillé de ses états et prisonnier, Alphonse commençait à reconnaître sa faute et à pénétrer les desseins ambitieux du monarque africain. Jusef était alors dans le royaume de Hurcie. Dès qu'il eut avis de la marche de Don Alphonse, il se portfi à sa rencontre et l'atteignit dans la Manche, près de Lazzuja. Les troupes envoyées par Don Alphonse étaient commandées par les comtes Don Rodrigue, et Don Garcie Ordonez de Cabra. Le combat fut long-temps disputé, et les pertes grandes de part et d'autre. Indépendamment de la frayeur inspirée aux chevaux par la grande quantité des chameaux de Jusef, et le désordre qui s'en suivit, le comte Ordonez fit une faute qui entraîna la perte de la bataille. Les Castillans perdirent beaucoup demœide, en morts et prisonniers. Soit par suite de mécontentements
(•) L. del Marm.- Tumb. Neg. de Sanliag.
antériears, soit a cause de la faute commise k Lazzuja , Don Qrdoaez passa au service de Jusef.
Jaloux de rétablir rtionneur de ses armes, Don Alphonse f098 rassembla ses troupes sur les frontières de la Nouvelle-Castille , en prit le commandement et se dirigea vers Séville, dès le commencement du printemps. Le premier mouvement de Jusef avait été de s'opposer à la marche du roi, et d'aller croiser son passage. Il se rendit néanmoins aux avis prudents de Don Garcie Ordoaez^ et resta sur la défensive. Une défaite, dans Tétat présent des choses , aurait pu nuire aux Castillans ; mais une défaite essuyée par les Musulmans» aurait totalement ruiné leurs affaires, leurs espérances en Espagne, et compromis leur avenir.
Ben-Taxfin , dont les forces étaient insuffisantes pour lutter, resta en observation ; il résolut même de retourner eQ Afrique, faire de nouvelles levées. Pendant ce temps Don Alphonse, jugeant qu'il ne pourrait attirer Tennemi au cornbat, se replia sur la riche Andalousie, après avoir ravagé les environs de Séville, et rentra dans ses états par le Portugal, chargé de butin et suivi d'une foule de captifs.
Aussitôt la retraite de Don Alphonse , Jusef s'occupa de fortifier ses places, afin de pouvoir plus facilement ensuite s'élancer à de nouvelles conquêtes. Il bannit d'Andalousie le christianisme avec les chrétiens qui s'y étaient maintenus oa établis du temps de Muhamad. Ils furent tous embarqués pour 1^ Afrique, où les attendaitl'esclavagc.et Jusef retourna à Maroc.
Il s'y occupa activement de la formation d'une armée destinée à ét^lir sa puissance dans la Péninsule, sur les ruines du superbe Alphonse dont le pouvoir et la renommée lui semblaient une insulte à sa gloire, et sur les débris des petits souverains dont il avait déjà dédaigneusement écrasé une partie en passant. L'ascendant du génie fortement trempé de Jusef imprima bientôt a l'empire des Almoravides un irrésistible mouvement de force et d'unité. L'esprit belliqueux des Arabes, des Berbères, se réveilla fanatique, exalté, comme aux jours du prophète, ou du grand Almanzor. Des cris una« lûmes s'élevèrent de toute part , qui demandaient la guerre
sacrée. L'Al-Gibedh fut clamé avec grand appareil dans les mosquées; et les Muezzins appelèrent les croyants sous les étendards du calife d'occident. Mais Jusef ne savait pas encore les adversaires que les chrétiens avaient à lui opposer. C'était Pierre de Navarre, c'était le Cid Campéador, rivaux dignes de la fougue, de la valeur et du talent de Ben-Taxfin. Le roi de Maroc s'empressa d'envoyer en Espagne ses premières levées sous les ordres de son habile et fidèle lieutenant, Al-Mohait-IIiaya.
Le roi de Navarre , arrêté par les préparatifs de Don Alphonse qu'il soupçonnait devoir venir au secours de Saragosse, remit à un moment plus opportun l'exécution de ses projets sur cette grande et opulente cité. Il porta la guerre vers la frontière de la Catalogne. Barbastro , place forte située sur la Cinca, avait été prise par le roi Don Sanche, mort à Huesca, et reprise ensuite par les Musulmans. ' Don Pedro résolut de la leur enlever de nouveau, et de commencer par la serrer de loin. Il se décida, en conséquence, à couper ses communications avec Fraga et Lérida, par où les Maures la ravitaillaient. Le point intermédiaire entre ces localités, celui qui servait comme d'anneau principal à cette chaîne , était Calasanz , sur le territoire de Ribagorza, non loin de Monzon. Cette dernière ville, conquise également par Don Sanche et conservée par les chrétiens, se trouvait maintenant isolée, par suite de la perte de Barbastro, et resserrée entre cette ville et Calasanz. Ce fut donc sur Calasanz que le roi dirigea ses efforts. Cette forteresse était défendue par de bons ouvrages , une garnison formidable, d'autant plus nombreuse et aguerrie que celle de Huesca s'y était enfermée. Ces hommes courageux n'avaient échappé à un siège que pour en aller affronter un autre. Ce fut eux lussi qui opposèrent la plus opiniâtre résistance , et firent traîner le siège tellement en longueur, que le roi employa tout le printemps à cette expédition. Mais a la fin, la force et la quantité de machines, l'habileté des chefs, l'intrépidité des soldats , triomphèrent de tous les obstacles. Le vingt-cinq août. Don Pedro entra vainqueur dans Galasaoï. 1099 Au printemps suivant le roi se porta sur Barbastro , dont
la prise de Calasanz avait dégagé les approches. Giaffar, ayant appris la perte de Huesca, s'était jeté dans Barbastro avec l'élite de ses troupes. La place , heureusement assise, munie de vivres, bien fortifiée, était abondamment garnie de gens expérimentés et déterminés. Aussi le siège en fut - il plus ardu et plus long que ne l'avait d'abord imaginé Don Pedro. L'année entière y avait été employée, et l'hiver vint surprendre l'armée navarraise, campée encore sous les murs de Barbastro. Don Pedro persista à continuer ses opérations; mais il fut obligé de modifier son plan. Les troupes prirent leurs quartiers d'hiver dans les forts de Calasanz, Monzon et Alquezar, autour de la place assiégée. Trava, vieux château ruiné sis tout prés de la ville ennemie, fut relevé. Les nombreuses garnisons en quartier d'hiver devaient battre sans cesse la campagne avoisinante et empêcher, dans Barbastro, l'introduction d'aucun ravitaillement en vivres et en soldats. Al-Mohait-Hiaya, fidèle exécuteur des ordres de son maître^ reprit la campagne dès le commencement de l'année , avec les troupes venues d'Afrique, et celles réunies à Séville. Il se porta en hâte sur Séville, et parvint sous les murs de la ville, avant que le roi de Gastille eût pu rassembler ses forces. Ne voulant pas attendre l'arrivée de Don Alphonse, Al-Mohait multiplia les attaques , les escalades , les assauts. * Mais il trouva une résistance tellement énergique, essuya des pertes telles, que lorsque l'armée castillane s'approcha, l'Africain fut obligé d'abandonner son entreprise. Il se contenta de s'emparer de Gonsuegra , place frontière dans laquelle il laissa garnison.
Cette année vit mourir Dona Elvira, sœur du roi de Léon. Une perte plus sensible pour la chrétienté fut celle de l'héroïque comte Rodrigue Dias de Bivar, le Gid Gampéador. Ce grand homme de guerre , qui avait passé toute sa vie sous les armes, avait conservé pendant cinq années, en dépit des efforts et de la supériorité disproportionnée des Musulmans, la ville de Valence, enlevée sur les Maures. Le commandement de cette ville resta, après la mort du Cid, à Dona Ximena sa veuve, et à Don Alvar Fanez. L'année sui-
vante Dona Urraca, dernière sœur de Don Alphonse, fut rejoindre Doua Elvira dans la tombe de leurs aïeux. IIQQ Aussitôt que la saison le lui permit. Don Pedro revint, avec un renfort, devant Barbastro. Les troupes laissées en quartier d'hiver avaient opéré avec tant de vigilance , que rien n'avait pu pénétrer dans la place ; la famine commençait à se. faire sentir. La ville tint cependant encore une partie de cette année, malgré le blocus qui, de jour en jour, devenait plus étroit. Enfin, au mois de septembre Barbastro 80 rendit, et Don Pedro Toccupa.
