DISPOSITIONS A FAIRE POUR LA PROCLAMATION DE L'ÉVÊQUE
ÉLu DU DÉPARTEMENT. — Vu la délibération du Corps élec-
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topal, la réquisition faite en conséquence au sieur Poujol, curé de Saint-Pierre et sa réponse; Ouï le Procureur-général-syndic; Le Directoire arrête que M. le Procureur général syndic requerra de nouveau ledit S^ Poujol, et ses Ticaires en sa personne, de se trouver à la cérémonie de la Proclamation de TEvéque, laquelle doit avoir lieu demain à 11 heures du matin, avant la messe solennelle qui sera célébrée à ce sujet ; lui déclarant qu'il sera procédé à ladite Proclamation tant en sa présence qu'en son absence. Arrête en outre que ledit curé fera ouvrir demain, huit heures du matin, la sacristie de son Église à l'effet, par le sacristain de ladite Église, de remettre les vases sacrés, ornemens et autres choses nécessaires à la solennité de la cérémonie; l'exécution de la présente disposition et de tous les autres objets accessoires demeurant confiée à la Municipalité par suite de la délégation qu'elle a déjà reçue, auquel effet M. le Procureur-général- Syndic donnera incessamment connoissance du présent AiTêté à la Municipalité. »
Le môme jour le Procureur transmettait au Corps municipal l'Arrêté du Directoire, accompagnant son envoi de ces quelques mots :
« Messieurs, j'ai l'honneur de vous prier, en vertu de la délégation qui vous a été faite par le Directoire, de faire préparer l'église paroissiale Saint-Pierre pour demain à 10 heures du matin; de faire toutes les réquisitions nécessaires pour le maintien de la tranquillité publique et do faire annoncer au peuple ladite Proclamation qui aura lieu à 11 heures précises. J'ai pris les mesures nécessaires vis-à-vis M. le Curé de Saint-Pierre; j'attends sa réponse pour agir en conséquence de son acceptation ou du refus qu'il pourroit faire. »
A défaut du Curé qui, paraît-il, fit la sourde oreille, le sacristain répondit au Procureur-général, le matin même
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de la cérémonie, par ce billet peu enveloppé de formes épîstolaires :
€ 3 mars 1791.
« Avant 11 heures, tout ce que vous demandés sera préparé.
a Pons, prêtre. »
Le sacristain signait en ajoutant à son nom la qualité de prêtre; il Tétait en effet; mais il refusa le serment et déclara ne plus vouloir servir.
VI. — Jeudi 3 mars, 10 h. du m. Au moment où le corps électoral entre en séance, les préparatifs sont terminés à la cathédrale. Le président donne lecture d'une lettre de Pondérons contenant son acceptation et annonce sa prochaine arrivée. Une commission de 24 membres est nommée « pour lui faire cortège... Elle sort, suivie de tous les ecclésiastiques-électeurs. Une députatîon du Club des Amis de la Constitution et de l'Egalité, se présente, et Chauvet, son président, adresse à l'Assemblée un discours de félicitations dont voici la partie afi*érente à la personne de Tévéque-élu :
« Vous venez de donner, Messieurs, dans cette circonstance particulière, la preuve la plus éclatante de votre zèle pour le bien public ; vous avez placé sur le siège épiscopal un Pasteur vénérable dont les vertus chrétiennes, morales et patriotiques nous sont un sûr garant d'une prochaine tranquillité; la voix de la religion, qu'il saura faire entendre, étouffera les clameurs du fanatisme, et la lumière de l'Evangile dissipera sans peine les ténèbres de l'erreur. »
VIL — Au nom de l'Assemblée électorale, le président remercie la société de son patriotisme ardent et éclairé, et l'invite à demeurer pour assister ô la proclamation. A ce moment un des commissaires -députés annonce que
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l'Evêque-élu entre dans le palais épiscopal, après avoir reçu sur son passage les marques de la sympathie du peuple. Le président nomme une commission de six membres pour aller au devant du prélat. Celui-ci, accompagné du président du département» entre et est complimenté en ces termes par le président Duffours :
« Monsieur, c'est à vos vertus seules que vous devez la place importante à laquelle vous êtes appelé par la voix du Peuple ; c'est sur vous que sont fondées toutes nos espérances. Elles ne seront point trompées ; une piété fervente qui vous a distingué dès votre plus tendre enfance, un zèle toujours croissant pendant près de 40 années d'un ministère apostolique ; des principes purs et soutenus avec cette efiScacité de la parole que vous tenez de la sainteté de votre caractère et de la vie exemplaire dont vous l'avez honoré ; nous sont de sûrs garans que nous nous sommes donnés le Pasteur le plus capable de justifier le droit de l'élection que nos sup^rômes législateurs nous ont restitué : ce droit fait votre gloire, et vous serez notre consolation. »
VIII. — L'évoque répond : « Monsieur, les sentimens que vous voulez bien me prêter ne sont pas étrangers à mon cœur: je les y trouve par la grâce de Dieu; mais combien suis-je pénétré de reconnoissance de ce que vous voulez les reconnoître dans ce moment si solennel, en présence de cette Assemblée nombreuse, où je me vois entouré de citoyens de tous les âges et de toutes les classes que renferme une grande Cité. Que les Peuples sont heureux. Messieurs, quand ceux qu'ils ont mis à leur tête inspirent, par leurs paroles et leurs exemples, l'aflection et l'estime pour leurs Pasteurs, et le respect pour toutes les lois divines et humaines, dont nous sommes obligés de leur prêcher l'observation. Ces lois ont la même origine et tendent au même but ; quand elles sont
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bien entendues, Jamais elles ne se combattent; aussi dois-je être attentif à les faire marcher ensemble, dans la vue de former de tout mon pouvoir, dans tous ceux qui vont ôtre confiés à mes soins, des Citoyens fidèles et des Chrétiens fervens. Tout m'annonce dans ce peuple bienaimé, que je ne travaillerai pas en vain. Il me semble voir dans ce moment les dispositions les plus favorables à mes désirs et à leur bonheur. Puisse-t-il, ce peuple chéri, ne prêter jamais l'oreille à Terreur et à la séduction des aveugles réfraclaires à la loi ! Puisse-t-il ne jamais cesser d'être fidèle à la puissance légitime qui vient de Dieu ! C'est à quoi je l'exhorterai sans cesse pour son bonheur et son salut, auquel je me dévoue, dès ce moment, jusqu'au dernier de mes jours. Daigne le Seigneur, l'auteur de tout bien, bénir mes vœux ardens et les travaux pénibles auxquels il me tardera de pouvoir me livrer, avec toute l'ardeur et la persévérance dont je pourrai être capable, par le secours de Celui qui se sert des plus vils instrumens pour opérer le bien. »
IX. — Deux des commissaires annoncent que tout est prêt pour la cérémonie de la proclamation. L'Assemblée délibère de se rendre de suite à l'église paroissiale Saint- Pierre ; ayant à sa tête son président, l'évêque-élu, et le président du département, suivis du secrétaire, des scrutateurs et des électeurs, marchant deux à deux. Le cortège n'était pas encore sorti de la salle des séances, lorsque les juges du district et le commissaire du roi arrivent pour complimenter le prélat. Ces magistrats se réunissent au corps électoral, qui continue sa marche, au milieu des troupes du centre et de la ligne. La foule se presse, les cloches sonnent, les tambours battent aux champs, le grand jeu de l'orgue annonce l'entrée dans l'église de l'élu du peuple. Le président et l'évêque prennent place chacun dans un fauteuil, en dessous de la Sainte Table,
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entourés du secrétaire et des scinitateurs. Puis, le président se lève et prend la parole.
