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IX. — La vie religieuse pendant l’été de 1797 : comment, en dépit de l’hos-
tilité du Directoire et des craintes qu’inspire l’avenir, la restauratio du culte se poursuit. — Paris. — Les provinces. — Retour de nombreux prêtres déportables : rentrée en France de M. d’Aviau, ancien archevêque de Vienne. :
X. — De quels périls les Conseils sont environnés ; en quoi ils sont mal armés pour résister au Directoire ; symptômes de prochain coup d’État. à — C’est en ces conjonctures que le Conseil des Anciens ratifie la résolution des Cing-Cents abrogeant les lois de déportation (7 fructidor an V). EURE é :
XI. — À la veille de la crise : dernières tentatives pour rattacher Carnot à la majorité des Conseils : comment et pourquoi elles échouent. —
Incidents divers. — Comment les Conseils se laissent distancer. XII. — Le Coup d’État du 18 fructidor (4 septembre 1797) et comment il réussit. 2
XIII. — Les Conseils : comment les Cing-Cents, épurés par le Directoire, 3 .se rassemblent dans la salle de l’'Odéon. — Une Commission est nommée ;
comment son rôle doit se réduire à enregistrer, quitte à les amender 1e
Jégèrement, les volontés du Directoire ; Boulay de la Meurthe, son
rapport ; quelle résolution est votée. — Les Anciens; ils se réunissent
à l’Ecole de médecine; répugnances à proscrire ; longue attente; demi.
. énergie et demi-courage. — La résolution arrive du Conseil des Cing-
Cents : commission nommée ; rapport; efforts pour temporiser. —
Comment, sous la pression du Directoire, est voté le décret connu sous à le nom de Décret du 19 fructidor. va
Le 1er prairial (20 mai 1797), les nouveaux élus prirent séance, les uns au Manège où siégeaient les Cing-Cenis, les autres aux Tuileries où étaient installés les Anciens. Ils
se comptèrent. Jadis, Par une cynique violence, les Conventionnels avaient tenté de se perpétuer. Contre l’usur- pation, le pays avait protesté une première fois, et, puisque
les choix n'étaient libres que pour un tiers, avait voulu du moins que ce tiers fût pris parmi les modérés. Voici que les élections récentes venaient d’effacer les traces de la grande iniquité. Au premier tiers, un second tiers s’ajoutait. Désor-
mais, le Directoire, sévèrement contenu, serait contraint de
se transformer ou d'abdiquer, à moins qu’il ne se sauvât
par un coup de force pire que la violence même qui avait, dix-huit mois auparavant, prorogé le mandat des Conventionnels.
Dans l’une et l’autre enceinte, le spectacle ne laissait pas
que d’être suggestif. Les survivants de la Convention, .
naguère insolemment étalés, se resserrent, se pelotonnent, tout étonnés que la puissance du nombre leur échappe et, avec elle, la faculté d’être injustes impunément. Ils observent les nouveaux arrivants. Quelques-uns surprennent, tant ils semblent venus de loin : tels Fleurieu, ministre de la Marine sous Louis XVI; le chevalier de Murinais, maréchal de camp dans les armées de la monarchie; Tronson-Ducoudray, naguère l'avocat de Marie-Antoinette ; Quatremère de Quincy, l’un des membres de la droite à l Assemblée législative. Du milieu de ces groupes, deux jeunes hommes se détachent, peu connus encore et qui bientôt seront l’honneur du parti libéral : Camille Jordan, Royer-Gollard. Cependant, parmi les élus, deux surtout attirent les regards :
Pichegru, le vainqueur de la Hollande; J ourdan, le vain-
queur de Fleurus, l’un et l’autre rivaux jusqu’à la haine, rivaux de gloire, rivaux d’ambition, rivaux d’opinion aussi : car, par horreur de se rencontrer autant que par antagonisme de vues, c’est aux extrémités opposés qu'ils cherchent d’abord leur place ; et plus le premier déviera vers la réaction, plus le second se classera parmi les jacobins.
