PENDANT LA GRANDE RÉVOLUTION DE
Nous raconterons, dans ce chapitre, l'histoire intéressante du sauvetage de notre vénérable châsse et de son trésor de reliques, durant les mauvais jours de la Terreur, en 1793.
Pendant sept siècles, nous l'avons dit, la châsse contenant les sacrés ossements de saint Rambert, placée sur le maîtreautel, fut constamment Tobjet d'une profonde vénération de la part des fidèles de notre chrétienne paroisse, et d'un grand nombre de pieux pèlerins que la dévotion au saint martyr attirait de toutes parts (i).
Abritée sous la majestueuse coupole que les moines du Prieuré élevèrent, vers la fin du xi*' siècle, au-dessus du grand autel, comme pour lui servir de diadème, cette châsse vénérée restait, là, exposée aux regards de tous, invitant par ses
(I) On l'y voyait en l'année 1662, lors de la Yîsite pastorale de Mgr Camille de Neuville de Villeroy : « Sur le maistre-autel (est-il dit dans le procès-verbal de cette visite) il y a une chftsse de bois doré où sont les reliques de saint Rambert et de saint Domitien que nous avons vénérées. » {Archives du Rhône, Fonds Saint- Rambert, folio 383.)
mille lumières et ses nombreux ex-voto, les pèlerins à la prière et à la confiance. Mais elle ne quittait jamais le trône sur lequel on l'avait déposée, si ce n'est une fois chaque année, au jour de la fête anniversaire de la « Translation des Reliques ». Ce jour-là, si nous remontons à une époque déjà lointaine, c'étaient d'abord les religieux bénédictins du Prieuré qui la promenaient processionnellement aux chants des hymnes pieux, sous les voûtes sombres de leurs cloîtres décorés.
Plus tard, et lorsque le monastère eut été sécularisé (i), Messires les chanoines du Chapitre de la Collégiale, chargeant sur leurs épaules le vénéré fardeau, le portaient chaque année triomphalement en procession autour des murs de la ville, aux accents de joie de tout un peuple mêlant les cantiques à la prière.
Or, cette marche triomphale de notre chère châsse, à travers les rues de notre vieille cité, n'a jamais cessé d'être organisée, annuellement, par le zèle de Messieurs les Archiprêtres, aidés du dévouement absolument désintéressé de leurs paroissiens, excepté pendant les années malheureuses de la Révolution de 1793. Si bien qu'aujourd'hui en 1900, comme autrefois aux xn*, xiii*, xiv' siècles, et aux siècles suivants, la grande procession des reliques de saint Rambert se développe, chante, prie, avec le même entrain, la même piété, la même confiance, la même ferveur que jadis (2).
(1) La BéculariMtioa du monastère de l'Ile-Barbe eut Heu par une Balle du pape Paul UI, datée du mois d'avril 1549, et fulminée par son successeur Jules lU, le 3i août i55i. A la suite de cette sécularisation de l'abbaye de TIle-Barbe, eut lieu celle de tous les prieurés qui en dépendaient, par conséquent de celui de Saint-Rambert-en-Forez, dont l'Eglise était la première fille.
(3) C'était bien l'usage que les chanoines portassent sur leurs épaules la précieuse chftsse pendant la procession qui, chaque année, se déroulait autour des murs de la ville après en avoir parcouru quelques rues. Nous en avons pour preuve une note assez curieuse extraite du « Registre des actes capitulaires des chanoines de la Collégiale de Saint^Rambert • datée du 3 octobre 1723, laquelle note nous apprend qu'un jeune chanoine, Messire Degrasse, fut puni d'interdiction du chœur, pendant quinze jours, et privé de toute distribution pendant ce temps « pour avoir refusé,,, de porter le grand reliquaire à la procession de la Translation des reliques de saint Rambert «, conformément à l'ordre de Messire Morange, vicaire général, du la mai 1691. {Archives de la Loire, Fonds de Saint-Rambert.)
