‹ Histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 35 sur 65 · RO · texte numérisé non relu

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cipe, avait remis à la Commission le soin de lui présenter

le texte à adopter; et comme celle-ci était notoirement acquise à la liberté religieuse, on ne pouvait douter que la rédaction qu’elle proposerait ne fût de nature à ménager

ve

tous les scrupules. Quant à la ratification par les Anciens, elle paraissait assurée. Donc, en dépit de quelques mécomptes, il semblait qu’on touchât tn à l'émancipation religieuse. Mais déjà se préparait le coup de force qui rejetterait vers le jacobinisme la France assoiffée de paix.

Avec un dépit non dissimulé, le Directoire avait accueilli

le résultat des élections. Sa mauvaise humeur s’était accrue Ë quand il avait vu la nouvelle majorité affirmer ses tendances

par le choix de son bureau, le dépôt de ses projets, la formation de ses commissions. Le rappel des lois antireligieuses avait surtout exaspéré ; car, aux yeux de Barras, de La-

révellière, de Reubell, die Po c'était, par-

dessus tout, le Rae Il fallait au plus vite discréditer ces hommes nouveaux qui osaient parler tolérance et liberté. Le gouvernement

avait sa presse à lui : il la mobilisa. Le mot d'ordre fut de

transformer les nouveaux élus en royalistes. L’artifice était

d’un succès certain; car, pour le peuple à l’âme simpliste, monarchie signifiait retour à l’ancien régime ; or, de Ho régime, la nation ne voulait à aucun prix

Au Directoire, il importait, en prévision d’un conflit, de s’assurer des alliés. On en chercha en bas. On en heat pareillement en haut.

En bas, il y avait les survivants des jacobins. On les ne pourchasses : on se mit, à les caresser. Les plus farouches se dérobèrent : l'exécution toute récente de Babeuf n’avaitelle pas montré en ceux qui gouvernaient l’incurable obstination des haiïnes et des préjugés bourgeois? Sous l’appât des promesses, d’autres * RuHanIserente Dans les rues de

Paris, on vit reparaître, osés jusqu’à la provocation, quelquesuns des plus compromis parmi les terroristes. Cochon, le ministre de la Police, qui craignait beaucoup le péril anarchiste, les signala et en les signalant se rendit suspect, si suspect que bientôt il sera lui-même désigné pour la proscription.

Tel fut le travail pratiqué en bas. En haut, le même souci de se consolider inspira des menées tout inverses. Les députés opposés à la politique directoriale avaient pris l'habitude de se réunir rue de Clichy pour y concerter leurs desseins ; en outre, plusieurs d’entre eux se retrouvaient deux ou trois fois par semaine, soit chez Barbé-Marbois, soit chez Gibert- Desmolières. Le Directoire entreprit de grouper, lui aussi, ses amis. À Paris s'était fixé, depuis deux années, un jeune Suisse très dépourvu des dons extérieurs, mais de maturité précoce, riche d’observations et d’études, étincelant de malice et d’un prodigieux agrément de conversation. Par ses ancêtres, il se rattachait à la France, et on l’appelait Benjamin Constant de Rebecque. L’amitié de Mme de Staël, protestante comme lui, originaire de Genève comme il l'était de Lausanne, passionnée comme lui pour toutes les jouissances de l'esprit, lui avait épargné les longueurs du stage et l'avait introduit de plain-pied dans la société parisienne. Soit qu’il crût habile de s'attacher en ambitieux à la fortune du Directoire, soit que vraiment les tendances de la nouvelle majorité lui parussent menaçantes pour le progrès, il avait pris parti contre les Conseils. Il s'était particulièrement attaché à Barras. Celui-ci, fort insensible au charme de l'esprit, le goûtait peu : « Benjamin Constant, disait-il, a toute la niaiserie des jeunes penseurs. » Cependant, ce niais parut bon à utiliser. Sous ses auspices et grâce à ses actives démarches, un elub, ou plutôt une sorte de cercle, fut formé qui prit le nom de l’hôtel où il s'établit et qu’on appela le club de Salm. Au milieu de l’été, il comptait six cents adhérents : c’étaient des amis du Directoire, des jaco-

