RELIQUES ET CHASSE DE SAINT RAMBERT EN
dans l'avenir, l*aniour et de notre intéressante église et de son illustre Patron.
Voici, d'après la tradition et quelques documents de nos archives paroissiales, comment eut lieu le providentiel sauvetage de noschères reliques. A la date du 8 septembre 1 798, au moment où l'orage révolutionnaire déchaîné sur la France multipliait partout les ruines et le deuil, la petite ville de Saint-Rambert jouissait encore d'un calme relatif. Bien qu'on entendît au loin gronder la tempête, chaque citoyen, malgré une vague inquiétude, vaquait librement à ses affaires. Nous croyons même que certaines cérémonies du culte divin n'avaient point encore cessé, dans le lieu saint. La petite chapelle Saint Jean-Baptiste était encore ouverte aux fidèles, qui y faisaient célébrer les saints mystères pour leurs défunts. La châsse de saint Rambert était encore sur le maître-autel de l'église Collégiale, vénérée et entourée de lumières.
C'est du moins ce que semblent nous révéler les intéressantes pages d'un « Journal de Recettes et Dépenses » daté de cette époque et ayant appartenu, c'est notre conviction, à un de Messires les curés ou chanoines de Saint-Rambert (i).
En effet, voici ce que nous lisons dans cet intéressant a Journal » : (2)
Plus le 20 janvier 1793, pour six messes, cy. ... 3* Plus pour deux messes aquitées les Lundis, à Saint Jean, et arrérages de payés, cy i ^
Depuis, jusqu'à ce jour 20 juin 1793, cinq messes, cy 2\ 10"
Le 29 juin, pour une livre cierges, cy 2* 10^
Le 8 septembre, pour une messe, cy o' 10*
(i) Messire J.-Baptiste Bérardier était curé de Saint-Rambert [cd 1793. Il avait prâté serment & la Constitution.
(3) Nous laissons à ces lignes l'orthographe que nous leur avons trouvce.
Le 8 septembre, pour fourniture devant les reliques de saint Rambert, lors du départ des citoiens dans les troubles de Montbrison, six livres 6'
Plus pour deux messes pour la Claire Missol, à l'occasion de son décès. i*
Jusqu'au 8 septembre, aucun grave événement ne semble donc avoir préoccupé les esprits. Mais dans la journée du 8 septembre lygS, si nous nous en rapportons à notre <c Journal », des bruits alarmants durent circuler dans la campagne et dans la ville. Et la population ayant vu avec surprise les citoyens partir ce pour les troubles de Montbrison (i) », commença sans doute à s'émouvoir, et à manifester des craintes sur l'avenir. Elle était chrétienne, elle savait, dans les jours de danger, recourir à Celui qui tient dans sa main, et les hommes et les événements. Aussi bien, la voyons-nous, à l'heure de l'épreuve, tourner ses regards suppliants vers le saint Patron qu'elle n'avait jamais invoqué en vain. Les fournitures dont il est parlé dans le <r Journal de Recettes et Dépenses » étaient, sans doute, des cierges allumés devant les reliques du saint, pour implorer son secours. Quoi qu'il en soit, la situation devenant critique, on se hâta de faire disparaître, soit du Prieuré, soit de l'église, tous les objets du culte divin, objets dont la vue était de nature à provoquer la haine et la fureur des stipendiés de la Révolution.
(i) On sait que Texpédition des Lyonnais dans le Forez eut lieu de jaillet à septembre 1793, et qu'à ce moment, c'est-à-dire vers la fin de juillet, le Directoire fit, de son côté, une levée de troupes dans le district de Saint-Etienne ; enfin, que les premiers détachements lyonnais et stéphanois à Montbrison arrivèrent les premiers jours de juillet, et que les premiers engagements autour de Montbrison eurent lieu pendant la journée du 3 août 1793. — Cf. Expédition des Lyonnais dans le Fore%, juillet à septembre 1793, par Cl.-Joachim Pur, capitaine qnartier-maitre de l'armée départementale lyonnaise, avec préface et notes de M. L. Chalcyvr, etc., 1889.
