‹ Histoire primitive des Euskariens-Basques; langue, poésie, mœurs et caractère de ce peuple;Chapitre 17 sur 18 · Sanc— Vasœ. Cbron.— Rod. Toi.— Luc. Tud · texte numérisé non relu

Sanc— Vasœ. Cbron.— Rod. Toi.— Luc. Tud

— sislieu en décembre 910; Don Alphonse le Grand, troisième du nom, se relira à Astorga f).

Devenu roi, Don Garcie voulut, à son début» se concilier les suffrages et TaiTection générale. Après avoir fondé et bien doté un monastère, il réunit une nombreuse armée et troubla le repos des Maures, que trois années de paix avait refaits. Le calife, informé de sa marche, lui opposa des forces sinon supérieures, du moins égales, et commandées par un capitaine déjà illustre, le brave Ayola. Celui-ci cependant se contenta d'observer les frontières de Rioja et Bureba, afin d'empêcher par ce genre de guerre les chrétiens de pénétrer dans les terres du califat. Don Garcie, brave etbouillant^ força les Arabes à accepter la bataille et resta vainqueur. La déroute des Musulmans fut complète ; leur général fut fait prisonnier et trouva, pendant le retour de Tarmée, moyen de s'échapper. Cette victoire et le butin dont étaient chargés ses soldats, commencèrent la réputation militaire du jeune roi.

Lucas de Tuy nous apprend qu'à son retour il passa par Astorga et fut voir son père, auquel il demanda son avis sur les opérations de la campagne suivante. Le vieux roi lui représenta que les excursions, les conquêtes dont le résultat n'amenait que l'enrichissement du soldat et les stériles applaudissements de la multitude^ ne valaient pas le sang qu'elles coûtaient, n'avaient rien de solide, point d'avenir. Il lui conseilla de rassembler, pour le printemps, une année imposante « et lui proposa, malgré son grand âge, d'en prendre le commandement, ou tout simplement celui de l'avantgarde. Alphonse recommanda à Don Garcie de profiter de la saison avancée pour faire relever et peupler les villes ouvertes et ruinées par la guerre, le long du Duero; il lui désigna les plus importantes. Don Garcie, ayant remercié son père avec effusion , promit de suivre ses conseils, et accepta avec transport l'oflfre précieuse de ses services et de son expérience. Au printemps. Don Alphonse se mit a la tête de l'armée, aux acclamations de ses anciens compa-

(•) Marian. — Ferrer.

;nons de danger. Le noble vieillard se jeta avec tout le feu le la jeunesse sur le pays ennemi, le ravagea, battit les infiéles dans les rares occasions qu'il en eut, les vit pendant 3 reste de la campagne fuir devant lui, et rentra à Scientica 912 vec un laurier de plus (*).

Le roi de Navarre avait conduit lui-même son fils à Boréaux , et le remit à la foule des comtes et seigneurs Gas- :>os qui s'y étaient assemblés, pour recevoir leur jeune duc.

reprit, vers la fin de l'automne , le chemin de ses états. anche s'arrêta dans la Mérindé de Saint - Jean - Pied - deori, et résolut d'y passer l'hiver. Il ne soupçonnait aucun iinger de la part des Maures, livrés a des désordres dont il (His faut connaître l'origine et le progrès.

Omar Ben-Hatz, simple artisan, de chef de voleurs devenu iief de parti , avait cherché un asile aux frontières de la iavarre. Retranché dans le fort de Rolalye avec sa bande, l favorisé de la protection du roi Fortunio^ il accrut bientôt es ressources d'un grand nombre de Navarrais mécontents le l'oisiveté a laquelle le pacifique monarque condamnait Bur inquiète valeur. Omar ne tarda pas à commencer coure son maître une guerre acharnée , fit des conquêtes et ml le titre de roi. Il transmit à Ghalib les villes de Tolède t Talavera, le comté d'Aragon, la Catalogne jusqu'à la iviére de Ségre , et toutes les provinces qui bordent la léditerranée depuis Tortose jusqu'à Murcie. Abderahdan III avait reçu l'héritage d'Abdallah ainsi déchiré. Prolamé à l'exclusion de son oncle, le glorieux Al-Mudafar ou invincible, la jalousie du vieux prince pouvait devenir une Durce nouvelle de discordes et de calamités. Rien n'avait ncore révélé le grand homme dans le jeune roi ; on ne préojait pas que , subjugué par l'ascendant des grandes quaités de son neveu, le farouche Al-Mudafat se dévouerait, se icrifierait pour la gloire d'Abderahman. Le turbulent Ghalib lait loin de soupçonner qu'un seul jour éclairerait la ruine e sa puissance usurpée et le massacre de toutes ses troues. Les Alpujarres de Grenade, d'un autre côté, devenaient

(•) Rod. Toi.— Va«». chron.— Luc. Tud*— Rod. Sanc— Chron. yar. anl.

le théâtre d'un nouveau soulèyement. Le roi de Navarre, rassuré par ces pensées s'arrêta dans la ville de Sainte Jean • Pied - de • Port, chère par les souvenirs de sa jeu* nesse.

L'hiver était avancé; la neige tombée en abondance avait fermé tous les passages des Pyrénées, lorsqu'un messager fidèle vint apprendre à Hitarra que l'infatigable Âl-Hodafar, informé de son absence, était accouru des extrémilés de l'Espagne, avait rassemblé une nombreuse armée sur les bords de l'Ebre , et s'était avancé , par une marche hardie, jusque sous les murs de Pampelune qu'il assiégeait. Sanche ne balança pas un instant. Fermant les yeux sur les difficultés, les dangers qu'il lui fallait braver, il ne vit que les périls de sa capitale, un ennemi audacieux et cruel au cœur de ses états, et la destruction de son peuple. Il appela à son secours les Vascons de Labourd et de Soûle» convoqua les milices de la Mérindé , et ces forces, réunies aux Navarrais de la suite du roi , et à quelques gentilshommes gascons, formèrent une armée petite comme nombre, mais capable de tout entreprendre sous la conduite d'un pareil chef. Mitarra fit recueillir toutes les peaux de bœuf que l'on put trouver ; il fit faire a la hâte pour ses guerriers de ces sandales ibériennes que les Basques appellent abarca, genre de chaussure commode pour marcher sur la neige et gravir la montagne. Lui-même en fit usage dans cette circonstance, et le surnom d'Abarca lui en a été consacré par ses troupes, et conservé par l'histoire. Les ricombres et écuyers suivirent l'exemple du roi et renvoyèrent leurs chevaux à l'arrière-garde avec les bagages.

L'armée remonta la vallée de Gise pour gagner le Val- Carlos etRoncevaux, et marcha droit à Pampelune. La route fut longue et pénible ; les sentiers étroits qui sillonnent ces hauteurs escarpées, étaient couverts d'une neige épaisse, parfois durcie par le froid, parfois ramollie et mobile. Les montagnards, ditMoret, gravissaient lentement, avec précaution, et sondant le terrain avec leurs lances. Ils défilaient un à un sur le chemin tracé par les guides, et enveloppés de leurs manteaux noirs, qui tranchaient sur l'éblouissanle

lancheur des neiges. Sanche avait fait avertir les diverses opulatioDs sur son passage de se tenir prêtes à le rallier; 1881, durant la marche, des groupes de Navarrais arriûent de temps à autre de leurs vallées, commandés par (iirs infançons. Quelques-uns avaient franchi, la nuit, marne par prodige, de grandes distances et de hautes mon- Ignés.

Le bruit répandu de l'arrivée du roi les attirait au-devant 9 lui ; mais ce bruit restait concentré dans les populations ni s'armaient, et ne pénétrait point hors du sanctuaire des frénées. Elles apportèrent la nouvelle que les Maures, rebus de vivre sous des tentes par un temps aussi rigoureux, lolaient à tout prix une prompte victoire et poussaient le ége avec fureur. Sanche donna Tordre de hâter la marche, et écho nocturne de Roncevaux redit sourdement le pas rapide t cadencé des montagnards.

L'armée parvint enfin à la proximité de Pampelune et du amp arabe deux heures avant le jour, le dix • neuf janier 913, et sur le champ Mitarra, accompagné d'un seul 913 eayer, alla reconnaître la position ennemie. Les infidèles 'étaient relâchés de la discipline à cause de la rigueur du smps. Ignorants du péril qui rôdait autour d'eux, ils repoaient avec sécurité, et n'auraient jamais admis la possibilité le la présence de Don Sanche Abarca. Le roi ayant arrêté 68 dispositions pendant l'inspection des lieux, fixa pour le Bornent de l'attaque les premières lueurs de l'aube, recomoanda un silence profond et comprima la fougueuse impaience de ses soldats. Après s'être assez rapproché sans bruit it sans être soupçonné, il donna le signal en tirant lui-même 00 épée, au cri ordinaire de Navarre! auquel l'armée réponlil par une acclamation générale et terrifiante. A ces claoeurs se joignaient les fanfares des instruments de guerre, i les chrétiens s'élancèrent comme un tourbillon sur le !»Dp sarrasin. Les sentinelles musulmanes du fond de leurs elranchements jetèrent le cri d'alarme. Du haut de leurs anrailles, les factionnaires pampelunais le répétèrent, les loches furent ébranlées dans les églises ; en un instant tout e peuple armé fut dans les rues de la ville. Les habitants ne

doutaient point qu'elle ne fût bientôt inveBtie» ils garni ent les remparts ; mais autour de Tantique cité, sous lesmurs» au-delà des fossés» dans la plaine, tout était silencieux, tandis qu'au loin le bruit de guerre roulait comme un orage sur le camp des Musulmans. Le jour, qui ne tardi pas à paraître, fit connaître aux assiégés la véritable cause du tumulte. Ils en poussèrent vers le ciel de longs cris de joie; les portes s'ouvrirent, tout ce qui était encore dans la ville en état de porter les armes courut se joindre aux libérateurs.

Dans ses dispositions de la nuit Sanche Abarca avait placé ses troupes de manière à fermer aux infidèles toutes les issues. L'arrêt de mort avait été prononcé contre rarmée arabe ; . il fut rigoureusement exécuté , dit Rodrigue de Tolède, et à peine un seul homme échappa-t-il pour aller porter au calife de Gordoue la nouvelle de ce revers. Les rayons du soleil vinrent bientôt éclairer le théâtre de l'action, et montrer des tentes renversées, des armes rompues, des cadavres sanglants roulés dans la neige, et Mîtarra qui, de sa main victorieuse, distribuait aux montagnards les déjpouilles des vaincus.

Le roi fît son entrée triomphale dans Pampelune, et recueillit, dit Moret, sa part du butin aux acclamations d'un peuple qu'il venait de faire passer des angoisses d'un siège rigoureux aux joies de la délivrance. Les états - généraux furent convoqués sur-le-champ ; Sanche y reçut la vive expression de la reconnaissance nationale ; les états déférèrent à soa fils ainè« Garcie , le titre d'héritier présomptif ou de prince royal , et la guerre fut de nouveau résolue contre les Mahomètans. Les Vascons cis-pyrénéens et les Gantabres s'étaient retirés avec la promesse de revenir aux premiers jours da printemps; ils rejoignirent effectivement à l'époque fixée les drapeaux du roi de Pampelune.