«... La loi souveraine, dit-il, formée par la seule volonté de 25 millions de François nous a réintégré dans le droit primitif d'élire nos Pasteurs... Il vous est restitué et nous venons de l'exercer en votre nom. Notre conscience nous garantit que nous ne l'avons exercé qu'avec le désir le plus ardent de désigner un Evoque selon le cœur de Dieu, capable, par sa piété, par sa doctrine, et surtout par sa charité, vertu de toutes les vertus chrétiennes la plus recommandable, d'éclairer et de soutenir votre foi dans ces temps difficiles. Ce n'est pas dans des Palais, ce n'est pas parmi les rejetons de ces familles, qu'un préjugé anéanti faisoit passer pour illustres ; ce n'est pas à des signes extérieurs de richesse, de grandeur mondaine, que nous avons reconnu celui que la Providence nous destinoit. Nous avons rejeté loin de nous toutes les considérations humaines, étouffé tous les regrets, toutes les affections particulières, et Dieu, que nous avions sincèrement invoqué, nous a montré le premier Pasteur que nous cherchions, dans un Prêtre plus que sexagénaire, dans un curé vénérable, que quarante années d'un ministère apostolique, ont rendu dans nos contrées un objet de vénération.
» Cependant, Citoyens, ne confondez pas l'élection que nous avons faite, et la proclamation qui va la suivre, avec l'institution canonique de l'Evéque. Que toutes les erreurs, que toutes les équivoques disparoissent devant la précision à la pureté de la loi à laquelle nous obéissons. Le droit dans lequel l'Assemblée nationale nous a réintégré ne consiste qu'à choisir, qu'à présenter le Pasteur, que nous croyons le plus digne. Notre choix ne peut porter que sur des Prêtres en fonctions publiques, au moins depuis cinq années; ces Prêtres ont déjà le caractère spii'ituel requis, et l'aptitude ù recevoir un accroissement
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de puissance spirituelle ; cet accroissement, ce n'est pas nous qui le donnons, c'est TEglise ; c'est un Evoque qui l'approuvera, qui lui donnera l'institution canonique; c'est un Evoque qui le consacrera, et ce ne sera que par cette approbation, cette institution, cette consécration que de notre élection sortira son plein eflet ; mais, que fais-je, Citoyens ; ce n'est pas à moi de vous instruire; mon zèle pourroit m'égarer. C'est à ce digne Pastem», c'est aux coopérateurs de son saint ministère qu'il appartient de dissiper les préjugés et les erreurs dont nous sommes malheureusement environnés.
» La présence de ce pasteur vénérable, le respect qu'elle inspire me réduisent à ces dernières paroles ; voyez-le, entendez-le, et jugez si vos Représentans ont trahi la confiance dont vous les avez honorés. — En exécution de la loi, et au nom de l'Assemblée électorale, je proclame M. Dominique Pouderous, curé de Saint-Pons de Thomières, Evêque-élu du département de l'Hérault. »
D'après le Procès-verbal officiel, le Peuple répond à cette proclamation par le cri redoublé de « Vive l'Evêque du département de l'Hérault ». La messe est ensuite solennellement célébrée par l'Evêque-élu, avec Prêtre assistant, Diacre et Sous-Diacre assermentés ; exécutée par les Chantres et musiciens ordinaires de la paroisse, suivie du Te Deum et de la prière Domine Salvam fac Oentem- Legem-Regem^ etc. L'Evêque constitutionnel est reconduit chez lui par les électeurs dans le même ordre qu'en venant à l'église.
X. — Pendant que les électeurs étaient réunis à Montpellier pour le choix de l'évêque du département, un curé du district de Saint-Pons fit à ses paroissiens une instruction vraiment curieuse sur le serment civique. Son but était de leur en montrer la légitimité et de les entraîner à le prêter à son exemple. Pour mieux être
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compris de ses auditeurs, il emprunta leur langage des montagnes (1).
(1) « Nanti Nani I L'Assemblado bol pas deitruiré la Religtu / » Et il prend la défense des décrets de TAssemblée nationale, expliquant à sa manière les difficultés et réfutant les objections. Il suffira de donner une idée de la façon dont il traite son sujet.
a L'Assemblado supprima d'aàesquals, de paroissos ! — Lou grand mal ! Pourbu que lous supprimé pas toutes, et que lous que restaran siogoun pas trop grands! — Lous chapitres sount iabés supprimais /... — £h ! perqué nou ? Un habile jardinié nous coupo-ti pas, sans misericordo, aquelos brancos gourmandos que al loc dé porta dé fruit, espuisa Faubré ? — ^co ero lou consél de l'abesqué /... — Lou bel consél, Moun Dius I... Lous noubels abesques n'auran un consél ; oui ! n'auran un, i sera sigur millou courapausat... de bieilléscurats qu'auran fà sas probos, de matadors esclairats ! — Autre crime! Lous moungés so7il destruits /... — Oui, sans doute, la soun et despei long-temps Tauriou dégut estré... Perqué counserba d'homes que n'éroun pas bous à rés ! — Las noubellos éleclius séran pas bounos /... — Perqué ? Percé que seran failos per lou poplé ? Mé acor'àtal que se fasion autros fés... — Quno loungo déclamatiu ! Finiguen-lo é rebenguen bite à la causo essenciello, à la prestatiu del sermen. Tant d'autres infiniment pus esclairats que yeu l'an déjà prestat. L'unÎTersitat de Paris, la première escolo del moundé; un cardinal; cinq ou seis autres abesques; lous pus respectables curats de Paris é des départomens; lou de Saint-Pous, aquel home dount las lumièros é las bertus ounouraran la soutano biulélo (car se Dius yé douno bido la pourtara un jour.) £h bé ! Toutes aquélés homes l'an déjà prestat. Qui m'empatchario dé ségui soun exemple ? — JuRi DOUN etc.