bins assagis, puis quelques libéraux de 1789 qui, après une longue période d’obscurité silencieuse, avaient reparu, et que les Conseils avaient eu le tort de négliger. L’objet principal serait de dénoncer par brochures et pamphlets la réaction grandissante, puis de créer en divers lieux des associations similaires, enfin de discipliner, pour les séances des Conseils, le public des tribunes (1). De ce cercle, Talleyrand fut la décoration, tandis que Mme de Staël, très fourvoyée en cette aventure, s’efforça d’en être l’Égérie. Pour la besogne matérielle, le Directoire aurait les terroristes ressuscités et bien plus encore — comme on le dira bientôt — les soldats. Puis des doctrinaires viendraient, de très beau langage, d’apparence fort douce, d’autant plus dangereusement trompeurs qu'ils auraient été trompés eux-mêmes ; et tous ensemble, ils expliqueraient, en forme élégante, qu’on ne violait la Constitution que pour la mieux garder, qu’on ne séquestrait la liberté que pour la restituer plus sûrement.

J’ai parlé du Directoire. Mais, en ces apprêts de lutte, était-il unanime? Comme les Conseils eux-mêmes, il avait sa majorité, sa minorité ; de là pour lui-même une faiblesse, pour ses ennemis une espérance.

On a déjà dépeint les hommes que les hasards de la politique avaient appelés au pouvoir. Ils n’ont guère changé. Le premier qui attire les regards, c’est Barras. Visiblement, il aspire à être chef : « C’est une bien belle place que d’être directeur, dira un jour l’assidue de sa maison, Mme Tallien, quel dommage qu’il y en ait cinq ! » Chef, le sera-t-il jamais? Il n’a jamais eu d’autre puissance que celle de ses vices. Cette puissance même est à son déclin. Ses colères n’effraient plus, tant il les à prodiguées ; ses vanités font sourire, tant elles s’étalent! On sait que, pendant les longues torpeurs de ses débauches, il est inoffensif à la manière d’un serpent

(1) Eugène Assx, « Benjamin Constant et le Directoire » (Revue de la Révolution, t. XV et XVI).

— car ses familiers sn prétendre qu’il en a quelques-unes — ont elles-mêmes quelque chose de frelaté. Son courage a un aspect de bravade. Son audace a des reflets d’impudence.

vrai dessein. Ce qui l’importune le plus, c’est la vertu des __ proscrire, il ressaisira ce qu’il garde d’énergie, dut-il, s’il

comme au 13 Vendémiaire, risquer son va-tout.— La même disposition anime Reubell. La majorité est désintéressée : il est cupide; elle veut l'intégrité : il patronne les dilapi- dateurs ; elle souhaite entre les hommes la tolérance : il est grossier, absolu, étroit d’esprit ; elle travaille pour la liberté

le consume, celle du catholicisme. Il a lu le rapport Jordan ;

‘ ressaut de haine, il est venu se ranger au côté de ses deux : collègues ; et en se ralliant à eux, il a, dans le Directoire, formé selon l’expression du temps, le triumoirat.

dire. Ils se méprisent Auto lee et en cela montrent

leur clairvoyance. Tels quels, à eux trois, ils sont la majo-

| rité. ù Que dire des deux autres?