Sanche Mitarra ou Abarca, puisqu'il portait les deux sur noms ainsi que nous l'avons déjà dit , ouvrit la campagne par le plus audacieux , le plus sanglant de tous ses faits d'armes , la prise du château de San Estevan, où il ordonna que son tombeau serait déposé. De là il se dirigea sur

Haxera , boulevard des Maures contre les chrétiens de la nontagne. Le siège dura près de trois mois; la ville, dèfenlue avec un acharnement inouï, fut enfin emportée d'assaut, iitarra en fit la capitale du petit royaume de Naxera , qui ievint le berceau de celui de Gastille et que le roi donna lu prince Garcie , avec une brillante cour de ricombres et l'écuyers. Mitarra porta ensuite ses armes jusqu'à Urbion ; 1 conquit les provinces qui bordent TEbre jusqu'à sa source si la rivière d'Ega ; il planta aussi son étendard sur les ruiles de Tantique Numance {*).

Peu de temps après son arrivée dans la ville de Scientica ^n Alphonse, qui venait de jeter son dernier éclat , tomba naïade. Se sentant près de sa fin il manda auprès de lui wn ancien ami, Tèvéque d'Astorga, qui l'assista dans ses deroiéres heures. Alphonse III légua à l'église de Saint-Jacques tout son argent monnayé, qui se montait, selon Ferreras, à cinq cents pistoles , et rendit à Dieu son àme guerrière et pieuse le vingt décembre 912 , deux ans après son abdication « quarante-neuf ans après son agrégation au pouvoir, et à l'âge de soixante - trois ans. Plus véritablement grand qu'aucun des souverains qui ont porté son surnom de Grand, Don Alphonse avait une piété sincère et profonde ; il était savant, aimait les lettres et s'en était déclaré le zélé protecteur. A la sollicitation de Sébastien, évéque d'Orense et son chapelain, il combla la lacune existant depuis le règne de Wamba , en composant une chronique qui commence à la mort de Récésuinthe et finit à celle de son père, Don Ordono. Au surplus le récit de son régne est le plus bel éloge que l'on puisse faire de lui. Travaux administratifs, guerres, gouvernement, abdication, retraite, tout, chez cet homme d'élite, est frappé à un coin qui lui est propre, et porte le cachet de la postérité (**).

La mort de Don Alphonse fut suivie à quelques mois de celle du calife ou roi dé Gordoue Abdallah. On aurait dit que ces deux fiers rivaux s'attendaient pour quitter ensem-

{*) Oyben..- Moret— lod. Tok

{-) Mondejar.— Grég. Mayans.— Fencr.— Rod. Tolct.

bit un iDoode eu 1 orgueil d'Abdallah ne raconnaissait plus à personne le droit d'être son vainqueur.

Don Garcîe« que Tambition avait déjà si cruoUemeot égaré une fois conçut, près de la tombe a peine fermée de son père, le funeste projet d'enlever la Galice à son frère Ordono , et de réunir tout sous sa Beule domination. Doa Ordono , prince d'une valeur chevaleresque, nous dit Ldicas de Tuy, et adoré de ses troupes, instruit du mouvement et des desseins de son frère, se prépara à le recevoir de façoD à étouffer ses prétentions. La reine leur mère fit intervenir avec elle les principaux du royaume dans celte querelle dénaturée. Les deux frères se réconcilièrent ; Don Garcie renonça a ses idées d'usurpation , Don Ordono abjura tout ressentiment. Les deux frères se lièrent au point qu'ils coocertèrent et exécutèrent conjointement l'expédition prochaine contre les Sarrasins. Cette campagne leur fut des plus favorables. C'est pendant ce temps que mourut la reine douairière, Dona Xiména ; selon son vœu elle fut inhumée auprès de Don Alphonse à Astorga. Après son expédition. Don Garcie se rendit à Léon. Il voulait y conférer avec la noblesse, de l'adoption d'un projet; mais à la fin de l'hiver il tomba malade, et mourut tôt après, peu regretté. Ce prince avait régné trois ans ; il avait un fond dominant d'ambition, une certaine raideur de caractère qui contrastait d'une manière choquante avec l'humeur douce , égale et ouverte de son père , comme avec l'affabilité, la bonté , la franchise de son frère Don Ordono. Le corps de Don Garcie fut transporté à la sépulture de ses ancêtres , à Oviédo.

A la nouvelle de la mort de son frère. Don Ordono se rendit à Léon, où les évéques et les grands le reconnurent et proclamèrent roi, en février 914, sous le nom d'Ordono II. Il entra ensuite sur les terres du califat jusqu'à Talavera-h- Reyna, qu'il investit. Plusieurs attaques fort vives furent dirigées contre cette ville ; mais elle était bien fortifiée, le gouverneur se défendait avec énergie, et malgré la valeur des chrétiens le siège traînait en longueur. Abderahman III, successeur d'Abdallah, envoya un de ses généraux les plus distingués au secours de Talavera. Don Ordono avait à c<eur

de ne pas débuter dans son règne par un échec ; il contint les assiégés par quelques troupes laissées devant la place, et »'aTança avec le gvos de son armée à la recheicche de Tenneoii. Il le rencontra bientôt , et lui livra bataille. Le combat Tirt rude, long, opiniâtre ; le général maure fut tué, et la victoire resta aux vieilles cohortes d'Alphonse le Grand. Ordono retourna sur le champ devant Talavera, pressa le si^e, prit la ville d'assaut, la démantela apfès avoir passé la garnison au fil de Tépée, et revint triomphant à Léon. Il y trouva Tévêque d'Aslorga, qui se rendait à Compostelle, délivrer le legs de cinq cents- pîstoles fait par Don Alphonse. Le roi proposa à cet évêque et à celui de Gompostelle le don de la ville de Gornelina, assise aux bords de la rivière de Limia, en échange de cette somme, considérable pour ce temps-là. La proposition fut acceptée. Au printemps suivant. Don Ordono ayant repris la campagne et battu les Arabes en 9:5 toutes rencontres, prit d'assaut le château de d'Alhange, dont la garnison fut massacrée. Plusieurs des places du voisinage se rachetèrent du même traitement à prix d'or. Gloire et richesse ressortirent de cette incursion pour les chrétiens {*).

Tant de pertes irritaient le roi de Gordoue. Il eut recours aux rois d'Afrique, leur peignit ses embarras, l'ambition, la floif de conquêtes toujours croissante d'Ordono, les dangers dont était menacée la domination des Musulmans en Espagne; le tout avec des Couleurs tellement vives, une telle eipressioh d'alarme, qu'il en reçut de puissants secours. Mahomet Al-Motaraf, seigpeur de Geuta, lui amena ses troupes en personne; réunies à celles du califat, à celles de Saragosse conduites par Ablapaz, elles formaient une armée de quatre-vingt mille hommesi *G'est avec de tels moyens ^'Abderahman marcha sur les frontières d'Ordono. Pendant qu'il se disposait à traverser le Duero vers Saint-Etienne de Gormas^ le roi des Asturies parut devant lui.; Le passage s'opéra néanmoins, mais non sans pertes. Dans l'armée royale, plus faible que celle des Arabes, le nombre était remplacé

{•) Rod. Toi.— Vasœ. Chron.— Chron. Var. ant. — Mariann.— Ferrer.— lod. Sanc— Luc Tud.

par Tardeur et les glorieux souvenira du soldat; OrdoAo offrit et livra bataille. Le combat fut opiniâtre et meurtrier, Ablapaz et Mahomet Âl-Motaraf tombèrent dans le plus fcnt de la mêlée sous le fer des chrétiens. Abderahman fut obligé de céder le terrain, qu'il laissa jonché de cadayrès. Ordoâo victorieux rentra à Léon, dont il fit construire la cathédrale, qu'il érigea en évèché en actions de grâces au ciel. Sédaît par la beauté de la position de cette ville, il en fil sa lési* dence, et prit le Utre de roi de Léon, que ses successeun ont porté depuis.

A la suite de la bataillé de Gormas, Abderahman épuisi sollicita d'Ordono une trêve de trois ans. Tous deux avaieat besoin de se refoire , Tun de ses pertes , Taulre de ses vio* toires qu'il lui fallait chèrement acheter ; la paix se conclut Aussitôt son expiration, la guerre se ralluma plus furieuse ei9 V^^ jamais; les Musulmans essuyèrent moins de revers. Une âpre et sanglante bataille fut livrée à Mudonia eu Galice par Don Ordono aux Mahométans. Commencée avec le jour, dit Rodriçue Sancius dans son histoire d'Espagne, elle ae finit qu'à la nuit, et le roi se retira sans qu'aucun parti pât s'arroger la victoire. Abderahman cependant se l'attribua. Toujours aigri par le souvenir de ses précédentes défaites, le calife méditait une éclatante vengeance contre les chrétiens. Il avait reçu de nouveaux secours d'Afrique, les joignit à toutes les forces que ses états purent lui fournir; et se voyant à la tète d'une armée plus formidable que toutes celles qu'il avait eues jusqu'alors, il se dirigea sur la Navarre à la tête de plus de cent cinquante mille combattans f).

De grands ravages, d'insignes cruautés signalèrent l'arrivée des Sarrasins. Des combats partiels, des rencontres de/ partis» tourbillons de poussière soulevés par le vent d'ua orage qui déjà s'amassait sombre et menaçant» occupéreit l'hiver. Au commencement du printemps suivant Abderakh man avec sa garde, les troupes d'Andalousie, de nouveUei milices africaines conduites par Aben Jusuf et Aguaya, dett scheiks fameux^ sortit de Gordoue où il était retourné, et prit

f ) Rod. Tel.— Vas». Ghron.— Luc. Tud.^ Rod. Seac.

m passant les troupes du district de Tolède.. Cette seconde tmée, non moins nombreuse que la première à laquelle A\e devait se réunir, passa par Madrid, traversa les contrées le Siguenza et Almazon, déclina ensuite la frontière d'Osma A San Estevan, pour éviter le réveil d'un ennemi assoupi. ie dirigeant alors sur la droite vers Moncayo, puis à gauche «ir le Duero, elle entra dans les terres aAgrèda, qui la ïonduisaient aux rives de TEbre.

Cet ordre de marche, le plus court et le moins tourmenté Mir les inégalités de terrain, offrait encore au calife le louble avantage de le faire rentrer en possession des terrioires perdus à Tera, Agréda, Tarrazone, et de se renforcer m même temps de celles de ses troupes qui occupaient 'Aragon. La jonction opérée , les infidèles , ainsi qu'un torrent débordé qui emporte en mugissant sa digue, entrèrent m masse, en cohue, pillant, brûlant « massacrant tout ce ([ui se rencontrait sous leurs pas. La terreur refoula les populations navarraises vers Tintérieur ; un désert resta aux arabes ; mais cet innombrable aofias d'hommes armés et frémissants de vengeance, avançait toujours. Don Garcie réunit en hâte les troupes qu'il avait sous la main et fut se montrer à l'ennemi , moins pour le combattre et repousser la guerre que pour l'empêcher de pénétrer, tout en l'entretenant en éveil , jasqu^à réunion de forces suffisantes pour en venir à use résistance ouverte , une action décisive.

