Histoire raisonnée du commerce de Marseille
JLje commerce de Marseille a toujours été considéré comme l'une des principales sources des prospérités nationales.
L'histoire de ce commerce n'intéresse donc pas seulement la grande cité phocéenne^ elle intéresse encore toutes les villes commerçantes et manufacturières, celles surtout qui, par leur situation près des mers , des fleuves , rivières et canaux , peuvent utilement faire le commerce d'exportation et d'importation.
La reconnaissance publique, monsieur le Ministre , vous signale comme Tun des grands administrateurs qui se sont occupés^ avec le plus de sagesse, dedévoûment et de succès, des grands intérêts du commerce français. Au nom de cette reconnaissance dont j'ose ici un instant me faire l'interprète, conseillé d'ailleurs par les principaux négociants et enhardi par le témoignage de satisfaction dont
l'autorité locale a daigné me gratifier ^ j'ai regardé comme un devoir^ monsieur le ministre^ de vous dédier V Histoire raisonnée du commerce de Marseille ^ appliquée aux développements des prospérités modernes.
Je fais des vœux^ monsieur le Ministre, pour que cette dédicace spontanée puisse vous prouver qu^au fond des provinces dç France il est des hommes d'étude et de cabinet qui ont noblement compris la belle mission de la liberté de la presse en ne publiant que des œuvres d'une utilité incontestable : elle aurait ainsi déjà, sous ce rapport , le bonheur de vous plaire et d'obtenir votre imposante approbation.
X Sur le rapport d'une commission spéciale^ le conseil municipal de Marseille a accordé à Taiiteur de cet au'vrage une prime d'encouragement de i ooo fr.
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Dans cet espoir flatteur, j'ai hâte, Monsieur le Ministre , de vous donner ici un aperçu sommaire de mon travaiL
L'histoire du commerce de Marseille, déjà si importante par elle-même, lorsque 1 écrivain se contente d'exposer la série des faits qui le constituent, doit offrir un intérêt plus puissant encore si , animé des plus louables intentions et d'un vrai patriotisme, cet écrivain laisse de côté toutes les préoccupations politiques pour ne songer qu'à remplir utilement la noble tâche qu'il s'est imposée, celle qui a pour objet de faire naître de l'étude des faits anciens, des idées de gloire, de grandeur et de prospérité, pour les appliquer, par des raisonnements et des conséquences logiques, aux faits moder-
nés, aux faits éventuels. Par ces utiles combinaisons il peut hardiment flétrir les abus du passé pour opposer une digue à leur renaissance; il démontre les bienfaits de ce même passé pour faciliter leur application au présent; et suivant la même marche par rapport à ce présent qu'il débarrasse de tous les abus, de toutes les entraves, il fait entrevoir Tavenir qui se cache encore sous un voile d'or, ne demandant aux hommes qu'un peu de bonne volonté pour le soulever entièrement.
Ainsi , doublement entraîné par le positivisme des faits qu'il aura puisés dans les sources les plus authentiques, telles que les Lois^ les Chartes^ les Édits et les Archives publiques, et, par lenthou-
siasme qui, né du désir de bien faire, Texcite à examiner ces faits sous toutes les faces, l'historien du commerce de Marseille revise toutes les questions relatives à l'éditde 1669, crédit de port franc); il rappelle les entreprises des anciens fermiers; il assiste aux constructions nauales ; il aborde le Le^ant^ V Egypte^ la Barbarie; il examine \es pièces étrangères ^ les lingots^ les lettres de change; il voyage dans les Échelles , chez toutes les
nations commerçantes ; visite les consuls ; s'occupe de fret; il navigue en Chine ,
dans les Indes ^\es Deux ^S^^a^^; il examine ce qu'était la traite des Nègres; il ose même aller jusqu'en Sibérie, qull abandonne bientôt pour venir en Portugal^ en Espagne^ tn Amérique ^ dans
les Colonies^ en Suède ^ en Nonvège^ etc., etc.
Après avoir ainsi parcouru, avec les meilleurs guides, toutes les nations avec lesquelles Marseille a établi et pourrait établir de fructueuses relations, l'historien de son commerce vient se reposer dans son sein ; il étudie sa fabrication^ le corail^ les chay^ les savons , les soudes , les corderies et sparteries^ la cire^ les étoffes^ le lainage^ les salaisons^ les liqueurs^ les pâtes ^ les cotons^ les papeteries^ les cuirs ^ etc. Tout ce qui se fabrique^ tout ce qui s'exporte^ tout ce qui s'importe est l'objet d'observations économiques dont le but incessant est d'offrir des vues d'améliorations et de progrès.