RELIQUES ET CHASSE DE SAINT RAMBERT EN 1 798 2gb
Nous venons devoir qu'à la date du 8 septembre lygS, les reliques de saint Rambert étaient encore exposées dans le lieu saint, puisque, à ce jour, quelque dévote personne fait une dépense de six livres pour fournitures devant les reliques de saint Rambert. Mais, comme il eût été imprudent de les laisser à découvert, et à la merci du fanatisme impie de quelques jacobins, Messires les chanoines de la Collégiale firent, sans nul doute, appel à la piété et au dévouement de quelques courageux paroissiens pour recevoir et cacher, dans leurs maisons, les saintes reliques et leur châsse.
C'est à ce moment que M"* Chapoton leur offrit son dévouement. Personne généreuse, mais surtout discrète, elle consentit à recevoir et à garder le sacré dépôt. Nous saluons, ici, avec respect, le nom béni d'une femme chrétienne digne des éloges mérités par ces héroïnes des premiers siècles de l'Eglise, qui exposaient leur vie pour sauver les corps des martyrs leurs frères.
On transporta donc, secrètement, dans la maison de M"* Chapoton, le riche trésor des reliques que l'on voulait soustraire à toute profanation sacrilège, et on prit toutes les précautions imaginables pour éloigner, de Téglise et des autels dépouillés de leurs ornements, les gens suspects de terrorisme.
Mais on ne réussit pas à protéger le lieu saint contre la haine et l'impiété. Les portes de l'église furent forcées, et, livrée au vandalisme le plus aveugle et le plus fanatique, la maison de Dieu fut transformée en atelier de travail et en lieu de trafic (i).
(i) L'église Sftint-Rambert garda intacts pendant les jours néfastes de la Terreur, sa chaire k prêcher, ses stalles du chœur, son banc d*oeavre. Sur un des panneaux de la chaire, qui est une œuvre du xtii* siècle, on voit encore, imprimée, la marque d'un fer à cheval. Ce qui fait croire qu'à cette triste époque elle servit d'écurie, ou peut-être d'atelier de forgeron.
Quant à M"' Chapoton, pour soustraire plus radicalement aux recherches iniques des émissaires du farouche Javogues le trésor des reliques dont elle avait accepté la garde et la défense, elle eut l'idée de les ôter de leur écrin séculaire, de les envelopper soigneusement, pièce par pièce, dans des étuis de toile blanche, et de les cacher dans une vieille arche de bois ou coffre à blé.
Ainsi dissimulés aux regards inquisiteurs, sous un amas de grains, les ossements sacrés de notre illustre martyr purent, avec quelques fragments du corps de saint Domitien, avec, probablement aussi, les petits reliquaires de saint Corne, de saint Tranquillin et de saint Roch (i), échapper aux profanations sacrilèges des révolutionnaires.
Nous avons encore sous les yeux les neuf étuis, de diverses grandeurs, tissés avec de gros fils de chanvre et cousus à points hâtifs, comme si la main qui les confectionnait, alors, avait fait diligence pour achever son travail.
Chaque étui porte en lettres tracées à la main, à la façon des lettres typographiques, et sur une bande de parchemin, le nom de Tos qu'il contient. Le type des minuscules de chaque légende est bien celui des lettres manuscrites du xviii* siècle.
Que devint, entre les mains de M"* Chapoton, la vieille châsse prudemment dépouillée de son trésor, dans les circonstances que nous venons de narrer? Cette vénérable châsse que le procès-verbal de la reconnaissance des reliques faite en 1780, par Messire J.- A. -François de Malvin de Montazet, vicaire général, appelle « très antique », fut
(i) Notre église était riche en reliques, avant la RéToIntion. Les reliques de saint Côme : une cÔte divisée en trois parties ; — celles de saint Tranquillin : une vertèbre ; ^ celles de saint Roch furent reconnues authentiques le 12 août i8o5, par MM. Gérentet et Javelle, prêtres, anciens chanoines de la Collégiale avant 1793 et seuls survivants des chanoines de l'ancien chapitre, en présence de M. Chevallier, curé de la paroisse et de Perrin. le vieux serviteur de la Collégiale. Ces reliques furent enfermées dans de nouveaux reliquaires pour être exposées à la vénération des fidèles, par une autorisation épiscopale signée Courbon, vicaire général, du ai août i8o3. — Voir les pièces justificatives n* 35.