Nouveau venu, l’honnête Barthélemy assiste tout ahuri

… dehors. De vrai il ne se figurait pas ainsi le gouvernement. Peu

modéré. Il semble qu’ennemi de tout excès, il incarne en lui Fe sagesse. La représente-t-il tout à fait? Je ne voudrais pas

D: Il ment sans art, car il ment ons Ses qualités

Son esprit est apte à soutenir ‘une intrigue, mais non un autres ; à ce titre, il haït la majorité nouvelle. Et pour la

en est besoin, monter à cheval et, comme au 9 Thermidor, …

et surtout la liberté religieuse : or, dans les luttes religieuses de sa province d’Alsace, Reubell a, depuis longtemps, pris rang parmi les pires sectaires. — En Larévellière, on eût pu espérer des pensées plus équitables : mais une haine

il a lu le discours de Royer-Collard. Voici que, dans un

Que ces triumvirs fussent unis, il serait inexact de le

versé dans les affaires intérieures, mais de haute droiture, il ne souffre en lui one passion : il est passionnément

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aux délibérations. Il a, avec honneur, servi son pays au

l'affirmer, car, dans les temps de crise, la grande sagesse est te dibons

Cet esprit d’audace, Carnot, le dernier des cinq, le Dot vraiment en lui? On Pigacse encore. Ce que l’on sait bien, c’est que, parmi les hôtes du Luxembourg, il est, après Barthélemy, le plus modéré. « Le peuple, a-t-il coutume de

dire, a voulu la Révolution, mais ne veut pas la révolution 1 perpétuelle. » Il est soldat de carrière, mais plus encore citoyen

et souhaite ardemment la paix. La Terreur — il le sait mieux que personne — a accumulé les victimes : à toute nouvelle rigueur, il est hostile et juge même que si les émigrés rentrés sont paisibles, il est opportun de ne pas trop les rechercher. Que si on lui parle de somptueuses solennités qui remplaceront les fêtes catholiques, il écoute avec une ironie silencieuse, et froidement suppute ce que ces magnificences coûteront. Il a l’horreur des niaiseries grandiloquentes. Chez lui, nulle croyance et même un dédaigneux mépris pour les rites religieux. Mais il raiïlle sans pitié les débiles fureurs de Larévellière ; 11 croit qu’entre toutes les religions, la plus ancienne est la moins dommageable, et juge que les prêtres | ne font tant de mal que parce qu’on les persécute. Tant de dissentiments dans les pensées ne laissent pas que d’amener des discussions pleines d’orages. « C’est un pourri »,

dit Carnot de Barras. « Ses mains dégouttent de sang», dit

Barras de Carnot. | Entre ces hommes si divers, ne serait-il pas possible de

s’insinuer et de mettre à profit, pour les contenir, leurs divi-

sions mêmes? Parmi les membres des Conseils, ‘les plus avisés se flattèrent de réussir en ce dessein. 0 Entre les triumvirs, Barras était le plus méprisable : c'était aussi le plus ble car il était homme à tout entendre, ne croyant à rien. Autant qu’on peut fixer les dates, l’amiral Villaret-Joyeuse fut le premier qui alla à lui. Il lui représenta l’urgence d’un arrangement qui rétablirait l'harmonie entre le gouvernement et le Corps législatif. TOME IV. 13

Ayant parlé de la sorte, il insinua que ses amis et lui réclameraient des garanties. Ce gage de paix, ce serait le renvoi des ministres les plus compromis par leurs agissements irréguliers ou leurs attaches politiques. On exigerait surtout la destitution du ministre de la Justice, Merlin de Douai, qui incarnait, disait-on, la politique persécutrice. En revanche, on avait à cœur le maintien de Bénézech, ministre de l’Intérieur, de Petiet, ministre de la Guerre, de Cochon, ministre de la Police, tous acquis à la politique modérée. A ces suggestions, Barras, si nous l’en croyons, répondit très sérieusement « qu’il suivrait l'impulsion de sa conscience ». D’autres vinrent les jours suivants, notamment Portalis, Provençal comme Barras, et le général Mathieu Dumas, l’un des plus accrédités dans le Conseil des Anciens. Quel fut le résultat de ces conciliabules? Barras a prétendu dans ses Mémoires qu’il avait décliné toute transaction. Mais, d’après des témoignages dignes de foi, il laissa au contraire entendre qu’il souscrirait au renvoi des ministres suspects, et particulièrement de Merlin: il ne subordonnaïit son consentement qu’à une condition, c'était que, dans la séance du Directoire, la proposition fût faite, non par lui, mais par Carnot.

