NOUVELLES OBSERVATIONS
On nous a fait observer que notre premier article * sur le commerce d'Egypte ne contenait pas^ eu égard a l'importance de ce commerce, des documents assez explicites, surtout en ce qui touche les intérêts actuels. Cette observation nous étant venue de très-haut, nous avons dû la prendre en
I Pages 197, 198 et snivantés de ce i*' Tolame.
grande considération. Nous avons fait de nouvelles recherches dont voici le résultat ;
Avant et depuis la Révolution française jusqu'en 18149 le natron formait la base indispensable du commerce de Marseille avec l'Egypte; mais, à cette époque, tin projet de loi relatif aux douanes ayant proposé d'établir à i5 francs le quintal métrique le droit des soudes venant de l'étranger, plusieurs fabricants de soudes factices demandèrent que le natron fût classé parmi les soudes et soumis conséquemment au même droit..* ce qui eut lieu... Est-ce un bien? est-ce un mal? Il ne nous appartient pas de résoudre cette question.Nous dirons seulement qu'aujourd'hui le natron n'entre que pour une faible partie , ainsi qu'on le verra plus bas par les notes statistiques, dans notre commerce avec l'Egypte, et qu'il est à désirer peut-être que cette branche importante de l'industrie fût replacée dans les conditions favorables dont elle jouissait autrefois.
Dans cette prévision , nous croyons utile
de démontrer les propriétés du natron, et de démontrer la grande utilité attachée à son importation en France.
Cette démonstration fut faite en 1814, par le chef d'une maison qui depuis plusieurs siècles lait le commerce avec l'Egypte : c'est un titre bien recommandable; mais ce chef est encore un des négociants de Marseille , qui se sont le plus distingués par leurs lumières et leur probité traditionnelle, en un mot , par M. Paul Autran, membre de l'académie, de la société de statistique et du conseil municipal de Marseille. Comme délégué du commerce il adressa en 18 14, à la chambre des pairs, un mémoire signé par soixantedeux négociants, fabricants et commissionnaires de fabricants', mémoire qui n'eut peutêtre le tort que d'être arrivé trop tard.
I Voici les noms :
Autran Bellier fils et Paul Autran. — J. Rougier et compagnie. — Daniel fils. — Laur. Gravier. — Ani. Chandoin. — Ne; l Ollive. — Balthalon. — G.-D. Chieusse et compagnie. — F. Reaassier. — Rouffio aîné et compagnie. — D. Borme. — F;uir
Voici comment s'exprime M. Paul Autran :
On sait que le NATRON est le produit naturel de deux lacs situes en Egypte. Il s'y forme de la terre qui est au fond et d'une liqueur nitreuse que ces lacs exsudent en hiver, et qui s' évapore en été'. Le natron sort de ces mines net et parfait; il n'a besoin d'aucune sorte de préparation : il
rat. — Olive l'ainé. — J. Martin fils. — J.-B Lalil — BeUon et fils. — H. Sairas et compagnie. — J.-M. Troacband et Lam' bert. — Bernadac Regny et compagnie. — Flottes frères. — Boyer, fils de Jacqnes. — J. Pastré , et P. Bonnet et compagne
— J.-A. Decormis et Boissier. — Nodet et compagnie. — Lambarine et compagnie. — Rostan Vidal et compagnie. — Rebocrl père et fils. — H.-J. Sanze. — Du Qaeillard. — Charles Rons tan. — Ferre Lagrange aîné. — Veuve Latil, née Deloz. — H. Maye. — Poussibet fils. — Vergue. — Rémusat. — A. Bonmat Chosson. — Démarés. — J.-M. Mestrallet. — J. Vincent. — Chardon. — Mégi Garambois et Angienne. — Fabron frères. — Lambert cadet. — Audibert et Cailhol. — J.-S. Viau de Moarche. — Ant. Bonhomme et compagnie. — Meanier Legras et compagnie. — Robtchon frères et compagnie , proprié^ taires des verreries de Givors, présentement à Marseille . — J.- B. Azar. — A.-L. Vailhen. — N. Musse. — Tardieu etRey.
— Olive. — Lagrange frères. — Dor. — Michel. — J. Au. gier. — Léglisefils. — Cucurny etVeirane. — Pierre Lambert .
— Testar et Guérin l'aîné et compagnie.
ii« peut donc être assimilé aux soudes ou cendres végétales qui proviennent toujours d'une culture, et que la combustion seule réduit en corps pierreux.
