‹ Histoire religieuse du département de l'Hérault (volume 2)Chapitre 4 sur 60 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

{iO novembre i790 - i3 féirier i79i)

SOMMAIRE. — I. Les députés de THérault à rAssembléc nationale.

— IL c( Le Bureau ecclésiastique de THérault, » — III. Déclaration de M. de Nicolay ; son prône sur le serment. — IV. Délibération de l'Administration contre M. de Nicolay. — V. Proclamation du département et de la municipalité de Montpellier. — VI. Nouveau décret sur le serment. — VIL Journée mémorable du i janvier 1791. — VIIL « Instruction dePAssemblée nationale sur la Constitution civile du Clergé. » — IX. La colonne de la Liberté et de la Concorde. — X. Le Clergé de Cetle et de Montpellier. — XL Attroupements. — XIL Perquisitions chez les imprimeurs.

— XIIL L'abbé Verdier, secrétaire de M. de Malide. — XÏV. Le Département envoie un rapport à l'Assemblée, à l'occasion du

UlST. RiLIG. DH L'HÉRiDLT. -*- T. II. 1

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refus du serment. — XV. Réponse aux administrateurs de rHérault. — XVI. Mesures contre les curés réfractaires. — XVn. Le Clergé de Montpellier dénoncé. — XVIII. L'abbé Poujol, curé de Saint-Pierre. — XIX. La municipalité de Béziers refuse de recevoir la déclaration de son évéque. — XX. M. de Nicolay écrit à ce sujet une lettre doctrinale. — XXI. « Les Amis de la Constitution » de Béziers. — XXII. M. de Nicolay fait sienne la Déclaration de Tévêque de Langres. — XXIII. Fermeté du Clergé de riIérauU.

I. — Les trois députés du Clergé de l'Hérault ne suivirent point une marche uniforme à l'endroit du serment. M. de Malide le prêta ; mais il en excluait formellement la ; .Constitutipn.cmïe. Il crut devoir donner des explications '' 'iTubliquès-rfô'isèr -conduite. En eifet, le 21 novembre 1790, |.fl*]St:'p1iFYemr.{-è,sân diocèse une lettre imprimée dans laquelle *il "dîsail adopter « dans tout son contenu » une Instruction pastorale de M. Asseline, évéque de Boulogne ; document qu'il envoyait en même temps que sa lettre, recommandant aux curés de bien se pénétrer des principes exposés dans cette Instruction, pour en faire, suivant le besoin, la base de l'enseignement à donner aux peuples confiés à leurs soins.

« ...Vous y verrez, ajoutait-il, nos devoirs réciproques, les devoirs du Pasteur envers son Troupeau et du Troupeau envers ses Pasteurs, développés avec cette noble et touchante simplicité des premiers siècles ; vous y découvrirez enfin cette sage économie de la hiérarchie sacrée, qui, prenant sa source dans Jésus-Christ, le Prince des Pasteurs, s'est perpétuée d'âge en âge depuis les apôtres jusqu'à nous. Loin de nous, le plus léger soupçon, qu'en mettant sous vos yeux le langage de la sainte et vénérable antiquité sur l'autorité spirituelle de l'église, nous cherchions à afloiblir votre respect et votre soumission pour la puissance civile. Nous ne trahirons pas à ce point Ten-

seignement sacré de notre Divin Maître; nous ne cesserons de vous répéter avec lui, de rendre à César ce qui appartient à César, et nous aurons la consolation de vous voir justifier par votre conduite, cette vérité attestée par l'expérience de tous les siècles, que la Patrie n'eût jamais d'enfans plus fidèles, de défenseurs plus zélés, que les chrétiens les plus fervens et les plus soumis à la loi de Dieu et à l'autorité de l'église. Nous renouvellerons, s'il est nécessaire, pour votre édification, au milieu de vous, le serment que nous avons déjà prêté avec les Représentans de la Nation, d'être fidèles à la Nation, à la Loi, au Roi, de maintenir la Constitution ; mais nous ne regarderons jamais comme partie de cette Constitution, purement temporelle, et comme l'objet de notre serment tout ce qui, sortant des bornes de la puissance civile, est uniquement du ressort de la juridiction spirituelle de l'Église. Par une suite de ces principes, nous ne pouvons participer à aucun des moyens qui seraient mis en usage pour nous séparer du Troupeau que la divine Providence a daigné nous confier. Nous vous demeurerons, N. T. C. F., inviolablement attaché, jusqu'à ce que la même autorité qui a formé nos liens nous fasse connoître que le bien de la Religion, celui de la paix, le votre propre, exigent qu'ils soient déliés... » (1) Evidemment, cette formule ne remplissait pas le but que s'était proposé l'Assemblée nationale.

Le curé Gouttes ne fit pas tant de difficultés et jura sans restriction aucune (2). Quant à son collègue, l'abbé Martin,

(1) Lettre pastorale de M. l'Evéque de Montp^, au Clergé Séculier et Régulier et aux Fidèles de son Diocèse, donnée à Paris^ à rAssemblée nationale, le 21 novembre 1790.

(2) Il fut peu après récompensé de son infidélité et nommé évêque départemental à Autun, à la place de Talleyrand. Il n'en porta pas moins aa tète sur Féchafaud (26 mars 1794)4

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curé de Saint-Aphrodise, de Béziers, il eut le courage de se montrer tel qu'il était et refusa le serment schismatique. Nous trouvons l'exposé de ses nobles sentiments et des motifs de son refus d'adhésion dans une lettre qu'il adressait à Camus, secrétaire de l'Assemblée nationale.

II. — A Montpellier, les administrateurs du département faisaient preuve d'une grande activité. Afin de se diviser le travail, ils s'étaient groupés en commissions ou bureaux. Le bureau ecclésiastiquey composé de sept membres, avait dans ses attributions l'examen de tous les objets concernant la Constitution civile du Clergé, la conservation des maisons religieuses et l'aliénation des domaines nationaux (1). Sur le rapport d'un de ses membres, il fut délibéré que les Directoires des Districts procéderaient sans retard à la nouvelle formation et circonscription des paroisses et que, à cet effet, le Directoire du District de Béziers ferait incessamment « au sieur évêque » la déclaration verbale et par écrit qu'on allait s'occuper de la formation et de la circonscription des paroisses et que faute par lui d'en venir à la concertation pour laquelle il avait déjà été requis, il y serait procédé parles seuls Directoires de district, conformément aux dispositions de l'Assemblée nationale. Les commissaires chargés de ce travail devaient demander aux municipalités tous les éclaircissements nécessaires touchant la convenance et l'utilité des suppressions et unions à faire dans leur territoire et les environs. Ils avaient à vérifier l'état des voies de communication; à indiquer les paroisses, quartiers, villages et hameaux pouvant être réunis en une seule paroisse, laissant une chapelle pour desservir tout hameau éloigné de plus de trois quarts de

(1) Procès'verbaux, etc., - 15 novembre 1790.

lieue ; et à pourvoir à ce que la population d'une paroisse de campagne s'élôve au moins jusqu'au nombre de 250 personnes (1).

in. —M. de Nicolay répondit aux délibérations du Conseil du Département et du District de Béziers par cette déclaration, noble et énergique :

« Aymard-Claude de Nicolay, par la grâce de Dieu et l'autorité du Saint-Siège apostolique , évêque de Béziers,

» Vu l'extrait du procès-verbal des séances du Conseil du département de l'Hérault, en date du 25 novembre dernier, dans lequel il est dit que les Directoires de District procéderont, dès ce moment, à la nouvelle formation et circonscription des paroisses, conformément au titre 1^' du décret du 12 juillet dernier, et qu'à cet effet le Directoire du District de Béziers nous fera incessamment la déclaration verbale et par écrit que l'on a à s'occuper incessamment de la formation et circonscription des paroisses; et que, faute par Nous d'en venir à la concertation pour laquelle Nous avons été requis, il y sera procédé par les seuls Directoires de district, et notamment par celui de Béziers, à la formation et circonscription de l'église cathédrale ; l'extrait des registres du Directoire du District de Béziers, par lequel il constate que le Directoire a délibéré de mettre ladite commission à exécution, ce qu'il a réellement fait par l'organe de deux de ses membres qui nous ont notifié verbalement et remis par écrit, le premier de ce mois, lesdites délibérations, nous requérant d'avoir à nous y conformer, dans le délai de trois jours.

