I. — LES BÉNÉDICTINES DU SACRÉ-COEUR DE G0RJAN
Peu d'années 'après avoir puissamment contribué à la fondation du Couvent des Dominicains à Clermont, la famille de Lauzières voulut établir dans la même ville un monastère de femmes. Elle fit choix de Tordre de Saint-Benoît, depuis longtemps honorablement connu en France (3). Autorisé par le Pape Clément VI, Tévêque de Lodève, Bertrand Manse, céda l'église Saint-Etienne de Gorjan, avec ses dîmes et ses renies aux religieuses, à la charge cependant qu'elles continueraient à y entretenir les trois chapellenies qui en faisaient, le service; delà vint que les Bénédictines prirent le titre de Dames de Gorjan.
Mais le couvent se trouvait hors des murs de Clermont
(i) Ms inédit de M. Antonin M...^ Hist, du canton de Gignac.
(2) Arch. de rHéraiilt, G, 197, 3, Fonds des Religieuses de Vabbaye de Gorjan. — Reg. des Visites pastorales de Harlay^ 20 mai 1659; — Reg, des Visites pastorales de Souillac, 14 juillet 1735; — Lazairb, Eloge de Mgr de Fumel; — Paris, Hist. de Lodève; — A. Durand, Hist. de Clermont, p. 151, et Biographie Clermontaise, p. 175; — Fisquet, Diocèse de Lodève; — L. Vinas, Les Crides de^M. de Lauzières.
(3) L'acte de fondation fut passé le 24 août 1350, par Anglésian c|e Lauzières. Il assurait au monastère un revenu de 6,000 florins.
et la difficulté des temps ne permettaitplus qu'une maison religieuse de femmes demeurât exposée aux insultes et aux brigandages des Calvinistes, devenus très puissants et le monastère fut transféré dans l'intérieur de la ville (1561). La régularité monastique ne fit que gagner à ce changement de domicile, ou. du moins n'en éprouva aucun dommage ; au point que Mgr de Bosquet, envoyé en mission à Rome, par le nonce, en 1654, pouvait dire en toute vérité, comme il le disait avec complaisance, au Pape Innocent X : « Dans mon diocèse de Lodève, je suis frappé d'admiration, en voyant que les moines de Saint-Guilhe n du Désert et les vierges de Gorjan suivent, en notre siècle, la règle du Père S. Benoît aussi rigoureusement qu'on la suivait au temps où cet ordre illustre, nouvellement établi au Mont-Cassin, était dans sa ferveur primitive, avant de se répandre dans le monde entier » (1). Lors de la visite canonique faite, au mois d'octobre 1659, par l'évêque de Lodève, Edme de Harlay, successeur immédiat de M. de Bosquet, tout marchait bien chez les Bénédictines de Gorjan ; la seule mesure de rigueur qui leur fut infligée fut la défense de laisser entrer dans la clôture aucune religieuse étrangère sans une permission écrite. Une pareille prohibition n'indique pas un grand relâchement dans les observances de la vie monastique. Fidèles observatrices de leur règle, ces pieuses filles se levaient toutes les nuits à 2 heures pour dire matines; elles revenaient en chœur à six heures pour prime, à 8 heures pour la messe, et le soir, à 3 heures pour vêpres. Elles faisaient tous les offices de l'ordre de S. Benoît et honoraient d'un culte tout particulier S. Etienne, premier martyr, patron de leur chapelle et de leur maison. Elles vénéraient avec beaucoup de
(1) L'abbé Lazaire, Eloge de Mgr de Fumel, p. 38.