XIV. — Dans le nouveau diocèse du -département de
(1) Béziers, Odezenne et Domergue, in-8« de 7 pages.
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THérault les processions de la Fête-Dieu furent faites par les paroisses et par les confréries avec un appareil plus républicain que liturgique. Ainsi, à Montpellier, le curé- Jureur de Saint-Pierre oflQcia lui-même pour la procession de sa paroisse et décora le Saint-Sacrement d'une cocarde aux trois couleurs. Le dimanche suivant» à la procession des Pénitents Blancs, l'ostensoir était tenu par l'abbé Léger, vicaire épiscopal, ancien aumônier de la confrérie; nous disons tenu et non porté, car l'ostensoir reposait sur une planche portée par deux ecclésiastiques. Un large ruban tricolore passé au cou du célébrant lui permettait de maintenir sans fatigue le Très Saint-Sacrement. Le Directoire du département, sur la demande du curé de Saint-Pierre, fournit des cierges d'une demi-livre pour être distribués aux prêtres assistant à la cérémonie ; il permit également au curé-jureur de Saint-Denis de se servir des ornements de Saint-Pierre (1).
XV. — Pouderous, peu après son installation avait proposé aux administrateurs des districts et du département le plan d'une nouvelle circonscription des paroisses de l'Hérault, en conformité à la Constitution civile du clergé; travail, on s'en souvient, dont n'avait pas voulu se charger M. de Nicolay. Ce n'était pas une petite affaire que le remaniement complet de toutes les paroisses des cinq anciens diocèses, placés désormais sous la dépendance unique de l'évêque départemental. Celui-ci distribua les détails des opérations à des fondés de pouvoirs, constitués par devant notaires et chargés de concourir à l'œuvre de préparation dans un ou même dans plusieurs cantons du même district. Ainsi, Bary, curé de Saint- Denis reçut pour mission d'organiser les paroisses de la
(1) Soulier, t. i, p. 268; - Du 23 au 30 juin 1791, Octave de Iq. féte-DieUf
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ville et du canton de Montpellier, et de plus celles des cantons suivants: Les Matelles, Saint-Martin de Londres, Claret, Mauguio, Cette, Ganges, Restincliêres et Lunel, c'est-à-dire une très grande partie du district de Montpellier (1).
L'Assemblée nationale ne se pressant pas d'expédier le décret nécessaire à ce remaniement d'ensemble, le procureur-général syndic écrivit au fils Cambon, pour le prier de presser la conclusion de cette affaire. Cambon répondit à la municipalité, le 15 octobre :
« Messieurs, ... J'ai vérifié en quel état se trouvoit la Loi relative à la Circonscription de nos paroisses : elle a été décrottée le 9® septembre, sanctionnée le 12® et renvoyée le 26® septembre. Ainsy vous devés l'avoir déjà reçiie ; je vais m'occuper, dez que l'organisation du Comité de la division du Royaume sera terminée, de solliciter une prompte décision sur la circonscription des paroisses de notre district qui intéresse notre cité, en ce qu'elle adjoint à la paroisse Saint-François, les paroisses de Montferrier, Baillarguet, Castelnau, etc., c'est-à-dire que toutes les paroisses du Canton se trouveront dans la ville, ce qui pourrait faciliter la réunion de toutes les municipalités en une seule et rendre moins fortes les dépenses locales, en les divisant sur une plus grande étendue » (2)
Pour le district de Lodôve, Pouderous avait constitué comme ses procureurs généraux et spéciaux treize ecclésiastiques, leur donnant mission de procéder « de concert
(1) Arch. de l'Hérault, LIH, V2, Procès-verbaux des circons' criptions des paroisses des districts de Montpellier, Béziers, Lodève et Saint- Pons,
(2) Lettres de Cambon; ^ Montpellier^ Serre et Ricome, 1889, in-8*, p. 78. — Il y eut du relard pour l'expédition de cette loi relative à la nouvelle circonscription des paroisses de Montpellier ; comme nous )q verrons an Livre III, elle ne pnt avoir son application que BOUS l'AssembLe Législative, le 13 novembre 1791.
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avec les administrateurs du Directoire », à la démarcation des paroisses du district. Il en envoya l'acte notarié au procureur-syndic, avec la lettre suivante :
« Béziers, 19 mai 1791.