De Carnot, tout paraissait donc dépendre. Il souhaitait l’ordre, mais pas trop, juste à la mesure de sa conscience de régicide. Il eût voulu la formation d’un parti moyen-dont Thibaudeau, l’un des plus importants parmi les Cinq-Cents, eût été le chef. Ainsi demeurait-il indécis, tantôt porté par sagesse vers les modérés, tantôt retenu par le poids de ses souvenirs. Pressenti par Portalis, par Tronson du Coudray, qui protestèrent l’un et l’autre de leur dévouement à la Constitution, il les écouta avec une froideur un peu défiante. Cependant il finit par adhérer à leurs vues.

Il semblait qu’on touchât à un arrangement. A la séance du Directoire, Carnot proposa le remplacement des ministres suspects, Truguet, Delacroix, Ramel, ét particulièrement le renvoi de Merlin. C’était le 27 messidor (15 juillet 1797).

Pour les hommes d'ordre, l'espoir de réussir se confondit avec la colère d’être dupés. Barras trahit-il ses engagements, ou n’avait-on négocié si longtemps que pour ne pas se comprendre? Loin de soutenir Carnot, il se rangea du côté de ses deux collègues Reubell, Larévellière. On renvoya Truguet, trop compromis en des affaires louches, et on congédia Delacroix pour faire place à Talleyrand, ce protégé de Mme de Staël. Hoche fut nommé à la Guerre ; mais Petiet, Bénézech, Cochon, tous ces ministres agréables à la majorité, furent sacrifiés. Par-dessus tout, l’odieux Merlin fut conservé ; et au lendemain de la loi de tolérance religieuse votée par les Cinq-Cents, ce fut le signe provocateur de la politique sectaire continuée (1).

La majorité n’était pas au bout de ses mécomptes. Deux jours plus tard, un incident plus grave lui révéla, non seulement son discrédit, mais ses périls.

A l’armée de Sambre-et-Meuse, avait été préposé le général Hoche. À son nom, une double gloire s’attachait, celle de la Vendée pacifiée, celle de victorieuses opérations sur le Rhin. Les préliminaires de Leoben l’avaient arrêté dans ses succès. Bien que, sous la Terreur, il eût été incarcéré, il ne voyait de salut que dans la République et, d’instinct, abhorrait les royalistes. Des Conseils, il faisait peu de cas, en militaire qui dédaigne le bavardage. Cependant, un nom l’obsédait, celui de Bonaparte, jeune comme lui, glorieux comme lui, et qu’à tout prix il fallait distancer. Dans Hoche, un trait dominait:

(1) Voir sur ces incidents Mémoires de Carnot, publiés par son fils, &. IT, p. 116-117. — Souvenirs du lieutenant-général Mathieu Dumas, À. II, p. 404-107. — BARRAS, Mémoires, t. II, p. 435, 441, — THIBAUDEAU, Mémoires, t. 11, p. 209 et suiv.

une brûlante immodération de désirs, moins semblable à celle d’un ambitieux qu’à celle d’un malade qui précipite sa vie, ne pouvant la prolonger. « Donnez-moi, avait-il coutume de dire, un remède contre la fatigue, pourvu que ce remède ne soit pas le repos. »

Pour qui préparerait un coup de main, un tel homme serait précieux. Le seul péril, ce serait qu’il travaillât pour lui. En ce temps-là, Hoche, réduit à l’inaction, méditait un projet caressé par lui depuis longtemps, celui d’atteindre, par un débarquement en Irlande, l'Angleterre demeurée notre ennemie. Sous prétexte de forces à diriger vers la côte, ne serait-il pas possible de détacher de l’armée de Sambre-et- Meuse deux divisions environ, de tracer la ligne d’étapes de telle façon que cette ligne se rapprochât de la capitale? Paris serait l’objectif réel et, à l'heure voulue, les troupes s’y porteraient par une brusque conversion. Ainsi pensa Barras. Larévellière et Reubell furent-ils ses confidents? Dans ses Mémoires, Larévellière a nié, au nom de son collègue et au sien, toute complicité dans le projet (1). Mais Barras a affirmé qu’ils n’ignoraient rien.