» Finiguen ; mes pulèou que me siogué permés de bous adressa uno priero; soun oubjet es intéressent é soui déjà persuadât que rafusarés pas dé faire ce que me resto à bous demanda : en quatre mots m'en bau bous dire de que s'agis* Persuadât sans doutté, dé l'insuffîsenço dé las forços per goubcrna, comme cal, toutes lous fidèles del départomen, moussu l'abesqué de Besiès bol pas se carga d'un fardèou tant redoutable ; se démet dounc de sa plaço, et lous électous des difiërens districts soun déjà assemblats à Mounpélier per nouma un noubel abesque. Sur quai toumbara lou chois ? Noun saben pas rés, sans doutté, noun pouden même pas rés saupré : tout ce que saben, tout ce que pouden counjectura, qu'aco nou sera que sur un sutchet déjà counescut, é per soun patriotimé é per sas autros bertuts. Ount es aquel home ? Ah I Demanden à Dius que lou descoubrigué à nostrés électous ; demanden yé que yé mostré, al det^
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XL — Bien qu'informé de la nomination anti-canonique de Pouderous comme ôvêque du département de l'Hérault, M. de Nicolay n'en continua pas moins à résider à Béziers, où il vivait entouré des sympathies de la population catholique, et considéré encore en qualité d'évêque de Béziers par les membres du corps municipal. Une délibération du 3 avril 1791, donne de ce fait une preuve non équivoque. Ils adressèrent en effet ce même jour au prélat la supplique suivante :
« Monseigneur,
» Le Maire et les officiers municipaux de la commune de Béziers vous remontrent que, depuis un temps immémorial, il se fait, le dimanche de la Passion, une procession composée de tous les corps réguliers et séculiers de la ville, où assistent les maire et officiers municipaux portant le dais, et M. l'Evéque portant dans l'église des R. P. Dominicains le S. Sacrement qui y restait exposé pendant trois semaines consécutives, nonobstant la circonstance des offices lugubres de la Semaine Sainte. Dans ces derniers temps, l'exposition du S. Sacrement a été réduite à trois jours consécutifs seulement.
)) Suivant une pieuse et ancienne tradition, une calamité publique détermina originairement les consuls à mettre solennellement la ville sous la protection du Tout-Puissant, et pour rendre immortel le souvenir de ses miséricordes, on établit dans l'église des Frères Prêcheurs le terme d'une procession générale qui devint encore plus célèbre en l'année 1552, par l'induit qu'on obtint du Saint-Siège.
lou dinné prélat que nous a causit et même é que nous dèu conduis! an'el. »
(Imtrucsiu d'un Capéla de mountagno, al dislric de Saint-Ponst pronounsado lou 27 febrié à Voucasiu de soun sermen cibigue, Béziers, Odezenne, - Imprimé à la suite de la Lelire d'un vicaire du district de Saint^Pom sur la Couslitulion civile du Clergé 1791.)
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» Cette procession est la procession de la ville ; on en Ure la preuve de cette tradition qui a passé de bouche en bouche, depuis des siècles, et de quelques circonstances qui en fournissent des présomptions manifestes. Elle a toujours été composée du clergé séculier et régulier, de tout le corps de ville et des corps de justice ; ce qui justifie qu'elle n'a été établie que pour des raisons communes à tous les citoyens dans une calamité publique, et qu'elle n'a pu devenir aussi stable et aussi solennelle que par une autorité publique qui l'a demandée dans l'origine et l'a confirmée dans la suite des temps.
» Cette procession a toujours été dans le cœur des citoyens, tellement qu'en l'année 1552, le chapitre calhédral s'étant efforcé de la supprimer, les consuls requirent juridiquement de la faire, en vertu de l'induit obtenu par les Jacobins de cette ville, en ladite année, et de porter le Très Saint-Sacrement dans l'église desdits frères Jacobins. En conséquence, le chapitre cathédral, assemblé le samedi, deuxième jour du mois d'avril de ladite année 1552, délibéra de faire le lendemain la procession ordinaire, en laquelle se portait le Corpus Domini, Depuis celte époque, la même procession n'a pas discontinué d'avoir lieu, toutes les années, jusqu'à ce jour.
» Comme les religieux Jacobins sont supprimés, et que leur église va être également supprimée, les citoyens de Béziers, toujours zélés et toujours attachés aux pieuses fondations de leurs pères, décident de continuer le vœu et la procession d'usage le dimanche de la Passion.
» A ces causes, ils vous supplient, Monseigneur, de transférer ledit vœu et ladite procession dans l'église paroissiale Sainte-Madelaine, où le Saint-Sacrement sera porté et demeurera exposé pendant trois jours consécutifs, pour y donner la bénédiction pendant ces trois jours; comme aussi permettre aux cinq confréries de Pénitents de cette ville d'assister à ladite procession, de
Hisi. R«UG. DB l'Uéhàult. — T. II. 6
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même que la confrérie des Pèlerins, lesquels n'ont point assisté jusqu'à ce jour, parce que leur établissement dans la ville est infiniment postérieur à l'époque du vœu et de la procession en question et que dans les circonstances actuelles, ils suppléeront au défaut du clergé régulier qui se trouve absolument supprimé dans la ville. » (1)
XII. — L'Ordonnance suivante répondit bientôt à cette supplique.
« Aymard-Claude de Nicolay, etc.
» Vu la requrête â nous présentée par MM. le Maire et Officiei's municipaux de cette ville, tendant à ce qu'il nous plaise ordonner que la procession qui se fait annuellement depuis un t^mps immémorial, de l'église cathédrale à celle des Frères Prêcheurs, le dimanche de la Passion, soit faite à l'avenir, de ladite église cathédrale à celle de Sainte-Madeleine ; que le Saint-Sacrement que l'on porte à cette procession y soit déposé et qu'on y donne la bénédiction pendant trois joui-s consécutifs, conformément à ce qui s'est pratiqué jusqu'à présent, dans ladite église des Frères Prêcheurs ; ladite requête tendant encore à nous supplier de permettre aux compagnies des Pénitents et à la confrérie des Pèlerins d'assister à ladite procession ; vu aussi l'extrait conforme de la délibération du Chapitre cathédral, relative à cet objet, du 2 avril 1552; une ordonnance de M. l'Intendant du 20 janvier 1750, rendue sur une requête desdits Frères Prêcheurs; l'extrait de la délibération du conseil de la communauté sur le même objet du 22 février de la même année :
» Nous dit, évêque de Béziers, avons ordonné et ordonnons qiie la procession générale qui se fait annuellement.
{{) Arch. iniinicip. de Béziers, Heg. des Délit., - 3 avril 1791.
