‹ Histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 34 sur 65 · LAS · texte numérisé non relu

LAS

ro

Nombreux furent les défenseurs de la liberté. La grandeur de la cause était une tentation pour qui se plaisait à Ja

pompe. Plusieurs, parmi les députés, se figurèrent que le principal écueil à fuir, c'était la simplicité. Naguère, comme ils allaient quitter leur province, des pétitions, des adresses leur avaient été remises, signées de laboureurs, d’artisans, de petits bourgeois, de membres de confréries, de femmes pieuses. Tous suppliaient, en un langage apprêté qui n’était certainement pas d’eux, qu’on leur rendit la Religion de leurs pères. Il ne manqua pas d’orateurs qui crurent se hausser, en ajoutant encore à la solennité de ces paroles. De là quelques harangues singulières qui exprimaient en termes fastueux des regrets rustiques, exaltaient le sentiment religieux, mais sous une forme si vaguement pompeuse, que tout se perdait dans la cadence des sons et dans l’harmonieux bercement des souvenirs. L’hommage se développait longuement, mais tout en descriptions, tout en réminiscences, et lon s’appliquait d'autant plus à déclarer la religion bienfaisante et vénérable qu’on eût cru nouveauté presque téméraire de la proclamer vraie. Ainsi s’exprima surtout, en un langage qui paraît aujourd’hui aussi suranné que magnifique, un Représentant qu’on appelait Lemerer : « Si toutes les religions, dit-il, ne sont pas écrites dans le ciel, toutes ont du moins le cœur de l’homme pour sanctuaire. » Il invoqua l’exemple des ancêtres, le respect du passé. La suite fut un redondant éloge des bienfaits du christianisme, éloge qui aujourd’hui semble banal, mais qui ne l’était point alors, tant la longue persécution avait déshabitué de l’apologie ! Lemerer rappela le droit des gens rendu plus doux, les lois devenues plus humaines, les hommes conviés à plus de charité, la mort elle-même adoucie et consolée. De la religion, les plus grands comme les plus humbles étaient les tributaires; et « elle avait enchaîné l'imagination tendre et flexible de Racine comme elle avait subjugué la haute intelligence de Newton ». Pour compléter le tableau, on ne manquait pas d'évoquer l’église du village, les croix du cimetière, puis les cloches que l’on appelait naturellement l’airain

sacré. Tel fut le discours, très éloquent par endroits malgré ses boursouflures. Et aujourd’hui encore, on ne le lira point sans curiosité. On eût dit que déjà flottaient dans Pair quelques-unes de ces effluves poétiques que Chateaubriand fixera, en y mettant sa marque, dans le Génie du christianisme.

Le projet eut d’autres avocats plus soucieux des réalités : tel Boissy d’Anglas qui, fort assagi, se fit, non sans exciter quelque surprise, le défenseur des prêtres déportés; tel Pastoret, qui railla « les pieux prosélytes de l'intolérance ». Sur ces entrefaites, un homme se leva, qui, par la maîtrise de sa parole, résuma, en le renouvelant, le débat presque épuisé.

On l’appelait Royer-Collard. On ignorait tout de lui, même son nom que les journalistes écrivaient tantôt Royer-Colaud, tantôt Royer-Colas. Comme Camille Jordan avec qui il devait se lier de la plus étroite amitié, il était jeune ; comme lui, il avait traversé les mauvais jours sans faiblir ; comme lui, il avait, dans le spectacle de l’iniquité, puisé l’ardent désir d’une intégrale justice ; comme lui, il était d’âme désintéressée, de conscience droite, d’esprit méditatif attiré naturellement vers les sommets. Et vraiment ce fut pour la liberté religieuse une fortune digne d’elle que de trouver, en son premier eflort de renaissance, Camille Jordan pour la proclamer et Royer-Collard pour la défendre.

Le discours commença par un hommage à la religion catholique : « L'éducation domestique, la persuasion, l'habitude, en ont gravé l’imeffaçable empreinte. Un moment, elle a semblé ébranlée ; mais loin qu’elle le fût, elle a puisé dans la persécution de nouvelles et profondes racines. »

Découvrant ses pensées maîtresses, Royer-Collard continua : Cette obstination des consciences dicte aux pouvoirs publics leur conduite. Il faut que le gouvernement contracte avec la religion une alliance fondée sur l'intérêt d’un appui réciproque — ou qu’il la détruise — ‘ou qu'il soit détruit par elle.