La dévotion et le goût des armes , dégénérés en fiévreux entraînement, avaient commencé, vers la fin du onzième siècle, à tourmenter toutes les contrées de TEurope. Les princes chrétiens furent poussés a entreprendre la conquête des saints lieux, à combattre le croissant , à aller dépenser sur la terre d'Asie un courage bouillant qui les débordait, en môme temps qu'il inquiétait les souverains. Ils ne voyaient pas« ces preux chevaliers de la croix, la politique habile, il est vrai , mais perfide , mais machiavélique , qui faisait jouer le ressort puissant de la religion, et précipitait sur les lances ismaôlites les guerriers dont elle cherchait à se débarrasser. L'anéantissement de l'islamisme, la conquête du saint HÔpulcre, les indulgences attachées par les papes à cette (luorre, dont la religion était le prétexte et le moteur ; rien n'avait été négligé pour allumer chez une noblesse chevalert^sipio ot belliqueuse, un irrésistible désir, une sorte de liusoin impérieux, et surtout un puissant point d'honneur d'allor mourir en Palestine comme aussi pour l'aveugler Hur 808 propres et véritables intérêts. Cette question profoinlo, qui s'éloigne de notre sujet, demande un développemont que nous ne ))ouvons lui donner ici.
(IVsl dans l'année onze cent que Godefroi de Bouillon, à lit tôto dos croisés, s'empara de Jérusalem. Le retentissenuuil 4I0 ootto conquête faite sur les infidèles, résonna dans toulo rEspagno. Les seigneurs et chevaliers de la Péninsule, ouhlitmx 4I0 rextrémité de leur patrie , du besoin absolu qn'ollo avait do leurs bras; emportés, eux aussi, par le ve^ liff«»qu4 troublait tout le continent; jaloux d'obtenir leur
part des indulgences promises aux soldats de la croix ; se portèrent en foule à Rome poser leur épée aux pieds du pape, et recevoir de lui le signe de croisé, et la bénédiction du pèlerin.
Don Alphonse , plus sage , voyait ses états menacés d'un envahissement complet, et les Musulmans maîtres de toute l'Espagne, si cette émigration continuait, Il trouvait, sans sortir de sa patrie, les combats, les dangers de la croisade, et la faisait active. Il s'adressa en conséquence au pape Pascal II, lui exposa ces considérations, et le pria d'employer son autorité pour empêcher les Péninsulaires d'aller porter au loin un sang et des armes que leur pays réclamait avec plus de droits que TAsie. Le pape écouta les raisons de Don Alphonse, blâma les seigneurs espagnols de leur zèle aveugle, et les renvoya chez eux soutenir, contre les infidèles, leurs foyers et leurs intérêts. Ce fut aussi cette même année que les Maures, informés de la mort de leur implacable ennemi, le Gid, crurent pouvoir arracher aux chrétiens la ville de Valence , dont le plus ferme rempart venait de tomber. Ils dirigèrent en effet toutes leurs forces sur ce point. Don Alphonse, pendant la vie du héros , s'était toujours montré sévère pour lui, parfois injuste, quoiqu'il lui eût envoyé de temps à autre quelques renforts. Reconnaissant cependant que la valeur, et même l'inquiétude naturelle de ce guerrier, avaient été utiles et glorieuses à sa couronne , Don Alphonse voulut rendre à la mémoire de Rodrigue l'hommage qu'il lui devait. Il détacha un corps de troupes considérable a la rencontre des infidèles, pour leur couper le chemin. Le comte Henry de Besançon et de Portugal, qui le commandait, rencontra les Maures près de Malagon, et fut défait dans la sanglante bataille qui s'y livra. L'armée musulmane porta immédiatement le siège devant Valence. Don Alvar Fanez et Dona Ximena, qui semblait avoir hérité de la valeur comme de la gloire de son époux, se défendirent avec tant de vigueur et d'habileté , que les Maures, après avoir perdu beaucoup de monde devant cette place , furent contraints de l'abandonner; ils battirent en retraite. Don Alphonse , délivré de cette inquiétude t
s'occupa alors de réparer et d'augmenter les fortificatioDs de Tolède (*).
iiot Le roi de Navarre, embarrassé dans des procès entre prélats et moines, au sujet de redevances et prébendes, s'occupait néanmoins activement, à Huesca, d'une grande réunion de matériel de guerre et de troupes pour attaquer Saragosse. Le pape Pascal , désirant donner à cette guerre un caractère sacré, comme son prédécesseur l'avait fait pour celle de Palestine, engagea Don Pedro a proclamer la croisade dans tous ses états. A l'instar de la croisade d'Orient fomentée par Urbain, Pascal voulait celle d'Occident. Depuis quatre siècles la guerre du nord de la Péninsule et des provinces basques d'Espagne et de France était une croisade vive, sanglante, poursuivie avec constance et chaleur. Mais elle n'avait encore été ni publiée ni prècbée ; aucune faveur religieuse, aucune indulgence spéciale n'y avait été attachée; elle était réduite à l'état de gueiTO pure et simple. Maintenant, l'Al-Gibedh chrétien étant proclamé du haut de la chaire évangélique, cet appareil, les brûlantes prédications, l'attrait de la nouveauté, l'émulation des récompenses célestes , les succès récents de Huesca, Galasanz et Barbastro ; tout concourut à enflammer les courages ,. exalter les imaginations, et enrôler la foule, non plus sous les étendards de la patrie, mais sous la bannière de la croisade. Les mots avaient changé; le but restait le même.
Jubilain archevêque d'Arles, assisté d'un légat du pape, fut envoyé en Espagne à ce sujet. Le roi Don Pedro arbora la croix blanche sur l'épaule droite ; la plus grande partie de ses sujets, nombre d'étrangers, vinrent se joindre à lui; son armée devint un peuple. IL la dirigea sur Saragosse, passant par Gastelar, et mit le siège devant la. capitale d'AI- Hostain-Bilah. 11 n'est parlé nulle part du résultat de celle pointe entreprise avec tant d'ardeur. Toujours est-il bien constaté par les archives de Sainte-Marie de Pampelune et j
n Zurit.— Rod. Toi.— Rod. Sanc— Pelag. de 0?iéd. — Ann. Complut- — Tumb. nég. de Santiag.—Marian.— Ferrer.— Hist. Arab.— Chén.— Conde. — Mayern. Turq.
le grand livre du chapitre d'Iraché, que cette expéditon eut lieu. Il paraîtrait , d'après ces documents, que les Maures» levés en masse, avaient appelé à leur secours les chrétiens de Castille. Epouvantés déjà par la grandeur des pertes récemment éprouvées, ils tremblaient de voir tomber encore Saragosse, dont la chute aurait été d'une conséquence bien plus grave que tous les revers passés. Don Pedro, séparé par î'Ëbre des places et châteaux qui auraient pu protéger sa retraite en cas de malheur, préféra la sûreté de son royaume, et sacrifia une vaine gloriole à l'orgueil d'avoir affronté une tempête aussi menaçante. Le siège de Saragosse fut levé et l'armée rentra en Aragon. La prise de Saragosse était un honneur réservé au frère et successeur du roi actuel.
Le roi Don Alphonse envoya à Valence, que les Arabes- H02 Maures étaient venus attaquer de nouveau, un secours qui préserva la ville. Mais la distance de Valence à la Castille, les frais considérables que nécessitait la défense de cette place, la division obligée des forces du royaume pour la soutenir, et la perspective de la voir tôt ou tard fléchir sous des attaques toujours réitérées, déterminèrent son abandon. Don Alphonse envoya l'ordre de l'évacuer, et les infidèles y rentrèrent. Le roi aurait dû, sinon la détruire, du moins la démanteler.
Dona Isabelle ou Zaide, la fille du roi de Séville, mourut nos l'année d'après; elle laissait un fils, nommé Don Sanche. Le roi songea, malgré cela, à contracter de nouveaux nœuds; l'archevêque de Tolède Bernard ; à ce que nous apprend Ferreras, fut chargé de négocier son mariage avec Béatrix, de la maison d'Esté. Le comte Raymond de Bourgogne et de Galice, gendre du roi, ne vit pas cette nouvelle union avec plaisir.