» Après avoir invoqué le saint nom de Dieu et pris conseil de notre vénérable Presbytère, nous avons

(1) ProcèS'Verbaux, etc., - 25 novembre 1790.

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déclaré et déclarons : Que, pleinement instruit de l'étendue des obligations que l'épiscopat nous impose, nous ne refuserons jamais d'entrer dans les vues d'utilité générale qui nous seront proposées pour le bien spirituel de l'Eglise et le salut des fidèles confiés à nos soins ; que toutes les fois que la puissance temporelle se renfermera dans les bornes que la main de Dieu a lui-même tracées, nous regarderons son intervention aux lois canoniques comme le plus ferme rempart des droits sacrés de l'Eglise ; que l'union et l'accord du Sacerdoce et de l'Empire, et leur concours mutuel aux règlements extérieurs de discipline ecclésiastique nous ont toujours paru le bien le plus désirable, et ne cesseront un seul instant d'être l'objet de nos vœux ; qu'en conséquence, nous ne sommes pas éloigné d'adhérer à la réquisition qui nous est faite, de nous concerter avec le corps administratif, pour une nouvelle formation et circonscription de paroisses ; mais que nous croyons devoir exposer, sur cette matière, les véritables principes et apposer à notre asquiescement les exceptions et les restrictions nécessaires ;

» Que, d'abord, pour ce qui concerne les paroisses situées dans le département de l'Hérault, mais hors les limites de notre diocèse de Béziers, nous ne saurions procéder à leur union, division ou suppression que dans le cas où une mission canonique nous aurait légitimement investi de l'autorité épiscopale sur lesdites paroisses; nous référant à cet efl^et, à notre déclaration du neuvième novembre dernier ;

> Qu'à l'égard des paroisses comprises dans l'étendue de notre diocèse de Béziers, il n'y a que nous qui, conformément aux lois de l'église, puissions pour des causes légitimes et raisonnables, les unir, diviser, supprimer ou en ériger de nouvelles. Que cependant, il ne nous est permis d'user de ce droit qu'après avoir observé les formalités prescrites par le Concile général de Constance,

par le saint Concile de Trente, par les libertés de Téglise Gallicane et par les lois du royaume ;

» Que ces formalités consistent principalement en ce qu'il soit fait une enquête pour constater les avantages et les inconvénients qui pourraient résulter des nouvelles formations ou circonscriptions demandées; en ce que les habitants respectifs des paroisses et toutes autres personnes intéressées soient appelés, entendus, et admis à déduire leurs motifs de refus ou d'adhésion aux changements qu'on propose ; en ce que l'autorité temporelle intervienne, et que non seulement les opérations préalables, mais les actes eux-mêmes d'union, érection ou suppression soient approuvés, autorisés et confirmés par la loi;

» Que nous offrons de procéder incessamment, selon ces formes canoniques et civiles, à toutes les érections, unions, divisions ou suppressions des paroisses, qu'exigera la nécessité ou la plus grande utilité reconnue ;

» Que néanmoins nous croyons devoir faire une exception pour notre église cathédrale ; que, vu les circonstances, il ne nous est pas permis de rien changer à son état actuel; que, nous ne pourrions, dans ce moment, sans trahir nos devoirs, lui unir une paroisse, attendu que l'organisation du clergé, qu'on prétendait devoir en être la suite, se trouve en opposition avec la discipline générale de l'église, qu'elle seule a rétablie, et qu'elle seule peut changer; que, de ce nouvel ordre de choses, il résulterait un partage inouï de juridiction épiscopale entre nous et les curés des paroisses unies à l'église cathédrale, sans autre titre de leur part que ceux qu'ils auraient reçus de la puissance civile; que, cette organisation, en nous désignant pasteur immédiat de l'église cathédrale, semblerait borner notre inspection pastorale à cette église unique; tandis qu'au contraire notre ministère est le môme dans toutes les paroisses de notre diocèse et que chacune a un droit égal à notre surveillance et à notre

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sollicitude; que de celle union de paroisses à Téglise cathédrale, on en conclurait l'existence d'un conseil épiscopal que nous ne saurions reconnoîlre, qui n'est point avoué par TÉglise et qui pendant la vacance du siège ne pourroil succéder à notice juridiction et remplacer le Corps qui, même dans sa dispersion, en serait seul canoniquement investi;

» Que, du reste, tant qu'il n'existera aucun décret d'union, division, érection ou suppression revêtu desdîtes formalités et rendu par nous ou nos successem^s légitimes ; les paroisses de notre diocèse conserveront leurs limites et ne gagneront ni ne perdront rien de leur territoire ; que les curés ne seront ni chargés ni déchargés devant Dieu, par le seul effet des lois civiles, d'une plus ou moins grande portion du troupeau; que les droits qu'ils ont d'instruire les peuples qui leur sont confiés et de leur administrer les sacrements de TÉglise, ne recevra ni extension, ni restriction, ni anéantissement, et qu'ils demeureront circonscrits dans les bornes de leur juridiction actuelle;

» Nous avons enfin déclaré et déclarons que, disposé à rendre à César ce qui appartient à César, à donner, les premiers, l'exemple de l'obéissance et de la soumission à la loi dans tous les objets purement temporels, à faire môme tous les sacrifices, à adopter tous les tempéraments que la sainteté de noire ministère ne nous aurait pas interdits; nous rendrons à Dieu ce qui appartient à Dieu, nous soutiendrons avec courage, avec fermeté, les intérêts de l'Eglise, et n'écouterons jamais que la voix de la conscience, quand il s'agira du devoir.

» A Béziers, ce troisième décembre mil sept cent quatre-vingt-dix.

» f Aymard, Évêqite de Béziers. »

Le jour même où M. de Nicolay envoyait sa déclaration

aux administrateurs du département, il adressait à son Clergé un imprimé d'une quinzaine de pages, revêtu de sa signature et portant ce titre : Prône d*un bon curé sur le serment civique exigé des Evêques et des Curés^ des Prêtres en fonctions. Se posant en curé de son diocèse qu'il administrait depuis 35 ans, il expliquait dans son vrai sens catholique le fameux texte : Rendez à César ce qui est à César ^ et à Dieu ce qui est à Dieu^ texte dont les prêtres jureurs firent un si grand abus. C'était en somme la réédition de sa déclaration aux corps administratifs ; les termes en étaient identiques, surtout dans les conclusions. Ce soi-disant « Prône d'un bon curé », bien que daté et signé ne portait aucune indication du lieu où il avait été édité, ni du nom de l'imprimeur. Il devait évidemment servir de thème k aux curés et autres prêtres en fonctions », appelés à s'expliquer en chaire au sujet du serment constitutionnel.

IV. — Fatigué de la résistance de M. de Nicolay , le Corps administratif du département considéra sa déclaration comme une nouvelle infraction à la loi, portant tous les caractères d'une résistance réfléchie, tendant à soulever les peuples en leur donnant, pour ainsi dire, l'exemple d'une rébellion dangereuse aux décrets de l'Assemblée nationale. Il décida que celte déclaration serait dénoncée à cette Assemblée, pour qu'elle eût à prononcer sur les mesures à prendre afin de ne pas laisser plus longtemps le département « sans pasteur immédiat » ; et cependant qu'en exécution de la délibération du Conseil du 25 novembre, le Directoire du District de Béziers ferait procéder à la vérification de tous les bâtiments destinés à l'habitation de l'évêque, et autres contigus, à l'efTet d'indiquer ce qu'il y aurait à faire pour établir le séminaire dans l'enceinte, ou auprès desdits bâtiments ; et enfin, que le Directoire

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procéderait, sur le refus de l'évoque, à la circonscription des paroisses du District (1).

