‹ Histoire raisonnée du commerce de MarseilleChapitre 2 sur 30 · TRADUCTION LIBRE · texte numérisé non relu

TRADUCTION LIBRE

DES EPIGRAPHES.

VaSMIVA VOLUME.

MassUia a phocensibus condita, sita loco saxoso. Solum possideut oleis atqae TÎtibos consitam.fruiiienti iutem ob asperitatein stérile , ità ut mari mag^s quâm terrae firlentes ad uavigatiooes ingenium contulerunt.

(Strabon , de re geographicâ)

DEUXIEME VOLVMK.

Keque verôte, Massilia, praetcreo cuju .

ego civitatis discipUnam atque gra- TÏtatem non solam graeciœ, sed ha ml scie, an canctis gentibus anteponeodam, jure dicain ; quae cùm in ulli-'' mis terris , cincta gallornin gentibus Barbarise fluctibus, sic optiraatuui consilio gubernatur, ut omnea ejus instituta laudaie facilius possint quàm aemulaii.

[Cicer. lit Lucio Flacco.^

L'illustre publiciste qui,cle nos jours, préside si glorieusement à Tinstruction publique en France, a résumé par un seul mot, dans une fête universitaire, les grands avan-

tages que procure l'élude de Vantiquiiéy cette forte institutrice de t humanité ^

Cette pensée profonde ne s'applique pas moins aux intérêts moraux , politiques et religieux des peuples qu'à leurs intérêts matériels. Nous avons fait tous nos efforts, dans un premier ouvrage % pour développer historiquement la thèse des intérêts intellectuels de la Provence. Nous promîmes alors à la ville de Marseille, en présence des documents précieux que de longues recherches nous avaient procurés, de nous occuper incessamment de I'histoire de son commerce et de développer ainsi la thèse importante de ses intérêts matériels. Notre Dédicace établit que nous avons mis tous nos soins à

1 Discours de M. Villemain, prononcé le 17 août 1843, au concours général des collèges royanx de Paris.

2 Fastbs de la Provence ancienne et moderne , 3 vol. în8-"

rétude de l'antiquité qui , selon nous^ donne toujours les meilleures leçons au présent et à l'avenir, même lorsqu'il s'agit des prospérités matérielles. Heureux si nous avons pu , dans cette sphère spéciale, réaliser, sous quelques rapports, le mot si juste cité plus haut et prononcé tout récemment par le Grand-Maître.

Mais hâtons-nous de le dire pour la satisfaction des intelligences trop positives qui n'aiment pas à s'éclairer des lumières du passé, nous n'ignorons pas qu'il ne s'agit plus aujourd'hui de Marseille dont parlait Strabon, de Marseille fondée sur des rochers par les Phocéens, Massilia a Phocensibus condita^ sita loco saxoso..,. Les rochers ont disparu ou disparaîtront successivement sous les efforts de l'industrie, des machines nouvelles, de la vapeur Il ne s'agit plus seulement

de cultiver la vigne et l'olivier, le sol âpre et stérile se refusant à produire le froment :

Solum possident oleis atque ^itibus consitum ,/rumenti autem ob asperitatem stérile... Il ne s'agit plus 9 enfin, pour les Marseillais, à cause de l'infertilité de leur territoire ,. de tourner eKclusivemeat toute l'activité de leur

génie vers le commerce des mers Ità ut

mari magis quàm terrœ fidentes , ad navigationes ingenium contulerunt..... Non seulement le bienfait de l'arrosage va bientôt rendre leurs campagnes productives, mais encore et à côté des vieilles fabriques qui fonctionnent aujourd'hui par la force motrice des vents dont Tinconstance déroute tous les calcuts , ou par la force des chevaux toujours si coûteuse, souvent insuffisante , ou enfin par la force des vapeurs délétères et insalubres, s-élèveront de nombreuses usines mises en jeu par la force incompara-

ble des eaux du canal , eaux abondantes , rafraîchissantes et dès-lors très-salutaires. Ohisanscontredit, Marseille moderne ne ressemble^ sous aucun rapport, à Marseille aucieniie^ eu égard surtout au commerce et à l'industrie. Kous avon^ douç cherché^ aii-^ tant que nos faibles moyens et les lumières des hommes spéciaux que nous avons consultés, ont pu nous le permettre, à rattacher le passé au présent, à exposer les bienfaits de ce présent et signaler les espérances de l'avenir, d'abord dans le cours^de Fouvrage et ensuite dans les appendices de chaque volume.