Hoche, semble-t-il, se prêta à tout. Les corps quittèrent leurs cantonnements. La destination apparente serait Brest. Un examen, même médiocrement attentif, eût inspiré quelques remarques suggestives. La petite armée comptait quatre régiments de cavalerie, ce qui était fort à propos pour balayer des factieux, mais très encombrant pour un embarquement. A la tête d’une des divisions était le général Lemoine, l’homme de Quiberon. En route, on distribuait les journaux les plus hostiles au Corps législatif, la Sentinelle, l'Ami des lois; et les soldats excités se vantaient de « marcher » contre les Conseils (2). Cependant, les munici-

(1) L'ARÉVELLIÈRE, Mémoires, t. II, p. 121.

(2) Rapport du représentant Delarue au Conseil des Cing-Cents, séance du 17 thermidor an V. — BarBf-MARBOIS, Journal d’un déporté, Introduction, p. 24. — « C'était vers Paris que je dirigeais mes troupes », a écrit

. manqua pas d'arriver.

La séance du 30 messidor u8 juillet 1797) s'était ouverte Ne aux Cing-Cents au milieu de l'agitation. Le remaniement ministériel semblait défi à la majorité. En termes véhé- 4! ments, Camille Jordan se plaignit qu’on réorganisât les sociétés es que des terroristes fameux reparussent

L dans Paris, qu’on eût éloigné de la police l’homme le plus

midor, on devait renouveler le bureau. Les node élus

Nemours, l’un et l’autre très dévoués à l’ordre légal. Comme Re s pres les inspecteurs de la salle — ainsi

nommait-on ceux 4 on appela plus tard les questeurs — furent informés qu’un passage fort important de troupes | était annoncé à la Ferté-Alais. Que des régiments fussent de la sorte rapprochés de Paris, il y avait de quoi surexciter

les alarmes. La Constitution défendait tout rassemblement

de troupes à moins de six myriamètres de la capitale. Non sans trouble, on mesura les distances. La Ferté-Alais était à cinq myriamètres seulement de Paris. Les inspecteurs cou- à ja rurent au ministère de la Guerre. Le ministre Petiet, déjà

Race mais encore en fonctions, n’avait donné aucun ordre. On se rendit au loue Carnot était alors pré-

sident du Directoire. Il répondit qu’il ne savait rien. Il \ ajouta qu’il donnerait des instructions pour que la limite

constitutionnelle fût respectée.

La nuit venait. Le lendemain, 2 thermidor, l’un des inspecteurs des Cinq-Cents, le représentant Ab confirma ce

que la rumeur nee avait déjà ébruité, c’est-à-dire la é

plus 4 le général Lemoine (Mémoire cité par CHASSIN, Facieatiar de l'Ouest, t. III, p. 62).

furent, aux Cing-Cents Dumolard, aux Anciens Dupont de

LA RÉPUBLIQUE LIBÉRALE sr | palités devaient aménager les lets les commissaires ‘

des guerres assurer les vivres. De là, des préparatifs qui Fee peut-être compromettraient le secret. C’est ce cuis did iur

