‹ Histoire religieuse du département de l'Hérault (volume 2)Chapitre 9 sur 60 · ATTITUDE DU PEUPLE A SON ÉGARD · texte numérisé non relu

ATTITUDE DU PEUPLE A SON ÉGARD

(i*r mars - 80 septembre i79i)

SOMMAIRE. — I. Election des curés. — II. Truchement, Gauthier» Bary, Bellugou. — III. Préparatirs pour leur installation.— IV. On craintde la résistance. — V. Les anciens curés se retirent. — VI. Curieux inventaires. — VII. Les nouveaux curés installés manu milU tari! — VIII. « Du cuir d'autrui, large courroie ». — IX. Le Clergé « nouveau modèle » ne vient pas vile. — X. Proclamation hypocrite de l'Assemblée électorale de Béziers. — XL Le Très-Saint- Sacrement dans un prie-Dieu. — XII. La messe dans une chambre. — XIIL Proclamation de la municipalité de Montpellier. — XIV. Les femmes dans la rue. — XV. Deux filles de service empêchent un jureur de dire la messe. — XVI. Adresse à l'Assemblée nationale. — XVII. o Nous voulons nos curés I » —

XVIII. Expédient d'un jureur pour avoir du monde à la messe. —

XIX. Fille fouettée en public. — XX. On veut assurer le service religieux dans les églises non paroissiales. — XXI. Le chant du coq. — XXII. Jureur dépouillé de sa soutane par des femmes ; autre poursuivi de nombreux « cacaracas ». — XXIII. Grêles de fèves fraîches. — XXIV. Où sont les « poires de bon-chrétien f » Placard à la porte de Saint-Denis. — XXV. Truchement et ses tribulations. — XXVI. Intrus éconduit par une malade. — XXVII. Sanglante boutade humouristique. — XXVIII. On dé* nonce les rélractaires.

I. — On avait hâte d'en finir avec les curés de l'ancien régime, afin de pouvoir les remplacer par des « fonction-

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..• .«naire^ » ti^ii^: spuples et plus accommodants. Un arrêté '•'••du Diréctofrô'tle. Montpellier, pris le jour même de la /. : î.JtfjôcIg^fitioi.viQ^.i'évêque constitutionnel, avait déjà •*•• ** Vrévênu^'lës électeurs de cette circonscription qu'ils auraient à se réunir le 6 mars, dans l'église Saint-Pierre, afin de procéder (à Tissue de la messe paroissiale) au remplacement des curés qui n'ayant pas prêté le serment, étaient réputés avoir renoncé à leur oflace. Le Directoire invitait en même temps « tous les citoyens à s'unir d'esprit et de cœur à cet acte politique et religieux, qui devait donner au peuple des pasteurs de son choix et ramener auprès de nous, après une interruption de tant de siècles, une des plus belles institutions de l'église primitive » (1). Si tous les citoyens étaient invités « à s'unir d'esprit et de cœur » à ce qu'on allait faire, c'est ce que tous n'étaient pas appelés à concourir directement aux élections. Convoqués pour les réunions préparatoires, dans leurs assemblées primaires, ils y avaient épuisé leur droit en désignant les vrais et seuls électeurs qui devaient voter ; car l'élection dite « populaire » était réservée à un très petit nombre.

II. — Parmi toutes les paroisses du district, les plus importantes étaient celles du chef-lieu du département, Saint-Pierre, Notre-Dame, Saint-Denis et Sainte-Anne. C'est sur elles naturellement que convergea l'intérêt des opérations. Disons un mot de ces premiers élus du suffrage soi-disant populaire, qui allait nous ramener à l'âge d'or de l'église primitive.

Pour curé de l'ancienne église cathédrale, on avait fait choix d'un chanoine de Cavaillon, dans le Comtat, nonmié Truchement (Jean-Baptiste' Alexis), né à Salon en Pro-

(1) Arch. de l'Hérault, Arrêté du Direct, du Distr. de Montpellier, du 3 mars 1791,

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vence, et qui s'était fait remarquer par son talent pour la chaire (1).

On eut du mal à mettre la main sur un prêtre pour en faire un curé de Notre-Dame. On proposa la place à un nommé Brouilhony, ex-provîncial de la doctrine chrétienne; mais il eut le bon sens de décliner Toffre qui lui était faite par la municipalité, et donna, dans sa lettre, datée d'Orange, pour raison de son refus son âge de 62 ans. Alors on eut recours à Tabbé Gauthier (Philippe- Nicolas). Celui-ci, surpris et enchanté à la nouvelle qu'on avait pensé à lui pour la cure de Notre-Dame, et prenant la proposition pour une nomination, répondit immédiatement qu'il acceptait volontiers, demandant de vouloir bien lui indiquer le jour de son installation. Cependant des obstacles majeurs, indépendants de sa volonté, l'empêchèrent de se rendre à Montpellier, si bien qu'on dut lui substituer pour cette cérémonie un fondé de pouvoirs désigné par lui pour prendre possession en son nom (2).

Le sujet désigné pour la paroisse Saint-Denis était l'abbé Bary (Jean-Baptiste)^ né à Montpellier dans une maison du faubourg de la Saunerie, à quelques pas de l'église même de Saint-Denis, le 10 décembre 1762. Il fut, dès son enfance, l'objet des soins du digne pasteur de cette paroisse, l'abbé Manen, qui dirigea ses premiers pas dans la carrière cléricale. Il fit ses études au collège de l'université et au séminaire de sa ville natale et fut mis, jeune encore, en possession des chapellenies de Saint- Jacques, en l'église ruinée de Saint-Barthélémy, dépendant de la

(1) On a de hii un Panégyrique du B. Laurent de Brtndes, général des Capucins (Avignon, ilSi), et quelques Odes et Stances patriotiques, (Thoii\s, Afém. hist. sur Montpellier, p. 2 17); — Bar- JAVBL, Dict. bio-bibL de Vaucluse, Art. Truchement.)

(2) Sa prise de possession personnelle ne put avoir lieu que le i7 juillet sylTaiît. (De la Puahdière, p. i98.)

paroisse Saint-Denis, et de Saint-Pierre « delà Tribune », en l'église de Notre-Dame des Tables. 11 reçut les ordres sacrés dans le courant de Tannée 1786 et remplit les foncliots de vicaire h Poussan, pendant deux ans environ, et ensuite à la cathédrale Saint-Pierre. En 1789, il était curé de Saint-Jean de Védas. Son ambition ne sut pas résisler aux événements qui suivirent la convocation des Etats généraux et lorsqu'on demanda aux ecclésiastiques le serment civique il s'empressa de le prêter dans son église paroissiale; mais avant de se livrer à cet acte schismatique, il entreprit, dans un discours fortement empreint d'un dévouement absolu aux résolutions de l'Assemblée nationale, de démontrer à ses paroissiens que la foi de l'Eglise n'était nullement engagée ; que tous les points de notre croyance étaient respectés et qu'on revenait simplement à la pureté et à la sainteté ijrimitive des temps apostoliques (1). Nommé à la cure de Saint-Denis, il n'hésita pas à supplanter son bienfaiteur, dont le départ était le sujet d'une désolation publique (2).

Pour la paroisse Sainte-Anne, la municipalité avait jeté les yeux sur un sujet qui avait fait ses preuves, et avait des titres particuliers aux faveurs civiles. Bien que docteur en théologie, l'abbé Joseph Bellugou n'était encore en 1791 que simple petit curé de Vendres, paroisse dont la population n'atteignait pas 700 âmes ; mais l'empressement et l'ardeur avec lesquels il avait embrassé les idées nouvelles lui valurent de chaudes sympathies. Il s'était fait connaître par un livre ouvertement schismatique : « Examen sérieux et tn^s important de l'ouvrage

(1) Discours du Curé de Saint- Jean de Védas; - Montpellier, Tournel, 1791, in-4o.

(2) Faucillon, La paroisse Saint-Denis ; ^h. Giîiraod, Laparoisse Saint-Denis de Montpellier.

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qui a pour titre : Exposition des principes sur la Constilu^ tion du Clergé, par les évoques députés à V Assemblée nationale^ ou Apologie des décrets sur la ConstittUion civile du Clergé (1). Dans ce travail, l'auteur cherche à établir que rAssemblôe nationale, par ses décrets sur le Clergé, n'a point dépassé les bornes de son pouvoir ; qu'elle n*a porté aucune atteinte à l'autorité ecclésiastique. Il va plus loin : « Quand môme, dit-il, l'Assemblée nationale se serait véritablement rendue coupable d'usurpation ; quand même elle aurait attenté à la puissance de l'Église, c'est maintenant, ou ce ne fut jamais le cas, d'user envers elle de la plus grande condescendance et de s'empresser de couvrir par la charité toutes les contraventions aux saints canons ». Pour tenir un pareil langage, il n'était pas nécessaire d'avoir sur sa tête le bonnet de docteur en théologie ! Peu après, le curé de Vendres publia une autre brochure : « Les bons Français justifiés du reproche de schisme^ ou Apologie des citoye>is qui ont juré de maintenir de tout leur pouvoir la Constitution décrétée par V Assemblée nationaU et acceptée par le Roi ». L'épigraphe, sorte d'antiphrase, porte : « Solliciti servare unitatem spiritûs^ in vinculo pacis : Travaillons avec soin à conserver l'unité d'un même esprit, par le lien de la paix ». (Eph. IV, 3.)