La manœuvre du roi se bornait à observer la marche des Arabes, à les suivre en conservant l'avantage des lieux , à diercher à les surprendre, à repousser les courses des fourrageurs, et à jeter quelques secours dans les places qu'il supposait devoir être attaquées. En même temps Garcie dépéchait des courriers sur les deux rives de l'Ebre à son père Don Sanche Mitarra , et vers la Galice à Don Ordoûo ion neveu , leur faisant connaître l'extrémité à laquelle le lédoiaait cette nuée d'infidèles, et leur demandant les aacours les plus puissants qu'ils pourraient lui donner. Tous d'eux entendirent ce cri d'alarme ; il accoururent sans antre retard que le temps nécessaire pour se préparer à une lutte colossale.

La renommée grossissait encore les forces d'AbderahmaD; Tues à travers le prisme de la terreur, elles doublaient dans toutes les imaginations. Le vieux Sanche profita de cette disposition des esprits pour leur inspirer la résolution da désespoir. Dans un instant toute la Nararre , TAragon » le Guipuzcoa, TÂlava, furent en armes. A mesure que les corps se formaient, Mitarra les envoyait à son Qls, en leur traçant leur itinéraire de façon à ce que les infidèles ne pussent ni les détruire , ni les couper. Ces secours , qui arrivaient à Don Garcie de jour en jour, d'heure en heure, étaient déTOrés par la quantité de places à renforcer dans Tétendue qu'embrassait un ennemi qui offrait plutôt Taspect d'on peuple entier que d'une armée d'expédition. Celles des villes ou forts qui n'avaient pu recevoir de garnison étaient incendiées ou rasées. Le roi cependant ne pouvait assez grossir ses rangs pour s'opposer, en rase campagne , à la masse ni à la furie des Musulmans; il était réduit à la guerre de partisans. Dés qu'Ordono eut appris le danger de son oncle , il se mit à la tète de. toutes ses forces, brûlant d'en venir aux mains avec l'irréconciliable ennemi de la chrétienté, et non moins désireux, peut-être, de venger sur lui la mauvaise fortune de Mudonia. Il quitta au plus tôt sa cour de Léon , et se mit en marche pour la Navarre (*).

Pendant tous ces préparatifs i les Maures avaient remonté et passé l'Ebre, et s'étaient répandus sur les vastes plaines de la rive Occidentale , dans lesquelles se pouvait mieux déployer leur redoutable cavalerie. De Galahorra ils se précipitèrent sur la Rioja , firent tomber plusieurs places , dont les plus importantes étaient Naxera et Viguera. Mais Abderahman était guerrier trop habile pour s'amuser à des sièges, quand sa puissance numérique lui donnait tant d'avantage. Il fit fortifier toutes les places tombées devant ses armes; entre autres Naxera, comme étant au centre de la Rioja, et Viguera qui n'en est qu'à cinq lieues, ville défendue égale* ment par l'art et la nature, clé de (a chaîne méridionale de la montagne, et point de communication obligé entre les terres de Moncayo et les sources du Duero. Il y laissa de

{') Samp.- Mor.

fortes garnisons pour s'en assurer. Le projet d'Abderahman était de pénétrer au centre de la Navarre, de la frapper au cœur et de porter ainsi l'impuissance et la mort dans tous ses membres; il y entra donc avec toute son armée. Don Garcie Ty suivit avec sa faible colonne. Son exacte connaissance vdu pays, la légèreté de ses troupes dont le butin n'embarrassait pas les allures , l'aidèrent à devancer les Musulmans. Il donna partout l'ordre d'emporter grains et meubles, et d'emmener tous les troupeaux:, afin d'aifamer l'ennemi. Les Maures entrèrent par la Mérindé d'Estella , incendiant les villages et massacrant sans pitié tout ce qui n'avait pas fui. Abderahman comptait, par ses mesures extrêmes, enflammer la colère du prince et l'entraîner à quelque acte d'imprudence ou de témérité. Mais Garcie avait été formé par son père Mitarra; de. vieux capitaines, qui avaient appris la guerre sous le même maître , retenaient l'ardeur de Don Garcie , et lui répétaient , qu'en guerre , la faute la plus funeste était de compromettre le tout pour sauver une partie. On eut avis aussi que Don Ordono avançait à grandes journées, et le jeune prince maîtrisa sa bouillante impétuosité. Les dévastations des Arabes grossissaient l'armée navarraise de tous ceux qui préféraient mourir les armes à la main en défendant le sol sacré de la patrie, à être inhumainement égorgés ; de tous ceux encore qui, dépouillés, ne savaient ni comment exister, ni où porter leurs pas. Los Maures arrivèrent à la province de Deyo, passèrent l'Ega qui prend sa source dans la montagne d'Urbaza, traversèrent la ville d'Estella, les provinces d'Abarzuza et Ascona, et parvinrent a la vallée que le grand nombre de ses sources salines a fait nommer Gasala, du mot euskarien gatz qui signifie sel. Cette eoorte vallée, qui contient seize petits villages, présente, dans l'espace d'une lieue et à partir de Salinas à l'Orient, jusqu'au village de Muez à l'Occident, un plateau d'une largeur égale a sa longueuri brisé par de nombreuses anfractuosités. Sur les côtés Est et Nord, il est arrêté par des BU)ntagnes âpres et entassées; vers le Sud, par d'autres montagnes moins abruptes ; et de TOuest on y monte par une rampe très-douce.

Partant da village de Muez^ à la naissance du plateau, est une colline dont le versaift s^incline doucement, et qui donne des sources de la meilleure eau. C'est là qu'Abderahman vint asseoir son camp. L'œil, dit Sampyre, pouvait à peine mesurer cette vaste étendue de terrain, toute couv^le et bariolée de tentes musulmanes. Cette position, difficile a découvrir au milieu de tant de montagnes et de détours, avait été rencontrée fortuitement par Abderahman , alors qu'il poursuivait Don Garcie et cherchait à le forcer au combat. Le prince ne faisait cependant que flanquer les Arabes ; les voyant assis, il se plaça en face d'eux, à cheval sur les montagnes de Salinas, protégeant son front par les forteresses d'Oro, Casteizahar et San Miguel del Lugar ; ees derrières couverts par Pampelune, et le front séparé des Maures, dans toute sa longueur, par une chaîne de montagnes et une vaste plaine. Don Qrdono traversa Burgos, la Bureba et i'Alava. Instruit par Don Garcie de la marche de Fennemi, il l'évita, et opéra sa jonction à travers mille dangers. Les mêmes camps réunirent des soldats de Léon, des Asturies, de Galice, Bureba, Alava et Rioja, aux Navarrab, Aragonais, Guipuzcoans et Biscayens, sans compter tous les chrétiens des divers points de l'Espagne, accourus se ranger sous l'étendard de l'affranchissement et de la religion. Car cette guerre était réputée sacrée.

Une grande émulation régnait dans cette armée qui, toute nombreuse qu'elle était, ne paraissait cependant encore qu'un détachement en comparaison de la foule des Mahométans. Le conseil de guerre, composé des rois et des principaux généraux, décida de harceler sans cesse cette multitude engagée dans un pays difficile et accidenté ; de la réduire à n'avoir pour subsister que ses rapines , de lui couper tous les vivres , d'inquiéter ses détachements, tourmenter ses retraites et ses marches, l'attendre dans les défilés, enfin de l'affamer et la fatiguer tant, que le découragement s'y mette. Alors de tomber sur elle avec toutes les forces réunies, quand elle commencerait à se diviser; la détruire dans les gorges, l'enfouir dans les précipices, l'exterminer, en im mot d'obtenir du temps et de la prudence ce que la violence

)t le courage ne pouvaient opérer. Mais le caractère fou- ^eux du roi de Léon , le souvenir de la sanglante déconvelue de Mudonia» la honte d'éviter une bataille qu'il était renu chercher d'aussi loin ; d'un autre côté l'ardente jeulesse de Don Garcie» qu'enflammait encore la douleur de ^oir ses états dévastés , l'enthousiasme des armées combinées» l'espoir que le ciel se manifesterait en faveur de ses liampions, la crainte du reproche que les forces réunies le la chrétienté n'avaient osé affronter la chance d'un ombat contre les infidèles : tous ces motifs firent rejeter les oiiseils qu'une haute sagesse, une savante expérience vaient dictés. Dés ce moment le dé en fut jeté; on se lécida pour le combat. La joie avec laquelle l'armée ntière accueillit cette nouvelle, semblait un présage certain e victoire; mais sur quoi compter définitivement ici-bas?

Vers le milieu du plateau qui se déroule entre Muez et lalinas de Oro sur quatre milles de longueur et trois de lar- :eur, est un emplacement un peu plus élargi, et beaucoup ihis plane. La quantité de joncs dont il est couvert a fait lonner à toute la vallée le nom significatif de val de Jwnqvera. Les rois alliés présentèrent la bataille; Abderahnan l'accepta. Les chrétiens brûlaient d'en venir aux mains; Is furent acheminés vers la portion élargie du plateau, se promettant réciproquement, d'une armée à l'autre, assismce et secours désespérés (*).

Abderahman déploya son immense horde, autant que le lerrain, dit Rodrigue de Tolède, lui permettait de s'étendre. Iliette multitude fut pliée en colonnes d'une formidable probndeur, sur un front égal à la largeur du vallon. Parcourant es rangs le calife disait ta récompense promise par le prophète à ceux qui versaient le sang chrétien ; il rappelait à shaque corps ses victoires précédentes, ajoutait que de deux innées qu'ils avaient en tête ils en avaient déjà vaincu une à ludonia ; que l'autre n'avait jamais osé se mesurer avec mx, et se contentait de porter dans leur pays l'incendie, le neortre et la démolition ; que menacés d'une mine complète

(•)Rod. Toi.— Sainp.— Mor.

les chrétiens, en réunissant leurs armes« ne faisaient que la rendre plus certaine, et jouaient d'uo seul coup Tempire de toute rÈspagne : empire que les Musulmans avaient si longtemps conservé, à l'exception unique de ce recoin de montagnes , garanti plutôt par sa stérilité et le dédain ds vainqueur, que par la valeur de ses sauvages habitants. An surplus, continuait-il, si les chrétiens sortaient imprudemment de leurs gorges et de leurs rochers, c'était faute d'y pouvoir rester plus long-temps; s;'ils se présentaient au combat, c'était moins avec l'idée de vaincre que par impossibilité de l'éviter. Don Ordono et Don Garcie ne négligèrent rien non plus de ce qui pouvait faire oublier à leurs troupes la supériorité du nombre et soutenir leur belliqueuse ardeur.

Le signal du combat fut donné par Abderahman. Les tambours, les instruments « les cris d'encouragement ou de défi de la multitude arabe, le terrible cri de guerre des Caotabres et de toute l'armée chrétienne , les sons aigus des clairons et des trompettes , les hennissements des chevaux, le cliquetis des armes, les échos des montagnes et ide la vallée qui renvoyaient et prolongeaient cette formidable rumeur ; tout aurait pu faire croire que les éléments déchainés allaient bouleverser le monde , que les monts , détachés de leurs bases, roulaient les uns sur les autres avec l'horrible fracas du chaos, celui du renversement du globe. Cependant les armées s'étaient ébranlées ; une nuée de flèches, de javelots, dépiques, de pierres, traversait ei sifflant l'espace qui les séparait encore, et qu'elles franchis» saient à. grands pas. Le rapprochement irrite la furie des combattants, précipite leur course; et les deux corps ae heurtent avec la violence de rochers qui se rencontrent aa pied de deux pentes opposées et rapides. Le fer recourbé du Mahométan se croise avec l'épée courte et droite du chrétien ; les premiers rangs tombés font jour à ceux qui les suivent et les foulent aux pieds; les escadrons sarrasins, à la mode des Scythes, chargent^ se replient pour revenir encore et reprendre champ de nouveau , semblables aux flots de la mer.