capable de déjouer les conspirations. Le lendemain, 4e ther-

marche des troupes ; puis 1l dénonça la Constitution violée. Aussitôt un message fut voté qui demandait au Directoire des éclaircissements. Vers la fin de la séance, la réponse arriva. Le gouvernement attribuait l'erreur de direction à la méprise d’un commissaire des guerres. Une incrédulité dédaigneuse accueillit ces paroles. Une Commission fut nommée qui aurait pour mandat de percer le mystère. Derechef, on réclama des explications. Les voix montaient, tantôt vibrantes d'émotion, tantôt éclatantes de colère. Un représentant proposa qu'aux inspecteurs de la salle fussent : adjoints les généraux Pichegru et Willot. « Qu’on y adjoigne pareillement le général Jourdan », répliqua un représentant de la gauche. Le 4 thermidor, arriva du Luxembourg un nouveau message qui rééditait les mêmes justifications. Pichegru se chargea de clôturer le misérabie débat : « Il est entendu, dit-il avec une ironie hautaine, que le ministère de la Guerre ne sait rien, que le Directoire ne sait rien non plus. Mais alors quel est ce pouvoir occulte qui fait mouvoir à son gré les armées ? »

Pendant ce temps, que se passait-il au. Luxembourg? Hoche, qui était arrivé à Paris, fut appelé. Carnot était encore président du Directoire. Il se sentait dupé aussi bien que les Conseils, et en péril aussi bien qu’eux. Avec une dureté menaçante, il interrogea le général. Celui-ci consultait du regard l’homme qui, ayant donné des ordres, pouvait d’un mot le justifier. Barras étala sa lâcheté. L'entreprise ayant échoué, il se tut et laissa se débattre à ses risques le chef militaire qu'il avait compromis. Maltraité par Carnot, abandonné par Barras, médiocrement consolé par quelques paroles émollientes de Larévellière, Hoche exaspéré quitta Paris, déclina le ministère, regagna son armée, et ainsi finit en mystification le premier essai de coup d’État (1).

(1) Voir Mémoires sur Carnot, publiés par son fils, t. II, p. 121; vote Mémoires de LARÉVELLIÈRE-LÉPEAUX, t. Il, p. 122 et suiv.

Au lieu de frapper ses ennemis, le Directoire n’avait réussi qu’à les avertir. Il fallait, ou se résigner à vivre avec les Conseils, ou reprendre de toutes pièces l’entreprise. Barras, - suivi de loin par ses deux complices, se refusa à plier sous l'échec et, à peine sorti de conspiration, recommença de conspirer.

Pour combattre les Conseils, deux éléments s’offraient : l'élément jacobin, l'élément militaire.

Les jacobins, ennemis hier, alliés aujourd’hui, pouvaient demain redevenir ennemis ; car on ne renonçait pas, le coup de force accompli, à établir un ordre, tout de surface, qui permit de jouir en paix. Il convenait donc de les employer, mais pas trop, et en retenant les rênes qu'on laisserait flotter.

L'armée, à la condition que les chefs fussent solidement acquis, présentait de bien autres avantages. La perfection serait atteinte si des militaires se rencontraient, à la fois pénétrés de discipline comme il convenait à des soldats, et saturés de maximes révolutionnaires à la manière des jacobins.

Or, dans les armées de la République, sauf l’armée du Rhin, ce Jacobinisme militaire s'était implanté. Cet état d'esprit mérite d’être décrit, d'autant plus que, sous un autre régime, il deviendra l’un des grands obstacles à la paix religieuse.

La tendance était ancienne. Une longue accumulation de paroles violentes et de spectacles corrupteurs l’avait créée et affermie. Quand jadis, encore mal débarrassés des influences familiales, les soldats de la République étaient partis

