‹ Histoire primitive des Euskariens-Basques; langue, poésie, mœurs et caractère de ce peuple;Chapitre 2 sur 18 · VJ · texte numérisé non relu

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pour le berceau de leurs descendants. Les autres, et c'était le plus grand nombre, suivant les côtes nord de l'Afrique, ne s'arrêtèrent qu'aux limites du monde connu d'alors, quand la terre vint à manquer à leurs pas et que le vaste Océan leur jeta et dressa devant eux en grondant son écumeuse barrière. Ils se reposèrent un moment sur ce littoral inhabité qui accueillit les colons du malheur. Le bras de mer fut bientôt traversé par ces tristes jouets d^me civilisation plus inquiète, plus envahissante, plus turbulente que la leur. Ils arrivèrent, en peu de temps, sur la plage de l'Hespérie, pays fertile de lui-même et dont le climat différait peu de celui qu'ils venaient d'abandonner. Quelques siècles s'écoulèrent, les générations successives avaient remplacé la fondatrice do cette colonie, devenue patrie aimée de la population existante. Celle-ci s'étendit, couvrit la nouvelle terre, bâtit des villes, cultiva le sol et donna le nom à'Ibères aux fleuves qui l'arrosaient de leurs eaux fécondantes.

L'invasion des Celtes la refoula de nouveau. C'est alors que reculant sans combattre, décimés par la férocité des envahisseurs, dépouillés de tout ce que l'éducation agricole et commerciale leur avait donné, les Ibères se retirèrent dans les montagnes qu'ils devaient défricher, peupler, défendre, maintenir libres et conserver à jamais.

Ces hommes simples, doux, mais favorisés d'un tact sûr, d'une civilisation intellectuelle avancée, n'avaient point, des diverses contrées dont le besoin de liberté les avait exilés, emporté de richesses, de trésors; ils n'en possédaient pas: d'armes; elles leur étaient inconnues. Mais ils avaient recueilli les seuls biens qu'un pareil peuple puisse apprécier:

— vij — leurs femmes, leurs enfants» liens de la vie et des hommes entre eux, leurs vieillards, législateurs et sagesse de la nation.

Qui pourrait compter les victimes de la fetigue et de Tinclémence du ciel, les morts jalonnant la route suivie par cette touchante et sublime migration des naufragés de la tempête sociale? Que ne faut-il pas de force morale dans pi peuple, pour lui faire prendre une telle détermination et pour l'exécuter? Dans ces agneaux égorgés sans défense, mais sacrifiant tout pour se soustraire aux chaînes du servage, on trouve le germe du lion de la guerre dont la renommée remplira un jour toutes les bouches. Dans ce caractère naïf et capable d'une vigoureuse résolution, en tout ce qui touche au sentiment de sa chère indépendance, on pressent le fier acteur que les malheurs, les révolution! des nations préparent à jouer un rôle principal dans l'impo* santé épopée qui ensanglantera l'Occident.

Les Ibères, forcés par l'impulsion irrésistible des événe ments et par le flot torrentueux des invasions armées , ne pouvaient enc(»*e que leur tendre la gorge» leur opposer la force d'inertie et de stériles larmes. Sévèrement éprouva par les arrêts de la providence, qui voulait fortement lrem« per leurs âmes dans le malheur et compléter ainsi leur caractère d'hommes, ils furent poussés d'envahissement en envahissement, jusqu'aux lieux qu'ils occupent aujourd'hui. Confinés dans d'âpres montagnes, après avoir fait l'abandon successif de plusieurs patries d'adoption, les Ibères regardèrent autour d'eux. Ils n'y trouvèrent, en dédommagement des plaines fertiles abandonnées à l'avidité des conquérants, que de sauvages rochers, de sombres cavernes, des foi'èts,.

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des précipices , des eaux limpides, de profondes vallées. Partout les productions de la nature , mais primordiales, mais ignorantes du contact de la main de Thomme , mais non encore améliorées par Tindustrie. La terre était comme alors que le créateur la fit surgir du sein des flots.

L'infortune est une haute école; la nécessité a une voix inpérieuse; et Texpérience, pour les peuples qui savent porter leurs pensées en arrière, devient un trésor, un vaste enseignement, une leçon d'avenir. Promenant donc leurs regards inquiets sur les lieux, les peuples dont ils étaient comme cernés, les Ibères virent de loin le glaive briller dans les mains de leurs voisins, le sang couler sur la terre attaquée par les uns défendue par les autres, l'incendie fumer, éclater, s'étendre, s'allonger; et ces hommes, tout froissés encore de la dernière tempête qui venait de les jeter sur un rocher désert, y dressèrent leurs tentes avec la résignation d'un stoïqtie et invincible courage. Les entrailles de la terre interrogée leur livrèrent le fer. Industrieux par essence, cultivateurs nés, ils se servirent de ce métal pour obtenir de cette terre généreuse, les moyens de pourvoir a leur subsistance et à celle de leurs enfants. Puis ce fer qui avait fécondé leurs champs vint armer leurs mains. Ils acquirent dès lors une grande célébrité par leur manière de travailler ce métal f ). Le peuple, fortifié par la nature, élevé au-dessus du niveau continental, agrandi

f) Silius - Italicus. Pline. Strabon. Les Romains adoptèrent l'épée à deux tranchants des Gantabres. Elles étaient si bonnes qu'elles fendaient casques, boucliers, etc. Cette dureté était attribuée k ce que les Gantabres laissaient le fer sous terre jusqu'èi ce que la rouille eût fait disparaître les parties les plus faibles. ( A Laboeoe. )