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le dimanche de la Passion, sera faite à ravenir et à commencer de cette année, de l'église cathédrale à celle de Sainte-Madeleine, où Ton se rendra par la rue de la Notairie, la place aux Herbes, celle de la Fontaine, la rue Française, celle de la Madeleine et par la porte de ladite église qui est auprès des Pénitents noirs ; que le Saint-Sacrement sera déposé dans ladite église et qu'on y donnera la bénédiction pendant trois jours consécutifs, conformément à ce qui a été pratiqué dans l'église des Frères Prêcheurs ; permettons aux Compagnies et à la confrérie des Pèlerins d'assister à ladite procession, les exhortant, ainsi que tous les autres fidèles d'apporter à cette religieuse cérémonie les sentiments de foi et de piété capables de remplir l'objet que ce sont proposé ceux qui en ont été les premiers instituteurs.
» Donné à Béziers, sous notre seing, le contre-seing de notre secrétaire, le septième avril 1791.
» Aymarb, évéque de Béziers. »
' M. de Nicolay présida la procession demandée et porta le Saint-Sacrement à la Madeleine, l'église des Dominicains où il était d'usage de le déposer, étant fermée. Mais ce fut son dernier acte public d'administration (1).
XllI. — Pouderous, malgré ses soixante et dix ans (1), était parti pour Paris aussitôt après son élection allant chercher un évoque disposé à procéder à son sacre. Les administrateurs du département regrettèrent ce malencontreux départ qui les privait de l'homme de leur choix, dans une circonstance grave. On avait à chanter un Te Deum d'actions de grâces, plus officielles que dévotes.
(i) DcRAJfD, Hist. de Béziers, - 8 avril 1791.
(i) Suivant une note écrite de sa main, il était né le 2:2 juillet l72i, jour de Sainte-Madeleine.
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à Toccasion du rétablissement de la santé du Roi. Aucun ecclésiastique n'étant en position de prendre l'iniliative de pareille cérémonie, nos laïques, habitués à mettre la main à l'encensoir, ne se trouvèrent pas embarrassés pour si peu, et le Directoire de l'Hérault se chargea de lancer les invitations. Tout le personnel administratif du département de l'Hérault se rendit à Saint-Pierre et assista fort exactement aux prières demandées par l'Assemblée nationale le 27 mars 1791 (1).
Les Amis de la Constitution et de r Egalité^ de Montpellier, tout comme les Amis de la Constitution et de la Libertéy de Béziers, étaient aussi quelque peu dévots, dévots à leurs heures et quand les circonstances demandaient une manifestation religieuse. Leur piété se tenait au niveau du mouvement général et oflîciel. Dans les départements, d'après l'exemple venu de Paris, on avait fait célébrer beaucoup de messes constitutionnelles pour l'ame de Mirabeau, mort en païen, le 2 avril 1791 (2).
A Montpellier, l'initiative de cet acte de religion avait été prise par la Société ou Club des Amis de la Constitution et de VEgalitc. C'est par elle que la municipalité fut invitée à assister à un service solennel, célébré le 16 avril, dans l'église du Collège. Les membres du corps de ville, aussi pieux que les clubistes, se rendirent tous ensemble, comme de juste, à la cérémonie, accompagnés d'une garde d'honneur (3).
(1) Arcli. munie, do Montpellier, lleg, des Dèlib., 1701, p. 188.
(2) Ces messes conslilutionnelles donnôrenl lieu à I*épigramme suivante :
En tapinois, jo ris tout I)as, Quand je vois tout ce qui s*ompresse D'aller, sans y croire à la messe, Pour un mort qui n'y croyait ]>as.
(3) Arch. munirip. do Monlp<3llier, liey. des Déliber,; - 10 avril 171)1, p. ^23 i.
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XIV. — Ces manifestations, où il y 3vait plus de religiosité que de religion, ne trompaient personne; les ecclésiastiques moins encore que les laïques. De tous les points du département de l'Hérault surgirent d'énergiques protestations contre la Constitution prétendue civile du Clergé. Citons en particulier celle du clergé de Béziers, à laquelle s'associèrent beaucoup de fidèles, puisque elle était revêtue de plus de quatre cents signatures. Elle fut adressée le 3 avril 1791 à l'Assemblée nationale et mérite une mention spéciale. Nous la résumons.
« Messieurs, nous venons déposer dans vos cœurs paternels les inquiétudes que nous cause votre décret sur la Constitution civile du Clergé. Les suites qu'elle peut avoir nous effrayent. On ne cesse de nous dire qu'elle ne touche pas au spirituel et qu'elle ne tend qu'à faire fleurir la Religion catholique. Nous avouerons que jusqu'ici nous n'avons pu nous en convaincre, et tout le monde ici partage notre manière de voir. La nation, en qui réside la souveraineté, a paru approuver, tantôt par son silence, tantôt par les adresses de différentes communes, tous vos précédents décrets. Elle ne paraît pas aujourd'hui adhérer à celui sur la Constitution civile du Clergé, ni à ceux qui en ont été la suite; elle semble au contraire, les improuver. Alors, vous qui ne faites qu'exercer ses pouvoirs, vous qui ne devez faire que ce qu'elle croit lui être avantageux, ne devez-vous pas les rétracter ces décrets qui lui causent tant de sollicitude ? Si vous doutez de ses intentions, à cet égard, suspendez leur exécution ; consultez ce peuple fier, bon et généreux, qui vous fera connaître ses vues. C'est ainsi que dans les situations diflSciles, dans les circonstances critiques et embarrassantes, doit agir tout mandataire. En qualité de citoyens et de citoyens actifs, nous vous prions d'ordonner que toutes les communes du royaume s'assembleront Incessamment dans leurs municipalités respectives pour
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prononcer sur le sort de cette nouvelle Constitution du Clergé (1). »
XV. — De tous les points de la France, leg évôques-élus du suffrage soi-disant populaire, s'étaient comme donné le mot pour aller chercher des consécrateurs bénévoles, agissant en dépit de toutes les règles du droit et de la justice. Ils savaient qu'ils en trouveraient en nombre suffisant. En effet, Pondérons se rencontra dans la capitale avec quatorze autres néo-prélats, issus également du vote et venus dans la môme intention que lui. Son sacre eut lieu le 3 avril 1791, 4« dimanche de carême, dans l'église Notre-Dame.
Pendant ce temps, les administrateurs du département de l'Hérault, du district et de la commune de Montpellier, commençaient à se préoccuper des préparatifs de la réception officielle dont on voulait honorer le pontifecivil. On prenait les dispositions et on donnait les ordres les plus extraordinaires. On mit sur pied tout ce qu'on avait de forces militaires, et le déploiement des troupes fut si considérable qu'il valut au prélat le surnom i*Evéqtie des Baïonnettes, sous laquelle il est encore désigné dans le peuple.