Cette même année porta le deuil dans ta royale famille de Navarre. Don Pedro qui, depuis sa dernière campagne, se reposait de la guerre en introduisant les arts et Tordre dans tous ses états héréditaires et conquis, jouissait de la prospérité de ses sujets. Son paisible bonheur fut cruellement troublé par un de ces coups inattendus qui terrassent l'âme la plus fortement trempée. Ses deux enfants^ Don Pedro et
Dona Isabelle, tombèrent malades et mourureot, dit Zurîla, le même jour. Quoi qu'il en soit, le mois de décembre 1103 les emporta tous deux dans un âge encore tendre. Cette
1104 perte altéra la santé du roi, qui se voyait ainsi frustré de lignée directe. Il languit jusqu'au vingt- huit de septembre 1104, jour de sa mort. Il avait régné dix ans et quatre mois; Téglise de Saint-Jean de la Pena reçut sa dépouille mortelle. Nul prince ne fit autant et d'aussi grandes choses que Don Pedro Sanchez, 'en aussi peu de temps. Sa bravoure était chevaleresque, son caractère grande généreux et bon, sa piété profonde ; il fut vivement regretté.
Les états de Navarre élurent pour successeur de Don Pedro, son frère l'infant Don Alphonse, surnommé plus tard le Batailleur. Ce prince avait constamment suivi le fameux Cid dans toutes ses guerres, excepté pendant les campagnes dans lesquelles il était venu prêter à son frère le secours de son épée. Après la mort de Don Rodrigue, Alphonse s'était attaché aux destinées de sa veuve Dona Ximena. Il Taida dans la dérense de Valence, et ne la quitta que lorsque cette femme-héros abandonna la ville par ordre de son roi.
A cette époque l'infant de Navarre était venu s'établir à Urroz^ où il vivait presque en simple particulier. Jamais, disent les historiens et chroniqueurs du temps, la couronne n'avait été décernée à chevalier plus brave et plus accompli qu'Alphonse de Navarre. Il avait été proclamé avec enthousiasme ; on le vit avec espoir saisir le gouvernement, et les
nos P^upl^s d^ ^^^ obéissance se sentirent plus forts. Don Alphonse Sanchez, roi de Pampelune et d'Aragon consacra la première année de son avènement aux soins intérieurs du royaume. Il revit les lois, assura l'ordre, parcourut ses frontières, visita ses places fortes, et fit le recensement de ses troupes, pour se mettre en état de contre-balancer le pouvoir des princes maures ses riverains.
Don Alphonse de Cas tille ayant envoyé une armée sous les ordres de Don Guttierez Suerez, vers les frontières de la Vieillo-Gaslille , ce général s'empara de Médina Céli, et Toccupa par une garnison. La perte de cette place fut sensi-
ble aux Musulmans; une de leurs armées fut lancée sur le royaume de Léon, pour le ravager. Guttierez, guerrier expérimenté, voulut s^opposer à son passage ; il fut battu complètement^ et toute son armée faite prisonnière ou massacrée.
Pendant que ces événements se passaient non loin de ses 1106 frontières, le roi de Navarre était à Huesca. Il advint qu'un célèbre rabbin, qui jouissait d'une grande réputation et influence parmi les juifs, se convertit à la foi catholique ; il portait parmi ses coreligionnaires le nom de Moïse. Le roi, désireux de donner de l'éclat et du retentissement à cette conversion, voulut servir de parrain à Moïse, qui fut baptisé par l'évèque de San-Estevan. Gomme cette cérémonie eut lieu le jour de Saint-Pierre, le rabbin reçut le nom de t'apôtre, auquel le roi ajouta le sien, et le néophyte fut appelé Pierre-Alphonse.
Au premier de mars la fille du roi de Gastille, Doâa [Jrraca femme de Raymond de Bourgogne comte de Portu- ^1, mit au monde un fils, qui fut nommé Alphonse, comme son aïeul. Les chroniques prétendent que quelques jours avant la naissance de cet enfant, une étoile lumineuse se montra au ciel, et demeura trente jours, brillante du même éclat. G'était, disent toujours les chroniqueurs prophètes après coup , le signe précurseur de la fortune et de la splendeur qui devaient s'attacher à la vie et au règne du prince naissant. Le comte Don Garcie de Naxera reçut de Don Alphonse VI l'ordre de repeupler Garray, qui s'élève aux rives du Duero, près des ruines de l'antique Numance. Cette ville avait été désertée à la suite des guerres du règne de Sanche le Grand (*).
Jusef avait mûri ses projets et arrêté ses plans pendant ii07 qu'il ramassait, en Afrique, des soldats fanatisés pour la croisade contre les chrétiens. Il avait réuni une grande quantité de vaisseaux ; le pavillon musulman aborda de nouveau sur les côtes de l'Andalousie. Ben-Taxfin^ méditait l'entière
{•) Hist. Arab. - Luc. Tud.— Rod. Toi.— Mayern. - Zuril.— Marian.— Chéo.— Moret.— Garib.
conquête de l'Espagne ; aussi trainait-il à sa suite Farmée la plus nombreuse qui jamais encore fut venue fouler le sol de ribérie. Il lui adjoignit les forces laissées par lui, lors de son départ, sous le commandement d'AI-Mohait-Yaha, et forma de cette multitude trois corps. Deux devaient opérer conjointement sur le royaume de Léon ; le troisième était destiné à soumettre les divers priucipicules mahométans. Alphonse de Castille, informé de ce retour et des projets de iuset, réunit aussi promptement que la conjoncture le lui permettait, tout ce que ses états purent lui fournir de guerriers. Une convocation générale, une levée en masse fut faite pour opposer croisade à croisade. Déjà trop vieux et trop brisé par les travaux de la guerre pour se charger de conduire la campagne, le roi de Gastille manda son gendre. Don Raymond. Ce seigneur, alors en Galice, tomba malade en chemin ; atteint d'une fièvre violente, il mourut au bout de peu de jours, laissant une fille Doha Sancha, et un fils, Don Alphonse Raymond, nommé comte de Galice par le roi. 1108 Les préparatifs de part et d'autre demandèrent du temps-. Les comtes des deux royaumes accoururent tous vers le printemps, avec les troupes qu'ils avaient levées. Le roi jugeait que les premiers efforts de l'Africain se porteraient sur Tolède ; il s'y transporta avec les seigneui*s et la noblesse. Don Alphonse envoya a l'armée, et pour y faire ses premières armes, son fils Don Sanche, sous la conduite du comte Don Garcie de Cabra, son gouverneur. L'infant n'avait encore que onze ans. C'était bien jeune pour figurer dans une guerre d'extermination; mais Don Alphonse était déjà d'un âge avancé, la guerre et les fatigues l'avaient vieilli plus encore que les années ; le jeune Sanche était son unique héritier, son seul successeur à la couronne. Dans ce siècle guerrier les princes devaient de bonne heure se montrer aux armées, insouciants du danger et nés pour les armes ; ils devaient établir, l'épée à la main, leurs droits à la prétention de régner, montrer un bras capable de défendre leurs peuples et de tenir avec fermeté les rênes du gouvernement. D'ailleurs le roi pensait que la présence de son fils unique imprimerait aux soldats une nouvelle ardeur.
527 — L^armée chrétienne trouva les Musulmans campés autour du château-fort d'Uclez, dont ils étaient maîtres. Le vingtneuf mai, dès le matin, la bataille fut présentée aux Africains ; elle s'engagea presque aussitôt avec une égale fureur des deux côtés. Le combat fut aussi long que sanglant et disputé. A la fin, une réserve d'Almoravides, cavaliers d'élite, tourna les chrétiens, les attaqua en flanc avec tant de fougue et d'audace, qu'elle pénétra jusqu'à l'endroit où combattait le général en chef. Le jeune Don Sanche, dont la main enfantine ne pouvait encore supporter le poids d'une épée, parcourait les rangs avec une intrépidité au-dessus de aon âge, excitait les siens de la voix, et se montrait où la mêlée était la plus épaisse. Son cheval, tué sous lui, tomba et l'entraîna dans sa chute.
Les Almoravides s'élancèrent en masse sur l'infant ; ils voulaient s'en emparer. L'intrépide Don Garcie de Cabra s'était jeté à bas de son cheval, pour défendre son royal pupille. Il le prit, le pressa entre son corps et son bouclier, dont il le couvrit, et combattit comme un géant. Grièvement blessé à une jambe, il tomba à genoux, et dans cette position défendait encore le précieux dépôt confié à sa garde^ Tunique fils de son roi. Tailladé par le fer arabe, ruisselant de sang« mourant, il fut obligé de suspendre des coups qu'il ne pouvait plus diriger. Don Garcie tomba enfin, et fidèle jusqu'après sa mort, il se jeta sur son pupille pour l'abriter encore de son impuissant cadavre. Le sauvage Africain mit en pièces le héros dévoué, et le malheureux infant. Sept comtes de Gastille, et l'élite de la noblesse, accourus pour faire un rempart de leurs poitrines au fils de leur roi, avaient perdu la vie.