V. — On était arrivé au 13 décembre 1790 ; le lendemain était le jour fixé pour la clôture de la session annuelle du Corps administratif (2). Avant de se retirer, les administrateurs adoptèrent un projet de proclamation, rédigé et lu par un de leurs collègues. C'était un chaleureux appel à la concorde et à la paix fraternelle sur le terrain brûlant de la Constitution civile du clergé. Nous en citerons seulement ces quelques lignes :

«... Rappelez-vous que vos Administrateurs professent la môme religion que vous ; qu'ils sont prêts à la défendre au prix même de leur sang; mais que c'est à la religion même qu'ils doivent leur attachement à la loi, et qu'ils n'ont pu croire qu'on voulût la détruire en faisant un partage juste et légal des biens de l'église entre les ministres des autels, en fixant les évêques dans leurs diocèses, en empêchant qu'ils ne soient désormais choisis au hazard et que leurs richesses ne les détournent de l'esprit de leur état. »

Peu de jours après, imitant l'exemple que venait de lui donner le Corps administratif de l'Hérault, le Conseil général de la commune de Montpellier crut devoir expliquer à ses concitoyens « le vrai sens » de la Constitution civile du Clergé. Il fit une proclamation (24 décembre) où, « pour empêcher l'opinion de s'égarer », il disait : « La foi n'a pas reçu d'atteinte ; la croyance de nos pères est dans son entier ; seulement deux points de formes ont été changés : le nombre des bénéfices et la manière d'y être

(1) Procès-verbaux, etc., - 7 décembre 1790; et série LIH, VI, 12 décembre 1790.

(2) Du 13 novembre au U décembre 1790,

appelé... Le dogme et la morale, voilà toute la Religion : le dogme est tout ce que Ton doit croire ; la morale tout ce que Ton doit pratiquer. Les décrets de TAssemblée nationale n'ont attaqué ni la morale ni le dogme (1). L'Assemblée a proscrit la pluralité des bénéfices, restitué aux fidèles le droit d'élire leurs pasteurs, supprimé des bénéfices sans fonctions, échangé contre un traitement la jouissance des fondations ecclésiastiques, afin de soulager les pauvres en supprimant la dîme, le plus monstrueux des impôts; et, en faisant cela, elle a mieux doté les curés, cette classe si respectable, et, au lieu d'attaquer la Religion, elle a fait le bien de la Religion et celui de l'Etat (2). »

VI. — Le décret de la Constitution civile du Clergé avait été voté, comme nous l'avons dit, le 12 juillet ; mais les membres formant la majorité de l'Assemblée voyant que la presque totalité des évêques ainsi qu'un grand nombre de prêtres, refusaient de s'y soumettre, voulurent les placer dans l'alternative d'obéir ou de se voir priver de leurs fonctions. Tel fut l'objet d'un nouveau décret (25 novembre) imposant aux ecclésiastiques l'obligation du serment. Quelques esprits prévoyants, tentèrent inutilement de faire prévaloir à cet égard une autre politique. Mirabeau lui-môme voyait avec regret qu'on s'occupât

(i) Malgré les preuves données si souvent de l'opposition formelfe de la Constitution civile du Clergé à renseignement catholique, on a de nos jours répété les mêmes assertions ; citons en particulier MicHELET, Hisi» de la RévoL Franc. : « Ce serment ne touchait en rien la religion ni le caractère sacerdotal » (Liv. iv, Ch. vu, p. 350, édition de Paris, RoufT, in-4*) ; a Qu'ordonnait cette Constitution du Clergé? Rien de relatif au dogme; rien autre chose qu'une meilleure division des Diocèses et le rétablissement de l'élection dans PEglise; le retour à la forme antique ». (Liv. v, Ch. xi, p. 5iG.)

(2) Reg. des Pélib. - 21 déc. 1790.

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autant des prêtres. II aurait voulu qu'on se bornât à prendre des mesures efficaces contre ceux qui troubleraient la paix publique. « Déclarer, disait-il, pertubateurs du repos public les ecclésiastiques qui ne prêteront pas le serment, est une chose inconstitutionnelle et inique. » Malgré ces sages observations, la majorité, emportée par la passion, vota l'obligation du serment et jeta ainsi dans Téglise de France le germe d'un schisme déplorable qui partagea les prêtres en assermentés et non-assermentés (1).

VII. — Au jour fixé pour la prestation du serment des ecclésiastiques (4 janvier 1791), l'Assemblée nationale offrit au monde un spectacle digne d'admiration et qui fut un grand triomphe pour notre église de France. Une émotion indescriptible qui se trahissait par un silence solennel, dans cette enceinte toujours retentissante de cris de colère et d'interruptions violentes. On allait exiger des ecclésiastiques un serment rigoureux qui les mit dans la nécessité de se retirer, s'ils ne le prêtaient pas (2).

Dès que la séance est ouverte, le secrétaire monte à la tribune pour faire l'appel nominal de chaque ecclésiastique et l'inviter à prêter le serment de fidélité à la Constitution civile du Clergé. M. d'Usson de Bonnac, évêque d'Agen, âgé et valétudinaire, d'un caractère faible, se lève et refuse. Après lui, un prêtre, curé dans le

(i) Vivien, Hist. gén. de la RévoL franc., 1. 1, p. 227; - Paris, Pourrat, 184i, gr. in-8».

(2) Un de nos historiens qui n'était ni tendre, ni même juste i regard du Clergé, n'a pas craint de blâmer la conduite de la Constituante. (( L'exigence dure et maladroite qu'on mit à demander le serment aux députés ecclésiastiques dans l'Assemblée même, fut une faute très grave. » (Michelet, Hist, de la Révolut. franc., livre iy» ch. VII, p. 350.)

diocèse d'Agen, se lève et refuse. Un troisième, curé des environs d'Alençon, se lève et refuse. Les députés, confus de ce magnifique spectacle qui rappelle le souvenir des premiers chrétiens devant les idoles et les proconsuls, réclament à grands cris que Ton cesse l'appel nominal. L'appel nominal cesse; le président se contente d'inviter en masse ceux qui voudraient prêter le serment. Tous les évoques, à l'exception de deux (Gobel, évoque de Lydda, et Taleyran, évêque d'Autun) protestent et refusent. Sur le grand nombre d'autres ecclésiastiques siégeant à l'Assemblée, 36 ont la faiblesse de jurer; mais, dès le lendemain, plus d'une vingtaine demandent à se rétracter (1). Le protestant Barnave les renvoie aux municipalités, où ils devaient, selon lui, non se rétracter, mais donner leur démission.

« Elle demeurera immortelle dans les fastes de la Religion, cette journée du 4 janvier 1791, signalée par le courage de nos pontifes. On n'oubliera jamais comment en présence d'une assemblée ennemie, au bruit des clameurs lesplus menaçantes qui retentissaient du dehors, le Clergé français, ayant à sa tête ses vénérables chefs, répondit par un refus calme et plein de dignité à la demande d'un serment que repoussait la conscience; quelques-uns de ces illustres pontifes reçurent plus tard la couronne du martyre ; les autres honorèrent leur exil par de sublimes vertus (2). »

VIIL — Notre député de la sénéchaussée de Béziers, l'abbé Gouttes, curé d'Argelliers, qui visait à l'épiscopat.

(i) D*aprc8 le Moniteur, n» du 15 janvier 1791, le nombre des ecclésiastiques de l'Assemblée qui jurèrent fut réduit à 50 ou 55.

(2) LeU, Past, de Mgr Thibault, Evéq. de Montp., à Voccasion de quelques-unes des plus importantes questions actuellement agitées dans l'EgL de France, !•' mai 1845, p. 31.

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eut le triste courage, afin de se débarrasser des évêques et faire ainsi de la place, de demander qu'on fit exécuter à leur égard la loi de la résidence (1). Mais se débarrasser des prélats insermentés n'était pas le tout; il fallait convertir les fidèles à la nouvelle église. L'Assemblée nationale espéra cependant pouvoir en venir à bout sans trop de diflîcultés par une Instruction sur la Constitution civile du Clergé, composée par quelques-uns de ses membres et envoyée à tous les départements, avec ordre aux évêques et aux curés de la publier (2). Cette proposition ayant été acceptée, on fit la motion de nommer un Comité ecclésiastique de quatre membres, chargé de rédiger V Instruction et de lui adjoindre Freteau et Camus, jansénistes, et puis Rabaut et Barnave, protestants ; excellents théologiens pour faire une instruction pastorale à un peuple catholique! L'abbé Gouttes, qui avait fait le serment de gaieté de cœur, trouvait tout cela très bien. « Cette disposition, dit-il, me paraît d'autant plus convenable, que jusqu'à présent le Clergé de France a toujours profité des lumières des Avocats du Clergé, » A ces mots, quelques membres ne purent s'empêcher de rire aux éclats ; et, en effet, le ridicule était porté à son comble, lorsque l'orateur appelait Avocats du Clergé des hommes tels que Freteau, Camus, Rabaut et Barnave. Gouttes reprit : « Je ne crois pas qu'on veuille ridiculiser une aussi auguste matière. On répand des mandements, des lettres-circulaires pour égarer le peuple, et l'Assemblée n'a encore rien fait pour l'éclairer. Quelques curés ont voulu donner des preuves de leur amour pour la Religion et pour la paix de cet empire ; mais c'est une goutte d'eau dans la mer. Il faut donc que l'Assemblée

(1) Moniteur, séances des 5 et 6 janvier 1791.