Avec une hâte impétueuse, ceux qui se sentaient majorité s’appliquèrent à marquer leur affranchissement. Ils avaient à nommer un président : aux Cing-Cenis, Pichegru fut élu; et, aux Anciens, un autre opposant au Directoire, Barbé- Marbois. Le même esprit guida le choix des secrétaires. A ces votes, un vote plus important s’ajouta. Aux termes de la Constitution, l’un des directeurs devait être remplacé. Pour sortir de charge, le sort avait désigné Letourneur. Quand il
fallut lui donner un successeur, les Conseils avaient déjà usé leur première ardeur. Ils élurent Barthélemy, le négociateur de la paix de Bâle, plus versé dans la diplomatie que familiarisé avec la politique intérieure, plus instruit que résolu, plus pacifique qu’entreprenant, mais d’une droiture au-dessus de tout soupçon et incapable de pactiser avec aucune iniquité.
Tandis que les urnes circulaient, les entretiens privés, les allées et venues, les premiers essais de groupement complétaient la signification des votes. Dans l’une et l’autre assemblée, le Directoire, appuyé par les survivants de la majorité thermidorienne et par les anciens jacobins, pouvait revendiquer un peu plus du tiers des suffrages. Le reste appartenait à l’opposition. Cette opposition elle-même se composait d’éléments divers. On y voyait quelques anciens conventionnels, comme Lanjuinais ou Henri Larivière, demeurés purs au milieu des excès. On y distinguait les députés élus aux élections de l’an III : tels, aux Anciens, Portalis, Dupont de Nemours, le général Mathieu Dumas, Barbé-Marbois, et, aux Cing-Cents, Siméon, Dumolard, Dubruel, Pastoret. On y discernait enfin les Représentants récemment élus, les députés du Second Tiers comme on les appelait, tous pleins de projets et s’agitant avec ce mélange d'importance et d’embarras où se reconnaissent, en toute législature, les députés nouveaux. A cette majorité, quel nom donner? En elle, à cette heure, nul dessein factieux, nul vœu extra-légal. Députés du premier et du second tiers, tous formaient le parti modéré, le parti constitutionnel. Y avait-il des royalistes? Tout au plus, on eût pu en découvrir cinq ou six : tel Imbert-Colommès, député de Lyon; tel le général Willot qui, chargé d’un commandement dans le Midi, s’y était montré fauteur de réaction. Quant à Pichegru, il était, à cette heure, plus suspect que compromis. Et pour tout dire, le royàlisme ne pouvait compter que sur un allié, le Directoire lui-même, si jamais celui-ci,
et qui apparaissait tout au plus en un arrière-plan loint il y avait la France à réorganiser. Depuis cinq années, la guerre sévissait : un pressant souci serait de rétablir la paix; ie | les finances étaient en désarroi : UT fallait x remettre Fos D
| dant, entre toutes les libertés méconnues ou mutilées, une
par a los E ses en ou de ses ie rejetait les modérés vers la monarchie. RENE À défaut de la monarchie qu’on n ’aspirait point à other s
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surtout tenait à cœur aux nouveaux élus, la liberté reliat
Du pays ils avaient reçu mission de la rétablir. Ja mandat impératif ne fut plus nettement tracé : « Nous ro nos Fr nos se nos ae » . "
note: avec une apiniâtreté singulière “ presque supers tieuse : € Nous JoHIoRe PARUS nos PIDPReE |
le 16 avril, on avait connu . premiers résultats des den
tions ; et la grande solennité chrétienne avait été fêtée dans l’allégresse. Puis les nouvelles, d’abord vagues, s’ étaient 4 LATE précisées ; on avait connu les noms des élus ; les plus experts de avaient ébauché des pointages. Da éeat) on tenait de victoire. Alors les espérances s’étaient exaltées, et à tel point que, dans le Morbihan, on avait organisé une quête pour
fréter un navire qui irait chercher en PAPE les prêtres ie déportés.