Les chrétiens épouvantés prirent la fuite. Sur ce terrain uni et découvert, une nuée de cavalerie africaine les poursuivit et en fit un affreux carnage. Vingt mille chrétiens restèrent sur le champ de bataille ; le reste , pour échapper à l'ardente poursuite des infidèles , s'enfonça dans les montagnes les plus voisines. Les Maures, las de carnage, rentrèrent triomphants à Uclez. Jamais, depuis la prise et le sac
de Léon» les troupes chrétiennes n'avaient éprouvé un pareil désastre.
Les Musulmans payèrent cette victoire par bien des pertes et bien du sang. Le roi, à la nouvelle de la mort de son fils si jeune encore et dernier espqir de sa vieillesse» apprenant en outre le sort d'une partie de sa noblesse, éprouva un sombre et cuisant chagrin, qui ne le quitta qu'avec la vie. Sa fille DonaUrraca, veuve du comte Raymond de Bourgogne, femme d'une haute énergie, s'adjoignit Don Diego Gelmirez évêque de Saint-Jacques de Compostelle, et toutes les forces de la Galice furent bientôt convoquées et réunies par leurs soins. Ils s'avancèrent à grandes journées vers les débris de l'armée des comtes, et marchèrent aux infidèles. Ceux-ci, affaiblis par leur victoire même, ne se jugèrent plus en élat de faire face aux troupes qui semblaient se relever du champ de mort pour venir audaciiBusement leur demander une sanglante revanche; ils se retirèrent sans vouloir combattre. Une garnison fut jetée alors dans Tolède, et les forces amenées par la princesse et le prélat furent destinées à couvrir cette nouvelle capitale du royaume de Castille et Léon 0.
L'archevêque de Vienne en Dauphiné ayant appris la mort du comte Raymond son frère, passa en Espagne pour voir son neveu. Don Alphonse YI profita de cette circonstance pour faire venir son petit-fils à Léon, où se tenait la cour. Tous les nobles de Galice y furent mandés, et prêtèrent serment au jeune prince comme à leur comte et souverain* Malgré l'opposition et les efforts des grands du royaume, le roi maria sa fille Dona Urraca, veuve du comte Raymond; â Don Alphonse I" de Navarre. Il connaissait la valeur et la loyauté de ce monarque, sa haine contre les Musulmans, et ne croyait pas pouvoir donner à ses états un meilleur protecteur, un plus digne allié. En un mot, l'éclat de la réputation d'Alphonse de Navarre fut le motif déterminant d'Alphoiise
f) Ferrer.— Rod. Tol.-Rod. Sanc.-Alph. de Carthagèû.-^Luc. Tud.- Moret.— Chron. var. anL— Pelag. de Oyiéd.— Jlarian.
de Léon. Ce dernier envoya sur les frontières de Castille al de tous ses étals, les comtes du royaume, avec les nombreuses levées faites récemment. Il forma ainsi un cordon réparti de manière à pouvoir se concentrer avec promptitude et facilité en cas d'attaque des Mahométans.
Le vali des Almoravides a Valence, Muhamad-Ben-Alhag» était entré en Catalogne après la désastreuse journée d'Uclez» et avait ravagé les environs de Taragone et Barcelone. Traînant à sa suite une foule d'esclaves^ pliant sous le butin^ il se retirait sans avoir trouvé d'ennemis à combattre. Don Raymond comte de Barcelone, pris au dépourvu, n'avait pu rassembler encore assez de troupes pour s'opposer au torrent. Louis YI de France, avait reçu une demande en secours d'Alphonse de Navarre. Les Catalans avaient étA s'embusquer dans les gorges et déGlés que devaient travers ser les Musulmans. Quand Ben - Alhag y fut engagé» les Catalans fondirent impétueusement sur lui. Aidés par la localité boisée et coupée de rochers, ils le défirent, tuèrent une partie de ses troupes, et Ben- Alhag resta parmi les morts. Muhamad-Ben-Aixa, Maure de distincti<m qui était avec lui, ne dut la vie qu'à la vitesse et la bonté de son cheval. Esclaves et butin furent repris. A la nouvelle de cette défaite, le vali de Murcie se mit en route ; le comte de Barcelone, avec les renforts qu'il avait reçus, fut à sa ren* contre, et après plusieurs escarmouches et combats meur* triers le contraignit de retourner sur ses pas.
Don Alphonse YI ayant maintenu ses étals paisibles an* dedans et respectés au-dehors, sans aucune nouvelle attaque depuis Uclez, sentit approcher sa fin, après avoir langai pendant plus d'un an. Il convoqua tous les comtes et grands de l'état, précédemment envoyés aux frontières, il leur déclara son intention que son petit - fils Alphonse Raymond possédât la Galice^ qu'il succédât à sa mère dans les royaumes de Castille et Léon, dans la supposition qu'elle ne laisserait pas d'enfants de son second mariage ; dans tous les cas, Dona Urraca devait conserver pendant sa vie le gouvernement de ces deux derniers étals. Don Alphonse sixième dft nom, roi vraiment grand, honoré du surnom de Brave,
mourut le trente juin 1109 àTâge de soixante et dix ans. Son premier avènement au trône de Castille datait de quarante-trois ans et demi ; il y en avait trente-six et huit mois de sa restauration et de la réunion des trois couronnes sur sa tête. Sa veuve, la reine Béatrix, retourna en Italie. Le roi fut enterré au monastère de Sahagun, ainsi qu'il en avait exprimé la volonté.
Enfermé dans ce couvent par son frère Sanche de Navarre, nous l'y avons vu forcé de prendre Thabit monastique. Echappé de cette prison, ressaisi du pouvoir et de ses tourmentes, il avait voulu reposer, du moins après sa mort, dans ce paisible asile.
Comme les Arabes avaient introduit le merveilleux dans les récits et les événements , on prétendit qu'un avertissement du ciel avait précédé la mort d'Alphonse le Brave. Une étoile brillante avait annoncé la naissance et Thoroscope de l'infant Don Alphonse-Raymond ; la fin prochaine du roi le fut par les pierres de l'autel principal de Saint-Isidore, qui se convertirent en fontaines. De l'eau en coula ; non pas de leurs joints, mais bien du cœur des moellons , disent Don Pedro évèque de Léon , et Don Pelage d'Oviédo , qui rapportent ces faits : ainsi^ ajoutent-ils^ les pierres elles-mêmes pleurèrent la perte du grand roi, soutien constant de la chrétienté. Alphonse P' de Navarre maître^ du chef de sa femme, des royaumes de Castille et Léon , entra en Castille , à la tête d'une armée de NavaiTais. Les états du royaume lui représentèrent que ce déploiement de forces était inutile, sinon offensant, et que personne ne prétendait contester les droits de la reine Urraca. Le roi congédia ses troupes , s'en remit à la loyauté de ses nouveaux sujets , et tout se passa sans trouble.
Les Maures, enhardis par la mort de Don Alphonse de Castille, dont ils redoutaient toujours le courage et le génie malgré leur victoire d'Uclez, reprirent les armes. Ils savaient aussi que les comtes chargés du commandement du cordon, avaient été mandés par le roi mourant , et qu'ils étaient à Léon. Les Musulmans attaquèrent alors et prirent Médina* Céli, qui fut reprise peu après. Us jetèrent l'épouvante dans
Tolède, dont ils formèrent le siège, après s'être emparés des divers territoires provenant de la dot de Zaïde. Les Tolédains résistaient depuis huit jours. Effrayés du nombre des assiégeants et du sort qui les attendait s'ils persistaient à se défendre, ils parlèrent de capituler. Bernard, archevêque de la ville et Français de naissance, contint les habitants par ses chaleureuses allocutions. H interdit la sortie de Tolède, flt fermer les portes, jura de défondre la place ou de s'ensevelir sous les ruines, plutôt que de la laisser tomber au pouvoir des Musulmans.
Un homme, un caractère énergique, un mot dit à propos, suffisent parfois pour imposer à la multitude et rendre le courage à des hommes effrayés. Ainsi en fut-il à Tolède. La résistance s'organisa, ferme et animée ; les comtes revinrent aux frontières ; un mouvement eut lieu dans les troupes ; et les Arabes, perdant confiance à leur tour, renoncèrent à ce projet. Ils se retirèrent au bout d'un mois de siège , mais non sans avoir ravagé les environs de Tolède, brûlé les campagnes, rasé lés forteresses, et misérablement égorgé les populations. Dans leur retraite ils dévastèrent tout jusqu'à Madrid et Guadalaxara; puis revenant sur leurs pas, furent ruiner Talavera.