(2) Moniteur^ séance du 7 janvier i79i*

fasse une proclamation dans laquelle elle expliquera les vrais principes de la foi » (1).

Un historien (2) fait remarquer à cette occasion que les prêtres jureurs étaient déjà les plus ardents à poursuivre les évêques et les prêtres fidèles, dont les écrits et les exemples les faisaient rougir de leur coupable ambition ou de leur honteuse faiblesse. « L'Eglise, dit-il, n'a jamais eu d'ennemis plus acharnés que les transfuges et les apostats. » Ce qui est très vrai.

Quoi qu'il en soit, Mirabeau, désigné par ses collègues du Comité pour rédiger l'Instruction, s'acquitta de ce travail et en donna lecture d'abord devant le Comité et ensuite devant l'Assemblée (14 janvier). La rédaction en fut trouvée tellement insultante pour les évêques et les prêtres qu'un député en interrompit brusquement la lecture : « On ne peut pas entendre cela, s'écria-t-il; on a mis là des choses abominables, qu'on ne peut pas écouter de sang froid !.. Je demande l'ajournement et le renvoi au Comité... Il faut lever la séance !....» et Mirabeau ne put pas achever sa lecture (3). Or, l'interrupteur n'était autre que Camus, membre du parti de Mirabeau, et un de ceux qui avaient le plus contribué à l'établissement de l'église constitutionnelle. Le Comité ecclésiastique mit de côté ce travail et formula une nouvelle Instruction^ aussi impie que la première, mais autrement astucieuse et dissimulée, plus propre par conséquent à séduire les fidèles (4). Elle servit de modèle aux administrateurs de l'Hérault et aux

(1) Moniteur, séance du 7 janvier.

(2) Jager, Ilist. de l'EgL de Fr., pend, la RévoL, ii, 122.

(3) Moniteur, séance du là janvier i79ié

(4) VInstruction de VAssembL nationale, votée le 21 janviepi791, fut sanctionnée par le Roi> le 26 du même mois«

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municipalités du département pour les proclamations qui furent lancées dans toutes les directions.

IX. — Mais rentrons dans le département de THérauIt, devenu le théâtre d'événements de nature à nous intéresser. Le 3 janvier 1791, à 4 heures du soir, le Corps municipal de Montpellier se réunit au lieu ordinaire de ses séances, pour se rendre à l'Esplanade et poser la première pierre de la colonne à ériger à la Liberté et à la Concorde. Avec eux marchent, entre deux files de grenadiers de la Garde nationale, les Conseillers, les Amis de la Constitution et de l'Egalité et les Commissaires. Au centre du cortège officiel s'avance un personnage grave. Il porte dans ses mains un objet de forme cylindrique, peu volumineux et dont la pesanteur ne semble pas l'importuner. Quel est cet objet ? Un bocal en verre, orné de rubans tricolores et scellé du sceau de la ville, et renfermant :

lo Une cocarde aux trois couleurs ; — 2» Une médaille de la Fédération; — S» Cinq cartes portant les empreintes en cire rouge du sceau du Département de l'Hérault, du District de Montpellier, de la ville de Montpellier, de la Légion de Montpellier et de la Société les Amis de la Constitution et de l'Egalité ; — 4» Un exemplaire des règlements imprimés de l'alliance de la Société populaire ; — 5<> Un exemplaire imprimé de la Déclaration des Droits de V Homme et du Citoyen; — 6° Un carré de parchemin sur lequel on avait tracé ces lignes : « Le lundi 3 janvier 1791, l'an IIP de la Liberté, a été posée la première pierre de ce monument patriotique, voté à la Concorde et à la Liberté, par la Société des Amis de la Constitution et de l'Egalité, et élevé aux frais des souscripteurs pris dans son sein, en mémoire de l'heureuse Révolution qui rend à la Nation ses droits et donne à la Monarchie française une Constitution sage, et de l'étroite alliance entre notre Garde nationale, le patriote Régiment de Bourgogne et

ladite Société. La cérémonie a été faite par M. Durand, maire, à la tête du Conseil général de la Commune, prié par la Société, en présence de MM. les Administrateurs du département et du District, des Juges du Tribunal du District, des Etudiants en médecine et en chirurgie, de nos frères de la Légion de Montpellier et du Régiment de Bourgogne, des membres de la Société et d'une foule de Citoyens libres et heureux (1). »

Bocal, rubans et cocarde, médaille et cartes, feuilles de papier imprimées et parchemins manuscrits, contenant et contenu, formant, si Von veut, un tout fort précieux, mais pas cher, bien que porté par un citoyen vêtu d'une soutane et d'un imanteau long. Et quel est ce citoyenprêtre ? L'ancien curé de Vendres, professeur au collège royal de Montpellier, chapelain de la confrérie des Pénitents Blancs de la môme ville, l'orateur politico-religieux de l'Octave de la Pentecôte, membre influent de la Société des Amis de la Constitution et de l'Egalité, l'abbé Pierre-Laurent Léger, suffisamment connu pour son dévouement au nouvel ordre de choses.

Arrivés, à l'Esplanade, où se trouvent déjà rassemblés un grand nombre de curieux, les membres du Conseil et les Commissaires descendent dans les fondations. Le maire Durand, ceint d'un tablier de peau blanche, bordé et rattaché de rubans aux trois couleurs, sur lequel, dans une couronne civique, on lit ces trois mots sacrés : « La Nation, la Loi, le Roi », prend une truelle et met du ciment dans le lit destiné à recevoir la première pierre du monument. Tous les citoyens qui se trouvent à portée, dans les fondations en mettent aussi, et la cérémonie se

(1) Soulier, Recherches hist. et chronoL pour servir à Vhist. de Montpellier, t. i, p. 204.

HjST. RsLIO. I>B L'HSRàULT. " T. 11. 2

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termine « au son des trompettes et autres instruments militaires et des cris patriotiques (1) ».

X. — Dans le courant du môme mois de Janvier parvient aux ecclésiastiques des provinces, en même temps que les nouvelles de la séance du 4 à la Constituante, l'avis que, à leur tour, ils vont avoir à choisir entre le schisme et la proscription. Alors se passe à Cette, dans le cahinet de travail de M. Ohve, curé de Saint-Louis, peu après réfugié en Espagne, une scène que va nous décrire un de ses vicaires, Tahbé Gourgon, un déporté.

« L'Assemblée nationale ayant fait publier le décret qui ordonnait le serment civique, M. Olive en vit aussitôt les terribles conséquences. Mais trop bien instruit pour se laisser surprendre, trop ferme pour prêter l'oreille aux séductions des faux amis, il résolut de tout sacrifier au devoir de sa conscience. Toute sa crainte était pour ses trois coopérateurs qui, jeunes tous les trois, pouvaient plus aisément écouter la voix de la chair et du sang, et se laisser flatter des espérances trompeuses que les amis de la Révolution ne cessaient d'offrir à leurs yeux pour les gagner. Heureusement, aucun de nous n'était dans la disposition d'obéir à la loi de l'Assemblée. Néanmoins, pour connaître mieux encore nos dispositions et nous apprendre de quelle manière il fallait s'y prendre pour ne pas écouter la voix du monde, voici ce qu'il fit : Peu de jours avant celui qui était fixé pour la prestation du serment, il nous appela dans son cabinet, en sortant du salon à manger, après notre dîner, sous prétexte de nous communiquer une affaire. Cet acte, tout nouveau pour moi, me fit rire; mais la chose était sérieuse et son

(i) Reg. des Délia, de la Com. de Monlp,, 1791, p» U.