Les chrétiens serrés marchaient en ligne « attentifs à ne pas perdre de terrain, cherchant à en gagner. Ce terrain se disputait pouce à pouce. Chaque ligne gagnée coûtait des torrents de sang, amoncelait des cadavres; on combattait^ à la lettre,- les pieds trempés dans le sang. Les coups retentislants des masses d'armes , des épées, des boucliers entrechoqués, les cris des combattants, faisaient une elTrayante il sauvage harmonie. La valeur tenace des chrétiens, le xiurage et le grand nombre des Musulmans prolongèrent set affreux conflit, et les chrétiens prouvèrent que si le nomire ne les avait écrasés, harassés , la victoire eût été pour mx. Toutes les réserves de Tarmée royale avaient été imenées , toutes prenaient part au combat ; il n'y avait plus le renfort à espérer. Les rois ne cessaient de parcourir les angs, de les stimuler, de prendre leur part du danger, et de oindre leurs lances à celles de leurs escadrons. Car il allait vaincre ; les forces réunies de l'Espagne se trouvaient B. Il fallait vaincre, c'était une nécessité ; la religion de aurs pères, la liberté de la Péninsule, sa gloire, son exisènce , voilà la question que celte décisive journée débattait, it devait trancher à jamais.

Mais déjà l'on voyait diminuer, sinon le courage, du Qoins les «forces des chrétiens ; leurs bras faiblissaient. Toujours des troupes fraîches leur étaient opposées et enaient émousser leur dernier élan , leurs derniers coups. je carnage les avait épuisés^ la victoire se prononçait pour e croissant, la multitude l'emportait sur l'héroïsme. Pour^ ant les troupes royales cherchaient encore à disputer leur errain, à vendre cher une défaite désormais inévitable. Lbderahman , dont l'œil d'aigle embrassait toute l'étendue le ses avantages, résolut de terminer un combat si acharné [ui durait, sans interruption ni repos, depuis la pointe du Dur. Il fit glisser par le vallon de gauche un fort parti de roupes qui n'avaient point encore donné, et qui vinrent assailiren flanc l'aile droite déjà affaiblie, que commandait Don trdonp. Cette attaque fut inopinée, mais d'un effet terrible, i'armée entière fut percée dans tous les sens ; le corps rabe la traversa, au point qu'il enleva Dulcinde évéque de

Salamtnque et l'évèque de Tuy Ermaigio. Les Maures, maintenus jusque-là par la continuité du front des chrétiens se précipitèrent alors dans la brèche oaverte , et se jetèrent dans les rangs ennemis.

Le massacre devint indicible, le sang ruisselait du plateau dans le lit desséché du précipice, comme les eaux après ane pluie d'orage. En vain Ordono et ses plus vaillants gawriers, en vain Don Garcie accourus vers lui, s'efforçaient de rétablir le combat; ils réunirent à grand'peine quelques détachements pour couvrir leur retraite. Ils l'opérèrent en se retournant de temps à autre, comme un lion blessé, contre les Musulmans qui les poursuivaient. Ce mouvement rétrograde d'Ordono découvrait la droite de Don Garcie. Pour éviter d'être enveloppé et détruit complètement , il se retira en bon ordre et rejoignit ainsi son camp a la favear des forteresses dont il était protégé.

Ce qui prouvait Fachamement avec leqnel les chrétiens avaient combattu , était le nombre des prisonniers ; ils en avaient fait beaucoup aux Arabes, tandis que, s'ils avaient laissé une partie de leur monde sur le champ du massacre, du moins ils en eprent très-peu de pris (*).

Cette effrayante journée, dans laquelle les forces réunies de l'Afrique luttaient contre la chrétienté de l'Espagne, semblait devoir résoudre la grande question de pouvoir entre les Maures et les Péninsulaires comme aussi celle de savoir si l'Espagne resterait catholique ou deviendrait mahométane. Après le combat, auquel concoururent tant de flots d'hommes, si l'on peut le dire, le vainqueur resta haletant, près* que sans force, comme le gladiateur qui, après avoir tué son adversaire à la suite d'efforts aussi longs que désespérés, triomphe mais reste assis sur la grève, épuisé par ses profondes blessures et le sang qui en ruisselle. Après une défaite aussi sanglante, les vaincus ne pouvaient espérer de se relever et se voyaient, en frémissant, contraints d'accep* ter le joug et la doctrine des Sarrasins. Mais celui qui avait permis leur humiliation, leur ménageait aussi des ressources

O Rel. del Priy. de Àbet. -* Raguel d3 Gord. — Sampy. — Rod. Toi- Moret.

MUT lesquelles ils detaient relever ensemble et ses autels et eurs drapeaux.

Fréquemment encore, de nos jours, on trouve dans cette atale vallée de Junquera des fers barbés de flèches et de ances, des mors de brides, différentes pièces d'armures, lont quelques-unes sont dorées ; d'autres avec des incrustaîoiis en or, et toutes portant le cachet de Tantiquité dans HuÂo formes et le travail qui les décore. Le plus fort de la «taill3, d'après Sampyre, eut lieu sur le terrain situé entre Bf villige d'brujo au sud, et la chaîne de montagnes dite hndia, vers le midi. La culture s'en est emparée aujouriliui par les moyens des dessèchements, et les Basques lui onservent le nom de Juncadia, comme ils ont donné à éminence voisine de l'ouest celui de Larrafia Mauru, liamp des Maures.

Les rois, avec les débris de leurs armées, se retirèrent ans leurs camps, protégés et couverts par la citadelle de tro, et les difficultés des lieux. Us fortifièrent et gardèrent MIS les passages qui ouvraient sur eux, dans le cas où l'entemi, enorgueilli par sa victoire, tenterait l'attaque des piartiers. De cette manière, l'avantage local de leur position lurait concouru a servir leur vengeance. Mais l'Arabe, hors i*état de poursuivre ses succès à cause des sacrifices qu'il loi avait fallu faire pour les obtenir, se contenta de l'honneur d'être maître du champ de bataille, et de ramasser dans le sang les dépouilles qu'il payait si cher. De leur côté, les deux rois, loin de se laisser abattre par les malheurs ni par l'étendue de leurs pertes, cherchèrent une consolation dans leur dessein de reprendre la guerre et de réparer leurs infor* taaea. Se roidissant avec magnanimité contre le coup qui venait de les frapper presque à mort, ils résolurent de l'entr'aider de tout le reste de leur pouvoir, déterminés à le relever avec éclat ou à tomber glorieusement avec lui. Généreuse résolution qui révèle de grandes âmes, et amène de girandes dioses.

Il fut donc décidé qu'Ordofio retournerait dans son royau* me, léunîndt toutes ses finroe», et agirait selon les eireonetaiees. U importait plut à Dm Garcia de voir h roi dg h^

puissant et fort quoique absent» que de le garder auprès de lui sans ressources et sans soldats. Ainsi Don Ordono devait, ou. faire une grande et utile diversion en appelant les regards et lattention des Musulmans ailleurs, ou revenir à son point de départ si la situation des affaires Texigeait. Pendant ce temps Don Garcie, avec les secours envoyés par le roi Don Sancbe, devait nourrir la guen*e contre les infidèles. Ordono partit aussitôt pour Léon, après avoir relevé le moral des soldats centristes, terrassés par les faits accomplis. Roulant en lui de sombres et vastes pensées de vengeance» il leva promptement de grands contingents, et fut bientôt en mesure de commencer ses opérations. Pour funeste que la bataille de Val de Junquera . eût été aux chrétiens, elle leur avait laissé la confiance en eux-mêmes, puisque le nombre senl avait pu les écraser ; tandis que TArabe avait reçu . une profonde ' impression du courage, de la ténacité et de la constance des montagnards.

En apprenant à son père le douloureux résultat de l'affaire. Don Garcie lui demanda des renforts. Le vieux roi couvrait Pampelune, point essentiel sur lequel, d'après lui» rennemi ' devait bientôt se porter avec de nouvelles forces, pour Tenlever. Il hésitait entre deux dangers également imminents, et finit par trouver le moyen de secourir les deux côtés à la fois. Don Garcie renforcé, s'attacha à fermer exactement tous les passages de la grande montagne de Sarbil, remarquable par la quantité et la nature des eaux qu'elle jette de ses deux versants; salées sur le versant ocd* dental, tandis que sur Toriental, du côté de la plaine de Pampelune et dans le territoire d'Etsauri, elles sont chaudes . et vont se jeter souterrainement dans la rivière d'Arga. Le village situé près de cette rivière ^ devenue tiède pv l'aflluent, reçoit dans la langue basque, le nom à^Ibère k ] cause de celte' particularité. Ibère se compose de ur eau, [ bero chaude. Le temps et la corruption des noms ont faitda j nom primitif, composé des deux radicaux ur ber, celui de | Ibère. \

Don Garcie ayant garanti ses derrières par la montagne de j Sarbil et la rivière, couvert en avant par plusieurs forts, 1

«trancha son camp et se rangea de front aux Musulmans. Il ^mmença par réprimer leurs excursions, qui devenaient de )lus en plus audacieuses , reprit ses premiers errements de ;mrre de partisans» se retira dans les lieux avantageux, .ùr9, inabordables à Tennemi, et commença à miner la orce que sa faiblesse ne lui permettait pas encore de heurdr, et à briser en détail ce qu'il ne pouvait rompre d'un eul coup.

Abderahman » vainqueur à Val de Junquera montra, omme Ânnibal à Cannes , qu'il ne savait pas profiter de sa ictoire. Ebloui par le brillant succès qu'il venait d'obtenir» nivré par la flatterie qui accueillait ses moindres pensées et D faisait des lois , il se détermina, selon Moret et Lucas de 'uy, à porter incontinent ses armes sur les terres de France, •es courtisans lui présentaient la guerre d'Espagne comme ^rminée, puisque le glaive africain venait d'abattre deux Dis d'un seul coup, et de ruiner d'avance toutes leurs ntreprises ultérieures contre les Musulmans. Il est positif [ue la destruction de ce royaume naissant eût été une contëqueoce prompte et forcée de la défaite de Junquera, pour )eu que le roi de Cordoue eût voulu agir.

Don Ordono était dépourvu d'armée , ses états étaient bppés de stupeur ; un mouvement des Arabes eût suffi pour anéantir toute résistance. Les villes de Léon et Oviédo^ prises au dépourvu, eussent été enlevées sans coup férir, le roi obligé à fuir, s'il n'eût été fait prisonnier, et le royaume frappé au cœur, croulait et retombait sous la domination tnosulmane. Don Garcie non plus n'était soutenu que par les débris, les restes du carnage , des hommes découragés. Unierahman lui passant sur le corps, n'avait qu'à se rendre a Pampelune ; il culbutait» avec des forces très-supérieures, la petite armée du vieux Mitarra , et cernait la ville lans laquelle se seraient réfugiés en foule les habitants terrifiés de la contrée. Un mois de blocus aurait suffi ; la famine l'eût rendu maître de Pampelune, de ses richesses, et la Navarre devenait province de Cordoue. Mais un rôle plus éclatant était réservé à ces contrées vierges : le Dieu qui les avait humiliées ne voulut pas les perdre. Il 30uffla

Terrenr sur l'enfant de Mahomet , et préserva les montagnards pour qu'ils offrissent l'exemple, et remplissent la missioa à laquelle ils étaient destinés.