Cette année, le fléau- de la chrétienté, Jusef-Ben-Taxfin mo mourut. Il avait le projet de retourner en Afrique pour queU ques actes gouvernementaux. Parti de Cordoue et se dirigeant sur Algésiras, il tomba malade, pour la première fois de sa vie, en passant à Lucena. Peu de jours après cet ardent et vaste génie s'était éteint dans les glaces du tombeau- Jusef-Ben-Taxfin arriva à ce terme des grandeurs comme des misères humaines, sans souffrance , et comme l'on cède au sommeil. Il avait quatre-vingt-dix-sept ans. Son fils Ali-Ben-Jusef succéda aux couronnes de Fez et Maroc, comme à la haine de son père pour les chrétiens. Ce prince avait vingt • trois ans , un corps vigoureux , une belle et noble figyre, de grands talents militaires, une brillante îaleur.
Les chartes de San-Millan nous montrent Don Alphonse de Navarre marchant sur Saragosse en HIO; et Dona
Urraca , la reine sa femme, réunissant une autre armée ù Naxera et allant rejoindre son noble époux. Ce qui constate cette courte campagne , est un acte de la reine par lequel elle remet aux habitants de Yillagonzalo et Cordovin, quelques redevances dont ils étaient chargés. Il y est dit expressément : « La reine, passant par Naxera à la iéte de « son armée^ vers le milieu d'août, et se rendant à Saragosse^ « 6t cette remise; tous les seigneurs assemblés à Naxera « signèrent avec elle, et confirmèrent cet acte. »
11 appert des archives de Monte-Aragon que le roi s'empara, dans cette expédition , de Tauste et Egca. Son intention était de dégager ses fronlières et de les reculer ensuite jusqu'à TEbre. Le roi de Saragosse passa le fleuve pour s'opposer à l'exécution de ce dessein ; Don Alphonse vint à sa rencontre. Un sanglant engagement eut lieu le vingtquatre mars, près Yaltierra. Le roi de Saragosse fut tué, et son armée mise en déroute. Gomme les Almoravides avançaient nombreux , le roi, avec ses Navarrais et Aragonais, retourna sur les places enlevées , et se les assura par des garnisons. 11 rentra ensuite dans ses états.
La confirmation de ces événements se voit encore aujourd'hui dans les archives de Monte-Aragon, qui les relatent et terminent par ces mots : « Faite cette lettre l'an 4148 de
• l'ère, année dans laquelle mourut au combat de Yaltierra
• le roi de Saragosse, tué par les troupes d'Aragon et de « Pampelune, le neuvième jour avant les Kalendes d'avril. « Régnant N. S. J. G., et par sa faveur Don Alphonse, parla « grâce de Dieu empereur de Léon et roi de toute l'Espagne, « mon mari. > Or Ton sait que l'ère espagnole est de trentehuit ans en avant de l'ère chrétienne. Gette pièce confirme celle d'Yraché.
Rien ne nous indique ce que devint l'armée commandée par la reine ; il est probable qu'elle se contenta de l'envoyer au roi. Au surplus le caractère de la reine ne se serait démenti quand même elle l'aurait conduite en personne à l'ennemi. Gette femme hautaine et fière, d'un naturel b opiniâtre et dur, ferme, énergique, exigeante, impérieuse, était tourmentée par la soif de la domination. Dooa U raca
oyer i pasi
ne à p:
atait exercé ce penchant sur son premier mari le comte Raymond, dont Thumeur complaisante et docile pliait sous la volonté de fer de la princesse, et fortifiait en elle cette fâcheuse inclination.
La mort de Tinfant Don Sanche de Castille, son frère, avait ouvert devant Dona Urraca la plus brillante perspective, le plus éblouissant avenir : trois couronnes, dont deux posées sur son front, et l'autre sur celui de son fils. Son orgueil s'en accrut, et Tambitiou du roi de Navarre et Aragon voulut aussi joindre à son double diadème les sceptres de Léon et Castille. Le même appât séduisait la royale veuve. Elle avait agréé Alphonse, le mariage s'était fait. L'attrait du pouvoir fascinait également les deux époux; la reine se flattait de gouverner son mari en même temps que ses états, et Don Alphonse prétendait administrer en maître, soit comme époux, soit comme souverain. Ce conflit d'ambition, cet état permanent de guerre domestique, amenèrent de funestes discordes. Don Alphonse n'était pas de caractère à s'efiacer devant les prétentions d'une femme ; il fit sentir amèrement à Dona Urraca ce qu'elle devait à sa dignité d'homme et de roi. La reine s'aigrit de plus en plus; une rupture était imminente et inévitable. Les anciennes chroniques et plusieurs auteurs dignes de foi ajoutent qu'à tant de causes de désunion s'en joignit une autre plus décisive encore.
L'attachement de la reine pour le comte Don Gomez, n'était plus un mystère pour personne; le roi lui-même en recevait des plaintes continuelles. Le vieux comte de Garrion Don Pedro Assurez, ancien compagnon d'exil du roi de Castille, père de DoAa Urraca, fil à cette princesse quelques respectueuses observations sur sa conduite et les bruits qui couraient. Ce seigneur avait été chargé de l'éducation de la reine dans son enfance, et croyait pouvoir, à ce titre, hasar* der quelques remontrances. Dona Urraca, irritée de ce qa'elle traitait d'insolence et d'audacç, récompensa le zèle du fidèle serviteur en le dépouillant de ses titres, de ses biens et honneurs dont le feu roi de Castille, Alphonse, l'avait gratiné dans ses états.
Le roi de Navarre répara cette injustice criaDte, cet empiétement sur son autorité, en rendant au vieux comte tout ce que la colère de Dona Urraca et sa fierté blessée, lui avaient enlevé. 11 y ajouta même diverses donations en Navarre. La mésintelligence entre les deux époux s'envenima au point que la reine, qui avait sans ménagement éclaté en plaintes peu mesurées et sanglants reproches, en menaces même, fut enlevée par ordre de Don Alphonse, et enfermée au château de Castelar. Les seigneurs castillans, offensés dans leur oi^ueil par la captivité de leur reine légitime, trouvèrent moyen de briser ses fers. Ils remmenèrent en Castille. Doua Urraca s'apercevant que toute sa fierté échouerail contre la fermeté du roi son époux, songea à se débarrasser des liens qui l'unissaient a lui. Elle prétexta des scrupules sur sa parenté avec Don Alphonse, et demanda la cassation du mariage f).
Pendant ce temps la Galice était en effervescence. Deux frères. Don Ariaz Ferez et Don Pedro Âriaz, hommes remuants, turbulents^ et jaloux de la faveur du comte Don Pedro Frolaz de Traba, auquel était confiée Téducation du jeune Alphonse Raymond, complotèrent de le lui enlever. Ils investirent le château où était Tinfant; et malgré une vive résistance de l'évèque de Compostelle, les rebelles arrêtèrent ce prélat, et arrachèrent Tinfant des bras de la comtesse de Traba. Les habitants prirent les armes pour la défense de leur évèque. Il leur fut rendu ; maisDon Alphonse Raymond resta aux mains des insui^gés.
Sur ces entrefaites Ali-Jusef, ayant appris la mort de son père, partit d'Afrique avec une armée imposante. Il arriva à Séville, dont il examina toutes les fortifications. Ordre fut envoyé à toutes les troupes d'Espagne de se rallier à Cordoue. Ali en passa la revue, et s'avança vers Tolède, ravageant tout sur son passage par le fer et par le feu. Les monastères même ne furent pas épargnés ; deux entre autres furent coni' plétement ruinés. Les chrétiens, occupés par leurs discordes
(•) Pelag. de Oviéd.— Rod. Toi.- Luc. Tud.— Marian.- Turq,— Ferrer. — Moret.— Chron. Var. Anl.— Alph. do Carth»— Rod. Sane.^ Sandoy.
nviles» n'avaient pas d'armée en campagne. Âlî-Jiisef mit le siège devant Tolède, sans être inquiété ni interrompu ; il la pressa avec ardeur, et activité. Une brèche fut pratiquée au lM>ut de peu de jours. Les chrétiens la défendirent avec résolution ; les inûdèles y laissèrent les plus vaillants des leurs. Le lendemain de ce succès, septième jour du siège, les Tolédains firent une sortie dès Taurore. Ils y mirent tant rimpétuosité, qu'ils rasèrent les ouvrages, brûlèrent les aiacbînes, taillèrent en pièces les troupes envoyées pour les léfendre et maltraitèrent l'armée musulmane. Jusef leva le eamp dès le lendemain, et se porta sur Madrid. Cette nouirelle tentative ne fut pas plus heureuse que la première. Repoussé avec des pertes notables, il s'en retourna, emmenant de nombreux captifs; et se montrant fidèle à son système (le dévastation. Ali retourna en Afrique avec ses esclaves et son butin ; il fit également embarquer la presque totalité des chrétiens de ses possessions d'Espagne.
