III
Le premier pont qui se présente en amont de la Loire, dans notre département, est le pont de Saint-Rambert, mentionné dans le « Recueil des testaments enregistrés en la Chancellerie de Fore:{ de 1272 à 146J ».
En effet, nous lisons dans les « Inventaires sommaires des Archives départementales antérieures à 17 go » (2), à la date
(1) Cette réponse oa reconnaissance de pension est extraite de la quatrième ou dernière partie de la Liève terrienne^ pour messires les chanoines, curé, presbtres de l'église .de Saint-Rambert-en-Forez, contre ceux qui leur doibvent et ont recogneu de nouveau ladicte Liève, commencée huy deuxième jour de novembre mil six cent six.
(Extrait pris et coUationné sur l'original. Reçu par David, notaire royal, le 5* d'avril 1668.) (Archivas de la Loire.)
(2) Par Auguste Chaveronoibr, archiviste du département de la Loire.
LA FONTAINE DE SAINT-RAMBERT, FONTCHAUD, ETC. IjS
du jeudi de la fête des saints apôtres Philippe et Jacques, année 1809 : « Dame Alix de Barges, veuve de messire « Jacerand Veroyl, chevalier, seigneur de Greygnieu... Item, « do et lego ponti Sancti Reneberti (sic)^ et ponti Spineti « (sic)^ utrique duodecim denarios bonos viennenses semel ce tantum n.
« De même, je donne et lègue au pont de Saint- Rambert ce et au pont de Pinay, à tous les deux, douze bons deniers « viennois, une seule fois pour toujours. »
La noble dame Alix de Barges fit-elle son legs pour bâtir un pont sur la Loire, parce qu'il n'y en avait pas alors, ou bien, les douze deniers viennois qu'elle légua devaient-ils être dépensés à l'entretien d'un pont déjà existant ? — C'est là une question à laquelle il n'est pas facile de répondre.
Cependant, la formule testamentaire employée par Alix de Barges : fc Je donne et lègue », nous semble supposer l'existence d'un pont sur la Loire, et d'un pont qu'elle connaissait, dont elle savait l'état délabré. Ordinairement, les legs pieux se font en faveur d'œuvres en souflFrance, Celle du pont de Saint-Rambert, probablement très précaire, intéressait particulièrement notre noble testatrice ; et voilà pourquoi elle lui lègue généreusement quelques-uns de ses bons deniers.
En deux mots, dame Alix de Barges fait un legs au pont de Saint-Rambert, jeté depuis longtemps déjà d'une rive à l'autre de la Loire.
Mais la somme relativement importante dont elle fit don, ne dut assurément pas permettre aux autorités locales de faire de grandes réparations à cet ouvrage de bois (i). En effet, nous lisons dans le testament de Pierre Veauche « Velchi ^), de Saint-Rambert, à la date du Vendredi après la
(1) La plupart de nos Tieux ponts étaient construits en bois, au moyen Ige.
Purification de la Sainte Vierge (1329), que cet honorable homme lègue, une seule fois, à l'œuvre du pont de Saint- Rambert, vingt livres viennoises pour son amélioration ou sa reconstruction : « Operi pontis Sancti Regneberti super « Ligerim, pro ipso meliorare seu edijicare^ viginti libras « viennensium, monete turonensis semel ».
Comme on le voit, vingt ans après le legs de la noble dame Alix de Barges, en faveur du pont de Saint-Rambert, le testament de Pierre Veauche nous en fait connaître un autre au profit de la même œuvre. Mais, ici, le testateur est plus explicite. Il prend la peine d'indiquer, de spécifier les travaux auxquels il veut que son argent soit employé. Il demande Tamélioration du pont, et si cette amélioration ne peut pas s'entreprendre et se parfaire utilement, il insinue le projet d'une reconstruction totale de l'œuvre.
A juger les choses de la manière dont elles arrivent ordinairement, ce n^est pas après un service de vingt ans qu'un pont, bâti sur un fleuve et dans des conditions exceptionnelles de solidité, peut avoir besoin d'une amélioration si importante, que son délabrement fasse naître, dans l'esprit d'un testateur généreux, l'idée de le reconstruire, <c seu edificare ».
Si donc Pierre Veauche parle d'amélioration et de reconstruction, c'est que ledit pont avait un réel besoin de réparations, et que ce besoin était d'autant plus pressant que l'œuvre était plus ancienne et partant plus vermoulue.