pour la frontière, des proclamations emphatiques leur avaient : fixé leur mission qui était d’ «affranchir les peuples esclaves », «d’abattre l’hydre à deux têtes de la royauté et du sacerdoce ». Ils avaient écouté, d’abord sans bien comprendre et même avec une vague révolte de leur bon sens natif. Tant de fois, __ les mêmes invectives s’étaient répétées qu'ils avaient fini par s’en imbiber. Maintenant ils comprennent, et même ils . comprennent trop. On leur a dit qu’il fallait fonder un monde F nouveau. Quoi de plus patriotique que d’anéantir d’abord h … l’ancien? Et voici que de leurs cerveaux tout embroussaillés, une idée se dégage, à savoir que plus ils briseront, plus ils seront rénovateurs. Donc, en Belgique, en Italie, partout, ils brisent, par goût de grands enfants qui aiment à démolir à et aussi pour montrer qu’ils sont gens de progrès. Les chefs, soldats de la veille, — tant la guerre a précipité les promotions ! — encouragent plutôt qu’ils ne contiennent. Il y'a des dévastations de choix, celle des églises, des couvents, des monastères : les soldats écaillent les fresques du bout de leurs baïonnettes, éventrent les toiles des tableaux ; ils sou- | pèsent les vierges en argent ; ils manient d’une main novice les reliquaires tout dorés et en dispersent, au milieu des rires, les poussières d’ossements. Puis le soir, dans les canton- nements, on troque, on vend, on s’approprie, on jette, on gaspille, on brûle, au milieu d’imprécations contre ces coquins de moines qui sont si riches, tandis qu'eux, les soldats, sont 4 si pauvres. C’est qu’en effet ils sont pauvres. Leurs vêtements sont déguenillés, leurs souliers troués, leur solde en retard ; de là des regards de convoitise sur l'abondance des autres ; et c’est en quoi ils achèvent de devenir jacobins ; Car tout jacobin est à base d’envie. Malgré tout, sous leurs haillons, ils sont fiers et justement ; car ils savent bien que, par leurs victoires, ils sont la parure de la patrie. A certains jours, arrivent au bivouac des ballots d’hymnes patriotiques, et sur les routes on les chante, mêlés de couplets orduriers, tandis que beaucoup portent au-dessus de leur sac les déf \ \ 4

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pouilles qu’ils ont prises chez les misérables fanatiques. Ainsi apparaissent-ils, empanachés et déguenillés, faméliques et ardents, d’esprit confus autant que de bravoure héroïque, tout exaltés de souffrances et de périls, saturés de préjugés aussi bien que de gloire, prenant pour accroissement de lumière tout brisement de tradition, l'oreille toute remplie de formules sonores et obscures, et les rendant plus obscures encore en les répétant, arrogants avec cela tant ils se sentent indispensables, et prêts à sauver la révolution, quitte à la confisquer | En cette année 1797, ils apprennent les élections . de germinal : on leur dit que les élus sont des royalistes, des fanatiques ; et en simplistes, ils croient tout. Le Corps législatif se réunit : on leur annonce que les prêtres vont être rappelés et, à cette nouvelle, leur colère s’accroit. « Que ne nous laisse-t-on, disent-ils, revenir, ne fût-ce que pour un mois, afin de châtier tous ces brigands ! » Puis voici qu’une calomnie savante leur insinue que, s’ils sont dans le dénuement, la faute est aux Conseils qui refusent les crédits ; et alors ils s’insurgent contre les avocats qui bavardent, tandis qu’eux-mêmes peinent, soufirent, meurent, pour le progrès, pour la liberté. Cependant les Cing-Cents ont flétri les fournisseurs infidèles qui, aux armées, dilapident : ceux-ci, se sentant visés, multiplient les attaques contre la | représentation nationale. Ces attaques, les soldats les recueillent, les grossissent, s’en imprègnent, et ainsi, dans leur ignorance, lient partie avec ceux qui, depuis plusieurs années, s’enrichissent de leur misère.

Oui, pour un coup d’État, là est bien la force à capter. Les Cing-Cents auraient dû ménager cette puissance qu'était l’armée. Un jour, le représentant Dumolard, à travers ses critiques contre le Directoire, à eu le malheur d’atteindre Bonaparte (1). Celui-ci a senti l’injure. Voici qu’à l’approche du 14 juillet, en une proclamation à ses troupes, il dénonce

(1) Séance du 5 messidor an V (23 juin 1797).

