I. — BÉNÉDICTINS
On comptait dans le diocèse de Lodève trois abbayes de religieux bénédictins; la première dans la ville même, la seconde à Saint-Guilhem du Désert et la troisième à Joncels.
1° V Abbaye de 8 aint- Sauveur ^ à Lodève (1). — Fondée par S. Fulcran à la fin du x» siècle (989) était située près de Téglise cathédrale. Son emplacement et le quartier de la ville où elle fut bâtie portent son nom. Unie à Tabbaye de Saint-Victor, de Marseille, en 1365, elle avait été presque entièrement rasée par les Calvinistes, en 1573, et n*élait plus habitée. Relevée dans la suite, de ses ruines, par les soins des évêques de Lodève, elle reçut de nou veau les enfants de S. Benoît. Parmi les derniers abbéscommendataires de Saint-Sauveur, nous trouvons : Guitard de Ratte, devenu évêque de Montpellier; Louis de Ratte,
(1) Arch. de THérault, Reg. des Visites pastorales; — Gallia Christ, 533 ; — Thomas, Dict, topog., v» Lodève; — Paris, HisL de Lodève; — Fisquet, ii, 508; — Du Mêge, Htst. de Lang,, 729 et siuv. — Echo de Lodève, »• du 27 mai i89â.
COUVENTS d'hommes 147
neveu du précédent et chanoine de Montpellier ; Clément et Pierre de Bonzî, tous deux évêques deBéziers; Valentin de Bigorre ; Jacques-Antoine Phelypeaux, évêque de Lodève; François Le Noir, chanoine théologal et vicaire-général de Montpelliei», et enfin l'abbé Douzainville, vicairegénéral de Dax, nommé à l'abbaye de Saint-Sauveur, en octobre 1779, et qui était encore en place lorsque survint la Révolution. Saint-Martin de Combes et quelques autres paroisses du diocèse de Lodève avaient l'abbé de Saint- Sauveur pour prieur primitif. L'abbé touchait 3,000 livres de revenu et payait en cour de Rome une taxe de 400 florins.
2^ L' Abbaye deQellone ou de Saint-Guilhenidu Désert (1). — La seconde abbaye d'hommes que les Bénédictins possédaient dans le diocèse de Lodève était celle de Saint-Guilhem du Désert, fondée sous le nom de Gellone, au commencement du ïx« siècle, par Guilhem ou Guillaume, duc d'Aquitaine, comte de Toulouse, prince d'Orange et cousin germain de Charlemagne. Il la dota (804), s'y retira (806) et y mourut (812) dans la pratique de l'humilité la plus profonde et de la perfection évangélique. D'après l'acte de fondation, le, monastère de Gellone possédait sept églises, 18 villages ou hameaux et, déplus, en divers lieux, 51 métairies ou maisons (2). A ces domaines déjà nombreux vinrent s'en ajouter d'autres dans la suite des siècles, oblations spontanées des fidèles, non seulement au diocèse de Lodève, mais encore aux
(1) L. ViNAS, Monographie de Gellone ^ Montp. Seguin, 1875, in- 12; — Sévérac, Notice sur la vraie Croix de Sainl^Guilhem du Désert; Lodève, Griliêres, 1861, in-8»; — Vie de S. Guilhem, duc d'Aquitaine, etc., fondateur et moine de Saint^Guilhem le Désert, Lodève, Corbière, 1862, in-8»; — Paris, Hist. de Lodève; — Fisquet, Dioc. de Lodève; — Du Mège, x, 729.
(2) L, ViNAs, p. 86.
148 LE CLERGÉ RÉGtJLIEtl Et LÈS COMMUNAUTÉS
diocèses de Béziers, Maguelone, Agde, Nimes, Rodez, Gap, Viviers, etc. Plusieurs bulles pontificales dont la plus ancienne remontait au Pape Alexandre II (1066), avaient placé Tabbé de Gellone et ses moines sous la tutelle et la protection du Siège Apostolique, affranchissant le monastère et ses dépendances de la juridiction de révêque de Lodève. Les prieurs claustraux publiaient les mandements du carême et les jubilés, faisaient la visite des paroisses, donnaient même les dispenses pour les mariages. Cet état de choses dura jusqu*au mois de septembre 1783. A cette époque furent publiées des lettres patentes du roi, portant approbation, autorisation et confirmation d'une bulle (1) d^extinction et suppression du titre de l'abbaye de Saint-Guilhem du Désert et son union à perpétuité de tous les biens, droits et revenus en dépendant à l'évôché de Lodève, et du décret d'union rendu sur ladite bulle par l'official de l'évêché de Montpellier (2).
La principale raison invoquée pour cette union était fexiguité des revenus de la mense épiscopale de Lodève et le besoin d'augmenter les ressources de l'évêché de ce diocèse; M. de Fumel put ajouter à ses aumônes ordinaires les 4,500 livres de rentes qu'il reçut à titre d'abbé commendataire (3).
On ne doit pas être étonné de cette décadence d'une institution qui fut si longtemps riche et prospère. L'abbaye avait tellement soujffert des guerres de religion (1568- 1570), que, jusqu'en 1620, on fut réduit à célébrer les saints mystères avec un calice de plomb. La discipline .
(1) Du 19 des Calendes de septembre 1782.
(2) L. ViNAS, Monogr. de Gellone, p. 166 et 204.
(3) La taxe de son abbaye en Cour de Rome était de 600 florins.
régulière elle-même avait été anéantie, au point que chacun vivait à son gré dans son habitation particulière. De grandes réformes s'imposaient alors, tant pour le spirituel que pour le matériel. Tout le monde le comprit et ce fut à cette occasion que Ton s'occupa de restaurer le monastère et de réformer la communauté. Cette œuvre fut confiée aux moines de la congrégation de Saint- Maur(1626).
3° L* Abbaye de Joncels (1). — Fondée avant le viii® siècle, sous l'invocation de S. Pierre aux Liens, ruinée par les Sarrasins, rétablie par Pépin-le-Bref, ruinée de nouveau par des brigands, restaurée au x« siècle, par S. Fulcran, évêque de Lodève, saccagée par une compagnie en 1379, renversée presque entièrement parles Calvinistes pendant les guerres de religion, sécularisée au commencement du xviii® siècle, elle ne devait pas tarder à être supprimée par la Révolution. Elle valait à l'abbé commendataire 4,000 livres de rente et était taxée en cour de Rome 500 florins. L'abbé était seigneur de Joncels et prieur de la paroisse.