L'auteur veut résoudre ces deux questions : 1° Quels sont les caractères distinctifs d'un véritable schisme ? 2® Ces caractères distinctifs peuvent-ils convenir aux bons Français ? — Par bons Français, cela va sans dire, il entend les partisans de la Constitution civile du Clergé. Les deux questions sont traitées de manière à pouvoir arriver à cette conclusion : « Nous trouvons dans les décrets de la Constitution civile du Clergé les motifs et

(1) Béziers, Fuzier, 1791, in-S^ de 256 pages.

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les moyens de rendre à jamais stable dans tous les cœurs l'autorité du Souverain Pontife et le profond respect qui lui est dû ». — Ceci ne rappelle-l-il pas le : Je te salue^ 6 Roi des Juifs î? — Avec de pareils sentiments, jurer fidélité à la Constitution civile était la moindre des choses et Bellugou démontrait assez clairement qu'il était digne de seconder l'action de l'évêque-intrus. Pondérons le choisit pour un de ses « vicaires épiscopaux » et presque en même temps le Corps municipal de Montpellier lui offrit la cure de Sainte-Anne. A la réception de la lettre du procureur-syndic, écrite au nom des membres du conseil, Bellugou répondit par la missive que nous reproduisons textuellement :

« Messieurs, les honnêtetés dont votre lettre est remplie, les témoignages d'attachement que vous m'y prodiguez, l'affection pour moi qu'elle respire ne peuvent que déchirer mon cœur. Monsieur TEvéque a voulu, il persiste à vouloir que je sois l'un de ses vicaires ; vous savez ce qu'exige un dévouement entier à la Constitution. Puis-je, Messieurs, résister à la volonté de notre Evêqueî de Monsieur Pondérons ? Le choix de Messieurs les Electeurs m'avoit honoré, je fus bien flatté par l'accueil que me firent les bons citoyens. Votre civisme surtout. Messieurs, me faisoit espérer, m'assuroit même les secours les plus efficaces, les plus douces consolations; mon séjour à Montpellier... Vous dirai-je, Messieurs, qu'il me faisoit soupirer ardemment après l'instant heureux où je pourrois y fixer à jamais ma demeure î Notre vénérable Pasteur dispose de moi contre mon attente ; je puis le dira : contre mes désirs. Messieurs, il est si digne d'être, il est sous tant de rapports l'organe de Dieu ! Faut-il lui résister, s'il exige des privations ? Je ne crois pas d'ailleurs que la dignité des élections soit compromise, le choix de Monsieur l'Evêque est bien propre, ce me semble, à en relever l'importance. Ce choix laisse encore exister plusieurs

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rapports entre la paroisse Sainte-Anne et moi. Agréez, Messieurs, mes raisons, approuvez mon obéissance ; c'est une nouvelle preuve de votre attachement que j'ose réclamer. Ce sera de votre part un nouveau titre, un nouveau droit à ma vive reconnoissance. Toutes les fois que le devoir le plus impérieux ne m'empêchera pas d'être maître de moi, vous me verrez voler où vos désirs m'appelleront »(1).

Pouderous de son côté content et satisfait de pouvoir compter l'ancien curé de Vendres au nombre de ses vicaires épiscopaux, joint ses instances à celles de Bellugou et adresse au maire et aux officiers municipaux de Montpellier une lettre par laquelle il déclare que cet ecclésiastique, élu curé de Sainte-Anne, a été nommé par lui i vicaire de l'église cathédrale du département, et qu'il lui est impossible de venir prendre possession ».

Néanmoins, la municipalité revient à la charge, et prend la délibération suivante :

« Le Corps mimicipal, considérant la nécessité absolue que l'abbé Bellugou n'abandonne pas dans le moment présent la cure de Sainte-Anne, et combien il importe de se hâter de le décider à en venii* prendre possession; arrête de lui faire une députation de deux membres qui se rendront de suite à Béziers, afin de l'engager par tous les moyens à se rendre incessamment à Montpellier, pour y être installé curé de Sainte-Anne (2). »

Poussé dans ses derniers retranchements le nouveau vicaire épiscopal ne trouve pas d'autre moyen de se débarrasser des importuns montpelliérains, qui veulent absolument une installation simultanée des quatre curés,

(1) Arch. munie, de Montp., série D, 3, Registre des Arrêtés municip.; - 29 avril 1791.

(2) De la Puardièrb, p. i9i; - i ma}.

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que d'accepter sous condition; si Ton ne parvient pas à trouver un candidat convenable et définitif, il ira prendre possession et administrera provisoirement la paroisse. A leur retour de Béziers, les commissaires rendent compte à leurs collègues du résultat de leur voyage. Mais on n'a pas cherché de remplaçant et on ne veut pas en chercher ; le temps presse. On écrit de nouveau à Tabbé, on le prie de tenir sa promesse, et de prendre ses dispositions pour être rendu à Montpellier de façon à pouvoir être installé le 15. Le vicaire cathédral cède aux instances dont il est Tobjet et accepte. c< Je suis, écrit-il, dans la disposition formelle de prêter mon serment civique, conformément à la loi, le jour que M. le Maire de Montpellier le jugera convenable » (1).

m. — Déjà, dans le monde officiel, on pensait à l'installation du nouveau clergé. Le directoire du district de Montpellier prit à cet effet un Arrêté (23 avril) qui fut approuvé par le directoire du département (29 du même mois). D'après les décisions des autorités constituées, on devait écrire a tous les curés pour les informer de la consécration, de l'arrivée et de l'installation de l'évoque du département et les inviter à se rendre le plus promptement possible à Montpellier d'où, après s'être fait remettre les actes de leur élection, ils devaient aller à Béziers demander à l'évêque « l'institution canonique », et se faire ensuite installer sans retard. Les municipalités étaient invitées à prendre les mesures nécessaires pour que la cérémonie de l'installation se fit un jour de dimanche, en présence du conseil général de la commune et du peuple, avec décence et tranquillité. Les municipalités demeurant responsables de tout désordre qu'elles n'au-

(i) Arch. municip. de Montpellier, Reg. desDélib.

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raient pas arrêté et dénoncé à temps. Les gardes nationales étaient invitées à se prêter mutuellement secours et assistance « dans un moment où il s'agit de décider le triomphe de la religion et de la loi sur la cabale de leurs ennemis » (1).

Le moment de la grande mesure approchait; on voulait remplacer les titulaires ecclésiastiques, mais en même temps on consentait à ce que les prêtres réfractaires pussent continuer à dire la messe dans « les églises paroissiales, les succursales et les oratoires nationaux » (décret du 13 mai 1791) (2). Peut-être était-ce là une leçon de tolérance à l'adresse du clergé catholique sur le point d'être dépossédé. Dans tous les cas, nous verrons bientôt les constitutionnels chercher à se débarrasser de ces prêtres peu dociles aux prescriptions d'une loi contraire au droit canon.

Une pétition collective de Truchement et de Bavy, élus curés de Saint-Pierre et de Saint-Denis, adressée à la municipalité de Montpellier « demandait qu'il fut procédé à leur installation dès le 8 mai, dimanche du Bon-Pasteur (3). Le jour était vraiment bien choisi pour chasser du bercail les pasteurs légitimes et y faii*e entrer à leur place « les mercenaires et les voleurs ! >; Mais on s'aperçut bientôt que la chose n'était pas possible, et les administrateurs de la ville prirent l'Arrêté suivant :

(1) Arch. de rHéraull et de la commune de Montpellier.

(2) Ms de Soulier, t. 1, p. :2ii.

(3) Celle pélilion se lenninail par la phrase suivante : « Nous vous prions de prévenir les prêtres que nous remplaçons du jour et de l'heure que nous serons installés, pour que nous ne soiionspoinl troublé dans notre possession et dans l'exercice de nos fonctions ». (Arch. munie, de Montpellier, série P, 5, a, PéUUon de Truchement, chafwftid'pénilencier, élu-curé de Sainl-Pierre, et liary, élu-curé de Saint-Denis, aux Maire et Of/iciers municipaux^

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IV. — « Le Corps municipal considérant qu'il importe essentiellement à la tranquillité publique que le remplacement des quatre curés ait lieu le même jour; et attendu que l'installation des deux prêtres élus pour Notre-Dame et Sainte-Anne, qui ne se sont pas encore présentés, ne peut avoir lieu dimanche prochain, Arrête que l'installation demandée par Truchement et Bary sera faite le dimanche 15 du courant, en même temps que celle des deux autres élus pour les cures de Notre-Dame et de Sainte-Anne; arrête aussi que le Directoire du District sera prié de prendre en considération, lors du payement des honoraires de Truchement, le retard de son installation, nécessité par les circonstances ; de telle sorte qu'il lui soit accordé une indemnité pour raison de son séjour inutile en cette ville avec quatre vicaires et hors de la maison curiale, depuis son arrivée jusqu'au jour de son installation effective (1). » ^

L'administration regrettait le retard* forcé pour l'installation des quatre curés de la ville ; retard qui permettait aux anciens titulaii*es d'adresser à leurs ouailles les derniers conseils. Pour en finir, elle notifia aux réfractaires un nouvel arrêté (11 mai 1791), en vertu duquel la cérémonie serait faite le dimanche 15 mai. On les prévenait qu'ils seraient poursuivis comme perturbateurs de l'ordre public si, ce même jour, à 6 heures du matin, ils n'avaient évacué les églises, les maisons curiales et leurs dépendances, après avoir laissé à la disposition de la municipalité les vases sacrés, les ornements et autres effets de chaque église et sacristie (2).

Afin de se trouver en nombre suffisant pour opérer simultanément sur quatre points, la municipalité s'ad-

(1) La PlJARDlÈRE, p. 495.