Si les baïonnettes devaient scintiller au soleil pour intimider les masses, toutes les cloches de la ville, grandes et petites, avaient mission de les étourdir en signe de joie. A un signal donné, toutes devaient être mises en branle : ce signal convenu était un coup de canon. Et afin que personne ne pût prétexter ignorance, le procureur de la commune avait adressé une lettre-circulaire à tous les curés de la ville (Saint-Pierre, Notre-Dame, Saint-Denis, Sainte-Anne), à tous les supérieurs de couvents d'hommes (Capucins, Augustins, Dominicains, Gar-
(1) A. DuiUNPy Hist. rel. elpoL de Béziers, p. 73,
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mes déchaussés, Grands-Carmes, Cordeliers, Trinitaires, Récollets, La Mercy); à toutes les communautés de femmes (Visitation, Refuge, Providence, Sainte-Ursule, Sainte-Catherine, Saint-Charles, Sœurs Noires, le Vignogoul) ; et à toutes les confréries (Pénitents blancs, Pénitents bleus. Artisans, etc.), leur demandant un accusé de réception, avec promesse de se conformer aux prescriptions municipales.
Les réponses ne se ressemblaient pas et pouvaient être rangées en deux catégories; les unes promettaient de suivre les instructions données, les autres se taisaient absolument sur ce point ; celle du curé de Notre-Dame, l'abbé Castan, un peu sèche, disait : <c Les cloches de Notre-Dame ne sont pas à ma disposition; MM. les Marguilliers ont seuls le droit de les faire sonner » (1).
La vraie prise de possession devait être effectuée à l'ancienne cathédrale Saint-Pierre, par une messe célébrée avec grand fracas constitutionnel par Tévêque du département, en présence des autorités et des fonctionnaii'es. Malgré la tension des rapports entre l'abbé Poujol et le Corps municipal, on voulut s'assurer de son concours ou tout au moins de son consentement pour la cérémonie qu'on voulait accomplir dans son église. On lui écrivit donc dans ce sens. Il répondit au Procureur de la Commune et au Corps municipal :
« Messieurs, je ne dois ni ne puis en conscience concourir à la célébration de la messe dont vous me parlés. Les sentimens que je vous ai manifestés dans ma lettre du 26 février sont toujours les mêmes.
» PoujOL, Curé de Saint-Pierre.
» Ce 10« avril 1791 » (2).
(4) Lettre du i3 avril 1791, F, 5, a.
(2) Arch. municip. F» 5» a«
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XVI. — Néanmoins Tévôque-assermenlé fit son entrée dans le diocèse au jour convenu, 15 avril, vendredi de la Passion, fêle de Notre-Dame des Sept-Douleurs. L'abbé Coustou devait prêcher ce jour-là dans l'église Saint- Denis, dont il était vicaire. Il le fît avec émotion et parla des douleurs de Marie au pied de la Croix ; puis, s'abandonnant à la sensibilité, il compatit aux douleurs de l'église, à la vue du tinomphe de ses ennemis et des maux dont elle était menacée (1).
Les corps administratifs, la garde nationale, la gendarmerie, ainsi qu'une députation de « dames patriotes » furent l'attendre au faubourg de Nîmes et raccompagnèrent chez M. Barthélémy, rue de V Ancien-Courrier, où il devait descendre. Tout ce concours fut insuffisant pour le faire accepter par la population qui, dans son rude langage, disait et répétait ce jour-là (et plus tard dans toutes les occasions, de manière à être entendu de lui) :
PovderoicSf Pondérons I Aben un Ehesque, N^en houlen pas dous I
Brisé de fatigue et sans doute aussi d'émotions et de remords, le prélat-jureur se retira chez un de ses amis, M. Barthélémy, dont la maison (récemment occupée par M. de Vallat, bienfaiteur de notre Musée), était située dans la rue de Y Ancien-Courrier^ en face de la Descente Joubert; maison fort reconnaissable encore aujourd'hui aux barreaux de fer dont sont protégées les fenêtres du rez-de-chaussée; elle porte le n^ 13.
Pendant la nuit du 15 au 16 avril, malgré la surveillance de la police et de la garde urbaine, des inconnus attachèrent, aux barreaux du rez-de-chaussée, une de ces potences mobiles dont se servent les scieurs de long
(1) CoDSTOU, Autobiographie, à la date du 15 avril 1791.
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pour tenir à une certaine hauteur les poutres et autres grosses pièces de bois destinées à être divisées dans le sens de leur longueur. A cette potence, ils fixèrent par un bout de ficelle un carton sur lequel l'évoque Pouderous, avec tricorne, soutane, rabbat, rochet, camail et croix épiscopale était représenté pendu par le cou, avec ces inscriptions :
En haut : L'Ebesqué de las Bayonnettas.
A droite : Per tus coumensan et sic de aliis. A gauche : Tout passan en efflchie te penchan, Et à Béziès t'estranglaran.
Au bat : Ça ira, Foutre !
Le verso du carton était aussi garni d'inscriptions, écrites en grosses lettres :
Cy pend, de l'autre côté.
Un vieux coquin de Curé, Que l'ambition pure domine ; Vous, qu'un tel dessein illumine, Jureurs, d'un tel avis profites; Tout serment cito rétractés. Amen.
Don pleus on en sacrera, Don pleus on en pendra.
Comme trait final, et par une contre vérité palpable, l'auteur anonyme de la représentation burlesque et méchante signait : Cambon et fih, fecit delineavit.
Vers 4 h. et demie du matin, le jour commençant à paraître, deux individus se dirigeant vers la rue de Y Ancien Courrier par la Descente Joubert découvrirent le corps du délit « et saisis d'horreur a la vue d'un pareil spectacle » portèrent au poste de la maison commune la potence, le carton et môme la ficelle. Procès-verbal fut aussitôt dressé, et, sur la délibération du Conseil municipal convoqué à cet efi'et, une commission fut désignée pour faire une
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enquête. Les recherches étant demeurées infructueuses, les deux commissaires : Lafabrie, Officier municipal et Fargeon, Procureur de la commune de Montpellier, durent se borner à constater le fait, à écrire chacun sur les deux côtés du carton : « Ne varietur.Io 16 avril 1791. » La potence a disparu, et a fini sans doute par passer dans quelque cheminée plus ou moins officielle. Quant au carton, pièce principale au procès, il a été déposé aux Archives de notre ville; c'est là que nous avons eu la bonne chance de le trouver (1).