Abderahman ne rêvait plus que la gloire de soumettre tout ce qui , jadis , avait composé Tempire des Visigoths. Troublé par d'ambitieuses fumées, se rappelant les combats et les victoires de ses prédécesseurs dans cette partie des Gaules^ il résolut d'en faire la conquête. Sans calculer qu'il laissait derrière lui les Pyrénées avec leurs défilés, qu'il donnait aussi à un ennemi à terre le temps de se relever, de se remettre de ses meurtrissures, de se renforcer et de reprendre haleine et courage , le calife, laissant s'éteindre Tincendie qu'il avait allumé et par lequel il aurait dû eoosnmer tout, fit à la hâte ses préparatifs pour l'avenbirease expédition (*).

Les habitants de Pampelune s'attendaient d'heure en heure à être assaillis par les Maures. Ils savaient que vainement Don Garcie avait fermé les difficiles passages des montagnes de Sarbil , de Reniéga et de la chaîne occidentale, qui défendent de ce côté la plaine de Pampelune. Ils n'ignoraient pas que, par un détoui* de trois lieues seulement vers le sud, on trouve un canal large et facile entre cette chaîne et celle d^Alaiz, qui sert pour le commerce de Pampelune, et débouche sur la Ribéra. Don Garcie n'aurait pu disputer ce passage qu'en s'exposant aux chances d'une bataille , qu'il était hors d'état de hasarder.

Ce fut cette route qu' Abderahman suivit avec son armée. Traversant le Val d'Ilzarbe et suivant par la gauche le contrefort occidental , il arriva à ce passage , près de Thiébas. H laissa ensuite à gauche la vallée qui descend dn nord à la plaine de Pampelune , et suivit le terrain plane , Ibrmé par la disposition des montagnes dans sa direction orientale, par le Val d'Elhorz. Il pilla et dévasta cette vallée , ainsi que le pays de Montréal et l'antique Sangueza , aujourd'hui Rocafort; puis entra dans le comté d'Aragon jusque sur les bords de la rivière du même nom. Cette contrée fat

(,) V«Mi. GhroB.-* Luc Tue— Minr.— Hod. ToL

ment ravagée » et les Arabes s'emparèrent, chemin faisant, de quelques forts que Timprévisiou de la guerre de ce côté avait empêché de garder. Le calife se dirigea ensuite sur les monls Canfranc et Santa Ghrislina, et afQcha par cette direction son projet d'entrer en France (*).

Cependant les rois Don Sanche et Don Garcie examinaient do haut des murs de Pampelunc les nuages de poussière que soulevait Tarmée musulmane à la jonction des deux directions que nous venons de décrire. Us comptaient avec angoisse les denx ou trois heures qu'il fallait encore pour que cette troupe vint se déployer au pied des remparts de la ville. Ils furent aussi étonnés que joyeux de voir Abderahman prendre la route de gauche, abandonnant celle do Pampelune. Le vieux roi donna un court moment a la joie, et sur-le-champ passa aux plans de campagne qu'il arrêta de concert avec son fils. Us comprirent que leur réussite dépendait de leur promptitude à reprendre pendant l'absence de Tennemi, les places perdues, a secourir l' Aragon resté sans défense , faute d'avoir prévu la possibilité de la présence des infidèles. L'essentiel était de ne pas laisser à l'ennemi le temps de se créer des forces et des ressources dans l'Aragon, de lui enlever celles qu'il y pouvait avoir déjà, afin de lui couper la retraite de ce côté. De cette façon les rois pouvaient, en outre» espérer de surprendre le roi de Gordoue à son retour, dans les gorges des Pyrénées , de l'y enfermer, et d'y détruire son armée. Gomme la guerre devait être divisée sur deux points distincts, avec deux genres différents, il fut arrêté qu'elle exigeait deux chefs, avec complète autorité. Sanche, avec toute Tardeur du jeune âge, voulut reprendre sur-le-champ les vieilles bandes de son fils, les troupes que lui-même avait amenées au secours de Pampelune et des places voisines, et celles qui vinrent ensuite grossir ses rangs, entraînées par un chaleureux patriotisme plutôt que par les appels et les ordres du roi. Il voulait reconquérir la Bioja et les sources du Duero. 11 se mit donc en route, accompagné des infants Inigo et Ximéno, ainsi

(. ) Vasff. Chron.— Luc. Tud.— Moret.

que de Basilio évèque de Pampelune, qui avait voulu le suivre comme à une guerre sainte. Une foule de seigneurs, d'hommes marquants , de notables , vint le rallier, et se jeter avec lui sur les pas d'Âbderahman. Le calife avait tant de presse d'arriver en France qu'en traversant les montagnes de San-Juan de la Pena , il dédaigna même d'attaquer des hommes qui s'y étaient réfugiés avec tout ce qu'ib avaient pu emporter. Il est à remarquer aussi qu'il passa, sans l'assiéger, devant Jaca. Cette ville est la clé de la province , et d'une importance telle , que c'est elle qui , da temps des Romains, avait fait donner aux populations dont elle était entourée , le nom de Jacétaniens.

Ce qui empêcha Abderahman d'attaquer cette ville, ainsi que précédemment Pampelune, fut la crainte d'être arrêté plus long- temps que son impatience d'entrer en France ne le comportait. Ces deux places renfermaient du monde, des hommes déterminés , et bien que troublées par la nouvelle de la défaite de Junquera, elles auraient présenté de la difficulté à réduire. Il aurait donc fallu beaucoup de temps, de persistance, de combats, et perte de soldats toujours. Le roi de Gordoue préféra tourner ces villes, les laisser derrière lui, au hasard de ce qui en pouvait advenir, et se contenta d'enlever en passant quelques petits forts mal gardés, qui tombèrent devant lui sans résistance.

Pendant ce temps, le roi de Navarre Don Sanche s'empressa de profiter de la faute et de l'absence d' Abderahman, pour ressaisir ce qu'il avait perdu. Battant le pays avec ses Navarrais, il se hâtait de reprendre les villes et forts occupés par les Mahométans. Il cherchait, combattait et chassait de ses états tous les Maures que le calife y avait laissés^ et en peu de temps étendit ses conquêtes jusqu'à Huezca. Ainsi, dans le courant de l'été et de l'automne, il raffermit sa puissance ébranlée, reprit à l'ennemi ce qu'une guerre imprévue et subite avait fait tomber en son pouvoir, et rétablit dans son royaume le calme, l'abondance et la sécurité. Au milieu de toutes ses opérations guerrières le vieux m n'oublia ni le soin, ni les intérêts de la religion. Il renoovela les donations faites par son père au couvent de Santa-

iria de Fuenfreda, au sujet desquelles s'étaient élevées elques discussions. Ses lettres patentes portent les noms une foule de seigneurs et de grands, tous faisant partie de nuée; en tète on remarque Don Inigo et Don Ximéno ircia frères du roi. Sans cet acte daté des Calendes octobre 921 , et que Ton voit dans les archives du couvent I Fuenfreda, ces deux princes auraient passé inaperçus LDS rhistoîre.

Bien que celle de France ni même celle des Maures ne ssent pas mention de la pointe opérée par Abderahman» n'en est pas moins positif qu'il pénétra jusqu'à Toulouse» dut à la soudaineté de son apparition, à la rapidité de sa »urse, le peu de résistance qu'il trouva. D'ailleurs la France ait alors agitée par la querelle du duc Robert, frère du roi ides, avec le roi Charles le Simple, au sujet du ministre rori Haganon. Il est possible aussi qu'Àbderahman, instruit ) ces divisions, eût voulu en profiter pour faire son excurra. Quoi qu'il en soit, il parait d'après le silence de tous s historiens arabes, espagnols et français, à l'exception de oret. Don Yaissette, le contemporain Frodoard, qui encore éo dit qu'un mot, que ce coup de main n'eut aucun résult important. « Les SaiTasins ravagèrent toute la Gascogne, dit Vaissette^ et s' avancèrent jusqu'aux portes de Toulouse. Ils se retirèrent ensuite sous là conduite d'Abderahman, qui les avait amenés. »

Sur ces entrefaites Don Garcie, fils du roi Sanche^ recou- "ait toutes les provinces d'en deçà l'Ebre, que les Musulmans raient occupées. Il assouvit sur les Maures laissés par le A de Cordoue à la garde de ces conquêtes momentanées, m désir d'effacer la honte du val de Junquera, et de ven- 3r le sang chrétien répandu. Son ennemi vainqueur lui en •urnissait lui-même l'occasion. Déjà Garcie s'était rétabli gu[is toutes les terres comprises entre les versants du Montijo et la source du Duero, et^ fondant sur les Musulmans lacés à la défense de quelques défilés, il ne leur donna Dcun relâche et en fit de cruels exemples, dans le but de •apper les autres de terreur dès le début de la guerre. Don iarcie la conduisait avec impétuosité, et se revit bientôt

mai Ire de toute la Rioja. Il coupa ainsi toute communication entre l'armée d'Âbderahman et les Arabes laissés par lui dans les montagnes de la Navarre et d^Alava d'un côté, et de l'autre ceux de la Nouvelle-Gastille et de l'Aragon. Il laissa étroitement renfermées dans les murailles de Naxera et Viguera les garnisons qui les occupaient avec un grand matériel de guerre, et se contenta de nettoyer les contrées recouvrées, de s'emparer de tous les forts et châteaux, et de cerner de loin d'abord son ennemi, afln de le serrer de plus en plus et de l'écraser ensuite à coup sûr. Ces opérations employèrent le reste de l'année et une portion de la suivante.

Tandis que les rois Don Sanche et Don Garcie obtenaient ces succès sur les Mahométans, Don Ordono arrivé à Léon, levait en hâte toutes les forces de son royaume. Il eut bientôt mis sur pied une armée florissante, et fondit, sans perdre un jour, sur les états d'Abderahman. Profilant de l'absence du calife. Don Ordono porta ses armes sur l'Estramadure, dans un quartier nommé alors Sintilla, s'empara des forts de Sarmallon, Eliph, Castellon, Magnancia et beaucoup d'autres dont les garnisons furent passées au fil de Tépée. Il pénétra jusqu'à une journée de marche de Cordoue, pillant et ravageant tout, et continuant la guerre en Andalousie pendant une partie de l'hiver. Puis, satisfait de sa brillante campagne, vengé et riche de dépouilles, OrdoSo se retira à Zamora. C'est là qu'il apprit la mort de la reine Dona Elvire, inhumée dans l'église d'Oviédo. Il avait pour elle un profond attachement ; cinq enfants avaient resserré les liens de cette union. Aussi le roi fut-il vivement affecté de cette perte, qui voilait d'un crêpe funèbre l'ivresse et l'éclat de ses triomphes. Les cinq enfants de Don Ordono, fréquemment nommés dans les actes de donations royales, éUiient Don Sanche, Don Alonzo, Don Ramire, Don Garcia et Dona Xiména. Dona Elvire est la même que plusieurs auteurs, entre autres Sampyre évêque d'Astorga, et Pelage d'Oviédo nomment ^Munia. Mais dans les chartes et privilèges du roi son époux, ainsi que dans Morales, Yepez etSandoval, elle est désignée sous le nom d'Elvire.