(2) Ibid., p. U6.

joignit des notables, le procureur du roi et son substitut, formant un total de 22 personnes, qui se divisèrent en quatre commissions chargées de veiller à la retraite des anciens curés et à l'emplacement effectif des nouveaux (1). Pendant qu'on arrêtait ces dispositions, on vint dire à la mairie que l'abbé Poujol, curé de Saint-Pierre et ses trois collègues de Notre-Dame, de Saint-Anne et de Saint- Denis étaient dans l'intention de résister jusqu'à la dernière heure. Le bureau municipal leur écrivit à chacun une lettre ainsi conçue : « Monsieur, L'on assure le Corps municipal que vous devez faire, dans l'église, la lecture publique d'un bref du Pape; et il y a tout à craindre que cette lecture occasionneroit de grands mallieurs. Gomme elle n'est pas nécessaire, qu'elle n'est pas légale (le bref n'étant pas avoué ny par la Loi ny par le Roi, formalité indispensable sous l'ancien, comme sous le nouveau régime), nous sommes persuadés, et nous vous le demandons au nom de la Loi et de la paix, que vous voudrez bien ne pas faire cette lecture » (2).

V. — Sans se laisser intimider, les pasteurs, fidèles à leur devoir, firent la lecture des brefs pontificaux (3). Le lendemain, 14, ils célébrèrent pour la dernière fois dans leurs églises respectives, consumèrent les Saintes-Espèces, comme pour le Vendredi-Saint, et fermèrent les portes en présence d'une multitude de fidèles, qui se lamentaient sur la perte de leurs pasteurs légitimes. Ceux-ci les exhortèrent à la résignation et au calme, leur recommandant ne point paraître le lendemain à la cérémonie de rinstallation des curés-intrus ; rien ne devait piquer leur

(4) De La Pijardière. p. 497.

(2) Arch. munîcip. de Montpellier, série D, 3*

(3) De la Puaadiêre, p. 497.

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curiosité; tout devait les plonger dans l'afrtiction (1). Puis, ils remirent aux mains des délégués du maire, les clefs des églises et des sacristies, avec l'inventaire des objets dont on leur avait laissé la garde (2).

VI. — Un second inventaire, mais d'un genre tout nouveau, fut en même temps dressé dans les quatre paroisses de la ville chef-lieu du département. On voulait s'assurer, pour le lendemain, du concours de tous les fonctionnaires et employés de ces églises, dont on dressa une liste exacte et détaillée, et on réquisitionna individuellement : sacristains, suisses, clercs, bedeaux, enfants de chœur, organistes, souffleurs, sonneurs, chantres, loueurs de chaises, etc. Plusieurs de ces gens, intimidés par l'appareil de la réquisition, promirent d'obéir; d'autres, moins craintifs, déclarèrent « ne plus vouloir servir » (3).

VU. — Des mesures de sûreté formidal)les avaient été prises pour le jour de l'inslallalion. Quand nous disons formidables, nous n'exagérons rien. La force armée occupe toutes les portes de la ville, et en outre, l'esplanade, la citadelle, l'évêché, le dessons du pont du Peyrou, les maisons des capitaines, les faubourgs, la maison commune, les quatre églises paroissiales. On a mis sur pied la garde nationale, la troupe de ligne, la cavalerie, l'artillerie avec ses canons attelés, et grande provision de cartouches et de gargousses; dragons cachés dans les chemins couverts autour de la ville ; compagnies de fantassins embusqués à révêché. Au besoin on compte sur les gardes nationales des pays voisins; et, avec cela, que le peuple ne s'apperçoive pas de la quantité des soldats mis

(1) Ms de Soulier, t. i, p. 240.

{t) L'abbé Coste, Vie de M, Coiistou, p. G8.

(3) Voir à nos Picctfi Justificalivts N* III, p. viii.

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SOUS les armes! Qu'on n'entende dans Montpellier ni tambour, ni trompette ! I ! (1)

Grâce à cet appareil guerrier, qui remplaçait l'enthousiasme religieux les « élus du peuple » purent prendre possession des églises, s'annoncer comme venant au nom de Jésus-Christ et paraphraser avec autant de vérité que d'onction ces textes bien connus : Ego sum Pastor bonus ! Fax vobis ! Je suis le bon Pasteur ! Qtce la Paix soit avec vous ! Mais ces paroles devaient forcément tomber sur la pointe des baïonnettes, qu'on dit « intelligentes » à défaut d'auditeurs et de paroissiens fidèles.

VIII. — « Par pur patriotisme », Bellugou s'était exécuté; mais « comme il s'était rendu précipitamment au vœu des autorités, il n'avait pu se procurer les meubles nécessaires à son logement » . Il pria donc la municipalité de vouloir bien y pourvoir provisoirement. Le couvent des ci-devant Carmes du Palais était vide et leurs effets « devenus propriété nationale » étaient sous les scellés... On permit au nouveau curé de s'en servir (2). « Du cuir d'autrui, large courroie ! »

IX. — Le surlendemain de l'installation manu militari, le Directoire du département se réunit. Le procureur-syndic rend compte de tout ce qui s'est passé; puis on délibère de transmettre au Directoire du district les renseignements suivants : Sur 99 curés élus par l'Assemblée électorale, 26 seulement avaient été installés. Dans plusieurs localités, l'opération avait produit des troubles plus ou moins caractérisés, et notamment à Frontignan, Bouzigues, Castelnau, Lavérune, Grabels, Cournonterral, Saint-

(t) Voir aux Pièces Justificatives No 111, Observations, p. x. (2) De la PiJARDièRE, p. 498.

HjsT. RjlLlG. DB L'HsaAlLT. — T. II. 8

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Just et Saint-Jean de Védas. On s'y attendait ; la division qui régnait dans les rangs de la garde nationale de ces communes permettait de juger de l'état des esprils chez les habitants. En prévision de la résistance qu'on pouvait rencontrer, on avait agi, comme à Montpellier, avec l'appui de la troupe de ligne (1).

Malgré le zèle des corps administratifs, le clergé « nouveau modèle » ne se pressait pas d'accourir. On avait bien élu 99 curés pour le district, mais il fallait qu'ils voulussent accepter. Or, la plupart refusèrent; si bien que, à la fin du mois d'août, 7 paroisses él aient desservies par des procurés et 42 autres demeuraient vacantes par la nonacceptation des ecclésiastiques choisis par les électeurs(2).

L'administration jugea nécessaire de convoquer les électeurs et de les inviter à combler les nombreuses lacunes signalées dans les rangs du clergé paroissial. Les lettres de convocation, signées par le procureur de la commune de Montpellier, fixaient les nouvelles opérations au 1°' septembre 1791 (3). L'élection étant au second degré, elle fut comme la première, l'œuvre des seuls délégués, au nombre de soixante dont nous donnons la liste à nos Pièces justificatives N° VL On voit flgm*er parmi les votants : deux prêtres-jureurs, plusieure protestants et beaucoup de fonctionnaires publics ; tous parfaitement dévoués aux idées nouvelles et n'ayant qu'une môme pensée au cœur : la ruine du catholicisme. Tels étaient les hommes qui prétendaient ramener nos cinq anciens diocèses aux heureux temps de l'église primitive.

(1) Arch. de rHërault. — Reg. desproc. verb.

(2) Voir Pièces Justificatives N« IV, Les curés constitutionnels ei N» V, Liste des cures vacantes.

(3) Arch. munie, de Montpellier, P, 5, a. Lettre-circulaire de fargeon.

Au lieu de ne parler que de Montpellier, nous généralisons, car ce qui s'accomplit à Béziers, à Agde, à Lodève et à Saint-Pons ne fut que la répétition de ce que nous venons de voir dans le chef-lieu du département.

X. — Nous ne pouvons pourtant pas négliger de mentionner, pour le district de Béziers, un fait d'une haute importance : c'est une proclamation de l'Assemblée électorale destinée à calmer l'efïervescence qui régnait dans la population. Les principaux éléments de cet acte solennel étaient puisés dans l'astucieuse Instruction de VAs^ semblée nationale^ votée le 21 janvier 1791. C'est un insigne monument d'hypocrisie qui mérite d'être reproduit dans son intégralité, pour l'édification du lecteur.

« L* Assemblée électorale du district de Béziers ^ aux habitants de ce district.

» Citoyens, Pendant que nous remplissons le devoir que la loi nous impose de vous choisir des pasteurs, les ennemis de la Constitution, plus hardis que jamais, tentent de vous séduire et de vous égarer. Parmi les ministres de l'Église qui ont refusé leur assentiment à la loi, il en est maintenant qui annoncent l'intention de lui résister et de la combattre. Ceux qui présument assez de leur influence sur la faiblesse et la crédulité du peuple, osent faire retentir la chaire des déclamations les plus incendiaires; ceux qui n'ont pas ce dangereux empire exhalent dans des écrits clandestins leur rage fanatique.

» Ne vous laissez pas abuser, citoyens, par les mots de paix et de charité que font encore entendre artiflcieuseraent les détracteurs de la Constitution. La charité est dans les œuvres ; l'amour de la paix se prouve autrement que par des discours. Et quelle paix, quelle charité pouvez-vous attendre de ceux qui sont assez cruels pour vous annoncer que vous êtes, sans le savoir et contre vôtre volonté, infidèles à la loi de l'Evangile, séparés de

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l'Eglise de Jésus-Christ et plongés dans la plus damnable. des hérésies ?

» Nous schismaliques et hérétiques ! Et pourquoi? Parce que nous reconnaissons une loi de TElat, qui veut que les chefs des églises soient honorés par le peuple ; qu'ils résident auprès de leur troupeau, qu'ils soient assistés d'un conseil, que leur dépense soit réglée suivant la modestie qui convient à des prêtres.