regard me le ât bientôt entendre. Là, il nous somma Tun après l'autre de lui dire si nous voulions faire le serment ou non. Michel, natif de Bonnieux, au diocèse d'Apt, en Provence, répondit le premier, comme plus ancien, qu'il ne voulait pas prononcer le serment. Je parlai après lui et dis la même chose. Girard, jeune prêtre, et natif de la môme ville de Cette, en ât autant. Alors notre respectable curé, content de notre résolution, qui certainement n'avait pas été concertée, nous dit : Eh bien ! mettonsnous à genoux, et après avoir fait un acte de contrition, protestons en la présence de Dieu qtce nous sommes dis-posés à recevoir de sa main toutes les adoersilés que le refus du serment va attirer sur nous. Cela fait, il nous consola par la lecture de la i^elation de cette belle séance du 4 janvier, séance à jamais mémorable, puisque le Clergé y montra cette fermeté et cette constance chrétiennes que la seule vérité peut inspirer à la vue du péril, je veux dire par le refus formel de faire le serment. Je ne puis exprimer la consolation que portèrent dans mon cœur tant la prière courte et secrète que la lecture de la séance du 4 janvier. Je crois que si, dès ce momeiît, je me suis trouvé plus fort que jamais, c'est à cet acte de résignation que je fis bien sincèrement, que je suis redevable du bonheur d'avoir partagé l'exil avec tant de saints et illustres personnages (1). »

A Montpellier, tous les curés de la ville et, avec eux, un grand nombre de prêtres exerçant le saint ministère,

(1) Papiers de Tabbé Gourgon, conserYés à Cette et qu'on a bien voulu nous communiquer. — V. dans le journal l^ Anjou, n^* des 7 et 21 janvier 1893, deux articles du P. Delbrel, intitulés : Souvenirs de i79i elle travail si remarquable du même auteur inséré dans les Etudes religieuses des Pères de la C* de Jésus (t. lv, pp. 5, !25i et 452), et ayant pour titre : Le Clergé Français réfugié en Espagne pendant la Révolution^

20 l'assemblée constituante

s'étaient réunis chez l'abbé Poujol, curé de la cathédrale, vieillard vénérable par ses talents, ses vertus, son zèle et ses travaux et qui jouissait de l'estime et de la confiance de tous ses confrères dans le sacerdoce. Après avoir tous ensemble et mûrement examiné qu'elle devait être la conduite à tenir, ils arrêtèrent à l'unanimité que le décret de la Constitution civile ne serait point publié en chaire, parce que ce serait prêter la main à un acte schismatique (1). £t la masse de la population ne voulait pas de schisme ; en voici la preuve.

XI. — Le dimanche, 23 janvier, vers midi, le maire Durand, informé qu'il y avait quelque fermentation à l'extérieur des églises paroissiales, voulut s'en assurer par lui-même. Devant l'église Notre-Dame, par laquelle il commença sa tournée, rien ne lui fournit de l'inquiétude. Près de Sainte-Anne, il aperçut des groupes nombreux d'hommes et surtout de femmes qui exprimaient la plus grande agitation. C'étaient des cris de désespoir du départ des curés et des menaces contre ceux qui voudraient les remplacer. Le trouble allait prendre le caractère de l'insurrection.

Plusieurs femmes furent mandées à la Commune le lendemain. Une d'elles, la nommée Martin, femme du s"^ Viols, maître-plâtrier, déclara qu'il était vrai qu'elle avait été du nombre des femmes qui s'étaient attroupées pour s'opposer à la prestation du serment de son curé, qu'elle ne consentirait jamais qu'il le prêtât, et que s'il venait à le faire, sa vie en dépendait et qu'elle même lui couperait la tête. La nommée Salasc, déclara également qu'elle avait été du nombre des femmes attroupées. Que son intention était de défendre M. le Curé et la religion

(I) AzÉMA, Vie de M. l'abbé Poujol,

qu'on disait menacée ; qu'elle voulait conserver son pape, ses évoques, ses curés et ne pas avoir de croix retournée à son enterrement. Une troisième prévenue, la nommée Avignon, veuve Marioge, déclara qu'ayant entendu dire, le samedi au soir, que le lendemain un officier municipal devait se rendre à la paroisse, et monter en chaire pour forcer M. le Curé à prêter le serment, elle avait été chez plusieurs femmes de la rue de la Valfère, pour les engager à se rendre le lendemain à la messe en leur disant : ce Vous avez mangé le pain bénit, venez dire le Pater » ; Qu'en conséquence elle se rendit le lendemain à l'église pour entendre la messe et le prône et que, au sortir, elle fut du nombre des femmes attroupées qui entourèrent le maire en lui demandant leur curé. Ces femmes — est-il besoin de le dire î — furent dénoncées à l'accusateur public (1).

XII. — On disait, paraît-il, que l'évêque de Montpellier n'était pas étranger à tout ce mouvement, qu'il avait même chargé l'abbé Verdier, son secrétaire, de porter à l'imprimeur Martel un écrit destiné à paraître clandestinement et relatif au serment prescrit par la loi aux prêtres en fonctions. Des recherches furent ordonnées chez l'imprimeur, avantageusement connu pour son attachement à la Religion catholique. On trouva un^ partie de la réimpression d'une Instruction pastorale de M. Asseline, évêque de Boulogne, dont M. de Malide avait approuvé la doctrine sur le refus du serment constitutionnel. On revint peu de jours après (14 février) et toutà-fait à l'improviste. « Après un bris des portes (2), on

(i) Arch. municip. de Montp., Reg. des Délit,, 2i janvier 1791, p. 68.

(2) « Le Corps municipal, mandata le remboursement de 3 livres

22 L*ASSEMBLéE CONSTITUANTE

saisît plusieurs écrits» notamment un manuscrit ayant pour titre : « Adresse fraternelle cTun citoyen garde national de Montpellier à ses amis » que Ton attribua à Fabbé Bergeyron, aux frais duquel il devait être imprimé. Bergeyron, cela va sans dire, fut dénoncé à l'accusateur public (1). On fouilla partout, dans tous les coins et recoins, sans oublier les... profondeurs des conduits de certains cabinets, pour y chercher les preuves écrites de contravention. On y trouva du papier... mais ce papier, « à rapprocher, sentoît je ne scay quel odeur autre que de pouldre à canon I (2) » Il fut impossible d'y toucher (3).

XIJI. — - Néanmoins, la contravention était manifeste ; Tabbé Verdier secrétaire « du ci-devant évêque, » avait bien remis è l'imprimeur Martel <c un écrit clandestin » imprimé sous un nom supposé, lequel écrit avait été réellement découvert.

La municipalité fait copier les procès-verbaux de ses séances tenues les 8, 10 et 11 janvier et les adresse â l'Assemblée nationale demandant contre l'abbé Verdier un châtiment, un grand exemple capable d'imposer au public (4). Nous ignorons s'il fut donné suite à cette dénonciation.

XIV. — Les prêtres opposaient au pouvoir civil une résistance tellement énergique et courageuse, que les

pour bris et effraction des portes du S' Martel, imprimeur, lors de la recherche des écrits incendiaires ». (De La Puardièrb, p. 512; - !•' juillet 1791.)

(1) Soulier, Mb, Les Loisirs, etc., 1. 1, p. 207 et 210.

(2) Pantagruel, lxtii,

(3) Soulier, loc. dt.

(4) Arch. du départ, de l'Hérault, série LIH VI, Ecrit de Fabbé Verdier,

districts et le département lui-même avaient besoin d'aviser, au moyen d'empôcher l'interruption du service religieux pour le moment où les églises seraient livrées aux ministres assermentés. Dans son embarras, l'administration du département eut recours à l'Assemblée nationale et fit parvenir à son Comité ecclésiastique un rapport sur l'état des esprits dans l'Hérault. Nous reproduisons ici dans son intégralité, cette pièce dont nous respectons l'orthographe ; elle a pour notre histoire religieuse une importance capitale.

« Les Administrateurs du Département de l'Hérault au Comité ecclésiastique de l'Assemblée Nationale,

» 28 janvier 1791.

