II. — LE COLLÈGE
Le collège royal prit la suite du collège des Jésuites, supprimé en 1762. Pour avoir été enlevé à ces maîtres habiles dans l'art d'instruire la jeunesse chrétienne, cet
(1) Montp., 1817-1818, 4 vol. in.l2.
{%) Journal janséniste, qui parut de 1729 à la Révolution.
(3) Notice sur M. de âfalide, par Tabbé Cocstou.
(4) Arch. de THérault, Fonds cfe l'ancien Collège de Montp. — Faucillon, Notice historique sur le Collège royal de Montp.; - Montp., Grollier, 1852, in-8«. — La Faculté des Arts de Montp.; - Montp., Martel, 1860, in-8^ — La Faculté de théologie de Montp.; - Montp., 1857, in-8o.
établissement n'en fut pas moins confié à des qpclésiastiques. Presque tous les membres du corps enseignant, pour ne pas dire tous, étaient revêtus du sacerdoce. En 1791, le principal, Théron; — les professeurs : de logique. Léger; — de physique, Laquerbe ; — de rhétorique. Bouges; — de seconde, Martel; — de troisième, 5accaZon; — de quatrième, Félix; — de cinquième, Binet, étaient tous prêtres. Leur traitement était de 1,200 livres pour le principal ; de 1,000 livres pour le professeur de rhétorique ; de 700 livres pour les professeurs de logique, de physique, de seconde et de troisième ; de 600 livres seulement pour les autres titulaires. Des lettres patentes assuraient à tous les professeurs et régents une pension de retraite, après vingt ans de service ou en cas dfe maladie. A cette même époque les revenus du collège s'élevaient à 17,290 livres et provenaient des dotations, propriétés, impositions sur le diocèse et gratifications sur le trésor royal.
Le collège était le siège de la Faculté des Arts ; cette connexité avait été maintenue par lettres patentes, malgré les arrêts contraires du Parlement de Toulouse.
En 1783, un pensionnat avait été ouvert dans les locaux du collège, en vertu de lettres patentes de 1765; mais cet établissement, créé dans des conditions onéreuses pour le principal, eut de la peine à se soutenir (1).
(1) En 1791, il était encore dirigé par un prêtre, Tabbé Tarbouriech ; mais la même année ses 45 élèves disparurent rapidement (1" mars).
A la fin du siècle dernier, le diocèse de Montpellier comptait 122 paroisses divisées en 9 archipr êtres. Cette organisation était Tœuvre de M. de Villeneufve et avait été accomplie en 1756. Les acchiprêtrés avaient leur siège dans les localités suivantes : Montpellier, Assas, Baillargues, Brissac, Cournonterral, Frontignan, Restinctières, Saint-Matthieu de Tr éviers et Viols.
On pourra voir à nos Pièces justificatives (N<^ III)*le tableau des paroisses du diocèse de Montpellier, que nous avons dressé d'après les Registres des Visites pastorales faites par M, de Malide. Nous y donnons avec le nom des localités ceux des patrons ou titulaires des paroisses, et mention spéciale des catholiques et des protestants, (lorsque nous trouvons ces indications dans les documents originaux), les noms et prénoms des curés, vicaires perpétuels et secondaires; rangeant les premiers en trois catégories : les curés, les curés-prieurs et les curésprieurs-décimateurs, sans les confondre avec les simples vicaires perpétuels, n'ayant guère d'autres resapurces que leur modeste portion congrue (2). Dans une dernière
(1) Arch. de l'Hérault, Fonds de l'Evêché de Monlp,, Reg. des Visites pastorales. — E. Thomas, Dict. topograph, de l'Hérault; — FisQUET, Dioc* de Montp.
(2) A la suite des « TrèS'^humbles et Très-respectiœuses remontrances de MM» (e§ Curez à la Congrue, du Diocèse de Montpellier »
colonne de notre tableau des paroisses, nous indiquons le revenu des curés-prieurs et décimateurs.
A Taide de ce document, puisé aux sources officielles, il est facile de voir que le plus grand nombre des membres du clergé des campagnes était dans un état de souffrance habituelle et humiliante. On comprend dès lors sa conduite au moment de la convocation des Etats-généraux du royaume. Il espérait en voir sortir des réformes justes et bienfaisantes et voyait avec bonheur la transformation politique et sociale de la nation ; comptant sur elle pour être délivré de sa condition malheureuse. Disons en passant qu'il ne fut pas longtemps à reconnaître qu'il s'était grossièrement trompé.
Pauvrement rétribué, il devait être pauvrement logé, et il l'était en effet. Souvent les presbytères étaient inhabitables et ressemblaient à des bâtiments ruinés et abandonnés, n'ayant ni contrevents, ni volets, ni vitres, même dans les chambres à coucher.