XVn. — Nous avons vu le zèle déployé par l'ancien curé d'Argelliei's (2), zèle qui lui valut d'être pendant quelques jours président de l'Assemblée Constituante. Son ardeur à propager les idées nouvelles méritait récompense. Talleyrand, ayant donné sa démission d'évôque d'Autun, en janvier 1791, les électeurs du département de SaÔne-et-Loire se réunirent à Mâcon dès les premiei*s jours de février, et, à l'instigation sans doute du démissionnaire, choisirent Jean-Louis Gouttes pour lui succéder. Celui-ci se hâta de (aire connaître son acceptation à ses nouveaux diocésains et, avant même son sacre, il
(1) V. aux Pièces justificatives, n» L
(2) A la page 197 de notre tome !« nous ayons écrit cette phrase : « On ignore comment il devint curé d'Agelliers, paroisse qui tout en étant voisine du diocèse de Béziers, appartenait au diocèse de Montpellier ». — Nous avons voulu nous éclairer i ce sujet et nous avons facilement trouvé la cause de notre embarras. Il y a deux localités du nom d'Argelliers ; l'une dans le canton d'Aniane (Hérault), qui faisait autrefois, comme aujoiu*d'hui, partie du diocèse de Montpellier ; l'autre dans le canton de Ginestas (Aude), comprise jadis dans Tarchidiocèse de Narbonne et maintenant dans le diocèse de Carcassonne. Cette dernière, située à une vingtaine de kilomètres de Béziers, dépendait avant la Révolution de la sénéchaussée de Béziers, et c'est pour ce motif que l'abbé Gouttes fît partie de l'Assemblée de l'ordre du clergé, dans laquelle il fut délégué aux Etats généraux pour y remplir les fonctions de député.
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chercha à organiser le schisme. Des épigrammes et des chansons répondirent à ces premiers actes.
Qu'on nomme un prêtre renégat Après un évéque apostat ; Je n'y vois rien à dire.
Devant cette opposition des fidèles catholiques, il ne voulut rien brusquer, et dans une lettre qu'il écrivit, le l»' mars 1791, au Comité du District de Mâcon, il recommanda d'user de ménagements à Tégard des prêtres qui refusaient le serment; de ne pas les remplacer et d'attendre un peu, ne voulant pas avoir « la douleur de voir déplacer des curés chéiis de leurs paroisses et dignes de l'être ». En effet ces ménagements s'imposaient, aucun ecclésiastique fonctionnaire public de Mâcon n'ayant consenti à prêter le serment demandé. Gouttes informé de ce fait, écrivit de nouveau que tout ce qu'on lui annonçait l'affligeait et doublait son désir de se rendre au plus tôt à Autun, mais qu'il était arrêté par les retards qu'éprouvait son sacre. En attendant, il envoyait mille exemplaires de sa lettre-circulaire, bien propre, croyaitil, à ramener les prêtres récalcitrants. Hélas ! les arguments de l'intrus n'étaient pas aussi péreraptoires qu'ij le pensait; on le lui fit bien voir. Ses circulaires, son apologétique en particulier, furent victorieusement réfutés par une longue lettre intitulée : « Lettre de plusieurs Curés du Département de Saone-ei-Loif-e » et par une autre signée de plusieurs prêtres du diocèse de Mâcon. Il fut enfin sacré, à Paris, le 3 avril, 4« dimanche du Carême, par Talleyrand, c'est-à-dire le môme jour que Pouderous. Le jeudi, 7 avril, il arrivait à Autun et était installé le dimanche de la Passion 10 avril, après avoir au préalable prêté serment, à la cathédrale, en présence de la municipalité. Une de ses premières visites fut au Grand-Séminaire. Il s'y présenta suivi de quelques-uns de ses vicaires épiscopaux et d'un détachement de la Garde nationale.
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Le supérieur de la maison étant venu le recevoir, Gouttes lui dit : « Monsieur le Supérieur, je sais que Tusage est de commencer la visite du séminaire par celle du Très Saint-Sacrement. — « Vous ne le trouverez plus. » — « Vous me traitez en ennemi », répondit l'intrus.
Bien que la grande majorité du clergé Aulunois fut demeurée fidèle à sa foi, un certain nombre de défections se produisirent après l'arrivée de l'évoque constitutionnel, qui reçut un accueil empressé de la part des comités révolutionnaires. Mais cet enthousiasme officiel dura peu. Bientôt le Directoire d'Autun trouva que le palais épiscopal était trop considérable pour un évoque-citoyen et voulut l'en chasser. Il consentit cependant, au moins pour quelques mois, à lui en laisser une partie, mais en lui faisant payer cette concession par de nouvelles taquineries. Des procès lui furent intentés pour avoir détérioré l'évêché, ou en avoir enlevé divers objets mobiliers, et il se vit condamner à payer une somme de plus de 2,000 livres. Peu après, la distribution d'un de ses Mandements fut interdite et son autorité contre-carrée de toutes façons (1).
XVIII. — Sur ces entrefaites, la réponse de Rome si longtemps attendue, fut enfin publiée. Dans deux brefs, en date des 10 mars et 13 avril 1791, l'un adressé aux évêques députés à l'Assemblée nationale, auteurs de V Exposition des principes, l'autre à tous les évêques, au clergé et aux fidèles de France, Pie VI déclara qu'il s'était convaincu par un mûr examen que la Constitution civile était hérétique dans plusieurs articles et^ dans d'autres, sacrilège, schismatique^ renversant les droits du Saint-
(1) Documents fournis par Tévéché d*Autun ; - L'abbé Mariés, Oraison funèbre de Mgr de Saint-Simon; - Notice sur Gouttes, p. i09 et suiT. ; — Montpellier, Martel, 1894.
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Siège^ aussi opposée d Vanclenne discipline qu*à la nouvelle. Il signala le serment comme un sacrilège et un parjure et ordonna, en verlu de la puissance apostolique à lui confiée, que toutes les personnes engagées dans la milice ecclésiasti' que^ qui auraient prêté ce serment civique^ source empoisonnée de toutes les erreurs, et principal objet des larmes de V Eglise gallicane, seraient suspendues de tout ordre^ à moins qu'acnés ne le rétractassent dans quarante jours. 11 déclara enfin sacrilèges et nulles les élections des é vaques constitua tionnels{i).
XIX. — A la lecture de ces brefs qui condamnaient si énergiquement leur œuvre, les auteurs de la Constitution s'émurent. Le protestant Camus s'empressa de publier des observations pour la défendre ; mais aussitôt des rangs du clergé surgit un lutteur digne de lui. Ce lutteur fut l'abbé Jean-Jacques Martin, curé de Saint-Aphrodise de Béziers. Nous regrettons vivement de ne pouvoir reproduire en entier sa protestation, pièce remarquable dans laquelle on trouve, à travers quelques traits d'une fine et spirituelle ironie, une argumentation nerveuse, une logique pressante, une science profonde des matières religieuses, une élévation de pensée et de sentiments catholiques, qui rappellent la manière de Bossuet dans son ouvrage des Variations de VEglise protestante,
« Je suis chrétien, dit-il, et catholique, attaché à la foi de mes pères et de mes pasteurs, ennemi des nouveautés profanes, soumis aux décisions de l'Eglise et pénétré d'un profond respect pour celui qui tient la place de son divin fondateur sur la terre...