moralement par les sauvages beautés semées à chacun de ses pas, nourri dans la pensée de l'unité divine» reconnut alors la main qui l'avait conduit. L'Ibère, établi au sein de^ montagnes, en fit l'inviolable asile de sa liberté. Il remerm le Dieu des mondes de lui avoir fait trouver le fer dans son lieu d'exil avec des sources pures pour le tremper, des cœurs d'airain pour s'en servir en héros. Il se vit pla^ entre deux populations rivales, ennemies, et se regarda dés ce moment comme une barrière posée sur la limite des deux sociétés ; il se dit : Personne ne traversera nos gorges, nos vallons qu'en présentant une main amie, qu'autorisé, protégé par nous. L'Euskarien, devenu proportionnellement si réduit, si numériquement faible, envisagea Tasservissement avec plus d'horreur que jamais. Fier des malheurs qui l'avaient tant poursuivi sans l'abattre, grand par la noblesse de son caractère, d'enthousiaste qu'il était de sa liberté, il en devint idolâtre et jura de la maintenir. Alors le glaive des batailles à la ceinture, le courage au cœur et un calme chaleureux sur le front, se tenant tous par la main, ils levèrent leur étendard, le plantèrent sur le sommet de la plus haute montagne, comme un phare qui devait avertir les peuples de ne pas venir se heurter contre leurs rochers, boulevards de l'indépendance euskarienne. Puis commencèrent les cris de joie, puis se forma Iq cri de guerre qui devait saluer le noble drapeau. Et une danse nationale ferma la fête de la liberté, la fête de l'établissement, de la fédération d'une nation. Cet élan de tout un peuple avait ébranlé la montagne ; la terre au loin en avait été émue : les peuplades circonvoisines portèrent leurs regards du côté de cette formidable rumeur. Elles virent alors la bannière

euskarienne dérouler ses plis menaçants au gré des vents, «emblable à un bras gigantesque qui disait aux peuples ce que disait la voix tonnante, ce que marquait le doigt toutpuissant du Très-Haut aux flots de TOcéan, le jour où il les voulut contenir dans leurs limites : « Tu n'iras pas plus loin ; tu ne dépasseras pas la ligne que j'ombrage et que protègent saintement Tamour et la puissance de la liberté. » Cet ordre superbe, ce cri magnanime et spontané ne resta pas étouffé dans les abîmes de la montagne, ne fut point expirer sous les solennels ombrages des forêts primitives; le monde fut son écho. Comme un bruit de victoire retentit le renom des Euskariens. C'est ainsi que se dressa, haute et protectrice, la falaise au pied de laquelle devaient tour*à-tour venir se briser les armes de Rome, des Visigoths et des Sarrasins. Chez les Ibères, le malheur trouvait un asile, la faiblesse un protecteur, l'oppression un implacable ennemi, l'opprimé un secours, un allié fidèle. Et plus tard, lorsque ce peuple, se reportant vers ses destinées passées, « montrait avec orgueil son nom parmi ceux-là qui furent grands dans le monde, n'était-il pas inspiré par un juste sentiment de ce que valaient ses aïeux? Sa forte épée avait tracé ses limites et les fit respecter. En la regardant il la retrouvait teinte du sang de tous les maîtres de la guerre, de tout ce qui s'était érigé en conquérant, en oppresseur. L'Espagne, la France, l'Italie, l'Afrique, partout l'Ibère avait des théâtres de sa gloire, des témoins de sa valeur, des ennemis renversés. Il n'avait point de chroniqueurs pour écrire ses hauts faits, pour transmettre au travers des siècles le souvenir de son héroïsme. Mais sur des monuments plus solides que les chroniques, plus impérissables

que les livres, il a gravé en caractères indélébiles la preuve de nos traditions* Ainsi > Salmantica, Trasimènes, Cannes,. Pharsale, Munda, Galaburris, et dans une époque moins éloignée^ Bordeaux, Toulouse, Poitiers et Tours , Ronce«> vaux, Cavaonga, Val Roncal, Val de Junquera, Arrigorriaga» Ëzla, Galat-Anozor, Muradal, et tant d'autres lieux, vivront dans les fastes de Tavenir. Ils font encore tressaillir le cœw des descendants de Tibère ; on en parlera avec émotion et respect tant que les montagnes canlabres resteront siir leurs bases inébranlables, tant que le sol da Gfaerekis et de Gber* nika pourra nourir les cbènes dont tes rameaux ombrageaient la vieille liberté de l'Euskarien.

Quel coin de la terre, quelle réunion d'hommes peuj;^ présenter une aussi belle, une aussi pure nationalité? Qoe( peuple a traversé intact, avec sa langue, ses mœurs, ses lois, la série des temp&» les diverses phases de la barbarie et des difierentes civilisations? Quel a fait pour son indé* pendance les sacrifices de Tibère, du Cantabre, du Vascon^, du Basque de nos jourë ? Qui fut plus digne, ajouterons^ri nous^ d'en garder le saint dépôt? Jamais le Cantabre wr connut la frénésie des conquêtes; jamais il ne fit la guerre dans le but unique de verser le sang ou de donner des fers. Il n'était pas régi par une démagogie farouche, ni le caprice d'un président unique. Son aréopage était la réunion de se$ vieillards, hommes de sagesse chez lesquels était amorti le feu des passions , hommes qui avaient passé par l'épreuve des champs de batailla, hommes d'expérience , aux nombreuses cicatrices, à la blanche chevelure, qui faisaient bénéficier leur pays et leurs frères du calme et de la mata-^ rite apportés en eux par les années et les événements. Les

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