Quant aux églises, elles n'étaient pas dans un état plus brillant que les presbytères, au moins dans le diocèse de Montpellier. Elles se ressentaient encore de tout ce qu'elles avaient eu à souffrir des guerres de religion. Dans quelques-unes on n'avait pas encore reconstruit les voûtes renversées par les Calvinistes, ni refait le pavé. Dans d'autres, les voûtes et les murailles lézardées menaçaient de s'écrouler sur les assistants, exposés à tous les vents, sur un sol poudreux. Plusieurs manquaient des objets de première nécessité pour l'honnête célébration du culte et ne conservaient pas les Saintes Espèces eucharistiques,
du 18 avril 1765, ces modestes et insuffisants traitements avaient été élevés pour les curés et vicaires perpétuels de 300 à 500 livres ; mais les pauvres secondaires vivaient de privations avec leur congrue dé 300 livres. (H. Taine, Origines de la France contemporaine; l'Ancien régime, p. 97.)
faute d'huile pour rentretien de la lampe du sanctuaire. Il faut lire, dans les Registres des Visites pastorales^ les détails relatifs au délabrement des églises, sous nos derniers évêques. Ce qui frappe, ce n'est pas tant la description de leur pauvreté que le zèle des pasteurs à chercher les moyens de l'atténuer, par leurs sages Ordonnances, et par leurs largesses.
Des quatre églises paroissiales de Montpellier, trois étaient dans un état convenable : Saint-Pierre dont nous avons déjà parlé (à propos du Chapitre, cathédral); Notre- Dame-d es-Tables, deux fois démolie par les hérétiques et deux fois rétablie par la piété généreuse des habitants; et la petite église Saint-Denis, nouvellement construite en 1701 pour le service du faubourg de la Saunerie. Quant à la quatrième, Sainte-Anne, elle était dans un état déplorable, ou plutôt, elle n'existait pas. Depuis son érection, après les guerres du protestantisme (3 novembre 1665), la paroisse n'avait pas été mise en possession d'une église suffisante malgré les réclamations constantes des paroissiens et malgré les Ordonnances réitérées des évêques. Prenant ces faits en considération, Mgr de Malide voulut y porter remède et prendre des mesures énergiques, pour lesquelles il avait besoin d'agir d'une manière officielle. Le 14 janvier 1781, il entreprit avec beaucoup de solennité la visite pastorale de la chapelle des Carmes du Palais, qui servait d'église paroissiale, reconnut sans peine l'exiguité du local, constatée d'ailleurs par les enquêtes de la municipalité et ordonna qu'il serait construit, par qui de droit, une nouvelle église paroissiale suffisante pour le service de la paroisse Sainte-Anne, et qu'en attendant on continuerait à faire usage de la chapelle des Carmes (1).
(1) Arclu de l'Hérault^ Fonds de la paroisse Sainte- Anne et Ordonnance de M. de Malide (U janvier 1781). — CeUe
Montpellier était en somme la seule ville de l'ancien diocèse qui eut plusieurs paroisses ; à l'exception toutefois de Mauguio, l'antique Melgueil, qui, sans doute en souvenir de sa grandeur historique, en avait deux : Notre-Dame et Saint-Jacques, chacune avec son curé, quoique ne possédant qu'une seule et même église. Toutes les autres localités ne constituaient chacune qu'une paroisse unique, à l'exception pourtant de Montaud et de Montlaur, dans l'archiprêtrô de Restinclières, réunis sous la houlette d'un même pasteur.
En somme le clergé séculier de Montpellier se décomposait ainsi :
Pour le service des Chapitres cathédral et collégiaux 98
( curés ou vicaires Pour le service des paroisses | perpétuels. . . . 122
( secondaires 35
En tout 255
De nos jours, rien de plus simple que l'organisation et le fonctionnement des paroisses, dans les villes comme dans les campagnes. Dans toute la France, elles sont soumises aux mêmes lois et dépendent de l'Etat pour le temporel et de TEvêque diocésain pour le spirituel. Habitués que nous sommes à la marche administrative actuelle , née de la Révolution , . consacrée par le Concordat de 1801, nous avons maintenant de la peine à comprendre la variété de direction et d'allure existant sous l'ancien régime, tant pour les curés placés dans des
Ordonnance épiscopale demeura lettre morte, et nous, venu longtemps après la Révolution, nous avons vu cette même vieille chapelle toujours afTectée au service de la paroisse Sainte-Anne,
catégories bien diverses que pour les seigneurs temporels, dont le nombre dans l'ancien diocèse de Montpellier dépassait la soixantaine. Afin d'en avoir plus tôt fini avec cette sorte de bizarrerie et dans le but de faciliter au lecteur l'intelligence de cet état de choses, nous avons dressé, d'après les Procès-verbaux des Visites pastorales^ sous les derniers évêques, un tableau que nous joignons à nos Pièces Justificatives et qu'on pourra consulter avec fruit (1).