« Monsieur, j'ai l'honneur de vous adresser ci-jointe la procuration pour 13 prêtres, ô l'effet de concourir avec MM. les Administrateurs du District à la nouvelle circonscription des paroisses... J'ai cru pouvoir réunir en un seul acte les 13 procurations, pour simplifier l'opération et diminuer les frais. — Puisque vous croyez, Monsieur, que ma présence peut produire un bon efiet à Lodève, pour la fête de S. Fulcrand, je me ferai un plaisir de m'y rendre, mercredi prochain 25 du courant, pour célébrer avec vous, le lendemain, la fête de votre saint évêque, et implorer ses suffrages sur le ministère de son successeur indigne. Je crois pouvoir me reposer sur votre patriotisme du soin de disposer toutes choses pour que rien ne trouble la joye et la tranquillité de ce saint jour » (1).
Il fallut plus de trois mois pour la rédaction du tableau définitif des circonscriptions des paroisses du district de Lodève ; les fondés de pouvoir de l'évéque départemental et les commissaires du directoire ayant eu de la peine à tomber d'accord, à cause des pétitions sans nombre qui arrivaient de tous les côtés et qui demandaient les choses les plus inconciliables sur la nécessité des conservations, des suppressions et des changements à opérer. Enfin, le 29 du mois d'août 1791, le Directoire du District ayant convoqué l'évéque et ses fondés de pouvoir, on put arrêter le classement définititif.
Pour ce qui concernait le district de Saint-Pons, celui que Pouderous connaissait le mieux et auquel il s'intéressait davantage, à cause du long séjour qu'il y avait fait, on
(1) Arch. de THérault, Protocoles cf Antoine Azaïs^ notaire à Béziers^ - 19 mai 1791.
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opéra le classement sans lui; ce dont il témoigna son mécontentement au procureur-syndic par une lettre écrite de Béziers le 27 mai 1791.
<K II me semble, lui disait-il, qu'on auroit dû, aux termes de la loi me consulter, ou du moins me faire part du résultat de pareilles opérations ; mais je n'en ai eu aucune connoissance ; et il faut avouer que la marche du district de Saint-Pons contraste d'une manière bien peu favorable pour lui avec celle des districts de Montpellier, de Béziers et de Lodève, qui se sont empressés de m'inviter à concourir avec eux à la nouvelle circonscription des paroisses; et seroit-il possible qu'une opération qui n'a été imaginée par nos représentans que pour le bien de la religion, l'avantage des fidèles, ne servit, par la maligne influence de la maladresse ou de la perversité, qu'à multiplier les mécontens, et, par là même, les ennemis de l'Assemblée qui J'a ordonnée î » (1)
XVI. — A tout prendre, la vraie cause du mal dont se plaignait le chef de la nouvelle église était l'ardeur outrée de ses partisans; à Saint-Pons, comme dans presque toutes les localités un peu considérables, existait un club des Amis de la Constitution ,, plus connu dans le chef-lieu du 4« district sous le nom de Société des Jacobins. Le club avait pris le haut bout dans toutes les affaires administratives, au point de dominer la municipalité et le directoire du district lui-môme, et de leur envoyer parfois des commissaires pour activer leur zèle (2).
A partir* du moment où les églises paroissiales furent livrées aux intrus, les prêtres non assermentés remplirent les fonctions du saint ministère dans les églises et
(1) Arch. de l'Hérault, LIH, V 2.
(2) Arch. municip. de Saint-Pons, Reg, des Délib, des Jacobins^ 12etl7juillet, 7aoûtl791,
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chapelles demeurées ouvertes au culte (1). Mais la loi civile ne leur était pas favorable, et TAssemblée nationale avait rendu un décret (11 avril 1791), en vertu duquel il était ordonné aux municipalités d'employer tous les moyens de répression contre ce qu'on appelait « l'odieuse intolérance des réfractaires ». C'était l'encouragement au crime. On vit en effet, à Montpellier, à Béziers, à Lodève, à Saint-Pons, à Agde, à Bédarieux, à Florensac, et dans la plupart des autres localités tant soit peu importantes de l'Hérault, des troupes malfaisantes telles que l'histoire n'offï*e rien de semblable. Celle de Montpellier prit le nom de Société patriotique ou de Pouvoir exécutif. Son but officiel était la défense de la Constitution, mais sa principale occupation était la recherche des prêtres réft^actaires, à l'effet de les obliger à se soumettre ou à prendre la fuite. Cette société fut supportée par les pouvoirs publics et commit des excès auxquels la postérité refuserait de croire, si le témoignage de toute une génération n'en avait établi l'atroce vérité.