» Qui osera soutenir de sang froid que ces règles sont contraires à la saine raison, au lien de la Religion, à l'esprit de l'Evangile ? Ceux qui effrayent aujourd'hui vos consciences ne dissimulent point que si les évoques se fussent imposé les mêmes lois, il faudrait les observer.

» Ainsi, nous serions encore selon la foi et dans le sein de l'Eglise, si les évêques avaient consenti à ne plus avoir pour successeurs des hommes choisis parmi les courtisans d'où ils sont sortis ; s'ils avaient consenti à déposer ce luxe insultant à l'Evangile comme à l'humanité ; à discuter dans un collège de vénérables pasteurs les moyens de propager la piété dans leurs diocèses; à remplir l'engagement si saintement contracté par eux jusqu'à ce jour, de ne point abandonner leurs ouailles, nous serions encore dans l'Eglise, et on se flatte de nous persuader que nous n'y sommes plus, dès lors que les hommes ont refusé une loi qui leur prescrit de se conduire en prêtres exemplaires et en bons citoyens !

» Songez, maintenant, à tous les maux que peuvent produire de pareilles assertions suggérées par les ministres d'un Dieu de paix. Ils savent l'histoire mieux que nous et ils comptent d'un œil sec toutes les guerres, toutes les horreurs que les mêmes opinions ont suscitées chez nos ancêtres. Déjà, non loin de nous, la Religion a servi de prétexte à une guerre intestine (le camp de Jalès), et on a profané la croix en en faisant un signe de sédition. La puis.^ance spirituelle, qu'on allègue si souvent, n'or-

donne pas de pareilles démarches, mais elle les punit de toutes les peines de Tenfer. Cette puissance, à laquelle rien n'échappe, ne s'exerce que sur les rapports de rhomme à la divinité, sur ceux de la conscience et de la foi. Mais Dieu a voulu que, dans tous les rapports que les hommes ont entre eux, ils eussent la liberté de se prescrire à eux-mêmes les règles de conduite qui leur sont les plus avantageuses. L'Etat n'est qu'une grande famille, et tous ses membres sont également soumis à la volonté générale dans tout ce qui concerne la manière de se conduire envers la société. S'il existait dans l'Etat un corps qui eut droit à se gouverner d'après ses propres lois, ce serait une nation à part, et une nation dans la nation. Dès lors, plus d'harmonie dans le gouvernement, pli^s d'obéissance, plus de paix. Ceux qui conservent le droit de se donner des lois finissent bientôt par en donner aux autres; voilà comment quelques successeurs des apôtres sont devenus des rois de la terre. Voilà comment les évêques de notre contrée ont tenu si longtemps dans leurs mains l'administration des affaires publiques.

» Citoyens, souvenez-vous que l'Assemblée nationale avait promis de rendre au peuple français tous les droits qu'il avait perdus; qu'après avoir rétabli ceux qu'avaient usurpés les princes, les courtisans, les magistrats, elle n'a pas dû épargner ceux dont s'était emparé le clergé. Songeons que si quelques hommes font revivre aujourd'hui le fanatisme des siècles passés, nous n'en devons pas faire revivre la honteuse crédulité ; que ce serait le comble de la stupidité que de vouloir seconder au prix de notre sang les passions de ceux qui nous disputent nos propres droits. Cherchons à calmer les terreurs de ce sexe trop facile, qu'on excite en l'effrayant, qu'on abuse pour le tyranniser; plaignons ceux de nos pasteurs que des suggestions perfides, des scrupules mal conçus éloignent de leurs fonctions ; mais regardons avec horreur et fermons

118 l'assehblée constituante

Toreille aux cris de ceux qui veulent nous faire, malgré nous-mêmes, schismatiques et hérétiques ; qui nous traînent par cet abominable doctrine à une guerre civile et semblent ne promettre le Ciel qu'à ceux qui auront déchiré leuts frères sur la terre.

» Gairol» secrétaire. Sicard, président. » (1)

XI. — Ceux des prêtres non assermentés qui n'avaient plus à leur disposition les églises paroissiales, fîrent usage pendant quelque temps des chapelles publiques pour y dire la messe, donner la communion, entendre les confessions. D'autres, tels que Tabbé Poujol, curé dépossédé de Saint-Pierre de Montpellier, célébraient les divins mystères dans leur domicile et y conservaient le Saint- Sacrement pour les malades, afin de n'avoir rien de commun avec lescurés-jureurs. Informée de ce fait, la municipalité de Montpellier pour s'en assurer délègue deux commissaires (dont un était protestant). Introduits chez l'abbé Poujol, ils lui font connaître l'objet de leur visite et lui demandent si ce qu'on leur a dit est vrai. « Oui, répond celui-ci; je garde chez moi le Saint-Sacrement pour les malades et je le tiens dans mon prie-Dieu. » Revêtu de sa soutane qu'il ne quittait jamais, il prend le surplis et l'étole, et fait observer aux commissaires qu'ils doivent se mettre à genoux ; ce qu'ils font aussitôt, sans difficulté. Il adore lui-même le Saint-Sacrement et montre le ciboire aux envoyés. Bientôt le curé constitutionnel vient prendre le vase sacré que M. Poujol lui livre à regret (2).

XII. — On savait que ce digne prêtre disait journellement la messe dans son appartement, n'y admettant que

(1) DuiAND, Hist. de Béziers pend, la RévoL, p. i

(2) SouLiBR, 1. 1, p, 269 ; - juin i79i.

LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL DE l'hÉRAULT 119

son domestique qui lui servait de clerc et sa cuisinière. Le dimanche de la Fête-Dieu, on guette Tinstant où il a commencé le saint sacrifice, on escalade le balcon de son appartement, on brise un carreau de la croisée, on soulève l'espagnolette et Ton entre. C'était le moment de la consécration. M. Poujol en prononce les paroles et, se reto*nant : « Du respect^ s'écrie-t-il, voilà celui qui nous jugera tous. » Tout le monde tombe à genoux, et il continue la célébration. Après qu'il se fut dépouillé des habits sacerdotaux, et qu'il eut terminé son action de grâces, il se laissa conduire à la maison commune, où il invoqua avec force les dispositions de la loi. On lui permit de se retirer chez lui(l) et pour éviter qu'il n'éprouvât quelque insulte, un officier municipal l'accompagna, en répétant à ceux qui l'avaient amené : « Laissez ce brave homme tranquille ! » Ceux qui soutenaient les prêtres constitutionnels disaient : nous savons qu'il voudrait mourir martyr; nous ne lui donnerons pas cette satisfaction (2).

XIII. — A la suite de ces événements, la municipalité adresse aux habitants une proclamation dans laquelle on lit : a La raison, la loi et l'intérêt commun, réclamaient la liberté des cultes. La raison : Il est absurde de forcer à croire; il est criminel de forcer à agir contre sa croyance... La loi : Emanée de la raison, pouvait-elle ne pas sanctionner ce que la raison inspire!... L'Intérêt commun : Il est juste d'accorder aux autres la tolérance et la paix dont on a besoin soi-même... La liberté des cultes a donc dû être proclamée. Jouissons de ce bienfait sans tumulte, sans excès et, s'il se peut même, sans orgueil... Les sacrifices qui plaisent à Dieu sont ceux que nous

(i) Mém. sur la horde des brigands, p. 6.

(S) SouuBR, 1. 1, p. SU; - 26 juin 179i.

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faisons aux hommes; sacrifions à la paix, au bien général, et ce que nous ferons pour la pairie, amis, soyez-en sûrs, nous Taurons fait pour la Religion... Ne nous forcez point à déployer une sévérité qui nous répugne » (1).

XIV. — Dès la publication du serment exigé des prêtres « fonctionnaires publics » les fidèles, les femmes surtout, manifestèrent hautement leur manière de voir à ce sujet.

Le 21 janvier 1791, un de ces malheureux prêtres assermentés voulant dire la messe à Sainte-Anne, est assailli par un attroupement (2). Deux jours plus tard, quelques membres de la municipalité de Montpellier promulguent dans les paroisses de la ville -— les curés ayant refusé de le faire — la loi votée par l'Assemblée nationale. Parvenus devant l'église Sainte-Anne, ils entendent une femme s'écrier au milieu de la rue : « Nos officiers municipaux sont de mauvais catholiques, qui veulent détruire la Religion ! » Le maire cherche à la calmer et engage les personnes réunies sur la voie publique à rentrer chez elles. D'après le procès-verbal de la commune (3) plusieurs femmes se vantent de leur conduite, et, une d'elles plus exaltée que les autres, s'oublie au point de dire que « si son curé prêtait le serment, elle lui couperait ellemême la tête ». Le surlendemain, mise en jugement, elle est condamnée à trois jours de prison, avec publication à son de trompe, lecture et affiche de la sentence (4).

Peu de jours après cette condamnation, pendant la nuit, des potences sont placées devant le local de la Société

(1) Soulier, 1. 1, p. 246.

(2) DOVAL-JOUVE, t. !•% p. 167.

(3) Séance du 24 janvier 1791, p. 70 et 71.

(4) Soulier, 1. 1*', p. 209.

LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL DE L'hÉRAULT 121

des Amis de la Constitution et devant la maison de Gainbon (1).