Les seigneurs castillans, entre autres le comte Don Gomez, s'entremirent pour opérer une réconciliation entre leur reine et Don Alphonse de Navarre. Dona Urraca se rendit auprès du roi ; la bonne intelligence fut de peu de durée. Le roi ne dissimulait ni ses froideurs ni ses mépris ; la fière princesse s'en indigna, le quitta de nouveau, déclara s'être issez humiliée, et que tout rapprochement devenait désor* mais impossible. Don Pedro de Lara, placé fort avant dans les bonnes grâces de la reine, entretint ses lâcheuses dispoûtions et lui conseilla même de se rendre indépendante.
Don Alphonse avait donné les principales places de Castille à des seigneurs aragonais. Il comptait sur leur fidélité et sur celle des nobles Castillans qui tenaient pour lui, 3t auxquels il avait confié d'autres commandements. Alphonse consentait bien à vivre séparé d'une femme qu'il haïssait, nais ne prétendait pas renoncer à la puissance qu'il tenait l'elle. Dona Urraca se concilia, par ses manières engageantes^ tous les grands de Castille, les persuada de la justice de un sa cause, et se posa en victime. Les seigneurs, comptant sur leurs forces, sommèrent ceux des Castillans qui tenaient Jes places de guerre, ou avaient reçu des commandements
de la main du roi, d'en venir faire hommage à leur souveraine légitime ; ils obéirent.
Même sommation Tut intimée aux Âragonais, avec menace de les contraindre par la force. Don Pedro Assurez se soumit à cet ordre comme les autres, et vint se mettre à la disposition de Don Alphonse, s'avouant infidèle à ses ordres pour n'avoir pas su refuser à Dona Urraca la restitution des possessions légitimement à elle. Don Alphonse lui pardonna; mais comprenant qu'il était obligé de maintenir son autorité les armes à la main, il confia les rênes du gouvernement et la ville de Tolède à Don Alvaro Fanez, et entra en Gastille avec son armée.
Toutes les forces de ce royaume étaient réunies pour s^opposer à son passage. La campagne devait donc s'ouvrir par une bataille ; cette bataille pouvait aussi la terminer. Les Castillans étaient campés sous les murs de Sépulvéda, et commandés par le comte Gomez ; l'avant-garde était sous les ordres de Don Pedro de Lara. Le roi de Navarre et Aragon s'avança jusqu'au lieu nommé Campo de Espina, champ d'épines. C'est là que les Castillans vinrent lui présenter le combat.
Don Alphonse, à la tête de son avant^arde, toute composée de montagnards, enfonça du premier choc celle de Lara, et la culbuta. Don Pedro courut s'enfermer à Bui-gos. Le roi attaqua, sans perdre un instant, la seconde ligne commandée par le comte Gomez; elle résista avec ténacité, le comte se montra valeureux chevalier. Ses troupes furent cependant mises en désordre par la fougue navarraise. Continuant toujours de combattre, entouré de seigneurs castillans et de soldats d'élite qu'il vit tomber un à un autour de lui, Gomez lui-même succomba, couvert de sang ennemi, et mourut en héros. Son frère Don Diego fut tué à ses côtés. L'écuyer OIca, qui portait la bannière du comte, ayant eu les deux poignets coupés, la serrait encore contre sa poitrine avec les tronçons de ses bras; il fut massacré. C'était le douze d'avril. Tant de courage, tant de dévouement eussent été mieux employés contre les Musulmans*
Don Alphonse, à la suite de cette victoire» s'empara faci-
lement de Bui^os, Sahagun, Garrioa, Léon et Palencia. Les monastères et églises de Sahagun et Saint-Isidore de Léon ne Furent pas à l'abri du pillage. Le roi Favait permis à ses troupes en compensation de la solde qu'il ne pouvait leur payer. La terreur fut si grande que plusieurs places de Galice firent leur soumission. Don Alphonse apprit que Don Pedro de Traba descendait des montagnes de Galice en force, accompagné de Tévêque de Composlelle, amenant avec lui rinfant Don Alphonse Raymond. Les montagnards d'Âsturies et Léon s'étaient joints a lui, ainsi que les débris de Tarmée castillane. Le Navarrais avait moins de monde, mais des hommes habitués à vaincre. Il fut au-devant de Don Pedro.
Les armées se trouvèrent a Fuenteculebras, entre Léon et Astorga distantes Tune de Tautre de sept lieues. Le combat se soutint long-temps avec acharnement ; les Navarrais restèrent vainqueurs. Vainement le comte de Traba et ses lieutenants firent-ils des efforts surhumains; la déroute fut complète, le massacre affreux, le comte Don Fernando Ossorio, seigneur de Santa-Martha, parent de Don Pedro, fut tué.
Dona Urraca multipliait les levées, appelait aux armes ses iii2 sujets de tous les âges, pour venger sa défaite et la mort du comte Don Gomez. Ce seigneur fut désigné depuis lors sous le nom de Gomez de Gampo d'Espina, en mémoire du lieu où il perdit la vie. Don Pedro Frolaz de Traba gouverneur de Don Alphonse Raymond, et Tévêque Don Diego de Gompostelle, agissaient pendant ce temps pour amener à un accommodement le rebelle Pedro Ariaz. Us obtinrent la restitution de l'infant. Aussitôt qu'ils l'eurent entre les mains, l'évêque le sacra dans l'église apostolique de Saint-Jacques; puis avec une armée, levée grâce au trésor de son église, le prélat, de concert avec les seigneurs galiciens, s'en fut, ainsi escorté, remettre le nouveau roi a sa mère. Don Alphonse de Navarre, informé de cette marche, attaqua et défit complètement l'armée galicienne. L'évêque échappa avec Don Alphonse Raymond.
Dès que la reine eut reçu son fils, elle partit avec lui pour la Galice, où elle provoqua de nouvelles levées. Le roi de
Navarre assiégea Aslorga, dans laquelle se défendirent courageusement les restes de Tarmée épiscopale, qui s'y étaient enfermés. Dona Urraca était eu route pour faire lever le siège de cette place» lorsqu'elle fut jointe par un renfort nombreux de Castillans et d'Asturiens. Le comte Henry de Besançon, mari de la fille naturelle de feu Alphonse VI, lui amena en même temps une colonne considérable. Les Castillans surprirent et détruisirent un corps de cavalerie aragonaise^ à la tète duquel le capitaine Martin Munoz venait joindre le roi. Don Alphonse T" se vit obligé d'abandonner son entreprise; il décampa la nuit, à petit bruit, et s'en fut à Cairion. La reine son épouse l'y suvit de tellement prés et l'investit si promptement que, sans l'entremise du légat du pape, et la promesse de restituer toutes les places prises dans cette campagne, Don Alphonse serait infailliblement tombé entre les mains de Dona Urraca. Le légat était récemment arrivé, délégué de Rome, pour prononcer sur la validité du mariage de ces deux royaux époux.
Le comte Henry de Besançon nK>urut presque aussitôt son entrée à Astorga, et Don Alphonse, échappé au danger, oublia ses engagements. La reine outrée résolut d'obtenir par la force ce qui lui était dénié après avoir été promis; elle courut assiéger Burgos. Outre la résistance obstinée autant qu'inattendue qu'elle y trouva, un autre motif lui montra cette expédition plus difficile qu'elle ne l'avait pensé. Peu soigneuse de cacher la scandaleuse faveur qu'elle accordait au comte de Lara, selon Moret, Sandoval, Garibay et autres, elle excita la jalousie des grands de Castille. Les Galiciens, d'un autre côté, mécontents et soupçonneux, l'auraient abandonnée sans l'évéque de Compostelle, qui les contint et les désabusa. Malgré tout, Bui^os ouvrit ses portes et se rendit au bout de quelques semaines, ainsi que le château, bien qu'il fût approvisionné abondamment, et fort de garnison.