Les prêtres constitutionnels se voyaient repoussés par l'opinion publique, et méprisés même par le peuple. Ils ne purent souiTrir longtemps cette grande humiliation ; ne sachant se faire aimer, ils cherchèrent à se faire craindre. On ouvrit à la Maison commune de Montpellier un registre dans lequel allèrent s'inscrire ceux qui voulaient se dévouer à leur garde et à leur défense. Deux protestants, Olivier, graveur, et Durey, négociant, furent les principaux organisateurs. Le Pouvoir exécutif ou Bande noire, adopta comme signe distinctif une médaille ovale, attachée à la boutonnière de la veste républicaine par un ruban tricolore, représentant une place entourée d'arbres. Dans son centre on voyait une colonne surmon-
(1) AzÉMA, Vie de l'abbé Poujol, 1847^ in-12».
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tée de la statue de la Liberté. La légende était : Vivre libre ou mourir; et l'exergue : A Montpellier^ le 14 Juillet 1791. Le revers portait une couronne de laurier, avec le mot : Patriotique et le numéro d'inscription. Le graveur Olivier était l'auteur et le marchand de cette médaille (1). Le Pouvoir exécutifs est-il hesoin de le dire ? vivait en parfaite harmonie d'idées et d'opérations avec la Municipalité et avec le Club des Amis de la Co>%stitution et de V Egalité \ et avec... le Clergé constitutionnel! et, tous, de concert, travaillaient à faire exécuter les lois de l'Assemblée nationale relatives au serment du clergé.
XVIL — Armés de nerfs de bœufs dont ils avaient ample provision (2) les membres du Pouvoir exécutif se portaient la nuit dans les maisons des citoyens qu'ils savaient ne pas assister aux exercices religieux des prêtres révolutionnaires. Ils enfonçaient les portes lorsqu'on refusait de les ouvrir et maltraitaient sans pitié les gens paisibles et inoffensifs qu'une fausse sécurité, fondée sur les lois, faisait trouver dans leur domicile (3). Ils avaient grand soin, ces intrépides patriotes de ne s'adresser qu'à des individus faibles et timides, à des infirmes, à des vieillards. Ils venaient bravement dix, quinze, vingt, le sabre à la main, le blasphème à la bouche, se ruer sur des êtres incapables de résistance et les soumettaient à toutes sortes
(1) Mém, hi8t. sur la horde de brigands de Montpellier qui se fait sacrilègement appeler le Pouvoir exécutif et sur les excès et les crimes qu*elle a commis; - 1791, in-8«, sans nom de lieu ni d'imprimeur.
(2) Le protestant Allut, qui faisait partie de l'administration municipale de Montpellier, était accusé par la voix publique de soudoyer les agents du Pouvoir exécutif et d'avoir fait venir de Marseille deux balles de nerfs de bœuf pour les armer. Mém. sur la horde des hrtgands, p. 13 .
. (3) J.-P. Thomas, Mém. h%st. sur Montp., p. 248 ; — Doval-Jodve, pfontpellier pend, la Hévolut., 1. 1, p. 177,
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d'avanies, s'ils refusaient de consentir un acte contraire à leur croyance (1).
XVIII. — Les prêtres étaient leurs victimes préférées; ils se transportèrent chez eux et leur firent éprouver toutes sortes de mauvais traitements (2). Ces malheureux poursuivis dans leur maison et jusque sur les toits, ne trouvaient de salut que dans la fuite. Plusieurs partirent pour réfranger, d'autres allèrent chercher un asile sur la plage insalubre de la mer et tombèrent malades des suites de la persécution (3). Quelques-uns ne trouvèrent que dans le tombeau la fin de leurs souffrances (4).
A la dernière fois qu'il est poursuivi, Cussac, curé de Sainte- Anne, est obligé pour se soustraire à ses bourreaux de se cacher dans une armoh*e; ils arrivent. Il les voit s'occuper des apprêts de son supplice ; il les entend dire qu'il faut lui couper la tête pour la faire rouler dans les rues. On le cherche ; on fouille partout ; l'armoire qui le recèle est seule oubliée; mais le malheureux prêtre succombe quelque temps après aux horribles sensations qu'il a éprouvées et va rendre l'âme auprès du sanctuaire de N.-D. du Grau (d'Agde).