C'est ainsi que nous avons tenu la promesse faite par nous à la ville de Marseille. Avons-nous rempli parfaitement et à la satisfaction générale l'immense tâche que nous npus étions imposée ? Il y aurait orgueil à

XMV

le prétaakdre. Puissiom-nous du moins enti&ndre dire que Qousairons, pour Jiotre part civique , contribué^ autant qu^ti était en nous,

an progrès moral et matériel des contemporains et de leurs successeurs, et bien mérité, une seconde fois, de notre pâjs Ht

C'est toute notre ambition.

Eh! n'y a-t-il pas quelque mérite, en effet, qu'il nous soit permis de le dire! d'avoir voué les plus belles années de notre existence à la gloire et à la prospérité de la Provence , à la gloire surtout et à la prospérité de Marseille, cette majestueuse reine des mers, qui excitait jadis l'enthousiasme du grand orateur romain, au point de le faire douter si Marseille seule, par la sagesse de ses lois et le génie de ses habitants , n'était pas préférable à la Grèce entière et à toutes les autres nations JNeque vero te Massilia ,.

prœtereo cujus cipitatis cUscipUnam ntque grauitatem non soltmt grœcitte, sedhaudscia an cwiciis gentibus anteponéndam.... Qa'hnporte qde , dans les siècles anciem comme de m» purs , les peuples les plus barbares affluent dans son sein et 9ur toute l'étendue de son territoire , la politique de ses gouverneurs fut toujours telle que ne pouvant Timiter , les autres nations n'ont jamais cessé de Tadmirer... quœ cum in ukimis ter^ riSyCincta gallorum gentibus Barbariœ fijjtC" tibus f sic optimatum consilio gubernatur , ut omnes efus instituta laudarefacilius pos-^

sint quant œmulari et dès-lors , que des

révolutions viennent ébranler le corps social jusque dans ses fondements y Marseille n'y prendra qu'une part temporaire et passive , ses vœux , ses instincts et ses intérêts la porteront , d'âge en âge , de dynastie en dynastie , par une force irrésistible , au

maintien de Tordre public et de la paix

Que lui importe aussi les changements de ses grands administrateurs , optimatum consilio, à quelque ordre qu'ils appartiennent?

qu'aux Belzunce , pour l'église, et après l'intervalle d'un siècle qui eut des prélats non moins respectables , succèdent les Mazenod, oncle et neveu ; qu'aux Sebastianj , ces nobles fils de Corse, alliés du grand Empereur, succède le général d'Hautpoul , dans l'exercice de l'autorité militaire; aux Villeneuve les d'Arbaud-Jouqdes , Thomas ou de la CosTE , dans les hautes fonctions administratives ; aux MoNTGRAND , les Consolât , le député Reynard , dans l'exercice de l'autorité municipale ; aux Puget , aux Rostand , aux Warrain , les Rabaud , les Richard ou les Milliau , dans la chambre de commerce ; aux Borrelly , aux Billot, aux Taxil , les Rkguis , les Laboulïe ou les

Luge dans le sanctuaire de la justice civile ; aux RoussiER , les Pascal , dans celui de la justice consulaire. Qu'importe ! c'est toujours j comme par une volonté providentielle qu'on ne peut assez admirer et bénir, la plus haute piété succédant au dévouement religieux le plus apostolique ; — la valeur et la loyauté, à la bravoure et à l'illustration militaires ; — le dévouement politique à la science administrative , à la fidélité la plus éprouvée; — le zèle municipal et l'intelligence des besoins de la cité , au désintéressement, au patriotisme le plus pur; — l'ancienne probité commerciale à Tamour^^du bien public ; — la science de Daguesseau , à celle de Montesquieu ; — la justice , à l'équité Oh ! Marseille ne peut méconnaître , sans ingratitude , cette succession non interrompue de bienfaiteurs , c'est à elle de comprendre et de favoriser leurs élans géné-

reox. Que si , à de longs intervalles , exal* tée par l'entraînement des passions politiques, elle oubliait les devoirs de sa dignité,

elle entendrait s'élever du sein des graves et patriotiques aréopages de la cité , ' des

voix nombreuses , éloquentes et persuasives , animées qu'elles sont toujours du civisme le plus ardent , le plus désintéressé , et ces voix qui , à toutes les époques , dans tous les règnes , surent triompher des passions mauvaises , auraient bientôt ramené Marseille au sentiment de la sagesse tradi-