L'année suivante Don Ordono épousa Ai'gonto , fikle d'une des principales familles de Galice. Peu après il la répudia, pour des causes qui ne sont pas venues jusqu'à nous, mais que Ton peut regarder comme de faux soupçons, d'après la douleur et le sincère repentir que le roi en témoigna publiquement dans la suite. Doîia Argonte se retira dans un couvent, où elle passa le reste de ses jours dans les exercices d'une fervente piété f ).

Environ a la même époque, le roi envoya aux comtes de Castille, dont il soupçonnait la fidélité, l'ordre de se présenter à la cour de Léon ; ils s'y refusèrent. Ordono s'avança vers les frontières avec des troupes, et renouvela la sommation. Dans la crainte de voir leurs terres ravagées, les seigneurs se rendirent devant le roi, qui avait fait réunir une junte à Tejar, village aux bords du Garrion. Us étaient venus au nombre de quatie ; savoir : les comtes Don Nuno Feroandez» Don Âlmondarez el Blanco , son fils don Diego , et Don Fernando Assurez. Le roi les fit juger à huis-clos par la junte, qui les convainquit de rébellion et les condamna. Chargés de chaînes, ils furent enlevés a petit bruit et jetés dans les prisons de Léon, où le roi les fit étrangler {**).

Quelques auteurs , entre autres Uariana , accusent le roi de Léon de les avoir fait inutilement mourir, pour quelque spécieuse raison d'état. Mais l'évéque Sampyre dit formellement qu'ils s'étaient montrés rebelles; Lucas évêque de Tuy, prononce qu'ils avaient refusé de marcher, lors de la bataille de Val de Junquera. Le comte Don Nuûo Feruandez est le même qui avait poussé son gendre, Don Garcie d'Oviédo, a prendre les armes contre son père Alphonse le Grand, et qui s'était révolté avec lui contre son roi. D'ailleurs Don Ordono , un des rois les plus remarquables de Léon, était un homme prudent, instruit, juste , pieux , soutien des pauvres» et loin d'être sanguinaire. Les comtes ne subirent donc que le châtiment qu'ils avaient mérité, et que

(•) Somp. — Rod.— Luc. Tutl.— Moral.— Ycp.— Sandov.— IVl. d*Ov. — Mor.

.(*•; Samp.— * Luc. Tud.— Vasa». Cluoii.— Mor.

la clémence d'Ordono ne pouvait leur épargner, en présence de la gravité des circonstances. La Galice relevait de Léoo; les comtes de cette province, lieutenants du roi, ne devaient qu'à lui seul leur puissance et leur grandeur.

Le moment était critique , et le moindre trouble compromettait Texistence du royaume entier, pour lequel il s'agissait d'une question de vie ou de mort. L'exemple d'une rébellion» d'une simple désobéissance, parti d'aussi haut surtout, devenait éminemment dangereux, et pouvait entraîner les conséquences les plus graves. Par amour même pour ses peuples, le roi ne pouvait laisser de pareils actes impunis; les conjonctures présentes en faisaient des crimes d'état. Il fallait donc sévir; Don Ordono le devait; il le fit. Mais l'art de régner se trouve entre deux écueils : Tindulgence, l'absence des châtiments, qui souvent est taxée de faiblesse, et la sévérité qui envenime les esprits, fait chercher et saisir les occasions de rébellion. Le choix esl embarrassant et il devient difficile de prononcer quel est le plus dangereux. Les exigences du moment, les prévisions de l'avenir, peuvent seules décider la question et tracer la ligne à suivre.

L'année 923 fut signalée par quelques beaux succès. Ihns les premiers mois de cette année , Don Garcie conçut le projet de compléter l'aiTranchissement de la Rioja, en reprenant Naxera et Viguera, les deux dernières places de celle province occupées encore par tes Musulmans. Ces derniers y avaient concentré toutes leurs forces en honmies, matériel, provisions , et avaient soigneusement perfectionné les moyens de défense. Ils en regardaient, avec raison , la conservation comme de la plus haute importance pour eux , outre que ces villes étaient les principales clés de ces contrées, et devenaient une dernière chance d'espérance et de ressource dans les mécomptes de la gueiTe. Le roi Don Garcie comprenait parfaitement tous les motifs des Arabes pour les conserver; c'étaient exactement les siens pour les reconquérir. Mais il n'ignorait pas tout ce que rcxécutîon de son projet demandait de temps , et présentait de difficultés ; il redoutait quelque changement fâcheux dans Têtat, encore

précaire , des événements et des situations » s'il consacrait trop de temps à cette conquête. Il se résolut en conséquence à trancher la question en la brusquant, et à la terminer avec le printemps qui commençait. Il fit demander au roi de Léon son concoors.

Ordono, naturellement belliqueux , récemment vainqueur des Arabes, jugea cette nouvelle guerre juste et sage. Il adopta avec empressement la perspective de s'aller venger des infidèles sur le terrain même où ils l'avaient vaincu , et d^effacer, par une éclatante victoire, et aux lieux mêmes où elles avaient pris naissance , les fâcheuses impressions laissées par le succès trop fameux d'Abderahman. Ordono entra dans la Rioja avec le printemps. Don Garcie, à la tête d'une armée bien disposée autant que belle , vint le recevoir. Un conseil de guerre suivit Tcntrevue des rois. Il y fut décidé que réunir toutes les forces contre une seule place , serait perdre un temps précieux ; les deux armées étaient d'ailleurs assez nombreuses pour agir simultanément et chacune de son côté. La proximité des deux villes permettait aux deux armées de se rallier dans un jour, au cas que le calife, déjà de retour à Gordoue, tentât de secourir les places assiégées, ou d'attaquer un des rois.

Don Ordono fut chargé de Naxera; Yiguera devint le par^ tage de Don Garcie. Us partirent immédiatement pour leurs destinations respectives, et commencèrent les opérations. Entre ces deux places coule la petite rivière de Naxerilla, dont le courant profond et rapide aurait rendu les secours de l'un à l'autre camp trop tardifs , si l'on avait voulu combiner les deux sièges à la fois. Naxera était , à cette époque, boute entière sur la rive orientale de la rivière, où l'on en ?oit encore aujourd'hui quelques ruines. Cette ville fut trans. portée sur le bord opposé , lors de la fondation du monastère de Santa-Haria par le roi Don Garcie. Sur le côté occidental, le passage de la rivière se défendait par son encaissement et la force de son courant ; tandis que le côté opposé était {HTOtégé par un château-fort, assis sur la cime d'une haute montagne escarpée de toute part, s'abaissant quelque

peu du côté de la Naxerilla , et aboutissant a un pont de eommumcation avec Naxera.

Viguera présentait peut-être plus de difficultés encore. Fortifiée alternativement par Muza et Abderahman, elle avait été entourée de tout ce que l'art peut produire de défense. Sa position est âpre et rude » le terrain qui Tentoure est coupé à chaque pas, plein d'anfractuosités ; de manière que, dans les sorties, les assiégeants ne peuvent s^entr'aider. Le fort qui protège la ville, plus inabordable encore, est posé sur la crête d'un grand rocher taillé à pic de toutes parts, et totalement inaccessible à Thomme. Face au nordest, on a ménagé un sentier de sortie étroit, abrupte et défendu à son sommet par des murailles, des tours, dont les restes écroulés se voient encore de nos jours. Dans cette position, une poignée d'hommes aurait arrêté et détruit uae armée. On u^avait pas non plus la ressource de réduire la garnison par famine, puisque le plateau du faite était tellement étendu et productif d'herbes, même dans l'enceinte des murs» qu'aujourd'hui on y compte de nombreux troupeaux.

Au lieu de les décourager, tant de difficultés animèrent les rois de Léon et Pampelune, qui commencèrent à presser de plus en plus les Sarrasins. Ceux-ci, persuadés que le roi de Cordoue ne tarderait pas à les secourir, reçurent toutes les attaques avec une résolution, uno constance héroïque. Le temps s'écoula sans qu'Abderahman envoyât ni ne parût, et les Maures espéraient encore. Voyant cependant qu'aux approches de l'hiver les chrétiens se préparaient à pou^ suivre vivement le siège au lieu do se retirer ; sachant que le roi de Cordoue avait appris,, par sa victoire même de Val de Junquora, à juger et craindre les chrétiens réunis, et que leur promptitude à rassembler de nouvelles forces déterminait le calife à les moins braver : les assiégés commencèrent à se décourager. Les chrétiens s'en aperçurent à la mollesse de la défense ; ils multiplièrent les attaques, y portèrent plus de fougue encore, et la forte Naxera tomba devant les Guipuzeoans et les Biscaycns de Don Ordono, comme Viguera l'imprenable devant Don Garcie et ses Navarrais,

On peut juger d'après Vitipte résistanoe des Musulmans et leur Taleur connue» de tout ce que ces deux sièges ont dû présenter de brillants faits d'armes. Cependant, excepté i'évéque Sampyre, aucun auteur ne parle de ces glorieuses opérations; encore ne cite-t-iL que Don Ordono et le siège de Naxera, sans rien dire de Yiguera. Nous trouvons néanmoins dans les archives de Santa-Maria de Naxera, une lettre patente du roi de Léon» par laquelle il ordonne la reconstruction du monastère de Santa-Colomba , situé dans le voisinage, et détruit par les Barbares. Il y relate la prise de Naxerà, effectuée le onze octobre 923, an de Fère 964 et le neuvième de lonré^ne, comme devant être attribuée à Dieu seul, à cause lies difficultés presque insurmontables que présentait cette Bonquéte.

Autant en lit Don Garcie, entré à Yiguera le onze de novembre suivant. On voit cette date dans la lettre royale de bodation du couvept de Saint-Martin d'Âlvelda, par Don Sanche» en action de grâces des succès de son fils. Cette ettre, citée par Saudoval, est dans les ardiives de Téglise collégiale de Logrono.

Pour faire trêve aux travaux de la guerre. Don Ordono lemanda et obtint la main de Dona Sancha sa nièce, fille le Don Garcie. La célébration de ce mariage, et les réjouissances des victoires récentes eurent lieu en présence des deux armées. La joie publique, l'appareil militaire, la réu- Bion de la cour et de la famille de Sanche IMitarra à celles des deux autres princes» donnèrent a ces fêtes un air de ÎMaille en même temps qu'un édat guerrier. La faiblesse d'Abderahman, trahie par son inaction, ne contribua pas peu à rendre plus vif encore le contentement général. L'hiver était venu; le roi de Léon et la reine, sa jeune épouse, partirent pour leur capitale, suivis de toute l'armée.