XV. — Deux filles de service, Magdelaine Rivière et Françoise Carteirade, indignées de voir un « ex-grand Carme » célébrer les saints mystères dans l'église Sainte- Anne, après sa prestation du serment, et mues par une piété plus ardente qu'éclairée, se portent un jour, visà-vis de lui, à un excès de zèle. Ce jureur était à la sacristie, prêt à sortir pour commencer sa messe; les cierges de l'autel étant déjà allumés. Que font-elles? Sans balancer, elles s'avancent, pénètrent dans le sanctuaire et éteignent les cierges; puis, se précipitent dans la sacristie et trouvent le P. Février, déjà revêtu des ornements sacerdotaux; sans mot dire, elles l'en dépouillent et se retirent (2). Les deux filles incriminées et citées devant le tribunal, mais acquittées à la grande satisfaction du public, n'en furent pas lijoins retenues sous les verrous et de plus, Serres et Rech défenseurs des accusées, et le commissaire du roi lui-même, Coulomb, se virent dénoncer à la Société populaire, à raison de leur conduite incivique. On reprocha même au tribunal d'avoir toléré les écarts des deux avocats et les applaudissements de l'auditoire (3). Serres, Rech et Coulomb furent également attaqués devant le corps municipal; le délateur se plaignait en particulier du silence que les juges et le commispaires du roi avaient gardé lorsque les défenseurs s'étaient

(1) DuTAL-JouvE, Montpellier pend, la RévoL, 1. 1, p. i64.

(2) Bientôt après, ce moine fut trouvé dans sa chambre à demibrûlé ; ses vêtements ayant pris feu pendant qu'il dormait près de sa cheminée « ce que certains considèrent comme une punition d'avoir prêté le serment », ajoute l'auteur du manuscrit où nous puisons ces détails. — Soulier, t. i, p. 230.^

(3) Locp citato.

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permis des sarcasmes contre le corps municipal. Il obseryait que cette conduite tendait à faire perdre à la municipalité la confiance qui lui est si nécessaire pour Texécution des lois, notamment pour celle de la Constitution civile du Clergé, et pour le remplacement eilectif des curés, dont on avait à s'occuper incessamment.

XVI. — Le Conseil de Ville arrêta d'envoyer une adresse à l'Assemblée nationale pour lui faire connaître la situation, la peine qu'il éprouvait pour l'exécution de la loi du Clergé et les contrariétés qu'il rencontrait de la part du tribunal (1). Donnons un extrait de cette adresse, ou dénonciation :

« ... On inspire à la classe peu instruite des citoyens, que la Religion est menacée par les nouvelles lois relatives au Clergé, et l'on ne rougit pas de semer le bruit le plus absurde : que le Club des Amis de la Constitution et de l'Egalité est l'auteur de ces décrets... — La loi relative au Serment des ecclésiastiques fonctionnaires publics est annoncée. Elle sert de prétexte aux mal-intentionnés, pour réveiller les allarmes qu'on avait jettées dans les âmes timides. Les coalitions se forment, les chaires de vérité retentissent de déclamations incendiaires; des femmes font une association pour assurer aux prêtres réfractaires les moyens de subsister... — La paix est encore troublée par le refus des ecclésiastiques fonctionnaires publics de se soumettre à la loi du serment. Les ennemis de la Constitution, épiant sans cesse les occasions d'allarmer les consciences des faibles, profitent de l'ascendant des curés et se joignent à eux pour décrier les opérations de l'Assemblée nationale. — Le refus des curés de faire dans leurs églises la lecture de l'insiruc-

(1) La PiJAKDiiRB, p. 482.

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tion relative au serment, oblige la Municipalité de faire cette lecture; mais la disposition connue des esprits ne lui permettoit pas de la faire sans déployer de grandes forces. Elles ne purent néanmoins empêcher les cris et les menaces que la Municipalité fut obligée de réprimer par des jugemens de police... — Le Corps municipal, instruit une seconde fois que des écrits incendiaires sont sous les presses de Timprimeur qu'il a déjà dénoncé, le surprend et saisit plusieurs ouvrages dangereux... — La prestation de serment par deux professeurs du collège et huit autres ecclésiastiques non-fonctionnaires exigeoit de grandes précautions et tout l'appareil de la force publique; aussi fut-elle déployée; mais cela n'empêcha pas des clameurs qu'il fallut réprimer. — Le lendemain de la prestation du serment des ecclésiastiques, un des prêtres fidèles à la loi fut assailli dans la sacristie par une foule de femmes qui, sans respect pour son caractère, ni pour son grand âge, l'injurièrent, le menacèrent, le forcèrent à renoncer à dire la messe et à se dépouiller de ses habits sacerdotaux. Le tumulte fut grand dans l'église; on se porta jusques à éteindre les cierges de l'autel, et ce ne fut qu'à l'arrivée de quelques officiers municipaux, et d'un détachement de la garde nationale, que le prêtre put se rhabiller et dire la messe. Une femme, réprimandée la veille par la police, est arrêtée dans la foule et conduite aux prisons de la Maison commune. Une insurrection d'un si dangereux exemple méritoit bien, sans doute, que le Corps municipal employât tous les moyens pour connoître et poursuivre les coupables. Sur les informations qu'il prit, une autre femme, mandée et interrogée, fut aussi arrêtée, après cependant qu'il eut consulté le Directoire du Département. Ces deux femmes furent dénoncées à l'accusateur public qui porta plainte au tribunal du district. Douze jours s'écoulèrent et le tribunal lança un décret de prise de corps, en vertu

124 l'assemblée constituante

duquel ces femmes furent transférées dans la prison. On profita de ce retard pour jelter la défaveur sur la Municipalité qu'on accusoit d'avoir excédé ses pouvoii*s, en gardant trop longtemps les prévenues. — C'est à cet acte de justice et aux mesures que prit la Municipalité, d'après la délégation du Corps administratif, que le Corps électoral dut la tranquillité avec laquelle il procéda à l'élection de TÉvéque du Département et à la proclamation solennelle, et que le Corps électoral a remplacé quatre-vingt-treize curés réfractaires. Dans cet intervalle, les femmes détenues demandèrent au tribunal leur élargissement provisoire qui leur fut refusé ; mais bientôt ces femmes, s'appuyant d'une nullité dans l'information, qui provenoit du fait du juge commissaire, en ont demandé la cassation, et il est intervenu un jugement qui ordonne leur élargissement des prisons et les décharge de l'accusation par les motifs qui y sont énoncés et que nous ne nous permettons pas d'apprécier. A Dieu ne plaise qu'il entre jamais dans nos vues de désirer de trouver des coupables, encore moins de sortir des bornes que la Constitution nous assigne; mais pourrions-nous taire l'insulte faite publiquement aux délégués du peuple dans le plaidoyer de cette affaire f Une foule immense d'auditeurs assistoient à l'audience. Deux hommes de loi, défenseurs des deux prévenues, se sont permis contre le Corps municipal, étranger à la cause et contre lequel ils n'ont osé conclure, des sarcasmes et des imputations, inutiles à la défense des parties. Les juges du tribunal et le commissaire du roi, qui auraient dû réprimer ces déclamations scandaleuses, ont, par leur silence, autorisé les applaudissemens réitérés de quelques personnes, complices peut être des délits, qu'ils ont laissés impunis. Ils ont même refusé la parole à l'accusateur public qui demandoit à rétablir la vérité des faits avancés par ces hommes de loi. Enfin, ils se sont empressés de faire

LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL DE L'hÉRAULT 125

exécuter le jugement avant qu'il fut signé, et on n*a pas craint ainsi de jetter de la défaveur sur une Municipalité qu'on sçait bien être sans cesse occupée du maintien de la Constitution et de l'ordre. L'accusateur public n'a pas tardé à interjetter appel de ce jugement. Ainsi, nul doute que la faute ou l'innocence de ces femmes paroîtront bientôt a^ec évidence (1).

XVII. — Quatre jours après que le carme-jureur s'était vu dépouiller de ses vêlements sacerdotaux par des femmes, et pendant que celles-ci se trouvaient retenues sous les verroux, on vit arriver du côté de la Barralerie, vers 7 h. 1/2 du matin (12 avril) un très grand nombre de femmes et d'enfants qui criaient : « Nous voulons nos curés et si on nous les enlève, nous verrons beau jeu ! » L'attroupement se dirigeait vers la place Notre-Dame et grossissait dans sa marche. Comme il passait devant la Maison commune une femme du peuple s'écrie : « Restez donc tranquille! Que diable ! voulez -vous faire? » Plusieurs femmes lui répondent : « Qu'avons-nous à craindre ? nos maris sont aujourd'hui de garde. » Ce que voulaient ces meneuses, c'était le maire; elles allaient lui demander la conservation de leurs curés. Le maire refuse de les entendre et les menace de la prison, si elles continuent à faire du bruit et si elles ne se séparent pas sur le champ': — et elles de répondre : « Qu'est-ce que cela nous fait cinq à six jours de prison i ». Pour dissiper cette foule on eut besoin de faire marcher les soldats de Lyonnais(2).

XVIII. — Sous la protection des baïonnettes, on avait bien pu mettre en place des intrus ; mais la force maté-

(!) Arch. miinicip. de Montpellier, Reg, des Délib. 1791, p. 225, Adresse de la Munidp, de AJonip, à l'Ass. nat.

