SES RAPPORTS AVEC LE COMMERCE; UTILITÉ DE SA CONSERVATION
Se tromper n*est pas un crime; avouer qu'on s'est trompé n'est donc pas une honte, c'est souvent une vertu; c'est même quelquefois un bienfait, lorsque la rétractation, motivée par une cause juste , a pour objet d'empêcher une erreur funeste de la part des gouvernants.
Cette réflexion devait naturellement précéder le nouvel examen auquel nous avons dû nous livrer touchant la question relative à l'hôtel des monnaies de Marseille. Lorsque nous écrivions les pages gS, 96 et suivantes de notre i*'^ volume, où nous avons traité
sommairemerit cette matière^ notre esprit était fasciné par la préoccupation d'une idée foncièrement équitable. A Dieu ne plaise que nous ayons voulu favoriser les tendances gouvernementales qui semblent vouloir centraliser à Paris la fabrication des monnaies ! Le pouvoir qui cherche à centraliser autour de lui toutes les forces vitales de la nation semble s'occuper plutôt d'une question de despotisme que d'une question de bienfai-* sance,eteértes! lorsque le génie de la paix <k>mine en France par la volonté ferme et inébranlable d'un roi fondateur, il n'est pas à craindre que les tendances redoutées se réalisent, car ce ne serait pas moins impolitique qu'anti-libéral... Maisne cotivenaittil pas de rendre à la ville d'Aix la^ fabrication de la monnaie, qui fut si tongtenîps son patrimoine? Pour nous^ toute la question était là^ et là encore nous avons* £rit erreur, ibais nous avions au moins pour nous la raison de l'équité, sinon celle d'un intérêt jnée/^ éifideniy général. Nous n'hésitons pas à en
convenir, aujourd'hoi que de nouvelles lu« roières sont venues nous éclairer.
Le rapporteur' de la commission municipale et scientifique chargée d'examiner notre travail, fut vivement affecté de nos premières observations qu'il réfuta d'un seul mot , disant : a Marseille tient a son hotxx. DES monnaies. » Plus tard, le conseil d'ar-^ rondissement, le conseil-général, la presse locale^ en ont dit autant, en termes plus explicites. Ce concert unanime en faveur de la conservation d'un hôtel des monnaies à Marseille a dû exciter notre sollicitude. Nous avons de nouveau examiné , discuté , fouillé dans les archives spéciales , et voici le résultat de notre examen :
Notre but n'est pas de remonter à l'origine de l'établissement de la monnaie de Marseille. Nous avons déjà dit que, dès la fondation de cette ville, les Marseillais faisaient battre monnaie , et qu'ils ont conti-
I M. Lonbon. a Gazette du Midi du 26 août i843.
nué sous les Romains et même sous les premiers rois de la monarchie française.
Nous avons dit encore que lors de la réunion de la Provence à la France, en 1487, il existait un établissement monétaire à Aix, et que cette monnaie ayant été supprimée par un édit de Louis XVI en date du i*** avril 1786, la monnaie de Marseille fut établie par un édit du même jour en remplacement de celle d'Aix.
Depuis, elle a subi les chances diverses des autres monnaies. Supprimée en 1794» elle fut rétablie à la fin de 1 799 et elle subsiste encore aujourd'hui ( septembre i843 ).
Ce que nous tenons à constater ici , ce sont les résultats suivants :
Sous le gouvernement impérial il existait dix-huit monnaies qui , après les événements de 18147 (Turin, Bruxelles, Gênes, Utrecht et Rome ne faisant plus partie de la France) se trouvèrent réduites à treize.
Avant i836 on conçut le projet de centraliser à Paris la fabrication des espèces et
de détruire, par conséquent^ les douze nuu^ naies des départements.
Ces dernières trouvèrent d^ défenseurs ; mais la victoire ne fut pas complète, csLVsia d'entre elles succombèrent : elles cessèrent d'exister au i*** janvier i83S.
On devait croire que cette suppression aurait été une garantie de durée pour les monnaies qui restaient debout; les rédamations qui s'étaient élevées de toutes parts prouvaient leur utilité.
Celte croyance n'élait qu'une illusion.
La centralisation est un projet arrêté depuis longtemps^ et aujourd'hui même, osons le dire , on doit s'attendre à voir porter le marteau destructeur sur les hôtels des monnaies de M A.RSEILLE , de Lyon , de Bordeaux , de Lille, de Rouen et de Strasbourg. Paris seul aura le monopole de la fabrication.
L'exécution de ce projet portera dans les localités où les monnaies sont placées , un coup funeste au commerce et à l'industrie ^ particulièrement à Marseille , où le défaut
d^espèces se ùAt déjà sentir par l'absence d<^ fabrication.