I On grave sar Tacier oa snr le marbre les noms des citoyens utiles à leur pays; quelquefois même, pour en perpétuer le sou< venir et exciter, par Témulation , à la pratique des vertus civi< ques, on donne ces noms aux rues, aux monuments ou aux promenades des villes. Nous croyons donc convenable et utile de transcrire dans cet ouvrage, destiné à être le livre des familles marseillaises, les noms des citoyens recommandables qui, en Tannée i$43, étaient membres des diverses administrations de Marseille. (Voir la (in du 2* volume.)

tionnelie , la plus grande de ses gloires , qui se résume par ce mot : RESPECT AUX LOIS.

APPLIQUJÉE AUX DÉVELOPPEMENTS BBS PROSPÉRITÉS MODEREES.

Historique aidant Védit de 1669.

xJtsk. puissance maritime cent cinquante ans environ après avoir été fondée, Marseille s'allia avec les Romains pour repousser les Carthaginois qui occupaient l'Espagne, la Sicile, la Sardaigne et une grande partie de l'Afrique. A dater de cette époque il y eut peu de contrées dans le monde alors connu où ses commerçans n'abordassent. Après la destruction de Carthage , son commerce devint plus florissant; elle tira de l'Espagne des métaux , du miel , des salaisons , des toiles , des étoffes, des joncs ou spartes et des vins

qu'elle faisait passer dans l'intérieur des Gau^ les. Lltalie lui fournissait également ses vins. Les navigateurs marseillais allaient, jusque sur les côtes de la mer Baltique, demander de Tambre jaune que d'habiles ouvriers façonnaient ensuite en petits meubles, en bijoux; ils faisaient le trafic des chiens du Nord de l'Angleterre, de l'étain des côtes Armoriques; ils importaient ou échangeaient ailleurs les productions de TArabie , celles des Indes, et les toiles fines de ces contrées. L^osse, l'Irlande leur fournissaient le borax et des pelleteries, l'Angleterre ses laines, l'écarlate., le vermillon et la cire ; ils portaient dans l'Afrique et dans l'Inde les coraux de la mer de Marseille, les salaisons, les fruits particuliers aux côtes des Saliens , des Liguriens et des Volsces, des laines fines, quelques draps, des vins et des huiles.

Leurs ouvriers changeaient en colliers, en brasseletSy en bijoux variés, l'or, l'argent et les coraux importés de l'Espagne. Le luxe adopta ce commerce qui devint Tune des

principales richesses de Marseille , dont les habitants, déjà ingénieux au delà de toute expression, faisaient un objet de commerce de tout ce qui leur paraissait utile , et pouvaient par le Rhône , distribuer dans l'intérieur des Gaules, et jusque sur Ics.biofiis de la Seine ^ de la Loire, du Rhin et de la Moselle tout ce que ces contrées ne produisaient pas.

Ce brillant commerce changea de face après que, les Romains se furent rendus maîtres des Gaules et de TËspagne. Ces conquérants voulurent marcher sur: les traces des pépies qu'iU.avaient soumis et ils s'emparèrent des. principales cfies fréquentées par les Marseillais. Toatafots du temps de Céstar, le principal commerce des Gaules se faisait encore à Marseille.

Sous les premiers empereurs romains, ce commerce resta en quelque sorte stationnaire; m^îs celui que les Marseillais faisaient dans le Levant depuis plusieurs siècles, fut fortifié par les Juifs chassés de Rome par

Tibère et réfugiés à Marseille. Il prit en général plus d'étendue en Asie, en Afrique et en Europe sous les premiers empereurs d'Orient; il s'éclipsa bientôt pour tomber tout entier dans les mains des Juifs et des Grecs. La décadence de l'empire romain le ruina complètement.