(2) Arch. munie, Reg, des Délib., 179 1\ p. 228.

rielle était impuissante à les faire accepter comme pasteurs légitimes, et quand on entrait dans une église pendant la célébration des divins mystères, il était facile, d'un simple regard de s'assurer de la qualité de Tofflciant ; les jureurs se trouvaient seuls, tandis que les autres se voyaient environnés d'un grand nombre de fidèles. Citons un exemple entre mille :

L'abbé Banal, ancien chanoine de la collégiale Sainte- Anne se disposait à dire la messe dans l'église des Carmes duPalais, àsonheure habituelle. On connaissait son exactitude et sa piété ; et les catholiques du voisinage se rendaient assiduement dans cette chapelle, où ils avaient l'avantage de rencontrer un ministre irréprochable. Un jour, le prêtrejureur, chargé de la direction officielle du service religieux dans ce sanctuaire, blessé de se voir abandonné, voulut profiler de la présence de la foule venue pour entendre la messe de l'abbé Banal ; brûlant la politesse à son collègue dans le sacerdoce, il s'avança vers l'autel pour célébrer lui-même. Tout le monde se lève aussitôt et se dirige vers la porte, aimant mieux se priver du saint sacrifice, que de communiquer m divinis avec un schismatique (l»'* mai 1791) (1).

XIX. — Le soir môme du jour où fut accomplie la fameuse installation des curés, une personne du sexe qui se trouvait à la place de la Canourgue, voit défiler devant elle un convoi funèbre et se moque du nouveau curé de Sainte-Anne qui présidait le cortège. Elle n'avait pas pris garde que ce jureur était escorté par une bande de dévols patriotes qui voulaient lui faire honneur. Ils l'honorèrent en eflet en fouettant publiquement la jeune fille (2).

(1) L'abbé Banal se vit bientôt obligé de fuir devant les persécuteurs ; il prit le chemin de TËspagne, où il mourut.

(2) Ms de Soulier, 1. 1, d. 242; — - Duval-Jouve, 1. 1, p. 172,

LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL DE l'hÉRAULT 127

Deux femmes se virent condamner à quelques jours de prison pour avoir, cette même semaine, jeté des cendres sur un autre prêtre assermenté qui conduisait également des funérailles (1). Ces faits particuliers résultaient de la grande fermenlation qui régnait dans les esprits : « Pour ramener les citoyens aux principes et aux sentiments qui doivent les diriger et les animer » la Municipalité adressa aux habitants une proclamation par laquelle elle les invitait à s'abstenir de tout scandale dans les églises et d'y troubler le service divin, comme aussi à ne point se permettre des propos ou cris insultants contre aucun citoyen et notamment contre les prêtres fonctionnaires publics, sous quelque prétexte que ce fut (2).

XX. — Et comme nos édiles affectaient des senliments religieux, ils délibérèrent de demander au Directoire du Département d'assurer une messe pour le dimanche dans l'église des R'ëcollets, dans celle des Trinitaires (S. Paul) et dans celle des Pères de la Merci, appelés par le peuple les Pères « Mercenaires » ; chargeant le curé de Saint- Pierre d'envoyer un vicaire dans la première de ces églises, le curé de Notre-Dame dans la seconde et le curé de Saint-Denis dans la troisième. On s'adressait pour assurer ce service à l'administration civile et départementale qui devait, à partir du 15 mai; payer le traitement du clergé. Mais ce nouveau clergé avait de la peine à se constituer, sous le mépris de la population catiiolique. On lui reprochait ouvertement d'avoir trahi ses devoirs les plus sacrés ; on comparait son apostasie à celle de Saint-Pierre; et, afin de la lui rappeler sans discours et sans phrases, on avait imaginé d'imiter en sa

(i) Soulier, loc. cil»

(2) Dr la Puardiére, p. 499, ' 20 mai 4

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présence et en toute occasion, même pendant les cérémonies religieuses et dans les églises, le chant du coq, cet oiseau domestique ayant chanté, selon les prédictions du divin Sauveur, pendant sa Passion, après la triple renonciation du chef des Apôtres.

XXI. — Tous les curés de la ville et de la banlieue de Montpellier furent poursuivis dans les rues de ce chant désagréable : Deux femmes s'attachent avec fureur aux pas de l'abbé Bellugou, curé-jureur de Sainte-Anne, le surlendemain de son installation (1). Deux jours plus tard, la demoiselle Cambon crie cacaraca, au même ecclésiastique. Aussitôt deux officiers municipaux se transportent avec la force armée chez sa tante où elle était alors, à l'effet de la conduire à la Mai^^on commune. Un de ses parents ofïre de se rendre caution, par écrit, de la représentation à la première réquisition. Ce qui est accepté, et les soldats se retirent, en improuvant les deux commissaires. Cependant la demoiselle Cambon se rend, accompagnée de son parent, à la Maison commune, par des rues détournées et s'y constitue prisonnière. La force armée et plusieurs patriotes qui s'y étaient réunis demandent que cette personne soit renvoyée chez elle, pour être ensuite ramenée publiquement, « comme on l'avait pratiqué envers des personnes qui ne portaient pas des falbalas », mais les officiers municipaux résistent avec succès. Enfin un jugement de police (du même jour 19 mai) condamne ladite demoiselle Cambon à huit jours de prison, avec impression, lecture et affiche de ce jugement (2).

(1) Arch. munie, P, 5, a, tiitppori du 17 mai 1701.

(2) Soulier, t. i, p. 1 16.

LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL DE L'hÉRAULT 129

XXII. — Deux ecclésiastiques-jureurs sortaient un jour de l'église paroissiale Saint-Pierre. Quelques femmes se portent à leur égard aux plus déplorables excès et vont jusqu'à dépouiller de sa soutane Tun d'eux, Tabbé Remézy, régent de quatrième au collège. Un attroupement considérable se forme sur le champ devant l'ancienne cathédrale et ne peut être dissipé que par l'arrivée du procureur de la Commune en écharpe, suivi d'un détachement de troupes. Le pauvre malheureux assermenté est libre alors de reprendre ses vêtements et de gagner son domicile, sous la protection des baïonnettes, mais suivi, à distance, d'une foule nombreuse de femmes et d'enfants poussant de nombreux et lointains cacaracas. La môme scène tapageuse se reproduit le lendemain, presque à la même heure, moins le dépouillement. La . nouvelle victime, l'abbé Truchement, curé de Saint- Pierre est pourchassé jusqu'à sa maison, située rue du Saint -Sacrement, et toujours avec accompagnement criard (1).

XXIIL — Toujours à la même époque dont nous parlons, c'est-à-dire vers le milieu du mois de mai, les fèves étant bonnes à manger à la main, des femmes firent de ces légumineuses une ample provision et entrèrent dans l'église Notre-Dame au moment où le curé jureur allait commencer la messe. Et, comme on leur demandait ce qu'elles prétendaient faire de ces fèves, elles répondirent qu'elles voulaient les manger dans l'église; pourtant, leur intention n'était point telle; elles allaient s'en servir de projectile, moins durs que des balles, pour en couvrir le célébrant à sa sortie de la sacristie. Une fois en train, elles continuèrent même pendant le Saint-Sacrifice. C'était une singulière façon de

(I) Arch. raun, P. 5, a. - Rapports du i2 et du i3 mai 1701* Hi£T. Rklig. db l'Hérault. — T. ii

130 l'assemblée constituante

dire au curé Gauthier : Nous ne voulons ni de toi, ni de ton ministère (1).

Un jeune ouvrier, pour s'être permis quelques insultes sur l'air du cacaraca, vis-à-vis du curé de Pérols, fut condamné à 24 heures de prison (2).

XXIV. — L'abbé Bary, curé-jureur de Saint-Denis, reçut plus d'une mortification; les unes revêtues des formes de la politesse, les autres dépouillées de tout ménagement. Un jour, il faisait visiter son jardin à une dame et admirer en particulier ses arbres fruitiers. Celle-ci, bien élevée, veut faire une observation morale ; la pensée sérieuse prend sur ses lèvres une forme légère : « Je vois bien, ditrolle, de beaux arbres et de beaux fruits, mais vous n'avez pas de poires de bon Chrétien ! » (3) Une autre fois, — peu après sa prise de possession — il reçut à brûle-pourpoint un avis qui valait bien les fèves de Notre-Dame et le chant du coq, et presque la potence de la rue de l' Ancien-Courrier. Le !«'' juin, de fort bonne heure, sur le tambour de l'église SaintrDenis on avait affiché un placard ainsi conçu : « Heureux ceux qui n'ont pas prêté le serment 1 II est encore tems. Malheur à celui qui vient remplacer notre légitime et digne pasteur ! » Tous les allants et venants avaient vu cet écrit et personne n'avait osé le toucher, gardé qu'il était par un chantre de la paroisse et quelques autres courageux catholiques. Cependant, vera 9 h. et demie du matin, un zélé partisan du schisme constitutionnel s'approche pour l'arracher; mais le paroissien fidèle s'y oppose avec des arguments accompagnés de giffles et de coups de poing.

(1) Arch. municip. P, 5, a, Rapport du 16 mai i79i.

(2) Arch. mun. P. 5, a. Rapport du 20 mai I79i.

(3) Voir le Mb de Soulier, t. i, p. 142.

LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL DE L'hÉRAULT 131

La police, informée de ce qui se passe, envoie sur les lieux un détachement de soldats et le «c placard séditieux et incendiaire » est enlevé (1).

XXV. — Mais le plus maltraité de tous les prêtres assermentés de Montpellier, si nous en jugeons par ses cris, fut le curé Truchement dont nous avons déjà parlé. Il n'était pas maître dans son église, ou du moins on refusait de lui en livrer les clefs. Le « ci-devant bedeau », Saisset, les retenait obstinément. Truchement les réclamait, par pétition sur pétition, à la municipalité, sans pouvoir y porter la main; et, chose horrible! ce même Saisset continuait à battre monnaie avec les chaises, sans que le curé-jureur put en voir un rouge liard. « Que le S' Saisset, écrivait-il au maire et au corps ipunicipal, retire toutes ses chaises de mon église, vu que son bail passé, dit-on, avec le ci-devant chapitre est nul aujourd'hui, et que tous les paroissiens patriotes ne veulent point se servir de chaises, dont le bénéfice est pour un homme ennemi de la loi et conséquemment du curé constitutionnel » (2).