Une quarantaine de citoyens paisibles sont arrêtés et enfermés dans les prisons de la citadelle ; d'autres, surpris à leur domicile pendant la nuit, sont tués à coups de bâtons ou de nerfs de bœuf (5). Crassous, vice-président
(1) SaovT, Hist. de laConstit. civile du Clergé; L'Église constU.» t. II, p. 363.
(2) Nous citerons en particulier : Manen, curé de Saint-Denis ; Coustou, son neveu et vicaire; Marre, Avignon, de Grainville, Des Pailières, de Mirman, Grespin, Carrière, Saisset, Dagay, Hoael, Baile, Phillis et Boissier.
(3) Bessières, Gleizes, etc.
(4) Bacalon et autres {Mém, sur la horde des brigands, p. 7 et 8),
(5) Id., pag. 10,
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du Directoire du Département a le courage de s'opposera ces atrocités ; dès le soir même, une troupe de 300 membres de la Patriotique courent chez lui et, au milieu des injures et des menaces lui demandent sa démission. Les corps constitués n'osent pas faire tôle à l'orage ; le Département, le District et la Municipalité demeurent inactifs et les membres de la Patriotique, décorés de leur médaille et armés comme d'habitude, parcourent les rues de la ville en criant : On tdiera du nerf^ et ça ira ! ça ira ! (1)
Le 2 juin 1791, fête de l'Ascension, il y eut de grands troubles à Montpellier. Les partis se choquèrent avec fureur (2; et plusieurs prêtres non assermentés, odieusement insultés et menacés, durent se cacher pour se soustraire aux mauvais traitements; il y eut même du sang versé, et tout cela n'eut d'autre cause que le fameux cacaraca proféré par une femme ou un enfant, au passage d'un convoi funèbre présidé par un prêtre-jureur (3). Ces désordres et ces luttes sanglantes sont connues à Montpellier sous le nom d'Affaire du Plan de V Olivier (4).
Dans la plupart des localités du déparlement de l'Hérault, on voulut à l'exemple du chef-lieu avoir une société patriotique; et le jour où l'on apprit à Montpellier la fuite du roi (27 juin 1791), pendant que les Amis de la Constitution et de l'Égalité écrivaient de Montpellier à l'Assemblée Nationale de profiter de l'occasion pour faire de la France
(i) Mém, sur la horde, pag. 40-12.
(2) Ce même jour, Tévéque de THérault annonçait par une letlrecirculaire Couverture du séminaire de Béziers (A. Durand, Hist, de Béziera.)
(3) L'abbé Coustou, Autobiographie.
(4) Nous n'entrons pas dans le détail du récit de celte regrettable journée, afin de rester dans le cadre que nous nous sommes tracé ; nous nous contentons de renvoyer le lecteur aux Mémoires de Soulier, t. i, p. 255 et suit, et aux Procès^-verbaux de l'Assemb, administ.; " Compte-rendu au Conseil du Dép^ de l'Hérault par le Directoire, le 16 novembre 1791.
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une République (1), à Florensac, dans le diocèse d'Agde, on se préparait à surprendre la nuit dans sa maison, au milieu de son sommeil un prêtre catholique «c pour le traiter à discrétion » suivant l'expression de Tabbé Gonrgon, de Cette (2). Et pour quel motif, s'il vous plaît I — Dans une conversation banale, à laquelle il se trouva môle par hazard, et dans laquelle on parlait de la fuite du roi, il fut accusé d'être « son complice ». Un honnête citoyen, maire de Florensac, M. Déjean sauva par sa prudence et ses discours la vie à ce prêtre.
A Cazouls-les-Béziers, un garde national, révolutionnaire forcené, saisit une religieuse, âgée de 22 ans, pour lui faire subir, comme il le disait, le châtiment que méritait son fanatisme. Il la menaça de son sabre qu'il tenait à la main. Daignez^ Monsieur^ lui répond froidement la sœur, me donner quelques moments pour recommander mon âme à Dieu. Elle tombe aussitôt à genoux, et, après une prière à Dieu de quelques minutes, se tournant vers son bourreau, elle lui dit avec calme : Je suis prête, vous pouvez frapper. Je prie le bon Dieu qu'il vous pardonne^ comme Je vous pardonne moi-même. A ces mots, le garde national est désarmé; il relève cette religieuse, et lui témoigne Tadmiration qu'elle lui inspire (3).