On sait également que ce minéral sert à une infinité d'usages^ qu'il est employé, entr'autres, dans les raffineries de sucre , teintures, poteries, blanchisseries de toile , et notamment dans les verreries, auxquelles il fournit le fondant le plus
actif et le moins coûteux Personne ne peut
nier non plus qu'étant employé dans la fabrication du savon concurremment avec les soudes factices, le natron se combine parfaitement avec elles*, qu'il contribue à donner au savon plus de fermeté et sert à modifier la trop grande quantité de bleu que produiraient souvent ces sortes de matières. Aussi peut-on croire que sa consomma* tion s'étendrait beaucoup plus , si jamais les savons blancs pouvaient reprendre la vogue dont ils jouissaient avant la Révolution.
Après avoir parlé du natron comme d'une substance extrêmement utile à diverses branches d'industrie manufacturière , il faut nous hâter de le considérer sous un rapport plus essentiel en-
^core. Nous pouvons affirmery sans craifite d'être 4ëméntis, que ce minéral f(Mrme là base iHdis-pensable du contmer^ce de Marseille an^ecf Egypte^ et que sans lui ce commerce ne serait presque pins praticable. En effet, comme' le coût primitif du nàtron dépend exclusiYement des ^prétèntiohs plus ou motûs ëlevëes qu'ont lés pachas ou gouverneurs de TE^ypte, il n'est pas rare de voir composer en entiel* des cargaisons^ de cette ntarbfaandise pour notre port, lorsque le prit d ori-^ gine et la modicitë du fret y encouragent; mais^ au défaut de ces fkvorables circonstances, et lorsqu'il faut acheter cet article ou. l'apporter à d'àsset hauts prix, on ne laissé pas d*j recourir encore^ pour lui faire occuper dans les navires une placé à laquelle on ne pourrait rien utilement susbti-f> tuer. Le seul avaiKtage qu'on se propose alors d'est de, pouvoir^ à l'aide du natron, introduire une certaine quantité de g(»nmes , sénés , follicules , myrrhe, tamarin, ^afraiion, ou d'autres drogueries de premier besoin que iournit l'Egypte , et qui I étant tout à la fois de peu de volume et de forte valeur , ne peuvent jamais guère offrir que le complément d'une cargaison tant soit peu cousidérable.
Nous n essaierons point ici de relever lesavah-* tages de ces sortes de relations avec l'Egypte : elles forment une partie essentielle du commerce du Levant, dont l'utilité est si génëralement sentie. Nous nous bornerons à rappeler que l'importation du natron ne nous rend aucunement tributaires à l' étranger et qu'il ne coûte pas même un sou de numéraire à la France ; il n'est absolument, dans nos mains , qu'un puissant moyen d'échange de plus pour les nombreux produits de nos manufactures^ tels que les draps, bonnets, papiers, soieries, doruresde tout genre, armes de luxe, quincaillerie, verres, faïences, et une foule d'autres objets que l'Egypte ne cesse de demander : en telle sorte que la balance de ces opérations est constamment et tout entière en faveur de l'industrie française.
Or, si la demande irréfléchie de quelques fabricants de factices était malheureusement accueillie, et qu'on se décidât à grever le natron du même droit que les soudes , on serait tout-àcoup privé de tous les avantages qu'il procure. L'imposer à i5 fr. le quintal décimal ou le pro-
hiber, serait synonyme'. Bien plus» ne pas le maintenir au droit de balance serait vouloir le rendre inaccessible au commerce*, car, dès <{u'il serait surimpose, il n'offrirait plus aucunechance avantageuse, surtout en temps de paix. Nous osons le répéter, cet article mérite une considération particulière; il doit être seulement regardé comme un lest indispensable au retour de nos expéditions d'£gypte> et par là même exempté de toute charge onéreuse.
