LE CHAPITRE COLLÉGIAL, ABBATIAL ET PAROISSIAL
Tabbé de Saint-Jacques parmi les dignitaires de cette église.
Pour arriver à connaître d'une manière exacte quel était le revenu annuel de Tabbaye, nous avons fait le relevé des 40 dernières années qui ont précédé la Révolution, et nous avons trouvé qu'il s'élevait au chiffre moyen de 11,000 livres. C'était sans doute plus qu'il n'en fallait pour l'honnête entretien d'une communauté composée de 5 ou 6 religieux, même avec l'obligation de verser 15 ou 1,600 livres entre les mains du procureur de l'abbé ; et cependant, déduction faite des charges diverses auxquelles était tenue la maison, il ne restait guère que 5,000 livres pour la dépense courante.
Les charges en effet étaient considérables, car outre les taxes, décimes, capitations du personnel il y avait le service des prieurés et paroisses dépendant de l'abbaye; l'honoraire des prédicateurs ; l'acquit des messes et fondations ; l'entretien des bâtiments et du mobilier; les indemnités aux fermiers ; les honoraires des serviteurs de l'église abbatiale et paroissiale : organiste, suisse, bedeau, enfants de chœur; les comptes des médecins, chirurgiens et apothicaires ; le vestiaire des religieux et des serviteurs. Somme toute et défalcation faite des dépenses forcées, il restait pour l'ordinaire de la communauté le nécessaire, le convenable si l'on veut; mais rien de plus.
On était sobre à Saint-Jacques ; on n'y récoltait pour la consommation ni blé, ni vin, ni huile, ni bois, ni charbon, ni sarments; il fallait tout acheter. • La merluche », le poisson, quelque peu de viande « chaircuiterie » ou autre, beaucoup de légumes, frais ou secs, des herbages, des pommes de terre, des châtaignes en masse, et, tous les mois, brochant sur le tout, 25 ou 30 douzaines d'œufs, à 9 ou 10 sous la douzaine. Quant au liquide, on se contentait du vin du pays, auquel on ajoutait aux jours de grande
solennité du yin de Châteauneuf-le-Pape à 10 sous et du vin blanc muscat à 1 livre la bouteille. Comme liqueur, on ne connaissait que le ratafia, dont une douzaine de bouteilles coûtait 20 livres.
C'était tout. Il faut pourtant faire entrer en ligne de compte les étrennes oflTertes aux religieux le jour de Tan. Une douzaine (unique) de mouchoirs, distribuée dans la communauté, contentait tout le monde. Les mouchoirs étaient nécessaires à des gens qui, pour toute récréation, distraction et gourmandise, étaient dans l'habitude de remplir les cavités de leur appendice nasal de « tabac râpé ». Nous mentionnons cet article; il figure en effet très honorablement dans les colonnes consacrées aux dépenses de la maison. Disons à la louange des génovéfains de Saint-Jacques, fidèles à la devise de leur ordre Superemineat charitas, qu'ils n'oubliaient pas les pauvres. Un article leur est spécialement consacré dans le compte" rendu des dépenses du mois. Nous avons été fort édifié de voir le soin que ces chanoines réguliers apportaient à secourir les nécessiteux dont ils étaient environnés. Lorsque survint la Révolution le P. Nicolas (Léonard) était depuis fort longtemps prieur-curé de Saint-Jacques.