Deux historiens dont nous invoquons volontiers le témoignage, Jager et Sciout, énumérant les méfaits du Pouvoir exécutif, affirment que dans certaines localités et notamment à Montpellier, on poussa la cruauté jusqu'à couper les oreilles aux prêtres et aux femmes qu'on surprenait dans les réunions catholiques. Nous ne sommes pas en mesure de nier absolument le fait pour ce qui regarde la ville de Montpellier et le département de
(i) Soulier, 1. 1, p. 250.
(2) Hist» manuscrite de la Révolut. franc.
(3) Mémoires d'Aunbeau, t. ii^ p. 829. — Jager, t. u, p. 281 «
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l'Hérault; mais nous avouons n'avoir jamais rencontré dans les nombreux documents qui nous ont passé sous les yeux aucun fait justifiant Taûlrmation de ces deux auteurs. Il n'en est pas de même de certains procédés extrêmement ingénieux mis en œuvre pour tourmenter les malheureuses victimes : <x. Ils les faisaient monter à reculons sur des ânes, en leur mettant la queue entre les mains et les accompagnaient en les huant et excitant partout la canaille à se joindre à eux. Ils avaient soin de promener longtemps leurs victimes et de leur faire faire de longs circuits pour prolonger leur supplice. Si l'on refusait de monter sur l'âne, on était tout au moins roué de coups et en danger d'être « lanterné » (1). Ainsi, « à Boussagues, village voisin de Bédarieux, quelques habitants firent monter sur un âne le vieux prêtre, curé de leur paroisse et le promenèrent dans les lieux voisins, en le frappant et en chantant des couplets obscènes, sans respect pour son caractère et pour ses cheveux blancs » (2).
XIX. — Ces procédés étaient bons quand on avait afi*aire à des gens âgés, faibles ou timides; parfois cependant les prétendus défenseurs de la loi, malgré les bâtons ferrés et les nerfs de bœuf armés de pointes payèrent de leur vie leur prétendu zèle patriotique. Citons un exemple : Quelques-uns d'entre eux se rendent une nuit devant la maison d'un habitant de Montpellier; frappent à sa porte et le somment de descendre. M. Ànduze descend en effet, ne se faisant pas illusion sur ce qu'on veut de lui. Dans les ténèbres, il saisit d'un bras vigoureux le premier qui se présente, le tient dans ses mains comme dans un étau et se sert de son dos patriotique
(1) SciouT, Hiêt. de laConsL civ. du Clergé; L'Église constUu' tionnelle, t. ii, 363 ; — Jager, HisL de VÉgL de France, t. ii, p. 279.
(2)Di]MÈGE,p. 741.
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comme d'un bouclier contre les agresseurs. Ceux-ci se môprenneut sur l'identité de la surface humaine qui leur est présentée, tapent à coups redoublés et tapent si fort et si longtemps que le pauvre malheureux succombe à ses blessures, le 3 juillet 1791 (1).
Cependant la terreur est dans les campagnes ; les villageois s'éloignent de leur demeure a l'approche des <c patriotiques ». Ceux-ci s'attachent h leurs pas; les meurtres continuent, suivis du pillage le plus cynique (2). Mais bientôt les fuyards se ravisent; leur faiblesse et leur frayeur sont ce qui donne tant de cœur au ventre des assassins et des voleurs ; ils se rassurent et se tiennent sur le qui vive, disposés à se défendre. A la nouvelle de l'approche de oc la bande noire ]», ils s'arment, sonnent le tocsin, battent la générale et aussitôt les agresseurs de rebrousser chemin (3). Puis en face de ces redoutables agressions les « gens inciviques », comme on les qualifiait alors, s'organisent pour leur commune défense et opposent au Pouvoir exécutif le Contre-Pouvoir^ société à société. Dans les premiers jours du mois d'août ils font circuler des listes, invitant les hommes inoffensifs à se réunir contre la bande des persécuteurs.