Nous avons démontré ci-dessus qu'il était loin
I En efîfet , 'si Ton ajoate à cette taxe , éqaivalente à plas de 6 fr. par quintal de table , le prix d'origine , qai roale de$ à 9 fr. , le même quintal, le nolis évalué de 5o son^ à 3 fr. , les primes d'assurance , les frais de quarantaine , de pesée , et tous les autres nécessités par la vente , on dépassera de heanconp lé prix de 10 à 12 A*. 0/0 que ce minéral vaut à peine en ce mo-> ment sur notre marché. Il est vrai qu'on le vit monter en 1S18 , à d'assez haats prix ; mais ce fut à cause de la rareté des sondes qu*amena la gu«rre d'Espagne , et surtout par suite des périls de la navigation qui avaient proportionnément élevé les frais d'assurance et de nolis. Cette cherté ne fut que momentanée ; voilà maintenant le uatron retombé au taux de paix» tel qu'il était avant la révolution , et à peu près tel qu'on peut le caKuler pour Tavenir
de nuire aux soudes factices d«ns la fabrication du saTon ^ il nous serait tout aussi facile de prouver ^e , même en.n'ëtant greté que du droit de balance , le natron est incapable de nuire soix facticiens » puisqu'on voit leurs établissements dans un état constant de prospérité , et devenir toujours plus nombreux. Quel motif si pressant ont-ils donc de réclamer la prohibition d'un minéral dont ils n'ont jamais eu à redouter la concurrence ? S'ils invoquent en leur faveur la protection ouverte à tous les genres d'industrie , n'est-il pas juste aussi qu'elle soit accordée aux marchands de draps , bonnets , papiers > soieries et autres P Pourquoi faudrait-il que tant d'utiles manufacturiers vissent diminuer sensiblement leurs exportations , et par conséquent leur profit, par cela seul que les facticiens méditent d'accroître extraordinairement le leur ? Ce n'est pas tout : si la France renonçait à l'exploitation du natron , cet article trouverait une compensation de débouché dans les premiers ports d'Italie et en Angleterre , où il est déjà fructueusement employé ^ mais comme rien ne pourrait le remplacer dans nos rapports avec l'Egypte , un des plus graves
et des plus prompts ineonYénients résiiltaiit de sa privation , serait celai de ralentir aussitât le cours des expéditions pour cette contrée > et de les réduire désormais annuellement à un trèspetit nombre. De là un coup fâcbeux porté au développement d'un commerce véritablement national , et si utile au succès de nos manufactures 9 de même qu'à la construction et navigation des bâtiments français.
Nous allons maintenant offrir sur notre commerce actuel avec r£gypte , des notes statistiques puisées dans les documents officiels de i83o et 1842 ;
Pendant Tannée i83o ^ il est entré dans le port d'Alexandrie 84^ navires jaugeant 1479I12 tonneaux; il est sorti 73 1 navires jaugeant i36,64a tonneaux»
Le plus grand nombre des navii^es sont arrivés de Turquie , ou ont été expédiés pour] cette destination.
L'Autriche prend rang immédiatement après la Turquie.
La France figure en troisième ligne ; il est venu des ports français à Alexandrie 38 navires jaugeant 8624 tonneanx dont 24 portant pavillon français , jaugeant 5,io4 tonneaux ; il est sorti d'Alexandrie pour France 4i navires jaugeant 854o tonneaux dont 37 navires , sous pavillon français , jaugeant 7400 tonneaux.
Les états préparés par l'administration française présentent ainsi qu'il suit , les mouvements de la navigation de la France avec toute TEgypte en i83o.
Navires venus d'Egypte en France.
Français 36 jaugeant 7263 tx. ayant 411 hommes d'équipage. Tiers 6 » 1^79 »» >» 76 »> »
Total 4î» " 8742 »> » 487
Navires sortis de France pour l'Egypte.
Françai
Tiers
Total
On peut évaluer les importations d'Alexandrie en i83o , à 35,i44>6oo fr. , et les exportations à fr. il^fiiZ^'ioo.
Les principaux articles importés sont :
Les tissus de coton pour . . £ 9,708,300
Les bois de construction . . . 4?747»900
Les tissus de soie ...*... a,862,5oo
Les draps . . . 1,9^9,200
Les bonnets de laine i,352,3oo
lies fers 1,2149100
Les exportations se sont composées en majeure partie des articles suivants :
Coton en laine f. 10,018^800
Riz ^ ^ . . 3,917,600
Légumes secs 3,787,400
Gommes i,953,3oo
Indigo 1,548,900
Graines de lin 1,275,200
Lin 1,410,200
C'est avec la Turquie , l'Autriche, la
Toscane et la France que le commerce d'Alexandrie a été le plus actif.