Continuant sa marche , l'écrivain , narrateur et économiste, appelle à son aide les lumières d'une sage philosophie, afin de pouvoir distinguer les causes qui arrêtent souvent les progrès matériels ; il en signale plusieurs relatives à Y usure ^ au jeu y à la débauche et même au suicide , qu il flétrit alternativement dans des discussions intéressantes. Après quoi, il fait des calculs avec le Mont-de-Piété ^ la Caisse d' épargne ^ la Banque^ et, dans ces établissements , il trouve des garanties d'humanité intelligente et d'une prospérité incessamment progressive.
L'état actuel àxxport de Marseille^ les projets de docks et de tunnels , le canal
dirrigation excitent aussi sa sollicitude, éveillée par Texamen des documents officiels et authentiques.
Revenant ensuite sur ses pas^ Técrivain fait une étude de dwers objets d'administration; il secoue la poussière qui souille les prwiléges historiques de Marseille ; parle des ressources ou impositions propres à alléger les charges.
Enfin, et pour arriver à une conclusion, il fait une re^^ue historique où , rattachant encore le passé au présent, il
montre Marseille sous ses fondateurs^ sous les Romains^ sous les Français, sous les Comtes et les Vicomtes ; de nouveau sous les Français et sous tous les gouvernements qui se sont succédés jusqu'à ce jour. Les lettres, les sciences^ les arts^ le luxe , les spectacles , \ absence de monuments^ les hospices^ etc., donnent lieu à des examens philosophiques et à des
idées d'amélioration qui se terminent par des vœus: en faveur des classes paui^res ^ des Errants troussés et des Mendiants^ intéressants objets de la soUicitode d'une ville opulente qui fut et doit être toujours^ avec des gloires nouvelles, la reine de la Méditerranée.
Tel était , monsieur le Ministre, le MA- NUSCRIT de mes recherches historiques lorsqu'il eut l'avantage d'être mis sous vos yeux par l'honorable député M. de Grille, mon compatriote , qui voulut bien me transmettre l'expression de vos sympathies.
Mais depuis lors, monsieur le Ministre, de grandes améliorations, qui n'étaient alors qu'à l'état de projets, s'exécutent ou vont s'exécuter : je parle du canal de Marseille , du chemin defer^ de Vagran-
dissenient du port , de rétablissement des paquebots à sapeur de Tétat; d'an autre côté^ notre conquête d'Afrique, grâces aux profondes méditations de la politique, à l'habileté des gouverneurs , prend les heureuses proportions d'une véritable colonie française. Tous ces grands bienfaits modernes et quelques objets importants trop sommairement expliqués dans le cours de l'ouvrage, tels que \e commerce avec r Egypte , l'hôtel de la monnaie de Marseille^ la situation financière de cette viUe en i843f les opérations commerciales delà Chine en i84i et i84a, le Corail^ etc. , ont exigé de nouveaux développements utiles à consulter. Je les ai consignés dans deux APPENDICES ; c'est peut-être contraire à la méthode ordinaire de l'histoire; mais peut on être soumis à
toutes les exigences de la méthode lorsqu'on est débordé tous les jours, à mesure qu'on écrit une histoire spéciale, par le génie de la France , par le progrès incessant du commerce et de l'industrie, dû à la sagesse du souverain, au patriotisme éclairé de ses ministres et aux salutaires influences de la paix ?
Poser, en ce qui concerne l'immense commerce de Marseille avec les Deux- Mondes, des jalons utiles à l'histoire générale du commerce français, et favoriser, autant qu'il était en moi, les tendances des esprits au maintien de la paix et de la morale, cette double et éternelle sauve-garde de tous les intérêts des peuples, tel était mon dessein; si j'ai réussi, sous quelques rapports , j'aurai payé ma
dette de civisme à la patrie et à mes concitoyens. Puissiez-vous le juger ainsi !
L'ouvrage se termine par l'expression d'un vœu religieux qui a déjà obtenu les sympathies du Roi et celles de feu le duc d'Orléans.
J'ai Vhonneur d'être^
Monsieur le Ministre ,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
FOUQUE, avocat.