Et maintenant les députés, les uns à la salle du Manège, à la fois suppliantes et impérieuses de leurs électeurs. Aux
l'une du département du Nord, l’autre des départements belges, pour la liberté religieuse, Comme si l’on n’attendait que ce signal, une Commission est nommée pour reviser les lois sur le culte, c’est-à-dire pour « les mettre en harmonie
. Pailippe Delleville, Dubruel, Camille Jordan, Pailhier, Rouchon, tous favorables à la liberté. it Cette liberté que les Conseils semblent promettre, le pays s’enhardit de plus en plus à la saisir. On est à cette époque du printemps qui ramène pour les catholiques plusieurs de leurs grandes fêtes. Dans les campagnes, à l’aube des Roga- tions, beaucoup de prêtres forment, comme au temps passé, leur cortège, et, parcourant les champs, bénissent les mois- Sons grandissantes. À l’Ascension, beaucoup de monde dans les églises et bien plus encore à la Pentecôte. Ce jour-là, on compte aux M inimes, dans la nef comble, plus de deux mille
possession de Saint-Roch qui, pendant plusieurs années, leur tiendra lieu de cathédrale, puisque les constitutionnels ont Notre-Dame. Le samedi suivant, veille de la Trinité, M. de Maillé, évêque de Saint-Papoul, procède à une ordination en l’église des Blancs-Manteaux (1). Les policiers aux aguets notent la cérémonie qui d’ailleurs déroute tout à fait Jeur science liturgique. «On a remarqué, disent-ils en termes d’une vague ignorance, les cérémonies ou les préparatifs de quelque rite catholique. » Encore cinq jours, et ce sera la Fête-Dieu; plusieurs prêtres imaginent de fixer quelques guirlandes de feuillage ou quelques tentures extérieures ; à défaut de procession dans les rues, ils voudraient exposer
s autres dans celle des Tuileries, lisent, relisent les lettres
Cing-Cents, dès la première séance, deux pétitions arrivent,
avec la Constitution ». Elle se compose de cinq membres:
assistants ; ce jour-là aussi, les catholiquesromains reprennent
l’ostensoir sous le portail de l’église, et, de là, bénir les assistants. Cette fois, c’est trop; ce qui subsiste d’hostilité se réveille, bouillonne, remonte à la surface. Et beaucoup de passants de dire : «Qu'ils chantent s’ils le veulent dans leurs églises ; mais qu’ils n’en sortent pas et qu'ils prennent garde d’encombrer la voie publique. »
Dans leur bureau, les Commissaires nommés par les Cinq- Cents élaboraient les mesures qui substitueraient à une pré-
caire tolérance la liberté. Pendant ce temps, les incidents.
journaliers des séances marquaient l'intensité des préoccupations religieuses. « Il serait mdigne de nous, disait le 4 prairial le représentant Parisot, de maintenir une législation qui proscrit en masse toute une classe de citoyens »; et il ajoutait : « Presque tous nos troubles ont pour origine nos dissentiments en matière de culte. — » Le lendemain, le représentant Madier gravit la tribune et dénonça la pratique inhumaine qui, dans plusieurs départements, maintenait en reclusion les prêtres vieux et infirmes. À ce langage, l’assemblée des Cing-Cents s'émut et décida que, par voie de message, des explications seraient demandées au Directoire. — Entre toutes les plaintes, les plus bruyantes étaient
celles des prêtres belges qui se montraient très hostiles
au serment imposé par le décret du 7 vendémiaire et qui réclamaient un sursis jusqu’à ce qu’ils pussent recevoir les instructions du Saint-Siège. « Tout récemment, une émeute a éclaté à Louvain », disait le 11 prairial un des députés de Bruxelles ; et il suppliait que, provisoirement du moins, on suspendit l'exécution du décret. — A quelques jours de là (1), le représentant Gibert-Desmolières, à propos d’une discussion financière, proclamait qu’il n’est point de véritable morale sans religion et déplorait que des écoles publiques toute notion chrétienne fût bannie. Si l'attention avait pu se lasser, elle eût été réveillée par l’afflux des pétitions venues
(1) Conseil des Cing-Cents, séance du 26 prairial an V.
des départements. Au Message sur les prêtres reclus, le Directoire n'avait point répondu. Le 25 prairial, un nouveau message fut rédigé qui signalait derechef le scandaleux abus et en sollicitait la prompte réformation.