XX. — Un des premiers effets de cette résistance est l'envoi d'une pétition à l'Assemblée nationale contre la Société La Patriotique (4) à la suite de laquelle la municipalité de Montpellier prend un arrêté pour la suppression des deux sociétés; mais ces mesures tardives n'empêchent ni les attroupements, ni les rixes souvent sanglan-
(1) M8 de Soulier, 1. 1, p. 250.
(2) Mém. hist, sur la horde des brigands, p. 26-27.
(3) Loc. cit., p. 27-28.
(4) Ârch. municip. de Montpellier, série D, 3, Administratum générale, etc.; - 10 août 1791.
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tes; ce que voyant, les amis de Tordre et du calme adressent une pétition au roi (25 août 1791) contre le Pouvoir exécutif. Il y était dit :
«... Une Société connue sous la sacrilège dénomination de Pouvoir exécutif désole depuis plusieurs mois notre malheureuse cité par ses brigandages et ses excès. Erigée en espèce de tribunal criminel, la calomnie et la haîne y apportent en tribut d'odieuses délations ; on y juge, on y condamne les citoyens et la force seule y fait le droit. Ceux qui ont été à la fois les dénonciateurs, les témoins et les juges, deviennent encore les bourreaux. Des nerfs de bœuf hérissés de pointes de fer, de gros bâtons noueux, souvent même des armes meurtrières sont les instruments de la fureur des brigands. Ils ne respectent personne, et le citoyen le plus paisible, s'il est catholique, est toujours celui qui court le plus de dangers. Les uns attendus de guet-à-pens, succombent dans la rue sous les coups des scélérats ; les autres, poursuivis jusques dans leurs maisons, sont assassinés sur leurs propres foyers ; ceux-ci ont vu leurs portes enfoncées; ceux-là sont arrachés des bras de leurs épouses désolées et de leurs enfants éplorés. La
férocité des brigands ne respecte rien C'est de nuit.
que se font ces affreuses exécutions ; ces féroces bourreaux ne marchent qu'au nombre de deux ou trois cents. Une médaille de cuivre, qu'ils portent à la boutonnière, leur sert de signe de ralliement. Le bruit, le tumulte, les cris, les annoncent dans les rues. L'horreur des ténèbres se joint à la noirceur de leur complot... »
Pareille supplique ne pouvait obtenir l'agrément des autorités constituées; d'ailleurs, pourquoi s'adresser au roiî était-il autre chose qu'un embarras qu'on avait hâte de noyer dans le sang? Dans l'impossibilité de sévir contre la pétition, l'on frappa sur la réunion tenue le 25 août, jour de la fête du malheureux monarque, et, trois jours après, un jugement fut rendu par le tribunal de la police
HlST. RlLlG. DB LHiRlDL^ — T. 11. 12
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de la municipalité de Montpellier, déclarant cette assemblée illégale et inconstitutionnelle, et portant les condamnations suivantes contre dix-neuf personnes, savoir : 6 à huit jours de prison et 13 à une amende solidaire de 50 livres. Les autres prévenus, au nombre de 8 furent acquittés, comme n'ayant pas pris part à la délibération.
XXI. — Ces condamnations, on devait s'y attendre, n'amenèrent pas la paix ; le Pouvoir eocécutif se voyant soutenu par l'autorité, et le Contre-Pouvoir luttant toujours pour sa défense. Peu après (20 septembre 1791), la municipalité de Montpellier se vit dans la nécessité de prendre un « arrêté concernant la tranquillité publique » et dans lequel elle visait, quoique sans les nommer, les membres du Contre-Pouvoir, assez hardis pour n'être pas comme la femme du Médecin malgré lui^ qui veut que son mari la batte I «... De mauvais citoyens, dit l'Arrêté, ont osé se livrer à des provocations, à des insolences, et manifester des sentiments de haine et de parti... La municipalité renouvelle ses défenses contre tous les attroupements, promenades par bandes, cris dans les rues, provocations et dénominations insultantes. »
X XII. — Pendant que s'accomplissaient les actes de sauvagerie du Pouvoir exécutif, l'évêque constitutionnel faisait sa visite pastorale dans la ville de Montpellier (1). Au Heu de se montrer sensible au malheur de ceux qu'il appelait ses ouailles et de réprimer, ou au moins de blâmer ces odieux brigandages, il accueillait avec une perfide bonté ceux qui les commettaient et ne sortait jamais sans être précédé d'une foule de ces misérables, armés de l'inévitable nerf de bœuf. Il les avait à ses côtés dans la
(0 Voir aux Pièc€9 justificatives de notre tome m, n* XI, le Litre de Raison de l'évêque Pouderous*
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visite des églises et des couvents et quand il remplissait des fonctions épiscopales. A son arrivée à Montpellier, la ville avait été illuminée sur Tordre de la municipalité; les membres du Pouvoir exécutif parcoururent toutes les rues, pour s'assurer de l'exécution de cet Arrêté, et cassèrent les vitres de toutes les maisons privées de lampions. Ils poussèrent plus loin leur zèle. Un tapissier qu'ils accusèrent de s'être moqué de l'évêque, se vit obligé d'aller lui faire des excuses. Pouderous voulut bien pardonner à ce malheureux une faute dont il était innocent et demander aux membres du Pouvoir exécutif de lui faire grâce; mais ceux-ci, malgré leurs promesses, pénétrèrent pendant la nuit dans la maison du prétendu coupable et l'assommèrent indignement.