» Le Directoire du département de l'Hérault a été . secondé jusqu'icy par l'opinion du peuple; avec ce puissant levier, il a surmonté tous les obstacles que des mal-intentionnés, des haines, des rivalités ont pu semer sur ses pas, et les administrateurs ont cette confiance d'eux-mêmes qu'ils ont fait aimer et respecter la Constitution sublime qui régénère cet empire ; mais le serment exigé des fonctionnaires publics ecclésiatiques a opéré dans le district de Montpellier et notamment dans cette dernière ville, un changement subit qu'il est de notre devoir de vous faire connoître. Ne craignez pas, Messieurs, que la résistance dont on nous menace puisse nous effrayer; nous sommes dévoués à la chose publique et nous ferons notre devoir jusqu'à notre dernier soupir. Mais le courage n'exclut pas la prudence, et cette dernière vertu, si nécessaire à des administrateurs, ne nous permet pas de vous taire notre situation actuelle. Il y a dans le district de MontpelUer environ 180 fonctionnaires publics, et aujourd'huy, qu'expire la huitaine pour la déclaration de ceux qui sont dans l'intention de pretter le serment, il n'y en a que deux dans Montpellier, professeurs de

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collège; et d'après les renseignements que nous nous procurons avec beaucoup de soins, il y a à peine 10 curés de campagne qui a vent satisfait à la loy. Ce qu'il y a de plus affligeant, c'est que dans plusieurs villages, les paisants s'oposent à la prestation du serment de leur curé, et que ceux-cy, soit pour ne pas perdre sans retour la confiance de leurs paroissiens, soit pour éviter l'eflet des menaces horribles qu'on s'est permis de leur faire dans quelques endroits, n'osent pas obéir. Il y eut dimanche dernier dans cette ville, une rumeur qui pouvoit avoir des suites fâcheuses ; mais la fermeté courageuse des corps administratifs apaisa cette agitation. Il est à craindre qu'elle ne se renouvelle, malgré toutes les mesures que nous avons prises. Dans ces circonstances, Messieurs, la municipalité de Montpellier a instruit le Directoire que la plupart des curés ou vicaires étoient résolus de quitter subitement leur paroisse, pour opérer par cette cessation presque totale du culte une grande explosion. Elle nous a demandé si nous pensions que la loy du 15 décembre s'oposait à ce que les curés et vicaires continuassent leurs fonctions jusqu'à leur remplacement effectif.

» Le Directoire, considérant la difficulté de remplacer un aussi grand nombre de fonctionnaires publics dans un district où plusieurs moines, faute d'ecclésiastiques, fesoient fonctions de vicaires; que les délais nécessaires pour une pareille élection, et qu'enfin la presque certitude de pousser au désespoir un peuple fanatique, à qui l'on a persuadé que la religion étoit détruite; qu'ils n'auroient plus de temples, plus de pasteurs; ce qu'ils auroîent pu croire par la cessation totale du culte ; a pensé qu'il devoit permettre que les officiers municipaux écrivissent aux curés pour leur déclarer que la religion leur fesoit un devoir de continuer leurs fonctions jusqu'au remplacement effectif et que la loy du 15 décembre ne s'y opposoit pas ; et qu'elle ne déclareroit point perturbateur de

l'ordre public que ceux qui voudroienl continuer leurs fonctions lorsqu'ils seroient requis de les cesser ; et qu'il étoit plus prudent et peut-être plus utile d'autoriser une invitation municipale qui opérera le même effet, sans produire le même inconvénient. — Le Directoire prie le Comité ecclésiastique : l** de lui faire connoitre si cette mesure est dans l'esprit de l'Assemblée nationale ; 2'* De l'éclairer sur le mode et le taux du salaire qui doit être accordé aux fonctionnaires publics, réfractaires au décret, pour le tems qui s'écoulera jusqu'à leur remplacement effectif. La détresse dans laquelle se trouvent plusieurs curés, même de ceux qui n'osent braver le fanatisme de leurs paroissiens, auroit fait penser au directoire qu'on pourroit acquitter le supplément de 1790, qu'ils ont gagné, et leur traitement de 1791, mois par mois et par avances » (1).

XV. — Après avoir pris connaissance de ce rapport, le Comité ecclésiastique de l'Assemblée répondit aux administrateurs du département par la lettre suivante conservée aux Archives de l'Hérault.

« TRAITEMENT ^ p^^jg j^ g février 1791.

des CUftÉS RÉFRACTAIRES

» Le Comité ecclésiastique, Messieurs, ne peut qu'applaudir aux mesures de prudence que vous avez cru devoir prendre pour maintenir l'ordre et la tranquillité publique dans le district de Montpellier. L'interprétation que vous avez donnée à la loi du 26 décembre dernier, relativement à la continuation des ecclésiastiques réfractaires dans l'exercice de leurs fonctions, jusqu'à leur

(1) Arch. du départ, de rHérault, série LIH, VI,

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remplacement effectif, est parfaitement conforme à celle que l'Assemblée nationale a donnée elle-même dans l'Instruction qu'elle a décrétée le mois dernier et que vous devez avoir reçu.

» Le comité pense, Messieurs, qu'un moyen de déjouer les complots et les manœuvres des ennemis du bien public, est de faire procéder immédiatement au remplacement de l'évêque du département, si les délais sont expirés.

» Le comité estime également, ainsi que vous, qu'il est Juste de faire payer aux fonctionnaires publics, même réfractaires, le supplément de 1790 et leur traitement de la présente année, mois par mois, et par avance, jusqu'à leur remplacement.

» L'Assemblée nationale vient d'accorder ce matin un secours annuel de 500 livres aux curés qui seront remplacés pour avoir refusé de prêter le serment prescrit.

» Au comité ecclésiastique de l'Assemblée nationale,

» Gassendy, ex-présideni^ » GEKLEf p. 'secr.

» Messieurs les Administrateurs du Dêpartem. de V Hérault à Montpellier, » (1)

XVL — Une autre mesure avait été prise par les municipalités, sur un ordre donné, le 28 janvier, par les administrateurs du département, le jour même de l'envoi de son rapport au comité, et transmis par les districts. C'était une signification aux curés, portant que « les ecclésiastiques fonctionnaires publics continueraient leur service jusqu'à leur remplacement effectif » et qu'ils auraient à délivrer un accusé de réception de cette signification (2).

(1) Arch. de THérault, LIH, VI.

(2) Arch. mnnîcip. de Montp., série P, 5, a, Cuîie, Période révolulionnairef - 28 jauY. 1*791,

XVII. - Cet avis ofiScîel rendait la position des pasteurs excessivement précaire et leur disait assez de se tenir prêts à partir. Leurs prônes s'en ressentirent et ne furent plus que les dernières recommandations des pères à leurs enfants. On leur fit un crime de ces accents plaintifs arrachés à la douleur d'une cruelle et prochaine séparation. Un lâche dénonciateur se cachant sous Tanonyme, adressait un mémoire au Conseil municipal de Montpellier, contre les curés de cette ville, sans cependant en nommer aucun. Il demandait contre ces prêtres ré fractairesy comme il les appelait d'après le style de Tépoque, des mesures de rigueur. « Les curés et vicaires, y est-il dit, ont prêché une doctrine incendiaire, contraire aux lois, au bon ordre, à la tranquillité publique... D'après eux, leurs confrères qui ont prêté serment sont des héré^ iiarquesO).,. Il ne faut pas craindre de répandre le sang humain, le sang des honnêtes citoyens, pour défendre cettQ même religion qu'ils feignent de croire en danger I.., Ce langage, ils sont sur le point de le renouveler dimanche prochain 6 février » (1).

L'Assemblée nationale, nous l'avons déjà dit, exigeait que tous ses décrets fussent publiés au prône des messes paroissiales, et les évoques, pressés, sollicités ce au nom Sun Dieu de paix » (locution dont on usait quand on voulait amener le Clergé à des sacrifices) le leur avaient ordonné. En général les curés obéirent malgré leur répugnance et tant qu'il ne fut question que d'avantages matériels à négliger, ou d'objets de pure discipline à modifier, malgré les caractères d'injustice et d'usurpation, la condescendance des ministres de la religion ne se lassa point ; mais bette condescendance devait avoir un terme en face de la prévarication.

(1) Arch, municip. de Montp., P, 5, a.

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Les curés pensèrent devoir justifier cette résolution aux yeux de leurs paroissiens, et leur faire connaître tout ce que celte mesure injustement réclamée renfermait d'atteintes dangereuses et mortelles pour la foi et la Religion.

