LES ANCIENS DIOCÈSES
n'est-il pas nécessaire que le lecteur se familiarise avec les éléments constitutifs de l'ancien régime ?
Voyons donc en détail ce qu'étaient à l'époque de la réunion des Etats généraux du royaume (5 mai 1789) chacun des cinq diocèses, et étudions un à un les derniers évêques particuliers, les chapitres cathédraux et collégiaux, les séminaires et collèges, les paroisses et le clergé séculier, le clergé régulier et les communautés rehgieuses tant d'hommes que de femmes. Cette étude p/élimjnaire ne sera point une perte de
îjtemps'; léffe-'-Àous permettra de porter ensuite Ufi". jt>gIâ^ftiéJii;pliÉs sain sur les personnes et sur
"lés'c'hoses.
L'ANCIEN DIOCESE DE MONTPELLIER
Le diocèse de Montpellier eut primitivement pour siège rîle de Maguelone, à deux lieues de cette ville, où il fut transféré en 1536. Il comprenait dans son ensemble, en 1789, Tarrondissement actuel de Montpellier (2), et n'était considérable ni sous le rapport de son étendue, ni sous celui de sa population. Resserré par la Méditerrannée au sud, par le diocèse de Niraes à Test, par celui de Saint- Pons au nord et par ceux de Lodève, de Béziers et d'Agde à l'ouest, il ne comptait que 64,491 habitants, dont 56,250 catholiques et 8,241 protestants. Ses 98 municipalités, divisées en 108 paroisses et en 9 archiprêtrés étaient desservies par 255 prêtres environ (3). Dans ce nombre ne
(1) Arch. de l'Hérault; Fonds du Diocèse el de VEvêché de Montp.
(2) Moins les paroisses de Marsillargues, Vacquières, Sauteyrargues et Claret (qui appartenaient au diocèse de Nîmes); Montolieu, Ferrières, Moulés et Baucels (qui dépentjaient d'Alais); Saint- Guilhem le Désert (qui était de Lodève); Viileveyrac, Loupian, Bouzigues et Cette (qui relevaient d'Agde). — Le diocèse actuel de Montpellier comprend quelques paroisses qui n'appartenaient à aucun des cinq anciens évêchés ; ainsi, Capestang, Creissan, Montels, Nissan, Poilhes, Puisserguier, Quarante étaient du diocèse de Narbonne ; Gastanet, Saint-Gervais, Rosis, Saint-Geniès de Varensal étaient de celui de Castres. D'autre part, Les Angles, la Bastide- Bouairoux et Marniez, qui étaient du diocèse de Saint-Pons, ont été incorporés au diocèse d'Albi.
(3) Dans un intéressant Rapport sur la situation de l* Eglise en France et dans le Languedoc ^ à la fin du xvni« siècle, M. l'abbé Reynard, curé de Saint-Roch, à Montpellier^ dit en parlant du clergé séculier : « Dans le diocèse actuel de Montpellier, il y avait en 1789, 359 paroisses et 843 prêtres pour les desservir. Aujourd'hui, il y a
Di-gitized by
4 l'ancien diocèse de MONTPELLIER
doivent pas être compris les membres du clergé régulierj ni ceux des Chapitres.
Le Chapitre cathédral Saint-Pierre et les collégiales Sainte-Anne, Saint-Sauveur et de la Trinité, à Montpellier, présentaient un personnel considérable de chanoines ou bénéficiers.
On estimait à 32,000 livres le revenu de Tévêché de Montpellier au commencement du xviii® siècle. Ce chiffre pouvait être assez exact au temps de Golbert; mais le temporel de ce prélat ayant été saisi par ordre du roi et confié à des administrateurs civils, ceux-ci se montrèrent sévères pour la rentrée des fonds et augmentèrent peu à peu. le prix des baux et fermes de toute nature. Les revenus atteignirent ainsi facilement et dépassèrent la somme de 45,000 livres (1). Le siège épiscopal était taxé en Cour de Rome à 4,000 florins.
A son titre d'évêque, le titulaire ajoutait ceux de comte de Melgueil (Mauguio) et de Montferrand, marquis de la Marqtterose^ baron de Sauve^ seigneur de Durfort, BrUsao et autres lieux (2).
