‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 40 sur 119 · LA CHASUBLE · texte numérisé non relu

LA CHASUBLE

(xi* siècle)

xMONOGRAPHIE DE LA CHASUBLE

La chasuble de Saint-Rambert, fermée de toutes parts, n'a qu'une ouverture trapézoïdale dans sa partie supérieure. Cette ouverture bordée d'un galon d'or de vieux style, mais relativement moderne, est assez large pour laisser passer la tête du prêtre (Fig. 27).

Elle n'est pas échancrée comme les chasubles actuelles. Les côtés sont cependant un peu arrondis, et mesurent r",io cent. Ils présentaient, autrefois, une ouverture de o'",3o cent, de diamètre. Cette ouverture, pratiquée à la hauteur de l'avant-bras, est aujourd'hui fermée par un point de couture, et rejetée un peu en arrière de la face antérieure, comme si Tétoffe de ce vêtement avait été prise

(I) D'après les notes et les dessins «ie M. Henri Marthoud.

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sur un autre, et retournée pour en confectionner la chasuble que nous possédons.

La bande centrale qui descend du haut en bas de cet ornement sacerdotal, et sur les deux faces antérieure et postérieure, est large de o",i6 cent. ; elle est longue sur la partie dorsale de i°,4o cent., et seulement de i",io cent, sur la partie pectorale ; mais les dix-huit centimètres du bas de cette bande ne montrent point le même dessin. Ils ont été empruntés au motif général de la chasuble, et ajoutés à l'aiguille comme complément.

Cette bande, dont les admirables dessins ont, de tout temps, excité la curiosité des savants, offre à l'archéologue une étude du plus haut intérêt.

A elle seule, elle peut nous fournir Tétat-civil du vêtement dont elle ne fut point la pièce la moins riche, vêtement que l'on fait, avec vraisemblance, remonter au xi* siècle (i).

Notre précieuse chasuble va s'élargissant jusqu'aux extrémités inférieures, qui ont assez d'ampleur pour que le prêtre puisse, au moment de la célébration des saints mystères, la relever sur les bras, et que cependant le devant et le derrière continuent de retomber presque sur les pieds. Le plus grand diamètre de l'étoffe, dans le sens de la largeur, est de i",64 cent., et dans le sens de la hauteur, de i",4o cent., y compris le galon d'or qui borde l'ouverture, au sommet. Elle n'a pas la raideur de nos chasubles modernes; mais, comme un manteau souple et soyeux, elle retombe autour du corps en

(i) D'après M. de Linas, cette iDtéressante chasable serait sortie des manufactures de la Sicile, et aurait été apportée en France par les Normands, qui étaient, alors, maîtres de l*!le entière. {•Revue de l'Art chrétien,X. lil. p. 33;.)

On sait, en effet, qu'à cette époque, la Sicile était célèbre par son commerce de soieries. Jusqu'au ix« siècle, les tissus de soie avaient été le produit exclusif de l'Orient. Mais an commencement de ce siècle, les Maures en importèrent la fabrication dans le midi de l*Espagnc, en particulier à Âlmeria, petite ville située près de Malaga, d'où elle passa en Andalousie. Enfin, vers le milieu du zii* siècle, elle s'établit et devint très florissante en Sicile, sous le règne du premier roi normand, Roger II. Les tissus qui sortaient de la manufacture de Palerme, connue sous le nom d' «c Hôtel de Tira\ • furent surtout très recherchés. (Dans le Cours élémentaire d'Archéoloçie religieuse, par M. l'abbé Mauleti t. Il, p, 175.)

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plis larges et ondoyants. Son ornementation est riche, simple et gracieuse : sur un fond de soie qui fut peut-être de couleur « rose pâle », des filigranes d'or dessinent d'élégants compartiments, dans lesquels sont relevés en or, alternativement deux faucons et deux lions affrontés, aux formes pures et bien arrêtées. Les compartiments sont interrompus par la bande médiale (Fio. 28).

L'examen attentif de cet ornement sacerdotal nous a révélé des détails curieux et inédits. L'étoffe qui servit, au Xi* siècle, à confectionner notre célèbre chasuble n'étant pas assez ample pour y couper cet ornement selon le type de l'époque, l'ouvrier dut prendre une partie du tissu que la coupe du nouveau vêtement laissait libre, pour l'ajouter au bas des

deux faces antérieure et postérieure. Les pièces ajoutées sont très visibles; leur dessin, conforme à celui de l'ensemble de la chasuble, ne présente, dans ses grandes lignes, aucun accord avec le reste du thème général de Tornement. On sent, ici, que la nécessité plutôt que l'art, a guidé la main de l'ouvrier.

Malgré son ampleur, cette riche chasuble n'est point ce ialaris ». Elle représente, toutefois, un type parfait des chasubles au xi' siècle ; et la richesse et la pureté de son dessin, aussi bien que le fini de son exécution, dit M. l'abbé Boue, feraient honneur à nos fabriques lyonnaises actuelles les plus renommées (i).

Nous avons raconté, au chapitre VII% la Légende de la Translation des reliques des saints Rambert et Domitien. Le lecteur sait donc que les vénérables ossements de nos saints furent apportés, mystérieusement, du pays de Bugey au pays de Forez, par un homme craignant Dieu, inspiré et encouragé par trois visions successives du bienheureux martyr Rambert.

Il sait, aussi, que ces insignes reliques déposées dans de grossières besaces par le dévot porteur revêtu de la livrée d'un pauvre pèlerin, arrivèrent au manoir dTzeron, où elles furent reçues avec grande joie par lé comte Guillaume et sa noble épouse Vandalmonde, vers 1078.

Et cependant, la tradition locale dit que les ossements* bénis du martyr et du confesseur de Jésus-Christ arrivèrent au Prieuré de Saint -André- les -Olmes, soigneusement enveloppés dans une étoffe de soie et d'or, d'une grande richesse.

Comment expliquer cette contradiction ? — Voici probablement ce qu'il advint.

(1) Notice sur une chasuble de SainURamkert-sur-I^oire, 1844.

l86 CHAPITRE XI

Les reliques de nos saints Rambert et Domitien arrivèrent, avons-nous dit, du pays de Bugey au manoir de Guillaume de Forez, à Yzeron, renfermées dans quelque vulgaire étoffe. Mais alors, à la vue des pauvres sacoches qui servaient d'écrin à des perles aussi précieuses, la piété du noble comte s'émut, et il chercha dans ses somptueuses armoires une enveloppe plus riche, dont il fit, selon une coutume fréquemment pratiquée au moyen âge, un « suaire » plus digne, aussi, du trésor qu'il venait de recevoir.

C'est cette étoffe de soie et d'or qui, transformée, plus tard, en vêtement sacerdotal, est devenue la fameuse chasuble, bijou de notre église romane (i).

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