‹ Histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 31 sur 65 · IT · texte numérisé non relu

IT

Avec impatience, on attendait que la Commission publiât ses vues. Le 29 prairial (17 juin 1797), le rapport fut prêt.

Je note cette date du 29 prairial. Elle mérite d’être retenue par tous ceux qu’intéresse l’histoire de l’Église de France.

Deux fois depuis la Terreur, la cause de la liberté religieuse avait été solennellement plaidée. Elle l’avait été par l’évêque Grégoire à la Convention, le 4 nivôse an III. Elle l’avait été par Portalis à lassemblée des Anciens, le 9 fructidor an IV. De ces deux manifestes, le premier avait ému le pays plus que les députés. Le second avait enrayé lune des entreprises de la persécution sans abattre la persécution elle-même. En cette année 1797, tout était changé, et, pour la première fois depuis la Révolution, une voix capable de prononcer de vraies paroles d’affranchissement allait retentir en une assemblée capable de les comprendre.

Le rapporteur choisi par la Commission était Camille Jordan.

C'était un député de Lyon, tout jeune encoré, environ vingt-sept ans. Il était de dehors modestes. Ceux qui le connaissaient le disaient précoce par la sagesse, clairvoyant par l’intelligence, intrépide par le courage, noble par le cœur. Comme beaucoup de ses compatriotes, il portait en Jui, sous une apparence un peu froide, une âme à la fois réfléchie et ardente, sensible jusqu’à lexaltation, et tout naturellement attirée vers les sommets. Il avait à peine dix-

police volontairement inerte, osèrent les flageller. Camille

il éclata. En une brochure qui parut sous ce titre : l& Loi

sept ans quand, se trouvant à Vizille, pendant V'été de 1788, allumé en Qui l'amour de la liberté, belle flamme vivace et.

au début de la Révolution comme lui-même au déclin de la

| vex on a A Lyon, en 1792, des misérables (a

terait un immense travail. Il fut convenu que l’un des com-

chez son oncle M. Claude Périer, il avait assisté à cette assemblée fameuse où des âmes sincères, éprises du bien public, rêvèrent de réformer sans due Ainsi s'était

pure qu'aucun souffle de désenchantement ne réussirait

éteindre. Là-bas aussi, il avait, malgré son jeune âge, con

quis une précieuse amitié, celle de Mounier, destiné à jou it

Laeas crise, le noble et périlleux rôle de modéré. Cepen-…

envahirent les chapelles, en chassèrent les femmes qui Jo priaient et, au milieu de toutes les insultes, en l’absence d’une {

FO

Jordan était homme de généreuse vaillance. Sous l’outrage,

et la Religion vengées, il flétrit les malfaiteurs, honora les victimes et rendit courage aux honnêtes gens apeurés. La Terreur s’établit. Lyon s’insurgea. Le hasard d’une mission qui lui fut confiée par ses compatriotes éloigna J ordan de

sa ville natale ; et, par là sans doute, il échappa à la fusil

lade ou à eh En 41797, au ut ionnt du second tiers, le grand souci était le he à restaurer. On se souv

de l’homme intrépide qui, dans les jours mauvais, avait 1 il

combattu l'oppression. Et c’est ainsi qu il était venu s asseoir parmi les Cing-Cents. Fe

Dans la Commission sur les cultes, tous ces souvenir opportunément rappelés, avaient bien vite mis en relief Camille Jordan. On avait été frappé par la maturité de son esprit, son art à bien dire, l’ardeur réfléchie de ses convictions. Cependant, la refonte de toutes les lois religieuses représen-

missaires, le député Dubruel, se chargerait, en un rapport spécial, de demander le rappel des lois sur la déportation.

476 HISTOIRE RELIGIEUSE DE LA RÉVOLUTION Pour la tâche principale, Camille Jordan, malgré sa Jeunesse

et peut-être à cause de sa jeunesse, fut choisi, C’est à lui qu’il appartiendrait de prendre le premier la parole et de développer les principes généraux sur la liberté religieuse, le serment, la police des cultes. à Et, maintenant, en cette séance du 29 prairial, le voici à Pi EE tribune. Dès qu’il y monte, amis et adversaires font pareillement silence, les uns par sympathie et impatiente attente n, d’applaudir, les autres dans l'espoir que quelque parole intempérante, échappant à l’inexpérience de la Jeunesse, permettra de dénoncer le fanatisme renaissant. Avec une habileté modeste, Camille Jordan invoque d’abord l'autorité de la Commission dont il n’est que l’organe. Avocat de la liberté, il a soin de marquer qu'il la revendique pour toutes les manifestations légitimes de la pensée humaine : « Le temps de tous les fanatismes est, dit-il, passé. » Etil ajoute dans le style de l’époque : « Une douce et __ tolérante philosophie a fixé son sanctuaire dans le temple des lois. » De sa jeunesse, il s'excuse, juste assez pour écarter de lui tout reproche de témérité. Un unique souci d’ailleurs le domine, celui de sa cause : « Si, contre le vœu de mon cœur, il m'échappait, dit-il, quelque parole imprudente, elle n'appartient qu’à moi et ne doit nuire qu’à moi. » Ayant parlé de la sorte, Camille Jordan trace le tableau ME de la législation passée. L'Assemblée constituante, en décrétant la Constitution civile, a tenté de créer une Église d'État. La Terreur, en accumulant les châtiments, a proscrit toutes les religions. Après le 9 Thermidor, un commencement de justice a inspiré des mesures sagement libérales, mais timides, incomplètes, toutes traversées par les retours de la haine ou de l'arbitraire. Maintenant, la loi suprême est la Consti- tution avec laquelle toutes les lois doivent s’harmoniser. Et Camille Jordan lit l’article 354 du pacte fondamental de Van III : « Nul ne peut être empêché, en se conformant

RES Er db

Page 1