Un riche négociant de Nîmes, fait baptiser à Montpellier un de ses enfants par un prêtre non-assermenté. On se transporte chez lui, on l'accable sous les coups de bâton, on lui casse un bras à deux endroits différents. Sa servante, déjà dans l'âge, vole à son secours; d'un coup de sabre porté à la tête, on l'étend sur le carreau (1).
XXni. — On n'oubliait pas à Montpellier que S. Pierre était le patron de l'ancien diocèse et de « la ci-devant église cathédrale », bien que descendue au rang de simple paroisse. Le corps municipal était d'avis que la fête du prince des apôtres devait être, tout comme sous l'ancien régime, célébrée avec la plus grande solennité, et que la présence de l'évêque départemental ne serait pas de trop pour ajouter de l'éclat aux cérémonies religieuses. Il lui fit donc écrire par Fargeon, procureur-syndic de la commune, pour l'inviter à venir présider la fête ; le pressant môme beaucoup de ne pas manquer de se rendre (2). Dès
(1) Soulier, loc. cit.
(2 Archives municipales de Montpellier, P^ 5> a, LeUre du Pro^
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le lendemain, Tévêque-jureur répondait: « Monsieur, Sans cesse présent de cœur au milieu d'une cité où j'ay été élu et proclamé, et qui a tant de droits à mon affection, les occasions de m'en rapprocher me seront toujours chères. Je m'y rendray le mardi 28 du présent mois. Puisse la présence d'un pasteur qui ne respire que le salut des âmes que la divine Providence m'a confiées, produire une partie des bons effets que vous voulés bien en attendre ! Je ne cesseray de le demander à Dieu, de qui seul tout bien découle. Il me sera bien doux de me retrouver dans une ville aussi chère à mon cœur, et au milieu d'administrateurs aussi distingués par leur amour pour la religion que par leur civisme le plus généreux et le plus constant. Ayés donc la bonté, Monsieur, d'assurer le Corps municipal que je me fais un plaisir et un devoir de me rendre à son invitation que vous ra'avés transmise » (1).
Il tint parole et se rendit, dès Tavant-veille à Montpellier. Il était accompagné de plusieurs de ses « vicaires épiscopaux », de tous les nouveaux curés de la ville et de quelques autres pi'ctres. Dans l'intention, sans doute, d'édifier ses prétendus diocésains par un acte public de piété, il se fit recevoir, avec sa suite, membre de la dévote confrérie des Pénitents bleus. Entraînés par l'exemple, quelques officiers, qui lui servaient d'escorte officielle, se firent également admettre et signèrent sur les registres après les ecclésiastiques (2).
cureur de la Commune à tEvêq. du Départ, de V Hérault; - 14 juin
(1) Arch. municip., loc cit.
(2) V. aux arch. des Pénit. bleus de Montp., le Regisl. des Récep^ lions du j2J mars (70 i au 28 ffrni ^82S, n»' 2â90 et suivants; llécepiions du S8 Juin i79i. — Les ofliciers appartenaient au !27« régira, d'infant, ci-devant Lyonnais; c'étaient: Philippe- André- François de Férensac, colonel ; — de Combremont, adjud^^major,; — et de Laars, capitaine.