Qu’avez-vous à craindre, pÉterait à 'Rodor-Cellard ? « Elle n’est plus, cette antique corporation qui, sous le nom de clergé de France, propriétaire d’une partie des revenus de l’État, seule dépositaire de l’enseignement public, tant amie, tantôt rivale de la puissance séculière, formait encore | undes Ordres de la constitution monarchique. Elle a perdu, ÿ L dans la Révolution, la vie politique et civile ; ses membres | one ont essuyé une guerre determination: Parmi ceux qui survivent, les uns languissent dans l’exil, les autres sont Der dans les cachots, ou épars sur le territoire, dispu- 0 tant la pitié publique aux indigents qu'ils ont nourris, e exposés aux outrages ou aux menaces des agents exécutifs ; à qui des instructions spéciales enjoignent « de désoler leur ; patience ». Certes, ce serait la plus étrange des inconséquences comme la plus atroce des dérisions que de les accuser de ce qu'ils furent dans ce qu’ils sont, et de soulever contre eux le souvenir d’une puissance si complètement évanouie.» Précisant l’objet du débat, Royer-Collard le réduisait à deux. points : Abrogerez-vous les lois de déportation? Exigerez-vous des prêtres une promesse ou un serment ? | Pour les lois de déportation, ne semble-t-il pas que le. 5 vœu général soit de les abolir? Une seule objection se formuk, celle que les prêtres rentrés soulèveront des troubles. he Mais comptez-vous pour rien la surveillance des lg, la. force du gouvernement ? » \ nt Sur le serment, Royer-Collard s’exprimait en ces Pat 2 « Dans un ordre légal qui n’admet pas de magistrature reli- gieuse, le gouvernement a-t-il quelque intérêt à tirer les dé ministres du culte de la foule des citoyens, pour exiger d’eux seuls une promesse d’obéissance? Le gouvernement, si je comprends bien, se défie des prêtres parce qu'ils le haïssent. — Soit, ils le ot le gouvernement républicain ; mais lequel ? Est-ce le gouvernement révolutionnaire? Oh! oui, je le crois ; c’est celui qui les a guillotinés, noyés, mitraillés. Mais le gouvernement qui leur rendra leur eulte et leur

id

: patrie, qui réparera tout ce qui est réparable, pourquoi le

baïraient-ils ? »

Le discours s at par le plus magnifique appel à la paix : « Puisqu’il s’agit de gagner des affections, ne vous résoudrez-vous pas à essayer une fois de la générosité, de la confiance? Au cri féroce de la démagogie qui a invoqué l'audace, puis l’audace, et encore l'audace, vous répondrez, Représentants du peuple, par ce cri consolateur et vengeur qui retentira dans la France entière : la justice, la justice, eb puis encore la justice. »

Cette justice que si noblement invoquait Royer- Collard, on semblait bien près d'y atteindre. Le 27 messidor (15 juil-

© Jet 1797), les débats furent clos. En dehors des points subsi-

diaires, deux questions principales furent posées : Abolirait-

on les lois de déportation? Exigerait-on des ministres des

cultes, sous forme de serment ou de promesse, une déclaration? Sur la première question, la sympathie des uns, les remords des autres, la pitié de presque tous, amenèrent

une sorte d'accord ; et à une immense majorité les décrets de

les interpellations qui s’échangeaient de banc à banc attestaient l’obstination des divergences. Un premier vote parut

proscription furent abolis. Sur la seconde question, les avis demeuraïent divisés et, dans l’assemblée un peu houleuse,

douteux. À une seconde épreuve, la majorité sembla déci-

dément acquise au projet de la commission, et le président,

qui était Henri Larivière, proclama que toute promesse était abolie. Le lendemain, le résultat fut contesté. On procéda

à appel nominal, et î se rencontra alors une faible majorité de six voix pour maintenir le principe de la déclaration.

C'était un échec et qui jetait une ombre sur la victoire

de la veille. Cependant l'assemblée, en statuant sur le prin-

ur Pr Ce ei SR

re fn

Page 1