» 11 existe dans le royaume un délit spirituel en ma-
(1) Picot, Mém, pour servir à l'hist. eccL pendant le xviii* siècle, l. VI, p. 87 el suiv.
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tiôre grave, à l'occasion de la Constitution civile du Clergé. Ce délit est constaté par le jugement du Pape et des Évêques dont on ne saurait contester la compétence. En s'obligeant par un serment à l'exécution de cette Constitution, qui n'est rien moins que civile, on prononce volontairement cette rupture, celte division de l'unité qui constitue le schisme. On se sépare du chef de l'Eglise, puisque on renonce à tout recours à son siège, et qu'on ne lui laisse qu'un vain nom de primauté. Car, vous avez beau dire, ce ne sera jamais une calomnie d'accuser l'Assemblée nationale d'avoir ôté au Pape sa primauté de juridiction. Est-il aujourd'hui un seul acte de primatie qu'il puisse exercer sur nous I car un simple commerce de lettres n'en sera jamais un. D'ailleurs peut-il exister un schisme plus déclaré que celui qui divise l'épiscopat, qui trouble le ministère pastoral, qui met deux évêques dans chaque diocèse, deux curés dans chaque paroisse, qui place l'autorité spirituelle dans les mains de la puissance civile, et qui ôte à l'Église le droit de faire des lois et des règlements pour le transporter à une assemblée toute politique...
» Ne soyez pas surpris que le Clergé se raidisse contre un serment qui sanctionnerait la perte de cette Religion. Le Clergé, n'en doutez pas, se montrera toujours fidèle à la Constitution de l'Etat dans tout ce qui est temporel ; il se fera toujours gloire d'être aussi bon patriote que religieux. On a beau accuser les prêtres de vouloir exciter une contre-révolution ; ceux qui leur imputent ce projet aussi insensé et qui veulent le faire croire au peuple, ne le croient pas eux-mêmes. Non, non, on n'a rien à craindre de leur part, quand même ils auraient la force pour eux. Mais ils vous déclarent qu'ils prendront toujours le parti de la Religion, et qu'ils défendront ses intérêts jusque sur les échafauds; ils ne souffriront jamais qu'un dépôt aussi précieux que Jésus-Christ leur
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a conâô s'altère par leur faute dans leurs mains (1). »
XX. — M. de La Luzerne, ôvêque de Langres, s'était ouvertement prononcé contre le schisme, et avait publié, le 15 mars 1791, une lettre pastorale (2) dans laquelle il traçait à son Clergé la conduite à suivre dans la position désastreuse où se trouvait l'Eglise de France. Les protestations et les écrits de Tévêque de Langres obtinrent bientôt de nombreuses adhésions ; celle de M. de Malide, évêque de Montpellier fut une des premières ; elle figure à la tête de l'Instruction de M. de la Luzerne, ainsi que l'indique le titre de ce document épiscopal; elle est ainsi conçue :
» Adoption de M. l'Évêque de Montpellier
» Joseph-François de Malide, par la grâce de Dieu et l'autorité du Saint-Siège Apostolique, Évoque de Montpellier, déclarons que Nous adoptons T/n^^rwc^ion donnée par M. de La Luzerne, Évêque de Langres, en date du 15 mars de la présente année, annexée à notre présente Déclaration et déjà adoptée par un grand nombre de nos confrères dans l'Ëpiscopat; que nous en rendons toutes les dispositions communes à notre diocèse et que nous la donnons pour règle à nos dignes coopérateurs dans le Saint Ministère et à tous les prêtres de notre diocèse qui resteront fidèles à notre autorité.
» Donné à Paris, le 5 avril 1791.
» t Jos.-Fr., Èvéqtie de Montpellier. »
(1) Fabrégat, Vie des hommes illustres de Béziers, Le curé Martin^ - Lettre à M. Camus, touchant ses observations sur les deux Brefs du Pape, par M, Martin, curé de Saint- Aphrodise, député de Béziers, pag. 23-31.
(2) Instruction donnée par M. P Evêque de Langres, aux curés, vicaires et autres ecclésiastiques de son Diocèse qui n'ont pas prêté le serment ordonné par l*Asse?nblêe nationale ; avec l'adap*
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Dix jours après avoir donné cet acte, M. de Malide adressait à ses diocésains une circulaire (1), dans laquelle après avoir marqué la profonde douleur que lui causaient les progrès rapides des mesures employées de toutes parts pour consolider le schisme, il faisait les déclaration? suivantes :
« 1^ Nous ne cesserons pas de nous regarder comme évoque de tout le territoire qui forme le diocèse de Montpellier. Notre titre est irrévocable de sa nature...
» 2^ Nous ne reconnaissons pas révéché du département de l'Hérault... Le prétendu évêché de l'Hérault a été érigé non seulement sans le concours, mais encore contre le vœu de l'Église... Celui qui en occupera le siège ne succédera ni aux évêques de Montpellier, ni à ceux de Béziers, d'Agde, de Saint-Pons et de Lodève...
» 3<> . . . Nous déclarons que M. Poudeyroux (sic) est intrus, parce qu'il n'a été ni élu, ni confirmé canoniquemenl; qu'il ne tient son titre que d'une assemblée purement civile...
» 4*> Nous déclarons en conséquence, que tous les actes que ledit M. Poudeyix)ux pourroit faire dans notre diocèse, en sa prétendue qualité d'évéque du département de l'Hérault, sont autant de crimes et de profanations, et que ceux qui, outre le pouvoir de Tordre, supposent celui de juridictions, sont non seulement illicites, mais encore invalides et de nul effet. Ainsi les dispenses de mariages et autres qu'il accox'deroit seroient nulles dans le for intérieur et laisseroient subsister aux yeux de Dieu l'empêchement établi par la loi de l'Eglise...
» 5<» Tout curé destitué parla puissance séculière et sans
lion qu*en a fait M. VEvêque de Montpellier pour son diocèse. - Paris, Guerbat, in-8^ de 38 pages.
(1) Déclaration de M. VÈvéque de Montpellier, donnée à Paris, le 15 avril 1791, - Paris, Artaud, 8 pages in-t2.
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jugement canonique, ne cesse pas pour .cela d*être le seul et véritable pasteur... Tout prêtre qui, en vertu d'une commission de l'intrus, ou sous tout autre titre, s'arrogeroit dans une paroisse la qualité de curé, au préjudice du pasteur légitime, seroit lui-môme coupable du crime d'intrusion... »
XXI. — Et comme « le Clergé réfraclaire » reconnaissait toujours la voix de son véritable pasteur, le Directoire du département fit une adresse au roi (27 avril) pour se plaindre de « la résistance du fanatisme et de l'injustice de cette résistance », lui représenter ce qu'il y avait d'indigne dans la conduite du clergé et le prier de ne point en écouter les insinuations. Le Directoire fit également parvenir ses plaintes à l'Assemblée nationale (6 mai) et lui demanda de sommer « le représentant Malide » de dire si la déclaration publiée sous son nom était véritablement de lui. Cette double démarche demeura, paraît-il, sans efïet; mais le Directoire de lllérault ordonna que la réimpression de la lelti'e pastorale de Tévêque de Langres, adoptée par M. de Malide, serait interdite à Montpellier et que les personnes impliquées dans sa publication, ou dans sa distribution seraient dénoncées à l'accusateur public (1).