Peu de jours après, nouvelle pétition de Truchement; les voleurs, en plein jour, dévalisaient l'ancienne cathédrale. Le curé s'en plaint à la municipalité, accusant les. mendiants qui se permettent de solliciter la charité non pas seulement à la porte de l'église, mais dans l'intérieur même de l'édifice consacré au culte ; il demande que défensesoit faite aux pauvres de quêter ainsi dans les églises. « Il conviendroit, ajoute-t-il, que cet acte de police fût ordonné par la municipalité et

(1) Arch. mun. P. 5, a. • Rapport de la Municipalité sur un écrit séditieux^ placardé sur la porte de l'Eglise Saint^Denis ; * 1" juin 1791.

(2) Arcli. mun. P. 5, a; - Pétition du curé de Saint-Pierre du 26 mat i79i ; - autre pétition du même, du 6 juin 1791.

132 L*ASSEMBLÊE CONSTITUANTE

non par les curés dont loules les démarches sont empoisonnées par les malveillants » (1). Une quatrième pétition suivit bientôt les trois autres. Cette fois le curé constitutionnel avait peur d'être dévalisé dans son domicile, si non assassiné dans son lit. Le lecteur en jugera par le texte même de la pétition adressée à la municipalité.

a Messieurs, Mon patriotisme éclairé par la religion m'avoit inspiré jusqu'à ce jour une fermeté inébranlable; mais j'ai été intimidé cette dernière nuit par l'événement dont voici le récit simple et fidèle. D'abord après minuit, les aboiements extraordinaires de mon chien m'ont éveillé; je l'ai appelé; et il ne m'a point répondu ; il étoit au bas de la maison. Ses aboiements redoublés m'ont annoncé que ma porte était attaquée. J'ai ouvert ma fenêtre, et aussitôt j'ai entendu les pas précipités au moins de deux personnes. Un chien du voisinage aboïoit aussi. La sentinelle voisine sommeilloit, sans doute, si elle ne dormoit pas profondément. A la pointe du jour, je suis descendu ; j'ai ouvert et examiné ma porte ; j'ai reconnu que trois clous étoient enlevés et que mes jours ont été en danger. Veuillez bien députer quelqu'un pour examiner la porte attaquée, pour examiner la maison qui m'avoisine; et j'espère que d'après l'inspection des lieux et les observations que je serai obligé de faire, la municipalité prendra des moïens promts et efficaces pour mettre ma vie en sûreté (2). »

A. la suite de ces tracasseries, et d'autres encore dont le récit fatiguerait le lecteur, le curé schisma tique adresse à ses bons amis les maire et officiers municipaux la déclation suivante :

(1) Arch. munie, P, 5, a. Pélilion du curé de Saini-tierre^ 23 août 1791.

(2) Arch. municip. P, 5, a. Pélilion du curé de Sainl^Pierre (sans date)*

« Messieurs les Maire et Officiers municipaux, » Les vaines clameurs d'un peuple égaré; les menaces impuissantes des malveillants; les sourdes et iniques trames des prêtres révoltés contre la nation et la loi ; tous les efforts du fanatisme réunis pour ébranler le patriotisme et la fermeté des prêtres constitutionnels, tout cela n'a pii altérer jusqu'à ce jour la tranquillité de mon âme, encore moins me faire déserter les saints drapeaux de la religion et de la patrie ; mais l'ordre et la tranquillité qui doivent accompagner les sublimes fonctions de mon ministère sont troublées avec une indécence criminèle. Je ne puis garder un plus long silence sur les entreprises des méchants. Pendant que j'étais en chaire dimanche dernier dans l'église des ci-devant Récollets, au moment où j'allois élever devant le peuple un Dieu caché sous un pain qui n'est plus, des hommes connus par leur incivisme s'efforcèrent d'ameuter le peuple contre moi. Aujourd'hui même, appelé par deux fois dans les rues de la Verrerie et de la porte de Nimes, des filles ou femmes, connues pour avoir des relations particulières avec les réfractaires, m'ont accablé d'un torrent d'atrocités. La licence des discours et des propos séditieux est portée à son comble. Il importe de vous en donner connoissance. Les prêtres réfractaires, séditieux, incendiaires ; ces hommes ennemis de la sainte religion, de la patrie et des lois, agissent dans les ténèbres, pour nous troubler publiquement dans l'exercice de nos fonctions. Le tems n'est-il pas encore venu de réprimer leur audace ?

» Montpellier, le 30 août 1791.

» Truchement, curé de Saint-Pierre. » (1)

Evidemment, le clergé constitutionnel n'avait pas les sympathies des habitants de Montpellier qui ne voulaient

(1) Arch. municip., P, 5, a. Pétition du curé de Saint^Pierre.

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avoir avec eux aucun rapport religieux. Cette audace, ou comme disaient les partisans du schisme <c cette résistance cléricale » avait « son point d'appui orthodoxe » dans le bref du 13 avril 1791, donné par Pie VI; car, pour eux, une constitution apostolique exprimait simplement «c ropinion d'un homme qui osait s'opposer dCégal à égal^ à la volonté d'une nation » (1).

XXVI. — En général, on préférait la privation des sacrements à leur réception des mains d'un jureur, même au cas d'une maladie mortelle. « Arrangez-vous avec le bon Dieu comme vous pourrez, disait-on aux fidèles; mais n'ayez point de rapports avec les apostats. Si vous n'avez à votre disposition que des prêtres de ce genre, vous n'êtes pas obligés de recourir à leur ministère ; les sacrements ne sont pas absolument de rigueur dans ce cas-là. La contrition de vos péchés doit vous suflîre, et, dans les circonstances déplorables où nous vivons, vous devez compter, plus que jamais, sur les miséricordes infinies d'un Dieu qui veut notre salut ». Telle était la recommandation des prêtres et des évêques dans leurs discours et dans leurs écrits à leurs paroissiens ou à leurs diocésains.

Sous cette rubrique : • Mortification donnée à l'intrus de Sette (2) », le sympathique et légendaire abbé Gourgon, curé de Saint-Louis à Cette, raconte le fait suivant : « A Sette, Madame Godefroy, veuve d'un directeur de la fabrique royale du tabac, vivoit depuis longtemps d'uue manière exemplaire, surtout depuis le schisme, n'ayant jamais voulu communiquer avec l'intrus. Étant tombée malade vers la fin de l'année 1791, on la pressa beaucoup de s'adresser aux schismatiques pour se

(1) DuvAL- Jouve, Montpellier pendant la Révolution, 1. 1, p. 301

(2) On a écrit Sète et Sette avant d'adopter la nouvelle orthographe Cettc^

LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL DE l'hÉRAULT 135

confesser, vu qu'il étoit imposable aux prêtres catholiques de paroître dans celte paroisse. Ne se faisant point illusion sur la gravité de son état, elle consentit à voir le curé intrus, auquel elle fit sa confession et dont elle reçut l'absolution. Mais lorsque celui-ci voulut lui parler de l'administration des Sacrements de l'Eucharistie et de l'Extrôme-Onction, la malade lui dit : Monsieur^ je votis ai accusé mes fautes parce que je n'ai pu trouver un prêtre catholique pour nCabsoudre, Jtis^ues-là^ j'ai fait mon devoir. Vous pouvez vous retirer ; je n'ai plus besoin de vous ; vous êtes un faux pasteur^ je ne puis sans crime recevoir de vos mains les autres sacrement. L'ex-capucin se retira confus, sachant bien qu'elle avait raison; et la dame ne voulut plus le voir, ni en entendre parler, jusqu'au moment où elle rendit l'esprit, âgée d'environ 70 ans » (1).

XXVII. — « L'installation des curés constitutionnels fut une époque terrible pour le département » (2). Cet aveu officiel du Directoire du département de l'Hérault explique la rigueur des mesures militaires formidables, arrêtées dans la prévision d'un soulèvement en masse. Les craintes plus ou moins fondées en raison furent tournées en ridicule dans le peuple, et l'on vit bientôt circuler de main en main, à Montpellier, un écrit ayant pour titre « Respectueux et très sincères remerctmens adressés à Messieurs les Maire et Officiers municipaux de Montpellier^ par Messieurs les nouveaux Curés de ladite ville, le 23 mai 1791. » C'est une boutade humourislique dans laquelle on se moque spirituellement des curés et des membres de l'administration municipale. Nous en

(1) GouRGOR, Histoire manuscrite de la Révolution françoise.

(2) Compte-rendu au Conseil du département de l'Hérault par le Directoire f le 16 novembre i79i^ dans les Procès-verbaux, etc., p. 340,

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donnons le résumé d'après le manuscrit de Soulier (1).

« Messieurs, nous manquerions au devoir le plus sacré, si nous ne nous empressions de vous manifester les sentimens de reconnoissance que nous ont inspiré le jugement que vous avez rendu le 19 de ce mois, votre arrêté du 20 et l'adresse ou instruction donnés le môme jour et signés de M. le Maire. Hélas ! Messieurs, que les hommes qui se dévouent au bien public sont à plaindre ! Et comment arrive-t-il qu'avec les droits les mieux établis à l'estime et à la confiance des citojens, ils ayent tant de peine à la fixer sur eux ! (Le fait n'est pas douteux.) Les suffrages du peuple, ce peuple éclairé, à l'abri de la séduction, sage dans son choix, libre dans ses élections, nous ont appelés aux places importantes que nous occupons, et cependant, par une bizarrerie dont on ne sauroit rendre raison, à peine il nous a vus dans ces postes éminens où nous n'avons été élevés que par lui et pour lui, que ce même peuple a paru oublier le respect que nous avons droit d'exiger de lui, et dont notre installation solennelle auroit dû lui rappeler l'indispensable loi. Esclave de ses vieux préjugés, il a cru, etc.