1113 Les Maures, profitant des divisions des chrétiens, firent une course aux environs de Tolède et enlevèrent rapidement quelques places. Coria leur fut livrée par trahison ; ils s'avancèrent ensuite jusqu'aux frontières d^ Galice. SoUici*
tés par la reine, les comtes de ce royaume marchèrent aux Mahométans. Trop peu nombreux pour hasarder les chances d'une bataille» les infidèles se retirèrent avec leur butin.
Après plusieurs assemblées qui n'avaient rien décidé^ un ^^^^ concile présidé par le légat du pape a Palencia, déclara le mariage de Don Alphonse ï" et de Dona Urraca nul et cassé. Ainsi s'évanouirent les rêves orgueilleux du roi d'Aragon. Don Alvaro Fanez s'étant rendu à Ségovie pour apaiser une sédition, y fut tué. Don Rodrigue Nunez lui succéda dans le gouvernement de Tolède.
Abdallah-Ben-Mezdeli, général renommé des Almoravides, amena devant cette ville une foule armée d'Africains, . et en commença le siège. Obligé de se retirer peu de temps après, il ravagea tous les environs. Don Rodrigue Nunez assembla ses troupes et joignit les Arabes à Pulgar; inférieur en nombre il les attaqua résolument et fut complètement battu. Ben-Mezdeli revint à la charge Tannée suivante. Don Rodrigue, qui brûlait de prendre sa revanche, marcha mieux accompagné que la première fois à la rencontre de l'Africain, lui livra bataille, tailla en pièces ses troupes, et Mezdeli lui-même tomba de chevàî, tué par un coup de lance qui lui traversait la poitrine. *
La reine DoAa Urraca reprenait cependant toutes les places 1116 que détenait encore Alphonse surnommé le Batailleur. Elle força même le roi à se retirer des frontières de Gastille. L'évèque de Gompostelle, toujours fidèle sujet en dépit des soupçons qu'on avait inspirés à la reine contre lui, et malgré les mauvais traitements qu'elle lui faisait subir, fit construire et armer deux galères de guerre à ses propres frais. Après avoir purgé les côtes de Galice des pirates arabes qui les infestaient, les vaisseaux épiscopaux furent à leur tour porter le ravage et le pillage sur les rivages d'Afrique. Malgré tant de preuves de dévouement, l'évèque était menacé. Don Pedro Frolaz l'avertit de, l'ordre que lui avait donné la reine de l'arrêter. L'évèque se mit en lieu de sûreté. Les seigneurs^ indisposés par le caractère inconstant et soupçonneux de Dona Urraca, délibérèrent entre eux et résolurent de faire déclarer la Gastille en fitveur de Don
Alphonse Raymond, déjà roi de Galice. La reine traita de rebelles Tévèque et les grands» assembla les troupes de Gastille et Léon, et sans la médiation des principaux seigneurs, elle aurait, sans hésiter, livré tout le royaume aux horreurs de la guerre civile. La réconciliation ne fut qu'apparente; la reine conserva tousses ressentiments.
Alphonse le Batailleur avait résolu de reprendre, contre le? infidèles^ la guerre dans laquelle son père et son frère s'étaient acquis tant de gloire. Les Maures de Saragosse avaient insulté ses frontières; Don Alphonse projeta de s'en venger, en s'emparant de leur capitale. Trop fier pour demander Tassistance de ses voisins ou des étrangers, le Batailleur publia la reprise de la croisade. Aussitôt qu'elle fut connue, Gaston IV comte de Béaru, tout couvert encore des lauriers cueillis sous les murs d'Anlioche et de Solyme, vint lui offrir son épée. Cet exemple fut suivi par tous les Basques cis-pyrénéens, Rotrou comte du Perche, Gentulle comte de Bigorre , Pierre vicomte de Cabaret, Oger de Miramont, le comte de Gomminge , Tévêque de Lescar, Arnaud vicomte de Lavedan, et nombre d'autres seigneurs qui, tous, amenaient leurs vassaux. L'armée combinée fut, aussitôt sa réunion, corfduite sur les terres de Saragosse. Don Alphonse commença par s'emparer des places secondaires qui auraient pu favoriser le ravitaillement de la ville, dont les approvisionnements étaient déjà gênés par la forteresse de Gastelar.
Gependant le roi jugea la prise de Saragosse très-diflicile, s'il ne s'emparait préalablement de Tortosa. Gette place forte, populeuse, frontière de Gatalogne, avait une nombreuse garnison, aguerrie par son étal d'hostilité permanent avec les Maures ses voisins. La réduction offrait des difficultés; elle était néanmoins indispensable. Tortose esta quatorze lieues seulement de Saragosse et pouvait, au moyen de l'Ebre, l'entretenir facilement d'hommes et de vivres. Ce siège se montrait plus périlleux encore que celui de Saragosse même. Le roi cherchait à surprendre Tortosa, à l'enlever par un coup de main.
Sur ces entrefaites Ali4usef » accouru d'Afrique avec une
nouvelle armée, selon rhistorien arabe Yahie, s'était adjoint toute la cavalerie andalouse; son frère et les plus habiles généraux de la tribu de Lamtuna conduisaient les troupes. Ils rencontrèrent , non loin de Lérida, Don Alphonse qui semblait vouloir décliner la bataille et reculer devant eux. Trompés par les manœuvres du roi, qui choisissait son terrain, les Maures le crurent battu avant d'en venir aux mains^ et mirent tous leurs soins à l'amener au combat. Il eut lieu ; les Arabes furent entièrement défaits; le massacre fut horrible et Témin, le frère d'Ali, se vit obligé de se replier en hâte, ne reconduisant à Valence que dix mille hommes.
Don Alphonse le Batailleur reprit ses opérations. Des partis arabes inquiétaient continuellement les détachements chrétiens et leur enlevaient souvent leurs convois. Le roi jeta les yeux sur Rotrou comte du Perche, pour châtier l'ennemi. Il lui donna six cents cavaliers d'élite et des mieux montés, qui devaient emporter chacun un fantassin en croupe. C'étaient aussi des hommes choisis. Rotrou était, en outre, porteur d'ordres pour les populations navarraises les plus voisines de Tudèle, comme Arguedas, Valtierra, Milagro, le Val de Funez , et du côté de la rivière Alhama, Corella et Cintruenigo. Le comte du Perche arriva aux frontières de Navarre avec son détachement, communiqua les ordres du roi dont il était muni, et les levées se firent avec secret et empressement. Quartd tout son monde fut prêt, Rotrou partit à la faveur de la nuit, et s'approcha de Tudèle.
Les environs couverts de la place et la quantité d'oliviers dont ils sont ombragés, favorisèrent l'embuscade que plaça le comte. Il prit avec lui un parti de maraudeurs, avec lesquels il battit la campagne et enleva les troupeaux. Les Maures, les voyant si peu nombreux, irrités de l'audace de quelques centaines d'hommes qui venaient les dépouiller jusque sous leurs yeux, sortirent de la ville en grand nombre, sans ordre, comme assurés de vaincre, et leur donnèrent la chasse. Le comte s'était toujours mis en évidence, exprès pour être reconnu de loin ; il opposa une faible résistance, rompit continuellement devant les Musulmans, aban-
donnant de iemps à autre une partie de sa prise, comme s'il n'avait pu la conserver.
A la fin, toujours reculant, il finit par entraîner les Maures loin de la ville. Le moment lui parut alors favorable pour donner le signal convenu aux commandants de Tembuscade que Fennemi était loin de soupçonner; Rotrou le donna. Aussitôt la cavalerie s'élança de son poste couvert, et courut à bride abattue sur la ville, rinfanterie en croupe. Les portes étaient ouvertes, dépourvues de défenseurs; les Navarrais s'en emparèrent. Ils laissèrent à la garde des tours et autres postes le monde suffisant, et furent rejoindre, au galop, le comte du Perche, qui s'était retourné et combattait l'ennemi, soutenu déjà par la portion des troupes embusquées qui étaient venues prendre les infidèles en flanc. Les Maures, attaqués avec impétuosité, sabrés par la cavalerie tombée sur leurs derrières, fuirent à leur tour, pressés l'épée aux reins; au iK)int que le corps de Rotrou serait entré péle-mèle dans la place avec eux. Mais les postes principaux étaient déjà occupés; les fanfares, les cris de victoire poussés du haut des murs par les chrétiens, portèrent la terreur chez les fuyards. Ils se trouvaient entre deux lignes ennemies, et leur ville était prise. Loin de chercher à y entrer, ils s'écoulèrent par les côtés, et ces mêmes fourrés qui avaient causé leur perte, les préservèrent alors d'une destruction complète.