Environ vers le milieu de l'année.suivante. Don Ordono, tombé malade à Zamora, mourut a Léon après neuf ans et demi de règne. Il fut enterré dans la cathédrale de cette ville, et Dona Sancha rentra en Navarre. Les grands et les évéques, vu la grande jeunesse d'Alphonse et de Ramire fils d'Ordono, élurent et proclamèrent sou frère Frolla. Un

Un des seigneurs, nommé Olmunde et son frère Trumino évéque de Léon et partisan de llnfant Don Alphonse^ avaient cherché à entraver cette élection. Le roi les poiiit, le premier par la mort de ses^ enfants, l'autre par Texil : ci fut le premier acte de Froila lors de son avènement. L'hi» toire> du reste, le représente comme un prince cruel et abhorré, qui traversa son court règne de quatorze mois dam un état maladif, sans repos a Tintérieur, sans guerre conbe les Maures^ sans gloire et sans honneur. A la fin, frappé de la lèpre, il termina sa vie, redouté et détesté de sessujeti, qui se réjouirent de sa mort {*).

Don Sanche ayant recouvré la Rioja et les versants de MonUayo, en donna le gouvernement à son fils Don Garcia, et spécialement celui de Naxera à Don Fortune Galindo; puis il retourna à Pampelune. Quelques troubles survenus en Gastille eurent de graves suites, et détachèrent cette province du royaume de Léon. Don Alphonse lY, fils ésA d'Ordono, jeune prince doux et vertueux mais peu fait pour régner, fut appelé par les évêques au trône de son (mêle Froïla. Il rappela aussitôt de son exil Tévéque Frumino..

Peu de temps après la mort de Froïla à Léon, le noble Don Sanche Mitarra termina en Navarre sa glorieuse carrière; il était fort avancé en âge et dans la vingt- unième année de jj son règne. Prince héroïque, bon, juste et pieux, il fut pleuré de ses sujets, comme il en avait été adoré et béni pendant tout le cours de sa vie. Parmi tous les temples de sas royaume il choisit, pour être inhumé, la petite église cenitruite dans Tintérieur du fort de San-Estevan de Ikfp, appelé Monjardin. Ce château, construit sur le sommet d'une montagne élevée, non loin des bords de TEbre, andt été enlevé par le roi sur les Arabes, qui y attachaient nm grande importance. Parmi ses conquêtes, Monjardin était celle que Sanche estimait le plus. On serait tenté de dire aussi qu'il avait préféré ce point culminant pour veiller, vigilante sentinelle, même après sa mort à la conservation»

(') Samp. — Vasœ. Chron. — Luc. Tud. — Turq. — Moret. — MeriaD.- Ferrer.— Sandov. — Rod. Sanc.

— !»9 — sûreté de ces régions reconquises par son épée sur leé almans.

n lit dans une pièce très-ancienne» faite en 950 au laslère d'Alveida et déposée à l'église collégiale de rono, que, par respect pour la mémoire de ce grand roi, élébra pendant longues années un service anniversaire à intention, dans Téglise de San-Estevan. Les prélats et le ^ de la Navarre et la Rioja s'y réunissaient, ans les archives des conciles d'Alvelda et San-Mîllan, les nres de Don Sanche avec les Navarrais sont plus énuméqu'ailleurs. Il y est dit : qu'il fit grandes et nombreuses lesses contre les Ismaélites ; qu'il étendit ses conquêtes I les portions occupées delà Gantabrie, de Naxera à Tudèle, rre de Deyo, et sauva Pampelune au moment de tomber 1 les efforts et les cruautés des Arabes ; qu'il leur reprit igon avec toutes ses forteresses, et qu'après aVoir expulsé ïarrasins de tous ses états, il mourut dans le sein de ise et avec une fervente piété, après avoir régné vingt

on Sanche Garcia eut un régne brillant. Lorsqu'il monta le trône son royaume pauvre , ravagé par un ennemi tftcable et cruel, était réduit à des montagnes, des terres 98 ou incultes , resserrées entre des torrents et des ers. Au prix de mille travaux et de flots de sang, il le a agrandi de contrées fertiles, riches, dues à son mépris A yie, à sa vaillante épée : non pas une de ces épées de [aérants, qui combattent uniquement pour entasser les milles des vaincus, pour s'engraisser de la substance 16 nation ; mais bien un glaive tiré pour défendre les ts des peuples, leur avoir, leur bien-être et la religion, tre la furie , la cupidité et le fanatisme sanguinaire de unîsme. Eh bien , ces vingt années si glorieuses pour che, si glorieuses encore pour les Navarrais, Alavais» labres de Rioja et Bureba ; si utiles à ces peuples et à e l'Espagne, ces vingt années, ainsi que le roi qui les plit, tout cela est passé sous silence par les historiens.

Arcb. de los ConcU. de Alfeld. j d« Sao Millan.- Moret.

Garibay lui • même laisse ce règne ioaperçu , et coofond Sanche V' avec Sanche Abarca son petit-fils ; tandis qa*ib n'eurent de commun que le surnom.

Mais indépendamment des localités quî attestant de si resplendissante carrière militaire; indépendanunent des Pyrénées, ces immuables témoins ; des murailles de Pam* pelune sauvée , des sommets du Deyo ensanglantés comme les plaines des deux rives de TËbre; outre les bords dek Naxerilla et de TOja ; les monts méridionaux d'où elles es dirigent vers le nord, les sources du Duero : il existe encore d'autres monuments qui attestent son existence et sa piéié. Ce sont ses fondations religieuses à Yrache , Leyre , Fumfreda, Santa-Haria de Pampelune , Saint-Martin d'Alveldi, la collégiale de Logrono. Les archives, les chartes, les lettres patentes de ces divers couvents et églises ne laissent aucu doute sur Don Sanche V' surnommé Mitarra et Abarca » et constatent d'une manière irrécusable la date et la duréeie son règne, l'époque de ses hauts faits.

Après la mort de son père, Don Garcie se rendit à Panpelûne où il fut proclamé roi, et, selon la coutume de temps, élevé sur le bouclier des ricQmbres.

Don Alphonse , monté sur le trône de Léon , perdit aa bout de peu de temps sa femme, la reine Doua Urraca, doat il avait un fils, nommé Ordono comme son aïeul. L'amour profond du roi pour cette princesse lui en fit vivement refsenlir la perte. Sa douleur, son peu de goût pour le gouvernement, et la guerre, pour laquelle il ne se sentait point de vocation , le déterminèrent à abdiquer. Il manda doac devers lui à Zamora son frère Don Ramire , jeune priaee rempli de courage et de talents » qui partit aussitôt de Visée sur les frontières de Portugal. Don Alphonse déclara» si présence des grands du royaume , qu'il abdiquait en ùa&u de son frère, et se retira dans un couvent.

Ramire débuta dans la royauté par une expédition contre les Musulmans. Jeune et ambitieux, bouillantet absolu, désireux de signaler le commencement de son règne , il leva une armée pour soutenir Giaffar qui , rebellé contre Abderahman , venait de s'échapper de Tolède avec deux mill^

cavaliers et autant de fantassins. Giaffar avait deviné le earactère et les intentions de Don Ramire ; en s'engageant à loi payer un tribut en qualité de vassal , TArabe obtenait ce double avantage de s'assurer un appui , et de susciter au roi de Gordoue de nouveaux ennemis.

Cette occasion de semer la discorde parmi les infidèles avait souri au roi ; il accueillit Giaffar sans songer que pour des succès incertains, pour une alliance au moins douteuse, il compromettait et sa couronne et ses états. Au milieu de ses préparatifs , Ramire n'apprit pas sans surprise qu*A!phonse IV son frère , regrettant le sacrifice d'un sceptre déposé sur un tombeau , avait prêté Toreille à Tambilion, était sorti de sa retraite à Tinstigation de quelques grands du royaume , et s'approchait de la ville de Léon , déclarée pour lui. Aussitôt qu'Alphonse y fut entré, Ramire dirigea rar cette ville l'armée qu'il conduisait au secours de Giaffar, la somma d'ouvrir ses portes, et sur son refus la cerna étroitement. En vain employa-t-il tous les moyens pour amener Mm frère à une conciliation ; le faible Alphonse rejeta fièrement tout accommodement, toute ouverture ; le retour de la soif du pouvoir lui inspira du caractère , lui improvisa de la péaolatîon : qualités intempestives autant que tardives qui, mises au jour dans les circonstances actuelles, suscitèrent la |yerre civile; tandis que, déployées plutôt, elles auraient fil attirer gloire et bonheur sur le royaume auquel il avait leooncé par boutade de chagrin d'amour. Dm Ramire fut donc obligé, d'assiéger la capitale de ses propres états f).

Sur ces entre09iites Alphonse, Ramire et Ordono, tout trois fib de Froila, profitant des dissensions du royaume de Léon, aoulevèrent les Asturies qu'ils voulaient détacher de kl domination de Ramire. Dans cette extréimté le roi^ obligé d'aller étouffer cette nouvelle rébellion ^ convertit ea ua étroit blocus le siège commencé, et marcha avec le reste de ion armée e^ontre ses cousins. Les habitants de Léon, pressés par la famine^ commencèrent par des murmures, et finirent par forcer Alphonse IV à capituler avec son frère. L'ex-roi, dénué de toute ressource , fui se jeter aux pieds de Ramire, implorant sa iclémence et sa générosité pour lui et ses adl)é-

rents. Hais la tendresse fraternelle dut céder aux séyèra devoirs de la royauté; Alphonse fut jeté dans une étroite prison, tandis que ses partisans obtinrent une amnistie géoérale. Le roi rentra dans Léon. Il ne tarda pas à marcher w les Asturies avec toutes ses troupes. S'arrètant sur la frontière, il intima aux Asturiens de lui tenir la parole donnée, et de lui livrer les trois frères révoltés. Us obéirent, faute de pouvoir conjurer un tel orage. Don Alphonse fit enfermer ses cousins avec son frère et leur fit, comme à ce dernier, crever les yeux : châtiment fréquent à cette époque de barbarie. Il les fit ensuite transférer tous quatre au monastère de Saint - Julien de Ruiforco , à deux lieues de Léon , avec ordre , disent Lucas de Tuy et Sampyre , de les traiter coih fermement à leur rang Ç).

931-933 L^ vingt-quatre juin 931 mourut la reine Dofia Urraia, ainsi que la nomment Lucas de Tuy et Morales. Ramire II ea avait eu Tinfant Ordono qui devint son successeur, et Drài Elvire qui prit le voile. Ce fut en 933 qu'une ville de Basse- Navarre^ nommée par les auteurs, la noble ville, prit le n$MB de San-Pelayo, en Thonneur et souvenir du glorieux martjr navarrais Santo Nino Pelayo, que nous traduisons par Pelage. Par la suite des temps le nom de cette ville s'est corrompa en celui de Saint^Palais.

La répression de toutes les révoltes avait rétabli Deo Ramire dans la paisible possession de son royaume ; il réunit une forte armée de Yascons, Galiciens et Asturiens , et se jeta résolument sur les terres du roi de Gordoue. Franehiisant les hautes montagnes de Guadarama, traversant Zamort et Avila, il vint planter sa tente devant Madrid, après avoir renversé tout ce qui gênait son passage. Cette ville était alon fortifiée; Ramire Tassiégea, pratiqua promptement une brèche et remporta d'assaut, malgré l'opiniâtre résistance dei assiégés. Les habitants et la garnison furent passés au fild« l'épée. De là le roi se porta sur Alcala qui fut enlevée aussi. Il se rabattit sur Tolède^ une des plus opulentes et des plus

(•) Moral.- Rod. Sanc- Rod. Toi.- Hist. Univ.- Vas». Chron.- Luc Tud.- Samp.

poissantes cités du royaume de Gordoue. Les riches environs en furent ravagés, et Ramire retourna dans ses états, ruinant chemin faisant Talavera , pillant et ravageant tous les villages et villes ouvertes qu'il rencontra. Son entrée à Léon fut triomphale. Les fruits de cette campagne furent de nombreuses dépouilles et plusieurs milliers de prisonniers.