Le résultat du ravage et du séjour des Maures fut de rouvrir les ports de l'Espagne et de l'Afrique au commerce de Marseille , qui exportant dans ces contrées toutes les productions de la Provence et de la France, rapportait à celles-ci les productions de l'Afrique et de l'Espagne. Tel fut le commerce qui cessa de paraître dans les ports d'Italie, où il ne se montra que dans les courts intervalles de liberté procurés par les disputes des papes avec les empereurs ou celles des principales villes d'Italie avec les papes.

L'abolition de l'esclavage donna un nouvel essor à l'industrie de Marseille. On commença à connaître les étoffes de soie de la

Perse et des Indes; on s'adonna au commerce des pelleteries dont le goût avait été anciennement apporté par les peuples du Nord. Marseille ouvrit une route en France aux étoffes du Levant par la voie de Constantinople , qui importait des épiceries , les baumes de l'Arabie , les parfums et les drogues de rinde et de l'Asie, les grains, les huiles et les toiles de la Grèce.

Les croisades donnèrent à Marseille, eu ï i5o — I iSa — I 187 — 1 190 — I 197 — 1212 — 1217 — ia23,beaucoupd'établissement&dans le Levant, la Syrie, la Palestine et l'Afrique. Alors on se livra au commerce des maroquins, des laines, de l'alun, des soies; on porta à Gênes des légumes, du fromage, des figues, des châtaignes, du bois de châtaignier et de chêne pour la futaille; on tira de l'Afrique et du Levant les mêmes objets qu'on en lire aujourd'hui. L'Europe doit à Marseille ses établissements commerciaux dans ces contrées.

Les vaisseaux marseillais qui, à une épo-

que moins reculée, fréquentaient l'Egypte , établirent le commerce, jusques alors inconnu , des vins de Gaza, boisson précieuse dont Marseille fut longtemps l'entrepôt; ils apportèrent aussi l'usage au papyrus ^^ celui des perles fines de- l'Orient, les belles laines et les liqueurs de la Grèce, tous les fruits de l'Egypte, le miel et les baumes de l'Arabie; mais le seul commerce qui se soutint presque sans variation sous les vicomtes, fut celui descbevaux de l'Andalousie et des parfums du Levant.

Charles 1% prince violent et mauvais politique, gêna le commerce de Marseille en laissant subsister, en augmentant même ta différence qui régnait entre ses états d'Italie et de Provence. Il aurait pu livrer aux Marseillais le commerce de la France et du Levant, et il ne le fit pas, mais il régla que tous les vaisseaux qui voudraient mettre à la voile , obtiendraient préalablement de lui-

I C'est le nom spécifiqae da sonchet qui croît en Egypte et qai servait aux anciens poar faire le papier.

roérae, une permission par écrit et payeraient un droit de sortie.

Charles II fit languir le commerce sous le poids et la multiplicité des impôts. Ainsi l'exportation du blé fut interdite ; l'importation du blé étranger et des objets fabriqués ailleurs qu'en Italie fut soumis à des droits rigoureux; le vin cessa d'être un objet de commerce; chaque ville fut restreinte à celui de son terroir. Ses exigences furent telles que les armateurs restèrent dans l'inaction; peu de vaisseaux sortirent du port de Marseille pour aller chercher les marchandises et les denrées étrangères.

René livra aux Juifs les charges publiques , sa confiance et le soin de sa santé. Aussi l'industrie et l'activité commerçantes et manufacturières furent dans un état de mort jusque vers la fin du XV® siècle.

Depuis cette époque jusqu'à nos jours le commerce de Marseille a suivi les variations inséparables des guerres, des nouvelles découvertes, des impôts, des formalités, des

privilèges exclusifs, des alliances d'une nation avec Fautre^ des révolu tians politiques , et ce qu'il y a de remarquable, c'est que, à travers toutes ces phases diverses éprouvées par le commerce de Marseille, les lois nautiques n'ont jamais souffert aucune altération , si ce n'est depuis la publication du code des lois françaises.

Voilà des faits positifs^ incontestablesw Nous les puisons dans l'histoire , et l'histoire sera toujours la source de nos assertions.

Marseille, grecque encore, en vivant sous la domination et les lois de Rome, avait été la gloire des Gaules et la première institutrice des Saliens. Sa population, son commerce , la nécessité ou le luxe invitaient les anciens Provençaux à transporter dans son sein tous les objets de commerce dont leurs mœurs simples pouvaient se passer, ou que Marseille leur demandait pour elle-même, pour ses colonies et pour les nations étrangères qui faisaient avec elle le commerce d'échanges.