Et cependant le don généreux qu'il fit en cette circonstance, joint à celui de la noble dame Alix de Barges, ne suffit pas aux dépenses que nécessitait l'état de vétusté de ce pont de bois. Car 19 ans plus tard, le testament de Jean Colombet d'Anères, paroisse de Saint-Just-sur-Loire, testament daté du 7 septembre 1348, nous apprend que cet
LA FONTAINE DE SAÎNT-RAMBERT, FONTCHAUD, ETC. lyS
honorable homme fit, en mourant, un legs de cinq sous viennois, au profit de l'œuvre du pont de Saint-Rambert, quand il serait construit en pierres (c Item operi pontis « Ligerisy Sancti Ragneberti, quando construetur de lapi- « dibus^ quinque solidos viennensium, idem testator dat semel a et légat » (i).
Or, ce pont de bois ne fut construit en pierre qu'en iSgS, et par l'architecte Jeannot du Boys, si nous en croyons une note du « Fore^ pittoresque » (2), ainsi conçue : « En bas de c< Saint-Just sont les ruines d'un pont de pierre que nous « avons souvent entendu qualifier de pont romain, bien « qu'aucun des détails de sa construction ne puisse .justifier M cette antique origine. Il paraît, en effet, remonter seule- « ment à la fin du xiv* siècle. Un compte d'Etienne « d'Entraigues, trésorier de Forez, nous apprend que ce et pont se construisit en iSgS, sous la direction d'un architecte « nommé Jeannot du Boys. »
Au résumé, le pont de Saint-Rambert-sur-Loire était déjà un très vieux pont, en iSog. Mais peut-on faire remonter ce pont avant l'an mil ! — Et, est-il prudent d'accepter l'opinion de plusieurs savants qui ont été d'avis que nos anciens ponts, sur la Loire, remontaient jusqu'à l'époque romaine ? — Nous ne le pensons pas (3), Et même nous sommes d'avis, avec Térudit archiviste de la Loire, Auguste Chaverondier, « qu'il faut beaucoup rabattre de c( cette antiquité et que la fin du xii* siècle au plus, doit être
(0 Inventaire sommaire des Archives départementales avant 17 go, par Auguste Chavibondisr.
(2) Fore^' pittoresque, par Félix Thiollier.
(3) Séduit, sani doute, par la découverte qui venait d'être faite (décembre i83o) à Chevenet, hameau de Cordelle, d'un trésor de 1200 monnaies gauloises en or, M. le baron d'Ailly. le savant numismate, soutint même l'opinion que le pont de Saint-Maurice, situé dans le voisinage de Chevenet, devait être de construction gauloise. (Notice sur le Recueil des testaments enregistrés en la chancellerie ^e Fore^ (1273-1467), par Aug. Chavbronoibr, 1888, p. 41.)
(c fixée comme limite supérieure de la bâtisse de nos anciens ce ponts sur la Loire ».
Celui de Saint-Rambert, dont on distingue encore les restes des piles aux eaux basses, n'existait certainement pas ù l'époque de la translation des reliques de notre illustre Patron, dont il a pris le nom dans la suite des temps. Car s*il eût existé^ assurément la légende qui nous a gardé le souvenir de ce prodigieux événement, au lieu de narrer le passage d*une foule de pèlerins à travers le lit miraculeusement desséché de la Loire, nous eût décrit leur marche triomphale au-dessus des eaux du fleuve, et sur les ais solides d'un pont faisant communiquer ensemble les deux rives foréziennes. La tradition elle-même, toujours si vivace dans notre Forez, nous eût aussi gardé le souvenir de ce pont ayant eu Tinsigne honneur de tressaillir, pendant quelques instants, sous les pas des pieux porteurs des reliques de notre cher Saint. Or, la tradition locale est absolument muette à ce sujet. Du reste, le chemin qu'avait suivi la procession faisant cortège aux reliques de saint Rambert, n'aboutissait point au lieu où se trouve actuellement l'agglomération des maisons de Saint-Just (i). En descendant du hameau de CoUonge, ce chemin, nous l'avons dit, aboutissait directement au Gué de la Roche, par la Rivoire; et de là, par ce gué miraculeux de la Loire, à la Fontaine de Fontchaud et au Prieuré de Saint-André-les-Olmes.
(i) Dès longtemps les abords du pont de Saint-Rambert ont été entourés d'habitations. Mais l'agglomération actuelle autour du clocher de Saint-Just ne date que de la fondation de l'église même, en 1827-1829, par M« Mercier, alors curé.