RELIQUES ET CHASSE DE SAINT RAMBERT EN 1 ygS 29 1
Nous dirons ailleurs comment se passent à la fin de notre XIX* siècle, et dans la paroisse Saint- Rambert, les cérémonies de la fête de son noble et illustre Patron.
Ici, nous ferons simplement le récit des circonstances dans lesquelles la châsse de bois doré, objet séculaire de Tamour et de la vénération des fidèles, fut soustraite au vandalisme des émissaires à la solde du sanguinaire Javogues (i).
Aux jours néfastes où la terreur régnait partout, une extrême prudence devait accompagner chaque parole, chaque acte, chaque démarche. Le moindre indice, le plus léger soupçon rendaient suspect; la plus vague dénonciation entraînait une visite domiciliaire ; et, après la saisie forcée, soi-disant légale, ne manquait pas de suivre l'arrestation arbitraire. Celle-ci, elle-même, ouvrait les portes d'une prison d'où l'on ne sortait que pour monter à Téchafaud.
En ces jours terribles du grand cataclysme de lygS, jours d'iniquité où la proscription des personnes et la destruction des choses saintes étaient à l'ordre du jour, on vit des fanatiques furieux, échappés aux antres de l'enfer, des monstres à figure humaine se livrer aux plus honteux excès. Iconoclastes sans pitié, les uns dépouillèrent les autels, violèrent les tabernacles, saccagèrent les reliquaires ; les autres brisèrent avec une satanique fureur les verrières étincelantes, les statues vénérables des saints, et en vinrent, les insensés ! au nom de la liberté de l'homme révoité, jusqu'à abattre, partout, le symbole de la Rédemption.
Malheur, alors, à qui était signalé pour jposséder ou abriter quelque objet portant un caractère religieux! Dénoncé comme suspect au Comité de vigilance, sa maison était aussitôt fouillée de fond en comble, et tous les objets délictueux
(1) Député à la Convention de 1793 pour la Loire qu'il terrorisa pendant plusieurs années. A la fin, devenu suspect lui-mâme, il fut fusillé, le 9 octobre 1796.
étaient transportés sur la place publique pour y être, au nom de la Raison déifiée, livrés aux flammes en présence de leurs ci-devant propriétaires.
Heureusement, la Divine Providence, sans la permission de laquelle pas un cheveu ne tombe de notre tête, veillait sur les restes sacrés de son noble martyr Rambert. Elle ne permit pas qu'une seule parcelle de ses ossements fût détruite ou profanée.
Aux heures terribles de troubles et de sang. Dieu, qui veut le salut de son Eglise, ne manque jamais de susciter des âmes héroïques pour faire triompher sa cause, alors que d'autres la persécutent.
Les corps des martyrs, jetés à la voirie par les bourreaux des empereurs romains, trouvèrent toujours des mains charitables pour les envelopper d'un suaire, et leur donner une pieuse sépulture.
Et, pendant les tristes journées de la Terreur, on vit non . seulement des familles héroïques donner, au péril de leur vie, asile aux prêtres et aux religieux pour les soustraire à la prison et à l'échafaud, mais il se trouva aussi un grand nombre de femmes courageuses qui ne craignirent point de recueillir, dans leurs maisons, les objets consacrés ou simplement bénits du culte divin : vases sacrés, reliques de saints, croix, images vénérées, etc., pour les soustraire aux mains destructrices de l'impiété.
Or, la femme courageuse, la chrétienne dévouée qui prit sur elle de soustraire notre châsse et son riche trésor de reliques à la fureur des bandits, dont la main sacrilège avait déjà dépouillé l'église de son riche mobilier, fut M*** Chapoton, dont l'honorable famille habite encore, de nos jours, la ville de Saint-Rambert.
Le nom de cette vaillante femme appartient à l'histoire locale, et il doit être béni par toutes les générations chrétiennes de la paroisse qui, maintenant, gardent et garderont