XXII. — L'Instruction de l'évêque de Langres, adoptée I)ar M. de Malide (5 avril) rerut, presque en même temps, Tacceptalion de vingl-et-un menibros de l'épiscopat français, et peu aprôs collo de tous los autres, à trôs peu d'exceptions près. Un exemplaire de cette lettre pastorale, portant la signature de M. de Nicolay, parvint à Béziers. Le procureur Rouyer, qui était en ce moment maire de cette ville et de plus chaud partisan des idées
(1) ProC'Verb. du Direct, du Dép^; - 6 mai 1791.
HlST. RklIG. DB L'HÉaAULT. ^ T. Il
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nouvelles, se récria fortement sur ce que M. de Nicolay, en apposant sa signatui'e à cet écrit, avait pris le titre d'évèque de Béziers, malgré les défenses portées par la loi, et manifesta l'intention de le mander à l'Hôtel-de- Ville, pour lui en faire des reproches (séance du 31 mai 1791). Sur le défi d'un de ses amis d'en venir là, Rouyer, homme vain et emporté, lut un rapport au corps municipal, lequel adressa sur le champ au prélat la lettre qui suit :
« Monsieur, La Municipalité vous prie et requiert de vous rendre, sur l'heure, à la Maison-Commune pour une affaire très importante et dans laquelle vous vous trouvez compromis. Nous vous observons que la Municipalité ne. désampare pas que vous ne soyez rendu.
» Béziers, ce 31 mai 1791, 5 h. 1/2 du soir. »
Un capitaine de ville, chargé de cette missive, rapporta à la municipalité que M. de Nicolay avait répondu ne pouvoir, pour cause d'indisposition, se rendre à la Maison commune : cet envoyé ajouta que l'évéque lui avait cependant paru très bien portant, qu'il était frisé, accommodé et habillé. Quelques moments après, M. de Castelnau, son grand vicaire, se rendit à l'Hôtel-de- Ville pour savoir ce qu'on voulait. Rouyer lui dit qu'on n'avait aucun compte à lui rendre; que M, Nicolcitj n'avait qu'à obéir à la réquisition qui lui avait été adressée de se transporter à la Maison commune, et que lui, M. Castelnau, était prié de l'engager à ne pas forcer la municipalité d'user des voies légales pour le ramener à son devoir.
L'abbé de Castelnau retourna à l'évéché, et puis à niôtel-de-Ville, porteur d'une lettre par laquelle Tévêque s'excusait de ne pouvoir y aller lui-même, donnant pour motif une légère indisposition etl'émotion qu'un événement particulier et imprévu lui avait causée, et protestant de
{^\) Sabatier, Hùt, de la Ville et des Évéques de Bézters, p. 420*
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son respect pour les magistrats municipaux. Le vicairegénéral, ayant employé dans le colloque le terme de Monseigneur en parlant de M. de Nicolay, Rouyer lui demanda d'un ton sévère si c'était pour se moquer de la municipalité qu'il se servait d'expressions prohibées par la loi, lui déclara que l'autorité était vivement afiectée de ses procédés inconstitutionnels, et lui enjoignit d'être plus circonspect à l'avenir. Il lui remit pour M. de Nicolay une lettre ainsi conçue :
« Vu, Monsieur, votre lettre inconstitutionnelle et contraire à la loi qui vous défend de prendre le titre d'évêque de Béziers, la Municipalité n'y a aucun égard, et vous déclare qu'elle persiste dans la première qu'elle vous a écrite ; elle vous requiert en conséquence de vous rendre sur-le-champ à la Maison Commune, et vous notifie qu'à défaut, après avoir pris les mesures convenables pour s'assurer l'état de votre santé, elle prendra les voies légales pour vous y contraindre, au besoin.
« Nous sommes vos magistrats ■ (suivent les signature^
On désigna un médecin et un chirurgien pour se rendre chez le malade, vrai ou prétendu, et voir s'il serait en état de venir à la Maison Commune, voisine d'ailleurs de la Maison épiscopale. Peu de temps après, le chirurgien et le médecin, leur mission étant remplie, rendirent compte que, « à la vérité, le sieur Nicolay était alité, un peu malade, et qu'ils avaient trouvé son pouls un peu agité », ajoutant que « ayant interrogé le sieur Nicolay sur la cause de sa maladie, celui-ci avait répondu qu'il avait eu, le matin, une légère indisposition, occasionnée par un léger mal d'estomac de la veille et que cela joint à l'émotion que lui avait occasionnée un événement inattendu, sa maladie avait un peu empiré; mais qu'il croyait qu'elle ne serait pas de longue durée ».
Les commissaires furent priés par leurs commettants de retourner le lendemain matin chez « le sieur Nicolay »
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pour s'assurer encore mieux de son état. Mais déjà dans la ville courait le bruit que le malade, pour se dérober aux ordres de la municipalité, s'était évadé furtivement à la faveur des ténèbres. Le maire et les offlciers municipaux «c ayant mis leur écharpe » se rendirent à la Maison épiscopale et s'assurèrent de la vérité du fait. L'évêque avait pris la route d'Espagne. Arrêté à Perpignan et retenu prisonnier, il écrivit à la municipalité de Béziers, demandant à revenir dans cette ville, y prendre un passe-port, et repartir de suite pour aller, à Paris, se retirer dans le sein de sa famille. Celte lettre était accompagnée d'une autre envoyée par la municipalité de Perpignan. A peine de retour dans sa ville épiscopale, le fugitif s'empressa de se rendre à la Maison Commune. <( Et aussitôt M. le Maire dit au sieur Nicolay que la municipalité avait vu avec quelque peine Tadhésion qui lui était attribuée, i)uisqu'on s'était permis d'y mettre son nom, et ce, au bas du Mandement du ci-devant évéque de Langres ; qu'en conséquence il lui demandait, au nom de la municipalité, s'il était réellement vrai qu'il eut donné cette adhésion audit Mandement ; à quoi ledit sieur Nicolay a répondu qu'il ne trahirait jamais la vérité et qu'il était vrai qu'il avait fait cette adhésion. Requis de signer sa réponse, ce qu'il a fait.
» t Nicolay. » (1).
Après vingt-ans d'un glorieux épiscopat, l'intréiude athlète quitta ses fonctions et se rendît à Paris dans sa famille (17 avril 1791).
(1) Arch. de THérault, LIH, VL