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LES RELIQUAIRES

NOTES POUR SERVIR AU CHAPITRE XII - Section deuxième

Le vandalisme hérétique du xvi^ siècle détruisit un nombre immense de reliquaires et de châsses, et, ce qu'il y a de plus déplorable encore, les restes vénérés que contenaient ces vaisseaux furent brûlés par cette nouvelle secte d'iconoclastes, que fanatisaient les doctrines de Luther et de Calvin. Les matières précieuses devinrent la proie de spoliateurs dont le zèle était surtout inspiré par la cupidité. Les deux siècles suivants avaient réparé, en partie, ces affreux désastres, et une assez grande quantité de châsses et de reliquaires sauvés, en outre, des fureurs de rhérésie avaient repris leur place dans nos églises. Mais un nouveau fanatisme non moins sacrilège vint, en 1794 et 1795, sous le manteau d'une philosophie pleine de tolérance, consommer la ruine de ces monuments pieux. Il est donc, aujourd'hui, assez diflicile de renouer la chaîne traditionnelle de cette importante partie de l'art chrétien. Cependant, il existe encore des types peints ou gravés, et quelques vitraux d'église peuvent être interrogés utilement par un artiste consciencieux. Il est rare que, de nos jours, on ait l'occasion de faire une châsse, car comme il a été dit, la possession d'un corps entier est peu commune. Quant au reliquaire, comme on n'a qu'une petite parcelle à y déposer, sa confection est nécessairement plus fréquente. Depuis le rétablissement du culte catholique en France, l'art, sous ce rapport, s'est trop souvent fourvoyé. On a trop oublié qu'il ne s'agissait pas d'une boîte quelconque à laquelle il fût permis d'appliquer toute espèce de forme, mais qu'il était question d'un objet religieux qui avait des antécédents aussi anciens que la religion elle-même. Deux types qui, implicitement, se réduisent à un seul, on l'a vu, peuvent donc être pris pour la confection d'un reliquaire : le tombeau et l'église. Depuis quelques années, le

dernier type a été généralement suivi. Le goût gothique qui s*est si admirablement réhabilité y domine presque toujours. Qu'est-ce en effet que la Sainte-Chapelle du Palais de Justice de Paris, sinon un reliquaire en pierres ? Ce n*est pas à dire, néanmoins, que l'on soit en droit d'exclure totalement le style grec ou roman. Rarement le reliquaire a pris la forme de Turne funéraire. Ce type est païen. Avouons, toutefois, que les tombeaux des catacombes n'affectent pas une forme différente de ceux du paganisme. Cela se conçoit, surtout, quand on n'ignore pas que dans ces premiers siècles Tart chrétien ne pouvait encore se formuler avec son caractère propre. Les transitions ne se brusquent pas. On ne pourrait donc absoudre l'artiste qui, sous prétexte de remonter directement à cette époque, ferait une châsse ou un reliquaire dont le modèle serait emprunté aux sarcophages des cryptes romaines de saint Calixte ou de saint Sébastien. On ne saurait remonter à un art chrétien qui n'existait pas, quoique d'ailleurs la ferveur chrétienne brillât de toute sa splendeur. Ce sont là des choses qu'il n'est pas permis de confondre, dans l'étude et la pratique de l'Art. Une observation très importante de D. Mabillon, dans son Iter Italicum^ ne doit pas être omise. C'est que les chrétiens des premiers temps usèrent, pour la sépulture de leurs frères, non rarô^ fréquemment, des tombes profanes et se les approprièrent. Ce n'est donc point aux chrétiens qu'il faut attribuer l'introduction de ces sarcophages païens dans leur art, si, comme nous l'avons dit, il es»t possible de leur attribuer un art spécial, durant les deux ou trois premiers siècles.

Le reliquaire affecte quelquefois la forme d'un buste qui est censé représenter le saint ou la sainte dont il contient les reliques. Si ces vénérables restes sont d'un évêque, la tête du buste est mitrée. Il en est ainsi des autres, selon leur qualité. Une ouverture pratiquée au milieu de la poitrine et munie d'un cristal, permet d'apercevoir le fragment vénéré. Quelquefois, aussi, une relique consistant en un bras est incluse dans un bras de bois doré ou de métal ou bien dans une jambe, si la relique provient de ce membre. On avouera que pour ces deux derniers genres de reliquaires, le bon goût n'a point à prodiguer des éloges. On en voit aussi qui offrent l'aspect d'une exposition ronde, ovale ou carrée, surmontée d'une croix, et portée par une tige qui repose sur un pied le plus souveni ovale. Ces reliquaires ressemblent assez à un ostensoir eucharistique, et le moyen âge en a vu façonnés de la sorte.

Institutions de Part chrétien, par M. Tabbé Pascal.

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