« En suivant cette fausse idée, il a osé nous regarder comme ce disciple de Jésus-Christ dont il est dit qu'il renia son maître, et pour essayer de nous faire rétracter notre serment, il a fait retentir à nos oreilles le môme chant qui rappela à lui-même cet apôtre ^wr^wr; comme si des gens tels que nous revenoient si aisément sur leurs pas, et que tous les cocqs de la terre pussent jamais par leurs chants redoublés, nous faire repentir d'une démarche que l'amour du patriotisme, le désintéressement le plus héroïque et de profondes études théologiques nous ont commandée. Il est môme des citoyens ignorans et

(1) Recherch. hist, et chron» pour servir à l'fftsl, de Monh pellier, 1. 1, pp. 248-254,

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superstitieux qui s'obstinent à penser que n'ayant reçu notre mission que de Tautorité temporelle, et Mgr l'évoque du département et nous, nous sommes sans juridiction pour tous les objets de notre ministère qui dépendent de la juridiction de l'Eglise, etc. Nous espérons bien que le peuple s'éclairera, etc.

» Nous devons l'avouer pour votre gloire (notre confiance nous permet cette franchise et votre patriotisme ne nous permet pas de craindre que vous abusiez de notre aveu) nous devons l'avouer; nous jouons ici un triste rôle. Dans un tems où la loi rend au peuple la liberté des élections, afin qu'il puisse se donner des pasteurs dont il soit connu et qui le connoissent, nous avons été appelés pour gouverner des paroisses que nous ne connoissions pas et où nous n'étions pas connus, ou si nous l'étions, c'est sous des rapports un peu défavorables. On dit, nous le savons, que l'un de nous n'a été élu que sur la parole d'un seul électeur, et quel électeur ! Qu'un autre n'a été nommé que parce qu« les électeurs lassés du refus qu'essuyoient leurs élections, ont admis celui qu'on a voulu leur présenter; que le troisième n'a d'autre mérite que celui d'avoir fait un ouvrage pour prouver qu'il a lui seul plus de lumières que les 126 évéques de l'ancien régime, et que le quatrième, plus excusable que les trois autres, parce qu'il sait moins ce qu'on sait de lui, n'a eu d'autres titres que son serment et d'autre protection que M. l'abbé Léger. Propos indécens et sur lesquels nous savons à quoi nous en tenir ; mais ces propos couroient de bouche en bouche. Les malins (car il y en a quelquesuns dans cette ville) y ajoutaient encore des anecdotes scandaleuses sur notre compte. On disoit de l'un de nous qu'il n'est pas l'homme le plus délicat sur l'article des mœurs, que sa gouvernante et les enfans qui la suivent ont des droits trop forts à sa charité ; de l'autre qu'il est un ingrat, insuffisant, un jeune ambitieux qui fait gloire

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de mépriser ceux qu'il respectoit hier comme ses bien» faiteurs et ses maîtres ; d'un autre, qu'il esl déjà, quoique jeune, inscrit avec distinction dans la chronique des avantures secrettes et que M. l'abbé Léger voit en lui un élève qui méprise courageusement les remords de conscience. De là, on passait à nos vicaires, à ces ministres subalternes que nous avons choisis. On disoit, tantôt, que c'étoient des ignorans chassés de divers pays où ils n'avaient aucune considération ; tantôt, que c'étoient des jeunes étudians qui, ne sachant où donner de la tête, s'étoient revêtus d'une soutane et jouoient le rôle de prêtres, sans en avoir reçu le caractère. Que ne dira-t-on pas et de quel courage n'a-t-il pas fallu nous armer ? etc, » D'ailleurs nous ne pouvions que perdre dans la comparaison qu'on faisoit de nous avec les messieurs que nous remplacions, qui sont tous, dans le vrai, un peu plus respectables que nous, par leur âge et l'ancienneté de leurs services, la régularité de leurs mœurs, la légitimité incontestable de leur mission et qui, cédant à la force qui les chasse, paroissent emporter avec eux la confiance et le cœur de leurs paroissiens ; et nous l'avons bien éprouvé (vous pouvez vous-même, Messieurs, vous en souvenir), lorsque au jour de cette installation solennelle, au lieu du concours et de la foule que nous attendions de voir s'empresser sur nos pas, nous ne trouvâmes, les uns et les autres, que des rues abandonnées, un peuple qui se cachoit et sembloit craindre de nous rencontrer, et sans le zèle de quelques citoyens patriotes et de quelques dames, d'une réputation décidée, qui se rendirent dans nos églises respectives, notre cortège militaire, notre serment civique, nos discours, notre messe, tout cet appareil constitutionnel eut été en pure perte et n'eut eu pour témoins que les acteurs. — Qu'il étoit donc à propos, Messieurs, d'ordonner, comme vous venez de le faire, que nous serons respectés ! etc. Vous mortes, charmés de

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retrouver enfin la religion pure et sans tache, comme vous l'aviez si longtems désiré, vous assistez à nos grand' messes, à nos sermons, à nos vêpres. Le public qui connoit votre exactitude à observer les préceptes de la religion, votre empressement à fréquenter les sacremens, la vivacité de votre foi, votre éloignement de toute espèce de fanatisme, le désintéressement de votre zèle, la pureté irréprochable de vos mœurs, témoin aujourd'hui de votre piété édifiante et de votre assiduité dans nos temples, pourra-t-il résister à la douce persuasion de vos exemples? Bientôt, bientôt nous ne pourrons suffire à la foule qui viendra entendre nos touchantes instructions, etc. — Mais les cocqs, Messieurs (le nombre en est si grand dans la ville et les faux bourgs ! ), les cocqs continuent à chanter. Il sera bien désagréable pour nous, quand nous passerons dans les rues, d'entendre cet odieux cacaraca, et de voir les assistans rire à notre nez de cette sinistre avanture. Les moyens violons et cruels ne sont pas, nous le voyons bien, dans votre système doux et indulgent; mais enfin, si l'impérieuse nécessité des circonstances exige un peu de rigueur, un jugement de mort prononcé contre tous les cocqs ne seroit-il pas un moindre mal que ne le seroit l'outrage fait aux fonctionnaires publics par les cris insultans de cet oiseau importun? Enfin, nous croyons devoir vous dénoncer, Messieurs, un autre coupable que renferme cette ville (Qu'il en coûte à notre cœur de provoquer la sévérité de votre administration!) et d'autant plus coupable qu'il joint à l'insulte qu'il profère contre nous, l'usage d'une expression que le patriotisme a consacrée. Ce coupable c'est un perroquet dont il vous sera facile de découvrir la demeure (à la grand'rue) qui ne cesse de dire : ça ira^ ça ira^ cacaraca. Quel funeste présage ne serait-ce pas? De quelle confusion ne serions-nous pas couverts si, tandis que tous les citoyens nous respectent au milieu de nos fonctions, nous entendions cet

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indiscret régnicole entonner avec force cette insultante antienne ? Nous ne demandons pas la mort du pêcheur» mais sa conversion. Nous désirons que, par un jugement de police, son maître soit obligé de le tenir enfermé dans un appartement isolé, loin de toute cour et fenêtre, pendant le tems que vous estimerez convenable, au moins jusqu'à ce que le perroquet ait désappris set propos et ses cris insultans, ou que nous soyons arrivés à ces jours désirés de tous les bons citoyens où les propos et les cris pourront faire rire tous les assistans, sans excepter même les ministres de la religion chrétienne I »

XXVIII. — Ces jours désirés où l'on pourrait penser à rire étaient pourtant encore cachés par de sombres nuages. A la suite des di.<«positions arrêtées par le directoire du département, plusieurs prêtres insermentés se virent dénoncer à l'accusateur public prés le district de Montpellier, comme ennemis de la Constitution et perturbateurs de la tranquillité publique « pour le procès leur être fait et parfait suivant la rigueur des lois et pour montrer à tous les ecclésiastiques réfractaires qui seraient tentés d'imiter leur exemple, avec quelle vigilance les Corps administratifs poursuivront et feront punir de tels désordres » (1).

En effet, sur une lettre écrite par les officiers municipaux de Poussan, au procureur-syndic du district de Montpellier (21 mars), le Directoire du département dénonça « comme ennemis de la Constitution et perturbateurs de la tranquillité publique » quatre prêtres, savoir : Martiny, curé de Poussan ; Belleville, curé de Triadou ; Poînsard, curé de Sainte-Croix, et Baissade, cui'é de Saint-Georges. On leur reprochait tout d'abord le refus du serment et puis « de se livrer à des déclamations sédi-

(1) Proclamalion du Direct, du Département, - 18 mars 1791,

lieuses, outrageantes pour la religion et la patrie, dans lesquelles ils ne gardaient ni mesures ni bienséances, prêchant la désobéissance et la révolte » (1).

On ne s'en tint pas là ; le district du département envoya une adresse au roi (27 avril), afin de se plaindre de la résistance qu'il éprouvait de la part du clergé, pour lequel il n'y avait d'évôque légitime que M. de Malide.

(1) Arch. de THéraull, Arrêié du bireci. du Département ; 23 mars 1791.

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