Comme aujourd'hui la Provence était occupée du soin d'approvisionner Marseille ; mais alors comme aujourd'hui, Marseille n'était pas le gouffre où tous les Provençaux venaient s'engloutir et disparaître; comme aujourd'hui, les Marseillais ne construisaient pas à frais énormes, de petits palais dans les champs pour s'y cuiner dans le sein des plaisirs. Alors des côtes fortunées, des nations amies oijl soumises par la gloire de leurs armes s'offraient aux navigateurs^ et ceuvci couraient vers elles à travers une mer qui semblait abaissjer avec respect ses flots sous leurs pas. Un terroir aride se refusait à la fécondité et le reste de la Provence, nourrissait Marseille qui ,eu reconnaissance, apportait aux Provençaux, instruits et policés par elle, Içs productions étrangères.

Cette chaleur d'un commerce naissant eu Provence suivit toutes les vicissitudes que le gouvernement de Marseille éprouva. Ce.

commerce s'anima sous le gouvernement phocéen; il s'étendit sous l'alliance de M^r-.

seille avec les Romains. Les guerres des Empereurs de Rome et de l'Orient lui firent subir diverses variations; Marseille perdit ses colonies , et insensiblement l'immense territoire sur lequel elle dominait en souveraine ; elle fut enfin bornée à elle seule.

Alors les peuples du Nord, premiers pirates dont Marseille eut à souffrir, intercep^ tèrent son commerce, et par contre-coup celui de la Provence. Toutefois ce commerce respira un moment avant l'irruptioD des Maures; mais ce peuple survient et bientôt il est soumis lui-même aux armes d'un autre conquérant.

Charlemagne avait de grandes vues. Les guerres continuelles qu'il eut à soutenir ne l'empêchèrent pas de songer à rétablir le commerce du Midi de ses états: il le voulut, mais ses successeurs, par le morcellement du pouvoir souverain'^ , furent incapables

I L'anarchie royale qai suivit Charlemagne jasqa^à Hn-

^aes Capet enfanta le régime féodal. Il y avait anarchie royale bou» les Catk>viiigiens , par h raison sans réplique qae dans

de seconder ses efforts. Lei ducs s'occfiipè-» rent de leur ambition, et parmi ees grands seigneurs, Bolon, devenu roi d^Arles, négligea le commerce , seul ressort qui pouvait soutenir sa puissance dans les terres de sa domination.

Guerriers, fainéants, fanatiques ou beaux esprits , les comtes souverains qui gouvernèrent la Provence, préféraient la gloire de chasser les Maures d'une forteresse; de faire

ces ma Iheareax temps, auliea d'un roi les Français en avaient des milliers, plas absolns qne le roi lui-même. Tels étaient alors les dacs et comtes dans les provinces dont le gonTernement l«tar était confié. L'histoire nous apprend qne lenra charges, d'abord temporaires , puis à vie, devinrent héréditaires. Charles -le- Chanve, qni selon nos vieilles chroniques, « était plus prompt » à toutes sortes de pompes superflues , que hardi et constant à » mettre ordre à ses affaires, » Timpolitique Charles-le-€haave ouvrit la porte à ces ahus par son ordonnance de Chiersi, qui rendait les dignités et les titres héréditaires. Aussi les ducs et les comtes , jadis les soutiens du trône, s'armèrent contre le souverain et se firent entr'eux la guerre. Ce désordre constituait bien ce qne j'appelle anarchie royale ; anarchie qui ne fut produite que par le morcellement du pouvoir souverain , par l'absence de l'unité gonvercementale.

la guerre aux Albigeois ou à leurs grands vassaux; d'aller dans la Terre-Sainte oudan^ le royaume de Naples; de faire des tensons et des syrven ts , de provoquer les arrêts des cours d'amour, à l'avantage de lier leur état aux nations étrangères, par le commerce.

Les suites de cette déplorable incurie furent plus pernicieuses encore, lorsque ces petits souverains eurent démembré Marseille de leur comté. Au lieu d'un seigneur, cette ville en eut cinquante sous le nom de vicomtes, qui ne voulant ou ne sachant rien faire, empêchaient les Marseillais d'agir et de fréquenter les plages ouvertes à toutes les nations de l'univers, plages où les anciens Marseillais avaient été les rivaux du commerce des Phéniciens et des Carthaginois, où ils avaient suivi les Romains comme troupes auxiliaires ou comme maîtres dans l'art de la navigation.