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XXIV. — Les fonctionnaires civils de Montpellier enviaient à Béziers le chef de la religion nouvelle ; ils ravalent possédé pour la fête de S. Pierre, ils le voulaient encore pour la grande cérémonie de la Fédération et le procureur de la commune Fargeon le pressait de prolonger son séjour dans le chef-lieu du Département. Il se fit excuser par un de ses vicaires, l'abbé Léger, et partit le 12 juillet pour sa ville épiscopale, où il avait promis d'être rendu pour célébrer la fête commémorative de la prise de la Bastille (1) à laquelle on donna le plus grand éclat. Il en fut de même à Montpellier; toutes les troupes étaient rangées à l'Esplanade, où l'on avait dressé l'autel de la Patrie. La messe et le Te Deum furent chantés au bruit de l'artillerie et au son d'une musique militaire, et suivis de discours. Le soir, repas patriotique dans les rues » (2).
XXV. — Ce Te Deum et ces réjouissances patriotiques arrivaient à la suite de faits de la plus haute importance au point de vue religieux; en effet, le 9 du même mois, les administrateurs de l'Hérault avaient pris cet arrêté :
« Le Directoire du Département convaincu que parmi les objets d'administration dont il s'occupe sans relâche, il n'en est point de plus digne de sa sollicitude que ceux qui peuvent intéresser le culte public de la religion catholique, apostolique et romaine, aux frais duquel la Nation a voulu pourvoir elle-même, arrête : 1^ que dans la huitaine de la notification, les municipalités feront l'inventaire de tous les objets destinés à l'ofilce divin; 2<^ que les administrateurs des paroisses rendront compte
(1) Arch. mun. de Montpellier, F, 5, a ; - Lettre de Vabbé Léger au Procureur de la corn, de Montp,
(2) Arch. municip. Procés^verbal du iâ Juillet 1791 ; et Ms de Soulier, 1. 1, p. 271.
de leur gestion ; 3<> que dans la vente qui sera faite du mobilier des églises, on conservera les objets servant à la décoration, pour être employés, s'il y a lieu, à Tornementation des église8 nationales, selon leurs besoins et leur importance » (1). Déjà dans une de ses délibérations du mois précédent, le Directoire du Département avait décidé que dans les affiches à faire pour parvenir à la vente des églises qui ne devaient pas être conservées, il serait déclaré que les objets de décoration tels que les tableaux, autels de marbre, pierres sacrées, tabernacles, gradins, crédences, saintes -tables, chaises, statues, bannières, cloches, seraient exempts de ladite vente, pour être ensuite employés, s'il y avait lieu, â la décoration des « églises nationales », selon leurs besoins et leur importance (2). Deux arrêtés du Directoire du District de Montpellier (2 et 5 septembre 1791) déléguèrent la municipalité de Montpellier pour faire descendre les cloches des églises de la commune où le service divin avait cessé et les envoyer à la Monnaie (3).
XXVI. — Ouverte aux acclamations d'un peuple unanime dans ses espérances, l'Assemblée nationale (ou la Constitiuinte comme on l'a nommée depuis, pour la distinguer de la législative suivante) va se fermer au bruit des récriminations de tous les partis (4), après avoir passé et repassé durant 28 longs mois sur l'Eglise de France comme un torrent dévastateur. Le département de l'Hérault n'a pas été plus épargné que les autres. Un de ses évêques refuse
(1) ProcèS'Verbal dei séances du Directoire du Département de l'Hérault; - samedi, 9 juillet il9i.
(2) Ms de Soulier, 1. 1, p. 269.
(3) De La Puarbière, p. 537.
(i) Thibrs, Hist, de la RévoL, 1. 1, p. 305;— SciouT, Hist, de la Çonst. ciciie du Clergé; Introduction, t, i, p. 6.
l'administration de pouderous 183
de quitter ses diocésains et meurt courageusement sur son siège. Ses quatre collègues sont impitoyablement chassés et dispersés par le souffle d'une persécution hypocrite. Les chapitres cathédraux et collégiaux, le clergé fidèle, les ordres religieux et toutes les institutions catholiques n'existent plus; les biens d'église, déclarés nationaux, sont confisqués ou vendus. On a fait table rase de l'ancien régime, pour lui en substituer un nouveau ! Des flancs de la Constitution civile du clergé est sortie une religion nouvelle dont les pontifes ne sont pas les élus de Dieu; ils reçoivent une consécration sacrilège et savent se passer du Pape I Ethœc sunt initia doloruml