Marseille, par sa position topographique, par Ées relations commerciales avec tous les peuples de la terre, par l'Algérie, avec laquelle elle est en incessante communication, est appelée à de hautes destinées.
Ce serait une anomalie et un obstacle à ses progrès, que de la priver d'une monnaie qu'il faudrait créer si elle n'existait pas.
Lès services qu^elle peut rendre sont trèsimportants , elle occupe un grand nombre d'ouvriers , elle fait circuler et attire à elle les matières d'or et d'argent , elle soutient la banque obligée de remplacer les espèces que l'exportation lui enlève , et alimente rétat libre des essayeurs du commerce et celui des affineurs.
Déjà la stagnation de la monnaie de Marseille a donné un autre cours aux matières qui lui arrivaient directement et qui maintenant sont dirigées vers Gènes et vers Na-
pies ; pea de ses matières vcnit à Paris k cause des frais de transporL
Depuis que la monnaie est menacée dans sdH existence, aucun industriel ne s'est présenté pour la direction.
Quoique le commerce des matières soif ralenti , cependant il est encore entré à Marseille, depuis la cessation de la Êibrication^ plus de dix^huit millions d's^rgent et plus de quatre millions d'or.
La plus grande partie des matières d'argent provient des mines d'Espagne qui sont en grande activité d'exploitation et qui acquièrent de jour en jour plus d'importance*
La banque de Marseille a essentiellement besoin de la monnaie ; c'est sa puissante et constante auxiliaire. H lui faut à tous mo* ments des espèces pour remplacer, comme on l'a déjà dit , celles que l'exportation lui enlève.
Aujourdilui , par son inaction , la monnaie n'est plus d'aucun secours à la banque;
aussi cette dernière est-*dle obligée de chefcher eu dehors dbs espèces mcHinoyées.
; Depqis^on établissement, en i83i6, elle aiait de grands sacrifices pour s'en, procurer. Depuis cette époque , elle a fait venir 3ur la place i65 millions d^ espèces et elle a payé près de six cents mille francs en primes et en frais de transport.
Mais^ où croit-on que la banque ait été chercher une partie de ces espèces ? Celles des départements voisins, celles d'Avignon et de Lyon , celles même de Paris ne lui ont pas suffi : elle a été forcée d'en faire venir de Gènes! Elle a profité de ce que le système monétaire du royaume de Sardaigne était le même que le nôtre.
Ainsi , le lingot venu d'Espagne , essayé à Marseille et envoyé à Gênes , revient à Marseille en espèces fabriquées; ainsi, au détri' ment des ouvriers français et de notre monnaie, c'est une monnaie étrangère qui sou-^ tient la prospérité dune banque françaiselU
Ce fait seul prouve, d'une manière palpa-
ble, la nécessité de k cai>servatioa de Tfaô* tel d^ monnaies de> Mar^ille.
Les personnes étrangères à rorganisation monétaire et à la fabrication se demaildent pourquoi l'on veut détruire les monnaies des départements et dans quel but on veut arriver à une centralisation impoUtique , dangereuse et contraire à la liberté du corn» mçrce. Elles pensent, sans doute^ queFexistence de ces utiles établissements est une dépense cousidérabie pour FÉtat; et, quand on leur répond que les frais de fabrication étant supportées par la matière, la dépense adi»inistrative d'une monnaie ne monte qu'à quelques mille francs^ elles restent saisies d'étonnement. '
£n effet, une monnaie ne coûte pas plus, de douze mille francs^ et si Ton n'avait pas diminué les frais de fabrication y on aurait pu faire disparaître du budget de l'État la dépense de l'administration toute entière.
C'est au moment où une refonte générale de la monnaie de cuivre est demandée de
toutes parts , qu'on veut centraliser à Paris cett/^ fabrication. Si cette opération a lieu ainsi , cette monnaie de cuivre , qui n'est que de convention et par conséquent qui a peu de valeur , devra supporter des frais considérables pour arriver à Paris et pour être refluée dans les départements après fabrication. Ne serait-il pas plus naturel de convertir cette monnaie sur plusieurs points de la France ?
La monnaie de Marseille a fabriqué , depuis le système décimal , environ cent millions ; si cette somme paraît faible , il faut considérer en quel état était Marseille sous l'empire ; son commerce et sa population avaient considérablement diminué et toutes les branches d'industrie se ressentaient de cette souffrance générale.
Voici le tableau de la fabrication des espèces d'argent jusqu'en iSSg , époque ou les travaux de la monnaie ont cessé.
ooooo
OIBB
» fl> » » l-J
T ïfc 5^ S^
ff
\j8 XS^?
co