Le comte abandonna sa chaude poursuite au bout de peu de temps, et fit son entrée dans Tudéle. Il s'assura de la possession de la ville par de prudentes mesures et s'y affermit, étonné de s'y trouver, autant que les infidèles de Ty voir. Quelques-uns des habitants se retirèrent à la citadelle et firent mine de vouloir s'y maintenir. Don Alphonse, promptement informé de ce succès, aussi heureux qu'imprévu et inespéré, se rendit à Tudèle. Il y établit le gouvernement et les lois de Navarre, et fit capituler la citadelle, accordant à la garnison la vie et l'avoir saufs, une année de résidence paisible dans la ville, et la liberté de se retirer ensuite, emportant tout ce qu'ils possédaient. Le roi, pour récom* penser le valeureux et adroit comte du Perche, lui donna,
pour lui et ses héritiers , la ville monument de sa gloire, avec redevance et vassalité perpétuelle aux rois de Navarre. Tudéle vit bientôt accourir dans ses murs de nombreux habitants chrétiens^ attirés par les immunités, franchises et privilèges accordés à cette ville, ainsi que le For de Sobrarbe (*).
Saragosse avait reçu de grands renforts. Les princes maures craignaient que cette capitale d'un de leurs principaux royaumes tombât aux redoutables mains d'Alphonse le Batailleur. Malgré le succès obtenu à Tudéle Don Alphonse ne se sentait pas assez fort pour reprendre et continuer un siège aussi important. Il retourna en Navarre, après avoir réparti son armée dans les diifèrentes places dont il s'était rendu maître, et qu'il possédait dans la contrée. Toute Tannée suivante fut consacrée à des préparatifs dignes de l'entreprise.
Par le château de Gastelar, situé au bord de TEbre, le roi coupait a Saragosse les communications de terre et d'eau. Il se servit de cette position et de quelques autres voisines^ pour harceler continuellement l'ennemi, et aguerrir ses nouvelles recrues. Il employa ainsi quelques mois, pendant lesquels furent fortifiées les places tombées en son pouvoir. Alors il ouvrit la campagne par le siège de la forte Almudebar. Cette place couvrait Saragosse^ et renfermait une garnison aussi brave que nombreuse ; elle était en outre abondamment pourvue de toutes sortes de munitions. Malgré la belle résistance des Maures, Almudebar fut enlevée d'assaut, et ce qu'elle renfermait de soldats fut passé au fil de l'èpée. La terreur que cette prise répandit aux environs, ouvrit o^u roi les portes de Gurrea, Roblez et Zuera avec tout ce que baigne le Gallego. De l'autre côté se rendit Alagon et ses environs, arrosés par le Xalon dont les eaux sont fameuses pour la trempe des armes.
Ces avantages remportés. Don Alphonse investit la ville de
n Marian.— Rod. Toi.— Sandov.-BIanca.-Luc. Tud.-Ann. de Sahag.— Yepes.— Ann. Complut.— Ped. de Léon.— Chron. gen. de Alonz. XL— Ferrer. — Hisl. Arab.-Chén.-Conde.— Morei.— Hi8t. de Compost.— Torq.-Yahie.
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Saragosse et la resserrait chaque jour d'avantage. Les assiégés faisaient de fréquentes sorties ; les assiégeants multipliaient les assauts, et furent plusieurs fois repoussés. Les seigneurs français, rebutés par la longueur et les diflicultés d'un siège dont ils ne prévoyaient pas Tissue, se retirèrent avec leurs troupes. Les Basques cis-pyrénéens, Gaston de Béarn, le comte de Gascogne, et Rotrou du Perche, restèrent avec le roi et concoururent aux opérations. Les assiégés, informés de cette défection dans Tarmée d'Alphonse, demandèrent du secours à leurs coreligionnaires.
Les travaux avançaient toujours ; déjà Ton commençait à espérer la chute de Saragosse, lorsque le roi eut connaissance de l'approche des Maures de Lérida, Tortose, Valence, et d'un corps considérable d'Almora vides , sous la conduite de Témin, frère d'Ali-Jusef. Don Alphonse avait reçu des levées d'Aragon et de Navarre, pour suppléer au vide laissé dans ses rangs par la retraite des troupes françaises, dont cependant les chefs étaient restés avec lui, en preux paladins. Témin arriva jtisqu'à douze milles environ de la ligne chrétienne ; il s'arrêta prés d'un village nommé Maria , position avantageuse près de la rivière de Guerba. 11 y resta quelque temps en observation, espérant que le Navarrais viendrait l'attaquer. Mais le roi restait dans ses quartiers; Témin comprit alors la nécessité de se renforcer, pour aborder un ennemi qui l'attendait et pouvait facilement lui couper les vivres au moyen des partis qui inquiétaient son assiette sur tous les points. Le Musulman décampa sans bruit, et se porta dans les environs de Daroca.
Don Alphonse devina que cette retraite était l'œuvre , non de la ruse, mais de la nécessité. Il ne voulut pas donnera son ennemi le temps de se réparer d'avantage. Laissant donc devant la ville les ti*oupes nécessaires pour contenir les assiégés et repousser les sorties , ie roi se mit a la télé du reste de l'armée et commença la poursuite des Mahométans. Il les joignit au village de Gutanda, à douze lieues de Saragosse et quatre de Daroca. Aussitôt, il présenta le coml>at. Témin, qui avait reçu en route quelques-uns des renforts qu'il attendait, ne le déclina pas. Les chrétiens attaquèrent
avec confiance les infidèles, les culbutèrent, et détruisirent leur armée presqu'en entier. Vingt mille Maures périrent dans cette action, et leur chef fut fait prisonnier. Après avoir pillé le camp ennemi, Don Alphonse retourna au siège, enrichi de dépouilles. 11 espérait que cette victoire amènerait la reddition de la place; mais Saragosse était largement approvisionnée , la résolution de ses défenseurs n'avait pas faibli. Le roi se détermina à l'enlever de vive force.
Le quartier royal était occupé par les Navarrais, que commandait rintrépidé Don Guillaume évèque de Pampelune, avec les Béarnais et Basques cis-pyrénéens sous les ordres de Gaston IV, qui ne démentit point, en cette occasion, son renom de vaillance acquis en Palestine. L'évêque sortit de ses retranchements avec tout son monde et de fortes machines pour battre les murailles. Les travailleurs étaient couverts par d'épais mantelets, que les assiégés s'efforçaient vainement de rompre au moyen de leurs projectiles. D'adroits arbalétriers débusquaient tout ce qui se présentait aux créneaux. Enfin un pan de mur^ cédant aux coups redoublés des béliers, croula aux cris de joie des assaillants. Le premier qui s'élança sur la brèche et y planta l'étendard de Navarre, fut le fougueux prélat. Auprès de lui Gaston, en héros de la chrétienté, combattait comme un lion. Les agiles Navarrais et les autres montagnards fondaient comme une avalanche sur les infidèles, qui appelaient à leur aide les postes voisins. Les chrétiens les refoulèrent dans la ville, où le combat se trouva transporté sur un terrain plus égal.
Les cris des assaillants vainqueurs arrivèrent aux derniers retranchements chrétiens, dans lesquels on se disposait activement à l'assaut. Les soldats, excités par une noble émulation, accoururent munis d'échelles, les dressèrent, escaladèrent les murs à demi abandonnés par les Maures, qui se portaient en foule vers les troupes déjà pénétrées à l'intérieur. Les uns couraient ouvrir les portes, les autres, plus nombreux, s'élançaient au secours de l'évêque et sur les pas de Gaston. Les rues étroites de la ville , la ville entière ne furent bientôt plus qu'un champ de bataille. Les infidèles s'assemblaient dans les différents quartiers , se défendaient
en désespérés. Mais Tivresse d'une victoire commencée avait changé en furie Télan déjà si puissant des soldats chrétiens, accoutumés a vaincre, animés encore par l'exemple de leur roi, par celui des prélats et princes qui combattaient à leur tête. Rien ne pouvait arrêter le torrent; c'était un massacre, une tuerie , au bout de laquelle les vainqueurs restèrent maîtres de Saragosse, et procurèrent à leur roi le plus beau jour de sa vie, ainsi que lui-mémo le disait. La mosquée, précédemment église de Saint-Sauveur, ayant été purifiée, fut rendue à son premier culte, après quatre cent trois ans d'interruption. Don Alphonse y établit le siège d'un évèché, et en fit la capitale de ses états. Ce brillant fait d'armes eut lieu le dix-huit de décembre.