GIEUSE DE LA RÉVOLI

les dangers qui menacent la patrie : « Des montagnes, .

ajoute-t-il, nous séparent de la France ; vous les franchirez avec la rapidité de l'aigle, s’il le fallait, pour maintenir ‘à la Constitution, défendre la liberté, protéger le gouvernement à et les républicains. Les royalistes, dès qu'ils se montreront, #1 auront vécu. » À la suite du général en chef, chaque division veut rédiger son adresse. On lit dans l’une : « La route de R Paris offre-t-elle plus d’obstacles que celle de Vienne? » Dans l’autre : « La horde impure des prêtres organise la guerre civile. » Dans une troisième : « Nous savons que on Jour est marqué par l'assassinat des républicains les plus A Ee î purs. Nous savons que les auteurs de ces assassinats sont les 7e | émigrés et les prêtres réfractaires rentrés.» LEE À qui pensait de la sorte, le gouvernement pouvait avec À sécurité se confier. Cependant ‘Bonaparte méprisait Barras da "et ses complices. Si jamais il tentait un coup de force, te 71 serait à son profit, et le coup d’État qui se préparait n'aurait

à ses yeux d’autre mérite que de légitimer par avance le sien. Donc il ne serait pas l’instrument des prochaines vio- fe : lences. Mais à sa prévoyance une précaution s’imposait :

il fallait éviter qu’un rival, en s’offrant au Directoire, ne le É supplantât lui-même. Cette jalouse circonspection dicta sa conduite. Non, il ne serait pas l’homme d'exécution, maisil le choisirait et, en le choisissant, le prendrait parmi ceux qui ne sont pas faits pour être grands. Parmi les généraux de l’armée d'Italie, lun d’eux, Augereau, lui parut tout à à fait à son gré. C’était un homme brave et de belle stature, :

capable de sang-froid et de coup d’œil dans Paction; du 6 reste, jacobin forcené, d’air osé jusqu’à li

| impudence, brutal et plat, roué et familier tout ensemble ; ignorant et vaniteux,

Saturé de préjugés ; presque aussi incapable de discerner que de respecter le droit. Six Mois auparavant, il était venu une : à

première fois à Paris pour y présenter les drapeaux pris

aux Autrichiens. « Quel fier brigand, avait dit Larévellière. »

De nouveau, il revint, appelé en France, disait Bonaparte,

né it par les votes des Conseils, espéraient encore |

| ont organisé des chapelles, et ils enserrent de toutes parts

| et rue de Picpus. Dans la Cité, quatre oratoires sont comme ! accolés aux hautes murailles de Notre-Dame. Au fau-

| par ses affaires ue (2Y) A: peine arrivé à Paris, ie se livra aux plus extravagantes fanfaronnades, ne Vario que de tuer les royalistes. Larévellière s lEae he et pareillement Reubell ; en revanche, Barras fut charmé. Le 21 th. © midor (8 août 1797), Augereau fut appelé à commander division militaire de Paris. Pour la basse et laide besogne l'homme était trouvé, ni au-dessus, ni au-dessous.

ra se ne menacés. aie prêtres et Adèle, :

échapper au péril, et jamais ils ne furent plus agissant | qu’à la veille d’être replongés dans la persécution. FR

Dans Paris, ils ont multiplié les lieux de prière. Les églises les plus importantes appartiennent au culte constitutionnel. telles Notre-Dame, Saint-Germain-l’Auxerrois, Saint- Merry Saint-Étienne-du-Mont, Saint-Sulpice. Mais tout autour, ils

les temples qui ne leur appartiennent plus. Au centre de la ville, ils célèbrent les offices, rue de Cléry, rue Montorgueil, dans la maison des billes Din: Au faubourg Saint-Antoine, les mêmes cérémonies pieuses s’accomplissent rue de Reuilly 7

bourg Saint-Germain, l’église Saint-Thomas-d’Aquin vient! de faire retour aux catholiques. Non loin de là, rue du Bac, la chapelle des Missions étrangères se remplit chaque dimanche de fidèles qui se pressent dans l’enceinte, débordent

LUE) BOURRIENNE, Mémotres, t. Ier, p. 233.

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