XVIII. — L'abbé Poujol, curé de Saint-Pierre prit pour texte de son discours ces paroles du prophète Jérémie : «c Vous jurerez... selon la vérité, le jugement et la justice » (1) et démontra combien le serment constitutionnel serait illégitime et dangereux, puisque la loi dont il devait assurer l'exécution était elle-même attentatoire à la foi, à la discipline et à la constitution hiérarchique de l'Eglise. Son âme était oppressée par la pensée que, sous peu de jours, son église devait être profanée par le premier acte du schisme ; c'est pourquoi il ne descendit pas de la chaire sans avoir maudit le sort réservé aux autels du Dieu vivant, empruntant dans son sublime langage les paroles même du prophète, quand il vint de la part de Jéhovah, maudire l'autel sacrilège de l'infidèle Jéroboam. Une parole grave, une voix sonore, des cheveux blancs, une figure patriarcale, la gravité des circonstances, un zèle apostolique plein de courage, tout cela donne la mesure non seulement des impressions vives et profondes sur l'assistance entière, mais du retentissement que cette brillante manifestation de principes obtint dans toute la cité et du grand émoi des autorités civiles (2;.

XIX. — Le clergé de Béziers montrait la même fermeté que celui de Montpellier, imitant en cela la conduite de

(1) Jurabis... in verilale etjudicio eijusiitia, Jérémie, iy, 2.

(2) Vie de M. Poujol, p. 44-47.

son évoque Mgr de Nicolay. Dans les premiers jours du mois de janvier 1791, on avait imprimé une brochure ayant pour titre : Avis au peuple (1). Ce pamphlet était l'œuvre d'un membre du club patriotique ou « Société des Amis de la Constitution », et était dirigé contre les prêtres opposés au serment, et les rendait responsables de la division des esprits au point de vue religieux. L'auteur soutenait que la Constitution civile du Clergé ne portait pas la moindi^e atteinte à la religion, (c Demandezleur, dit l'écrivain anonyme, si l'on a attaqué l'unité de Dieu, la trinitédes personnes, la nécessité des sacrements, la présence réelle de Jésus-Christ dans un saint et redoutable mystère, l'existence du paradis, celle du purgatoire et de l'enfer? Demandez-leur si Ton a contesté au pape sa suprématie, aux évoques leur caractère et même leur juridiction spirituelle; si l'on a touché, en un mot, à la foi de nos pères et aux articles constitutifs de la Religion catholique, apostolique et romaine ? Demandez-leur dans quel décret on a attaqué la sainteté de la morale évangélique ; si les chrétiens attachés à l'église sous la présidence du souverain-pontife ne pourront plus exercer librement et ouvertement les devoirs les plus^acrés de la religion ? » (2)

Des écrits on en vint à l'action. A Béziers, comme dans les autres communes, on avait ouvert un registre à l'Hôtel-de-Ville pour recevoir les déclarations des membres du clergé relativement au serment. M. Belpel, promoteur de l'évêché se présenta pour remettre celle de son supérieur. Le corps municipal refusa de la recevoir et décida « que le sieur Nicolay » serait tenu de se

(1) Sans nom d*auteur, 7 png., in- 12.

(2) Avis au Peuple, p. 5*

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rendre de sa personne au greffe de la mairie, à Tefiet de transcrire lui-même sa déclaration sur le registre.

XX. — • Sommé par Tadministration municipale d'avoir à se conformer au décret de l'Assemblée il répondit par une lettre que nous devons nous borner à analyser, vu son étendue. Nous en reproduirons cependant quelques passages d'une haute importance. Voici son début :

« Messieurs, comme c'est vous qui êtes chargés de faire exécuter le décret du 27 novembre dernier, relatif au serment qu'on exige des évéques, des curés et des autres fonctionnaires publics; c'est à vous aussi que je crois devoir faire part des restrictions que j'entends mettre à cet acte religieux et sacré, ainsi que des motifs qui ont déterminé ma conduite. L'attachement inviolable que j'ai toujours professé pour la Religion catholique, apostolique et romaine, l'édiâcation que je dois à tous les fidèles de mon diocèse, l'exemple qu'attend de moi mon clergé, à qui je suis obligé de servir de modèle, me prescrivent impérieusement la démarche importante que je fais aujourd'hui; heureux, si je puis vous persuader, ainsi qu'au reste du troupeau dont la divine Providence m'a confié le soin, que ni Vohstination^ ni le regret d'avoir perdu une partie de ma fortune^ à laquelle du reste je n'^attachais de prix qu^à cause des facilités qu'elle me donnait de soulager V indigence; qu'enfin aucuns motifs temporels et indignes d'un ministre de Jésus-Christ, n'influent en rien sur la manifestation de mes sentiments ; que la voix seule de ma conscience me dicte la déclaration que je vous adresse en ce jour ; et qu'en m' exposant aux persécutions qui seront peut-être la suite de ma persévérance à soutenir les droits de l'Église, je ne puis avoir d'autre but que de remplir mes devoirs et de me rendre digne du caractère auguste dont j'ai Thonneur d'être revêtu. »

Il proteste ensuite de sa soumission à la puissance

civile. Un véritable chrétien, un prêtre, mais surtout un évêque ne doit jamais perdre de vue qu'il est en môme temps citoyen ; la prospérité et la gloire de sa patrie ne sauraient lui être étrangères. Si le serment qu'on exige de lui n'avait pour objet que le patriotisme, la fidélité à la nation, à la loi, au Roi et aux décrets politiques de l'Assemblée nationale, il serait l'expression des sentiments qui ont toujours été au fond de son cœur. Mais ce serment renferme encore une adhésion formelle à la Constitution prétendue cvoile^ mais véritablement ecclésiastiqite du Clergé, et, sous ce point, il lui est impossible de le prêter, et comme chrétien et comme évêque.

En effet, l'Église a reçu son autorité de Jésus-Christ ; autorité qui lui donne le droit de se gouverner elle-même. Toute organisation différente de la sienne serait un plan destructif de l'unité cathoUque. Le Souverain Pontife en est le chef visible ; il a de droit divin une primauté non seulement d'honneur mais de juridiction sur chaque évêque, sur chaque prêtre, sur chaque fidèle, sur chaque diocèse. L'Église seule a le droit d'instituer ses ministres et de leur donner la mission, suivant les règles qu'ellemême a prescrites et la discipline générale qu'elle a établie ; la discipline actuelle réservant au Pape l'institution des évêques. Les évêques sont les successeurs des Apôtres; c'est à eux et non aux laïques, ou même aux simples prêtres à prononcer sur les matières de dogme, de mœurs ou de discipline. Les évêques sont, de droit divin, supérieurs aux prêtres ; soumettre les décisions de l'évêque au jugement du synode, c'est admettre le presbytérianisme, si souvent condamné par les Conciles. L'élection des évêques et des curés ne doit pas être abandonnée à une assemblée purement poUtique, dans laquelle peuvent dominer et prévaloir les ennemis les plus déclarés de notre sainte Religion, ceux même qui n'ont pas été régénérés par les eaux du baptême. En un

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mot, tout changement important ne doit être fait dans rÉglise, que par l'Église elle-même.

Faisant ensuite allusion à la brochure nouvellement éditée par le Club patriotique, VA vis au Peuple, il s'exprime ainsi :

« Je n'ignore pas^ Messieurs, que depuis quelque temps on répand avec profusion, dans le public, des écrits où l'on s'efforce de prouver que la nouvelle doctrine n'a rien de contraire à la foi catholique; dans lesquels, pour mieux séduire le peuple confiant et crédule, on lui annonce que les vérités principales de notre sainte Religion ne sont point en danger ; qu'on ne conteste pas l'unité de Dieu, la trinité des Personnes, la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, l'existence du paradis, les peines de l'enfer ; que les dogmes contenus dans le Symbole des Apôtres demeurent intacts et ne sont pas combattus. Je sais que pour mieux décrier la véritable doctrine que prêchent aujourd'hui les évêques, on cherche à les avilir aux yeux des fidèles, à leur supposer des vues intéressées et des intentions malfaisantes, qu'on révèle avec malice les fautes dont la sainteté de leur caractère ne les a pas préservés quelquefois, tandis qu'on tait avec affectation les actes de vertu dont le plus souvent ils ont donné l'exemple. »

Il entre ensuite dans certains détails relatifs au dogme catholique, faisant ressortir cette vérité que le symbole des apôtres ne renferme pas tous les articles de notre croyance; et termine ainsi cette longue et belle déclaration:

