‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 41 sur 119 · AU PRIEURÉ DE SAINT-ANDRÉ-LES-OLMES · texte numérisé non relu

AU PRIEURÉ DE SAINT-ANDRÉ-LES-OLMES

Que le lecteur veuille bien se reporter aux pièces j^istificatives (2), et il se convaincra par les détails que npus y avons rassemblés, de la vraisemblance de cette afBrm^ion-: Tétoffe de la chasubie de Saint-Rambert servit autreferfs de « suaire » aux insignes os3ements des saints Rambert et Domitien, dans leur transport du manoir ^d^Tzeron au Prieuré de Saint- André-les-Olmes.

(i) Qaant à la légende qai fait de notre yénérab]ie.ch|suble une robe de la Sainte Vierge, nous dirons simplement que cette légende naïve est née de la version fort accréditée dans la région rambertoise, savoir : que rétoffe:aTec laquelle a été confectionnée notre chasuble était primitivement, peut-être, une robe de Vandalmonde, la noble épouse du comte Guillaume. Quoi qu'il en soit de ces détails médiévaux, et quelle que soit la variété du récit légendaire, il nous confirme dans notre opinion sur l'existence d'un vêtement civil du comte Guillaume, ayant servi de « suaire », et plus tard, ayant été transformé en vêtement sacerdotal.

(2) Pièces justificatives n* 14.

LA CHASUBLE DE SAINT-RABiBERT 187

Du reste, l'histoire nous apprend qu'après avoir servi aux usages des peuples païens, le <c suaire » nous a été transmis par le Christianisme, comme un objet pieux destiné à recueillir et à renfermer ce qu'il y a de plus précieux dans l'Eglise, après la Sainte Eucharistie : les ossements vénérés de nos saints. Toujours, dans tous les temps, et sous toutes les latitudes, les Anciens ont entouré la dépouille de leurs morts avec un soin extrême* Et la magnificence qu'ils déployèrent, souvent, dans les ensevelissements nous est signalée par les auteurs contemporains.

Le Christianisme ne pouvait donc pas rester indifférent à cette pieuse coutume, bien propre à relever le caractère sacré de gloire et d'immortalité qu'il reconnaissait aux restes vénérables de ses martyrs. N'est-il pas écrit que « ceux qui « meurent dans la paix de Jésus-Christ, ne cessent pas de « vivre; car^ quoiqu'ils meurent au monde selon le corps ^ « néanmoins^ selon rame ils revivent en Dieu » (i).

D'après le Pontifical romain, le pape Eutychien (2) ordonna de revêtir d'une belle dalmatique tous les corps des martyrs. Dans la « Vie de saint Pacôme »j il est raconté que tous les Pères du désert étaient ensevelis avec beaucoup de richesse.

Surius (3) nous apprend que Cléopâtre, dame égyptienne, revêtit de précieux habits le corps de saint Maximin, martyr. Eusèbe (4) rapporte également qu'Astérie, sénateur romain, fit rechercher les restes de l'illustre capitaine Marin, martyrisé en Palestine, pour les ensevelir avec magnificence. Saint Grégoire de Nysse (5) reconnaît avoir enveloppé dans

(1) DuKANT. De rit. eccl. lib., VII, c. 35.

(3) Saint Hotychien, pape àt 375 à 383. L'hérésiarque Manét parut tout son pontificat.

(3) Laurent Surius, chartreux, né à Lubeck en i533, mort en 1578, a laissé des ouTrages très estimés.

(4) Eusèbe (367-338), évèque de Césarée ; un des hommes les plus érudits et les plus éloquents de son siècle, surnommé le « Père de V histoire ecclésiastique ».

(5) Saint Grégoire de Nysse, Père de l'Eglise grecque (333-396).

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de magnifiques étoffes le corps de Macrine, sa sœur, morte dans un monastère.

La découverte, faite en 1458, d'un remarquable tombeau, dans la chapelle Sainte-Pétronille, à Rome, mit au jour deux cercueils de cyprès couverts de lames d'argent, et ornés du signe de la croix. Chacun de ces deux cercueils contenait un corps revêtu d*habits d'or si riche, qu'on estime au poids de quatre-vingts livres d'argent et seize d'or, le métal qu'on en retira.

Dans le superbe tombeau de marbre de l'impératrice Marie, épouse d'Honorius (i), découvert sous le pape Paul III (2), on trouva, au milieu de plusieurs vases de cristal et d'agate, une infinité de bijoux rares et de si riches étoffes, qu'elles accusèrent le poids d'environ quarante livres d'or.

Nombreux sont les exemples que nous pourrions encore citer, pour montrer avec quel luxe d'étoffe on enveloppait les restes sacrés des saints, aux premiers siècles de l'Eglise.

Les deux suivants termineront ce paragraphe. Le premier est celui du célèbre suaire de saint Victor conservé à Sens. M. de Linas le croit d'origine byzantine, et du vi° siècle. Ce précieux tissu est décoré de médaillons ovales, dans lesquels est figuré un mystérieux personnage aux prises avec des lions.

Le second est celui du suaire de saint Germain, dans l'église de Saint-Eusèbe, à Auxerre. Cette belle étoffe ornée d'aigles aux ailes éployées, alternés avec des rosaces, aurait été donnée, d'après la tradition, par l'impératrice Placidie (3)

(i) Honorius (Flavius), empereur d'Occident (395-423).

(a) Paul I([, pape de i534 à 1549.

(3) Fille de Théodose le Grand, épouse de l'empereur Constance, goaveraa l'empire 4'Occident (388-45o).

pour couvrir le corps de saint Germain transféré de Ravenne, au v' siècle (i).

Après avoir parcouru les détails que nous venons de lui donner et s'être bien pénétré des notes historiques sur le « suaire », notes insérées aux pièces justificatives sous le n** 14, le lecteur ne trouvera donc pas étrange qu'au moment de leur translation solennelle dTzeron au prieuré de Saint- André-les-Olmes, les reliques de nos saints aient été déposées dans l'étoffe de soie et d'or dont est faite, aujourd'hui, notre célèbre chasuble.

Et maintenant, nous allons essayer de lui montrer que le riche tissu du comte Guillaume n'était point une simple pièce d'étoffe sans forme déterminée, quand il l'offrit pour envelopper nos saintes reliques, mais que c'était un vêtement civil à son usage personnel.

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