353 paroisses et 6il curés ou vicaires, soit 200 prêtres de moinsj pour une population plus considérable. » (Voir V Assemblée commémoralive tenue à Monip. les /7, i8 et i9 mars i889 ; Clergé séculier, p. 118; - Montp., Calas, 1889, in-8».
(1) Voir à nos Pièces Justificatives y N» I. Etat du temporel des Evêques de Montpellier.
(2) Ce fut le pape Innocent III qui, en 1215, donna en inféodalion à révêque de Maguelone les comtés de Melgueil et de Monlferraiidj lesquels avaient été transférés à TEglise de Rome, par Pierre comte de Melgueil. Quant aux seigneuries de Sauve, de DurforL, de Brissac et autres, leur source remontait à la première nmiUé du xiv« siècle. (Eug. Thomas, Sommaires hist, sur les anc. Arch. ecci* du Dioc. de Montp,)
Lorsque survint la Révolution, le siège épiscopal de Montpellier était occupé par Mgr Joseph-François de Malide (2), né à Paris, le 12 juillet 1730. Fort jeune encore il embrassa l'état ecclésiastique et reçut les ordres au séminaire de Paris. Elevé à la prêtrise (21 décembre 1754), il devint peu après vicaire général du cardinal de Rochechouart êvêque de Laon, et reçut du cardinal de Rohan le prieuré de Trisay, au diocèse de Saintes, dépendant de l'abbaye de la Chaise-Dieu. La faveur de ces deux princes de l'Eglise ne dut pas être étrangère à sa nomination au siège d'Avranches, le 9 juillet 1766, où il remplaçait Raymond de Durfort, transféré à Montpellier. Les quaUtés que le nouvel évêque révéla dans l'administration de ce diocèse et les réformes qu'il fut appelé à y opérer, le signalèrent à l'attention du pouvoir et, le 20 janvier
(1) CousTOu, Notice sur M. de Malide, in Vie de M. Coustou, par l'abbé Coste; - Montp., Seguin, 1845, in-8»; — Boucassert, Htst, du Siège épuc. de Ataguelone et de Montp. — Fisquet, La France pontif'., Dioc. de Montp, - Monlp., Martel, 1876, in-12.
(2) Armoiries : D'argent, à une aigle de sable au vol abaissé et fixant un soleil d'azur mouvant de l* angle dexlre, et un chef de gvsules chargé de 8 étoiles d'argent.
1774, il remplaça sur le siège de Montpellier Raymond de Durfort, nommé archevêque de Besançon (1). Préconisé dans le Consistoire du 9 mai- suivant, il prêta serment le 18 juin et arriva dans son nouveau diocèse le 28 octobre 1774. Ce môme jour, il fut installé par le Chapitre cathédral.
« La bonté de son cœur, la rectitude de son esprit, la douceur de son caractère le mirent bientôt en possession de la vénération et de Tafiection générales. Son esprit conciliant manifesta toutes ses ressources et son habileté d'une manière particulière et bien honorable pour lui dès les deux premières années de son épiscopat. »
Depuis longtemps il existait de grandes contestations entre le chapitre de la cathédrale et la cour des Aides, avec laquelle faisait cause commune le Bureau des Finances ou Trésoriers de France, cour souveraine comme la première. Les membres de ces cours prétendaient à des places distinguées dans le chœur de la cathédrale, aux jours des grandes solennités. Un édit du Conseil du 20 décembre 1769, favorable à leurs prétentions leur donna le droit d'entrer et de se placer, en députation, dans les hautes stalles du chœur ; le prévôt du chapitre conservait seul sa place ordinaire; tous les autres chanoines étaient obhgés à prendre rang après eux.
Le mécontentement du chapitre et Tespèce de triomphe de ses adversaires produisaient souvent des murmures, des plaintes, des chocs affligeants. M. de Malide, doué à un haut degré de Tesprit de douceur et de conciliation, et M. de Claris, premier président de la cour des Aides, qui lui ressemblait parfaitement sous ce rapport, entreprirent de ramener la bonne intelligence et la paix. Les
(1) Louis DE LA Roque, Les Evêques de Maguelone el Monlp., p. 194. > Montp., Calas, 1893, pet. in-8%