« Pour me résumer, Messieurs, je vous annonce que je suis prêt d'obéir au décret de l'Assemblée nationale du 27 novembre dernier, dans tout ce qui n'intéressera pas ma conscience ; qu'en conséquence, je prêterai le dimanche que vous Jugerez à propos, dans mon église cathédrale, à l'issue de la messe, le serment de veiller avec

soin sur les fidèles dont la conduite m'a été ou me sera confiée par l'église ; d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, et de maintenir de tout mon pouvoir, en tout ce qui est de Tordre politique, la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et sanctionnée par le Roi; exceptant formellement les objets qui dépendent essentiellement de l'autorité spirituelle. Mais, en finissant, j'ai l'honneur de vous déclarer que si l'on regardait mon serment comme insuffisant ; que si, abusant du décret même de l'Assemblée nationale, en foulant aux pieds les principes de la religion et de la justice, on me croyait déchu et dépossédé de mon siège, qu'en conséquence on procédât à l'élection d'un nouvel évêque des fidèles dont je suis chargé par l'Église, je ne m'en regarderais pas moins comme le premier pasteur du diocèse ; que, vous. Messieurs, et toutes les personnes comprises dans l'arrondissement de mon territoire actuel, n'en seriez pas moins obligés, sous peine d'être schismatiques, de me reconnaître pour votre évêque et m'obéir comme à votre père spirituel, dans les objets qui regardent mon ministère ; que le nouvel élu ne serait qu'un intrus, un faux-pasteur sans mission, sans pouvoir, sans- autorité et incapable de vous conduire dans le chemin du salut. Je vous déclare que les persécutions auxquelles je m'attends, à l'exemple de mon divin Maître, n'ébranleront point ma constance; qu'avec la grâce de Dieu, je me sens le courage d'imiter la fermeté apostolique, la vigueur sacerdotale de tant d'illustres pontifes, de tant de pasteurs vertueux qui viennent de confesser si glorieusement la foi de Jésus-Christ et de faire revivre parmi nous les Chrysostôme, les Athanase, les Hilaire et les Ambroise. Je vous déclare que prévoyant le cas où il ne me serait pas permis d'exercer publiquement mes fonctions, j'ai pourvu autant qu'il a été en moi, au salut des fidèles qui n'abandonneront pas le véritable bercail et me reconnaîtront pour leur seul légitime pasteur; que

HisT. RsLiG. DB l'Hérault. ~ T. ii. 5

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j'ai donné à cet effet à mes respectables coopérateurs des pouvoirs suffisants pour le gouvernement spirituel des paroisses. Je vous déclare enfin que, dans Thumiliation ou la gloire, dans l'abondance ou la pauvreté, dans la tempête ou le calme, dans la prospérité ou l'infortune, je serai d'esprit et de cœur au milieu du troupeau chéri qui m'a été confié ; que je ne cesserai d'adresser au ciel mes vœux les plus ardents pour son bonheur temporel et de concourir par tous les moyens possibles à sa félicité éternelle.

» Je suis avec tout le respect qui est dû à des magistrats et l'affection que je conserverai toute ma vie pour mes Diocésains, etc. » (1).

XXI. — Quatre jours après l'envoi de cette lettre à l'administration municipale, le Club patriotique deBéziers publia un écrit signé du président et des quatre secrétaires de cette société et comptant une vingtaine de pages, avec ce titre : Réponse des Amis de la Constitution de BézierSf séant atcx Jacobins^ à la lettre que M, Nicolay^ évéque^ vient dUadresser à MM. le Maire, Officiers muni^ cipauœ et Notables de ladite ville (2). On lui reproche, après avoir refusé le serment exigé par la loi, de ne pas s'être démis de son siège, dont il est cependant déchu en vertu de cette même loi. Puis on entame une misérable discussion dont le vide est rendu manifeste par la comparaison avec la savante déclaration de M. de Nicolay. La municipalité, de son côté, déclara inconstitutionnelle la lettre épiscopale et rAssembiée administrative de l'Hérault ne tarda pas à se mettre en mesure de punir son auteur par la destitution de son titre et de son siège.

(1) Lettre de VÉvêque de Béziers, - U janvier 1791, sans nom d'imprimeur.

(2) Béziers, Fuzier, 18 janvier 1791.

XXn. •— Mais le courageux pontife, faisant sienne la déclaration de M. de La Luzerne, évêque de Langres, en adresse un extrait à ses chers diocésains. Il y disait :

«... Je vous le déclare donc, de la part de Dieu, quelque événement qu'il arrive, je serai toujours votre évoque et votre seul évêque. Elevé canoniquement sur le siège de cette ville, je ne puis être dépossédé que de deux manières, ou par la puissance qui m'y a placé, ou par ma propre démission volontaire et formelle. La puissance temporelle n'a donc le droit ni de me destituer, ni de me considérer comme démis. L'Église ne m'a point dépouillé de mon titre, et je ne veux pas m'en démettre, parce que je ne le dois pas. D'abord ma démission ne pourrait être valable qu'autant qu'elle serait acceptée par l'Eglise; ensuite je ne pourrais la donner, si je n'étais sûr d'être remplacé par un successeur qui aurait un titre légitime et valide; sans cela, je courrais le risque de laisser le diocèse sans pasteur véritable; ce serait alors moi qui répondrais de la nullité de sa mission et de tous les actes qu'il ferait en conséquence. Je dois vous l'annoncer cette terrible vérité, pour empêcher que vos âmes ne se perdent et que leur perte ne retombe sur moi. Celui qui, d'après une élection non autorisée par l'Église, osera venir s'établir parmi vous et s'asseoir sur moto siège sera non-seulement un intrus, mais un schismatique : il divisera l'unité en usurpant la chaire qui m'appartient. N'entrant point dans le sanctuaire par la porte^ qui est Jésus-Christ^ il ne sera pas le pasteur, mais le voleur et le larron. Ne recevant pas de l'Église le pouvoir d'enseigner, d'administrer les sacrements, de remettre les péchés, il n'aura réellement aucun pouvoir. Tous les actes de son ministère, frappés de nullité, ne seront d'aucune utilité pour votre salut; vous resterez toujours chargés des péchés qui vous auront été remis par lui, ou en vertu du pouvoir

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reçu de lui ; tous les porterez au tribunal suprême, avec celui d'avoir méconnu votre vrai pasteur pour suivre le mercenaire, qui ne peut que vous égarer et vous perdre. » Mais, je tire de votre foi, de votre attachement à la Religion, de plus favorables présages. Vous ne perdrez pas de vue ces vérités fondamentales dont nous avons instruit votre enfance. Il n'y a de salut que dans la véritable Église ; il n'y a de véritable Église qu'avec les pasteurs légitimes. Vous n'abandonnerez point cet évêque, ces curés que l'Église vous a donnés, pour courii» après de faux prophètes qui ne peuvent vous prêcher la parole de Dieu et vous administrer les sacrements qu'au nom de l'Assemblée nationale et qui n'auront de pouvoirs que ceux qu'ils en auront reçus. Vous resterez unis de communion au corps des premiers pasteurs ; déjà tous ceux de l'Église de France ont manifesté leur doctrine; car, une séparation de deux évêques, n'empêche pas l'unité, et il semble au contraire que la Providence les ait choisis pour faire briller avec plus d'éclat, par leur scission, l'unité du corps épiscopal... » (1)

XXIII. — Au refus de l'évêque de prêter le serment constitutionnel se joignit peu après le refus des curés de Saint-Nazaire, de la Madeleine et de Saint-Aphrodise de lire, à l'issue de la messe paroissiale dans leurs églises respectives, l'Instruction de r Assemblée nationale sur le décret du 21 janvier 1791. M. Nicolas, curé de Saint- Jacques^ qui avait prêté le serment, ût cette lecture. Les officiers municipaux y procédèrent eux-mêmes dans les autres paroisses. En somme, dans tout le diocèse de Béziers le clergé se montra aussi ferme que dans le diocèse de Montpellier ; au point que les officiers municipaux

(i) Durand, IJist. de Béziers, pendant la RévoL p» 85.

de la ville épiscopale écrivirent, le 13 février suivant, au Comité des Recherches que de tous les prêtres de la ville et de la banlieue, le curé de Saint-Jacques et un professeur avaient seuls prêté serment. Cinq curés, le supérieur du séminaire, sept professeurs, dix vicaires ou simples prêtres n'avaient offert de le prêter qu'en le restreignant à la Constitution poUtiqice. On envoya ces projets de serment à Paris; ils étaient tous rédigés dans le môme esprit, mais non sur un modèle uniforme. Le clergé des campagnes imita l'exemple du clergé de la ville épiscO' pale (1).

(1) SciouT^ Hist. de la Const. cioile du Clergé; le Serment en Province, t. n, p. 84.

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