Ce port a reçu de France une 'valeur de 3,4a3,3oo f. savoir , 1,126700 f. en draps ; 546,000 en sucre, 207,900 en cochenilles, 149,471 ^^ fers ; 135,895 en soieries ; et le reste en épices , vins , liqueurs , quincailleries , plomb , etc. Alexandre a fourni à la France pour 4î99i>5oo fr. dont 4îi83,6oo f.
de cotons ; 2i3,20oo d'indigo ; 194,800 de gommes ; et le reste en écaille de tortue , nalron y plumes d'autruche , etc.
liC commerce des draps français avec l'Egypte a diminué en 1825 , 1700 balles avaient été vendues ; on n'en a placé que 25o en i83o , quoique à des prix moins élevés ; cette différence provient de la diminution graduelle de la consommation , résultat de la misère toujours croissante de l'Egypte. Aussi l'industrie importante des draps est-elle menacée de perdre entièrement les débouchés que lui offrait autrefois cette partie de TAfrique.
11 en est de même des bonnets de laine ; ce qui a été appporté de France depuis 1829, n'a pas trouvé d'acheteurs , ou a été réexporté ; il est vrai que la fabrication des bonnets de laine a réussi en Egypte avec un fort petit nombre d'autres établissements industriels ; elle a même pris une certaine extension et donné dans les qualités inférieures des produits assez bons : mais c'est la Tos« cane , bien plus que les fabriques locales , qui parsut nous avoir enlevé cette branche considérable de commerce , en réussissant à fournir la même qualité de marchandises à des prix de a5 à 3o p. o;o moins élevés que les nôtres. Ce résultat est d'autant plus affligeant , qu'autrefois la France était en possession presque exclusive d'approvisionner de bonnets la Turquie entière.
Nos sucres se soutiennent assez bien sur le marché d'Alexandrie , ainsi qu'on l'a pu voir plus haut , par l'indication de ce qui est venu de France en i83o.
Le mouvement commercial du port d'Alexandrie est évalué pour i84a , importations et exportations réunies, à 1 06,945.000 f Jamais il n'avait atteint un chiffre aussi élevé. L'augmentation qui ressort de cet ensemble est de Sa p. 0/0 sur 1841 de 78 p. 0/0 1840 et de 4 1 p- 0/0 sur 1839. ^^^^ importations, qui se sont élevées à 61,772,000 fr. , ou à 58 p. 0/0 du mouvement total , ont eu la plus forte part dans Taccroissement ; la valeur des marchandises importées à Alexandrie en 1841 n'avait pas, en effet, dépassé 42>653,ooo fr. ; la différence à Favantage de 184^ est donc d'environ 19 millions. La valeur des exportations a été de 45,172,000 fr. ; celles de i84a peuvent être estimées à 38 millions et demi ; l'accroissement ici n'excède pas 6,65o,ooo fr.
Deux causes principales peuvent être assignées^ ^u mouvement progressif du com-
merce égyptien : Tétat de paix et de sécurité qui a succédé aux coUisions et aux incertitudes politiques de i84o et Texécution du traité de i838 , qui assure la libre circulation en Egypte des marchandises d'Europe , et les affranchit des droits excessifs auxquels elles étaient assujetties à chaque station intérieure.
Le commerce d'x\lexandrie avec la France ne paraît pas avoir varié dans son ensemble d'une manière sensible ; il s'est élevé , en i84i 9 a un chiffre total de i3,334>ooo fr. , et en i84a à ia,958,ooo. La valeur des marchandises importées de France est entrée dans ce dernier chiffre pour 7,47^,000 fr. , c'est-à-dire , pour une somme un peu plus forte qu'en i84i. Celle des produits égyptiens exportés pour la France a été de 5,i85,ooo fr.; soit 717,000 fr. en moins que l'année précédente.
D'après le tableau du commerce de l'administration des douanes , le mouvement commercial de la France avec l'Egypte , en
i84i 9 s'est élevé à i493i5,ooo fr. , dont 8,959,000 fr. aux importations, et 5,356,ooo f. aux exportations.
Le mouvement de la navigation entre la France et l'Egypte^, en i84i? a occupé 161 navires jaugeant ensemble 35,227 tonneaux.
La part du pavillon français a été de 81 navires et 6,673 tonneaux , et à la sortie 45 navires et 8,715 tonneaux.
La navigation de la France avec l'Egypte , en 1841 5 présente sur le mouvement de 1840 un accroissement de 77 navires et de 17,348 tonneaux.
L'ensemble de la navigation du port d*Alexandrie ayant été , en 1841 , de 2,859 navires jaugeant 457,000 tonneaux , le mouvement propre aux transports du commerce français y entre ainsi dans la proportion de 87.