Ramire Gt pompeusement inhumer, dans le monastère même où il avait été détenu, son frère Don Alphonse IV, samommé le moine et l'aveugle, mort à ce moment f ).

Le bruit de l'incursion de Don Ramire, celui surtout du désastre de Talavera, retentit bientôt à Gordoue. Abderahman, resté comme engourdi depuis la journée de Val de Junqueira qui Tavait presque épuisé, sortit irrité de son apathie, €t fit publier l'Al-Gibedh. Pendant que les Al-Faquis appelaient aux armes, à la défense do la religion du prophète tous les enfants d'Ismaël, Ramire II, suivant les sages préceptes de son père, cherchait à resserrer les nœuds qui l'attachaient à la Navarre. Il demanda et obtint Dona Thérèsa, appelée aussi, on ne sait pourquoi, Florentina, sœur du roi Don Garcie de Navarre. Ainsi le mariage d'Ordono II avec Dona Sancha de Navarre avait marqué la fin d'une guerre, et celui de son fils Ramire II avec Dona Thérèsa, aussi de Navarre, devait signaler le commencement d'une guerre nouvelle contre les mêmes ennemis (**).

Abderahman III, avec toutes ses troupes d'Andalousie, marchait rapidement sur la Galice. Son oncle^ Al-Mudafar, uecourùt à marches forcées, altéré de vengeance et avide de nouveaux succès. Il joignit son neveu sur les bords du Duero, etpénétrant en Galice, ymittoutà feuetàsang. Tristes repré- ■ miles des précédentes dévastations de Don Ramire. Abenr Khaya, gouverneur de Saragosse et vassal du calife, étaitvenu f lerenforcer de ses troupes. Al-Mudafar traînait à sa suite une f tdle quantité de butin et de captifs, qu'il craignait en embarl nsser la marche de son armée. Pour obvier à cet inconvénient il les fit tous massacrer. Cette exécution atroce eût été

(•) Rod. Toi.— Samp.— Hist. Univ.— Chénier.— Coude.— Moret.

D Luc. Tud.-Rod. Toi.- Pelay. de Ovicd.- Samp.

digne des Romains, et c'est l'histoire arabe elle-mèn qui nous Tapprend (*).

A peine de retour de son expédition Don Ramire n'avi eu que le temps de poser les armes» lorsqu'il fut averti i l'entreprise des Maures, par le comte de Castille Don Fe nahdo Gonzalez, seigneur de Larra. Ce valeureux seignea dont les qualités et la bravoure tiennent presque du fiibulev réunit les corps des divers comtés de Castille au sien, et %\ fut joindre le roi de Léon, qui s'avançait en grande hâteii les frontières avec toutes ses forces. Ramire rencont Tarmée arabe en vue de la ville d'Osma, dans une vai plaine, favorable au déploiement de leur nombreuse cafi lerie. Malgré son infériorité Don Ramire chargea Tennep avec tant de résolution, et fut tellement secondé par le bm Gonzalez, qu'il enfonça les Maures au premier choc. I fougueux Al-Mudafar, se jetant à leur tète le glaive a la maii les ramena à la charge par de fanatiques paroles et l'enla nementde son exemple. Mais repoussés toujours, refoulés^ nouveau et rompus chaque fois qu'ilsse ralliaient, lesinûdéb finirent par plier définitivement, et fuirent devant les chri tiens. L'armée mahométane fut en partie détruite. Apn cette victoire le roi repartit pour Léon, où il fut accueil avec toutes les marques de l'enthousiasme le mieux méiâi En action de grâces au ciel d'avoir béni ses armes, il coofinn les dons et privilèges accordés à Saint- Jacques de Compoi telle par ses prédécesseurs (**)•

L'année suivante Don Ramire résolut de punir Abei Ahaya gouverneur et petit roi de Saragosse , ainsi queli désignent les auteurs espagnols et arabes. Il se dirigea il cette ville avec une armée suffisante, et commença le défit Les progrès de l'armée chrétienne furent rapides ; Âbéft Ahaya tenta vainement de les arrêter. Convaincu de mi impuissance, effrayé de la coalition de tous les pripee chrétiens, terrifié par les nouveaux revers essuyés par hi armes arabes, et qu'il avait partagés, Aben-Ahaya se déhs

(•) Hisl. Arab.- Condc- Chénier.

pSamp.- Rotl. Toi.- Moral.- Cïidn. — Moret.

I à composer. Il offrit au roi de Léon de devenir son al, et de lui payer le tribut. annuel qu'il servait à Abdelan. Ramire accepta ces propositions. Quelques villes Milites dépendantes du gouvernement de Saragosse ne nrent pas abandonner le parti d'Abderahman, et prirent rmes; Ramire combattit les récalcitrants, et les réduisit [>éissance de son nouveau sujet et protégé. n\k donc une guerre commencée contre tous les Maho- (OS en masse , et qui a pour résultat de soutenir quel- Musulmans contre leurs coreligionnaires. Ce n'était léanmoins un avantage à dédaigner que d'avoir semé la ion entre de pareils ennemis , et d'avoir pu armer le e contre le fort, surtout quand ce fort était le redouté irahman. Les villes et contrées soumises conjointement le concours d'Aben-Ahaya et du comte Gonzalez furent ues par le roi de Léon, selon Louis del Marmol et Sam- » au roi de Saragosse f).

iderahman^ méditait une vengeance contre son vassal èle et contre le roi do Léon ; il mit en conséquence une ie sur pied. Aben*Ahaya eut avis de ce mouvement, et ita sur - le - cbamp vers le roi de Gordoue. Il lui fit dire avait été contraint de se soumettre atix chrétiens, mais «'il voulait le garantir de la colère de Don Ramire , il . réunir ses troupes à l'armée de Gordoue, pour agir de ert. Abderahman accepta , et fit avancer ses forces. Le erneur de Saragosse reprit son premier vasselage avec it de facilité qu'il l'avait quitté. Deux fois parjure en i peu de temps, il excusa sa première trahison par l'imlUx motif de la nécessité , et sa défection actuelle fut ■ée du nom de repentir. Quoi qu'il en soit, son maître i se portèrent sur Sotoquebas, aujourd'hui Govarrubias en emparèrent après un combat opiniâtre, et en expia de leurs défaites antérieures les Musulsans massacre une grande quantité de chrétiens, et rasèrent la place $st dit nulle part que le roi de Léon ait été vaincu , ni e eut armé avant cette dévastation {**). 5amp.— L. del Marmol.— Rod. Toi.— Chronicon. Annal, de Alcala— Samp.— Rod. Toi.— Morales.— Moret.

Une expédition aussi peu importante ne pouvait assouvir la vengeance d'Abderahman. Il appela de nouyeaux secours d'Afrique, ordonna à tous les valis d'Espagne d'apprêter toutes leurs troupes, et manda à Aben-Âhaya d'en réunir le plus possible. Cette armée formait un total de cent cinquante mille hommes, dont cinquante mille cavaliers. Quelques auteurs arabes en portent l'ensemble jusqu'à deux cent mille. Abderahman ouvrit sa marche du côté du Portugal, et tournant à l'est, il laissa le Duero à sa gauche et passa entre Salamanque et Zamora. Suivant la coutume du temps, tout fut ravagé sur son passage; le fer et le feu traçaient profondément le chemin des Arabes-Maures.

Don Ramire jugeait bien, sur la grandeur des armements du roi de Gordoue, que son but était de le refouler dans les* Asturies, et de ressaisir ces fertiles plaines de Léon , jadis arrachées à la conquête musulmane. Malgré tout le soin qu'il mit à activer la formation de son armée ; bien que, dés les premiers avant-coureurs du bruit de guerre , il eût fait prévenir le roi de Pampelune et lui eût demandé des secours dans cette querelle qui compromettait également les intérêts de tous les princes chrétiens : Don Ramire ne put être assies tôt prêt pour prendre la campagne, et empêcher les dévastations d' Abderahman. Celui-ci avait commencé son mouvement dés le mois de mai. Don Garcie^ délivré par l'absence d'Aben-Ahaya de la crainte d'une diversion vers la Navarre, s'empressa de secourir Don Ramire, voulant reconnaître envers le fils l'aide importante dont lui avait été le père» lors des campagnes de Val de Junquera , Naxera et Viguera.

Abderahman s'était emparé des pays en delà du Duero; il était en vue de Simancas, frontière et clé , à cette époque, du royaume de Léon. C'est vers le mois d'août que l'arniée chrétienne combinée arriva devant cette ville, et trouva l'armée arabe campée dans les plaines voisines du confluent du Duero et de la Pisuerga. L'attaque fut aussitôt convenue pour le lendemain à la pointe du jour. Ramire, avec les comtes de Léon et Biscaye , devait conduire l'avant-garde; le corps d'armée était commandé par le roi de Pampelune avec ses ricombres et comtes de Navarre et d'Alava; la

éserve ou arriére-garde , par les comtes de Ca^lille et le lomte Fernando Gonzalez f).

Les forces n'étaient point égales ; la prudence et Téclaante valeur du roi chrétien y suppléa. Quoique la plaine mt très-unie et découverte, en approchant de la jonction les deux rivières le sol se brise cependant un peu> s'accilente et présente quelques ravins. De là^ plusieurs auteurs irabes ont nommé cette journée de Simancas , la bataille tel Baranco mot espagnol qui signifie fondrière ou ravin.

La position était habilement choisie pour entraver les manœuvres de la cavalerie des infidèles, se ménager les moyens de la tourner inopinément et de la couper si elle s^aventurait. Le combat s'engagea le six août au matin. Les troupes du vieux et vaillant Âl-MudaFar déployèrent les pre mières leurs bannières et fondirent sur les chrétiens avec de grands cris ; Tannée entière les suivit. Les chrétiens s'avancèrent en bataillons serrés. Ce premier choc fut celui de deux montagnes ; il fut terrible ; la terre se couvrit de morts. Des deux côtés le fanatisme de la gloire, de l'orgueil, de la religion, l'amour de la patrie excitaient les combattants. Al- Mudafar, accoutumé à vaincre, se montrait partout où le danger était le plus pressant : on aurait dit que les lances chrétiennes se baissaient devant son cimeterre et sa fougu^pi^iB audace. Ramire, avec ses cavaliers bardés, de fer, perçait les escadrons ennemis. Don Garcie refoulait l'infanterie arabe et maintenait la ligne ; le Comte de Gastiile voyait fuir devant lui un ennemi qui n'osait pas attendre ses coups. En dépit des efforts du traître Aben-Âhaya, du vaillant Al-Muda&r et du vali de Tolède Aben- Ahmed ^ les Musulmans pliaient^ leur aile droite était en plein désordre. Ge fut le moment que choisit Abderahman pour donner avec sa garde et ses cavaliers de Gordoue. II vint prendre l'armée chrétienne en Banc. Heureusement ce mouvement avait été observé et prévu par le prudent Garcie de Pampelune, qui le fit en

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