Agités incessamment par leurs dissensions, ces vicomtes ne se réunissaient qu'alors

qu'ils avaient respérance de s'approprier une partie des travaux et de l'industrie de leurs vassaux. Ainsi aux travers, aux barrières, sur lès ponts et les chemins, étaient levés des impôts onéreux. Marseille était divisée en plusieurs quartiers ; un quartier ou une partie de ce quartier était sous la dépendance d'un seul vicomte ou de plusieurs; il ressemblait à plusieurs petits états étrangers entr'eux; l'autre quartier faisait payer chèrement aux premiers le droit de communiquer avec lui; les denrées, les objets de l'industrie n'entraient dans la ville qu'à travers des perceptions arbitraires. L'administration commune était plus d'une fois livrée à des extorsions, ou bien les vicomtes administraient eux-mêmes d'après les lois économiques et politiques qu'ils forçaient leurs vassaux d'adopter.

Du côté du commerce maritime une torpeur générale avait engourdi tous les ressorts; car s'il est vrai que pendant les croisades Marseille obtint divers établissements

en Afrique, en Syrie, en Grèce et dans d'autres régions, ce fut plutôt par un effet des circonstances que par des spéculations sagement concertées de la part des vicomtes.

Les embarquements pour la Terre-Sainte furent fréquemment renouvelés, et Marseille était presque la seule ville qui exposât des vaisseaux qui transportât des soldats^ des pèlerins, des munitions de guerre et de bouche. Ses navigateurs exportaient les marchandises de la France et de la Provence ; ils rapportaient celles delà Grèce, de l'Afrique et de la Syrie, et de cette manière utilisaient par le commerce les saintes folies de leur siècle.

Instruite par une longue expérience, Marseille secoua sans peine et successivement le joug de ses vicomtes; mais alors s'offrirent de nouvelles difficultés qui expliquent l'indécision politique de ce temps là. Devait-elle entreprendre de devenir puissance maritime?

Devait-elle , disputant aux comtes souverains leur droit de suzeraineté , aspirer à étendre

ses bornes (\u côté de la terre? Son administration tournée vers l'agrandissement, se perdit dans cette fluctuation politique et n'opéra aucun bien ; car le bien est impossible là où tout le monde veut commander.

C'est ce qui arriva dans Marseille qui, débarrassée de ses vicomtes, fonda une espèce de république à l'instar de celle d'Arles. Ces deux villes eurent alors des liaisons commerciales qui furent bientôt troublées par de chétives querelles sur des droits d'entrée et de sortie, droits établis^ refusés ou repris sur les denrées et la droguerie.

Enfin Marseille se soumit aux comtes souverains. Il y eut à cette occasion des chapitres de paix signés solennellement. Ces chapitres tant vantés devinrent la source de mille débats , d'abord avec les souverains provençaux, qui prenaient les armes en matière de rescision , ensuite . avec les rois de France, leurs successeurs.

Flottant sans cesse entre la jouissance des droits qu'on lui disputait et la privation ou

la réduction de ces mêmes droits, Marseille ne put rien faire de stable ni pour elle ni pour la Provence dont les denrées et les objets d'industrie étaient dans un état de stagnation. Elle avait de petits bâtiments , quelques galères, dont les voyages n'étaient que des expéditions militaires; s'ils naviguaient pour le commerce, leurs voyages n'étaient pas de long cours; les retraits apportés par ces vaisseaux n'étaient point capables d'augmenter les approvisionnements de l'intérieur de la France.

Les guerres de religion s'allumèrent : Marseille prit part à la ligue; elle eut des citoyens qui voulurent dominer despotiquement ou livrer la ville aux nations ennemies de la France. Tant de projets qui se détruisaient mutuellement, ne pouvaient qu'anéantir le commerce le mieux établi. Enfin l'édit de 1669 fut publié. Dès ce moment Marseille et par elle la Provence, reçurent un nouvel être. L'une et l'autre furent fondées à espérer qu'elles pourraient dé-

sormais paraître avec gloire sur le grand théâtre du commerce et de communication avec toutes les nations de l'univers.

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