I-EUR RECONNAISSANCE CANONIQUE EN
Lorsque la tempête révolutionnaire se fut apaisée, et que le calme se fut fait en France, lorsqu'après 1793, l'Eglise, victorieuse de ses persécuteurs, réouvrit aux fidèles catholiques les portes de ses temples, et qu'elle fut libre d'y pratiquer les cérémonies du culte divin, alors les prêtres, confesseurs de la foi, que l'échafaud avait épargnés, revinrent au milieu de leurs ouailles pour reprendre l'exercice de leur sacerdoce, et, partant, relever les ruines morales et matérielles amoncelées autour d'elles.
Quant aux paroisses dont les pasteurs avaient payé de leur sang le refus du serment à la Constitution civile du clergé, elles furent confiées à des prêtres missionnaires, chargés par l'autorité diocésaine de les administrer et de les évangéliser.
A Saint- Ram bert, la persécution avait dispersé les membres du chapitre de la Collégiale, quelques-uns de
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Messires les Chanoines ayant même préféré mourir plutôt que d'être parjures à leurs devoirs sacerdotaux, l'administration de la paroisse fut confiée aux RR. PP. Dugueyt, Polhy et Le Go jusqu'à Tannée i8o3, où M. l'abbé Chevallier en fut nommé curé.
Or, MM. les Missionnaires chargés de rétablir le culte dans notre église, furent frappés de l'état de complet délabrement dans lequel l'avaient laissée les tristes journées de la Convention. Après avoir, grâce à la générosité de quelques familles dévouées, dressé de nouveaux autels, suspendu une nouvelle lampe à la voûte du sanctuaire, fixé le crucifix au-dessus du parvis du chœur, replacé sur leurs piédestaux respectifs les statues de la Vierge et de plusieurs autres saints chers à la piété des paroissiens, ils songèrent à placer la vieille châsse des reliques de saint Rambert sur un trône d'honneur plus digne que celui où elle reposait depuis 1796.
Nous n'avons pas oublié que la vénérable châsse avait été enlevée du lieu secret où on l'avait déposée, et apportée à l'église. Les reliques des saints Rambert et Domitien avaient été, elles aussi, enlevées de l'arche à blé où, cachées depuis trois années, elles attendaient l'heure du triomphe. Les dixsept lots, enveloppés dans leurs étuis de toile grossière, avaient été consciencieusement replacés dans leur écrin séculaire. Mais le bois, vermoulu sous l'action du temps, ne parut pas offrir aux vénérables reliques un asile assez convenable et assez sûr. C'est pourquoi, après avoir pris avis du conseil des marguilliers de l'église, MM. les Missionnaires décidèrent de faire fabriquer, par quelque ouvrier habile, une châsse nouvelle. C'était en 1801, et les marguilliers qui probablement hâtèrent de leurs deniers l'exécution de cette œuvre artistique, furent Jean Faure de Brochorier, Gaspard Besson, Pierre Giraud, cadet.
Et quand la nouvelle châsse eut été achevée, elle reçut le trésor de nos reliques insignes.
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Cette châsse vénérable devant laquelle les fidèles dévots à saint Rambert purent, dès les premières années de notre xix" siècle, s'agenouiller et prier, cette châsse nouvelle, œuvre d'un réel mérite, comme nous Tavons dit au chapitre XIP de ce livre (i), eut Thonneur d'une visite officielle et canonique en 1804. Cette visite fut faite par deux prêtres délégués de Son Eminence le cardinal Fesch, archevêque de Lyon; elle avait été provoquée par M. l'abbé Jean-Louis Chevallier, archiprêtre et premier curé de Saint-Rambert, après la grande Révolution.
Ce prêtre pieux et intelligent, dévoué et généreux pour ses paroissiens, ce pasteur dont le zèle éclairé s'appliquait à réparer, dans les âmes, les désordres causés par les excès de la période révolutionnaire et athée, comprit que pour ramener la confiance et la dévotion au saint Patron de la paroisse, il fallait montrer à son peuple, non plus seulement une châsse dorée et sculptée, simple œuvre d'art, mais convaincre les esprits de cette vérité, savoir : que la nouvelle châsse offerte à la piété des pèlerins contenait réellement les reliques du bienheureux martyr Rambert, que ces reliques étaient parfaitement authentiques, qu'elles n'avaient jusqu'à ce jour perdu aucune parcelle de leur ancienne puissance, en un mot, que fécondes jadis en miracles, elles pouvaient encore les multi* plier désormais, pourvu qu'on les vénérât avec confiance.
Aussi bien ne vit-il pas d'autres moyens plus efficaces, pour atteindre son but, que d'inaugurer la grave et solennelle cérémonie de la visite de ces mêmes reliques, ou par le premier Pontife du diocèse, ou par un de ses délégués.
C'est pourquoi, sur la demande que lui en fit M. l'abbé Chevallier, Son Eminence le cardinal Fesch, archevêque de Lyon, chargea son vicaire général, M. Courbon, de nommer deux commissaires pour faire la visite de la châsse de saint
(i) Section VI, page 234.
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Ratnbert, et procéder à une constatation publique de l'authenticité des reliques qu'elle contenait.
Les deux commissaires nommés pour cette visite furent : M. Claude ChoUeton, curé de la principale paroisse à Saint- Etienne-de-Furan, et M. Antoine Goquard, desservant de la succursale de Sury-le-Comtal. Ils avaient reçu commission le 26 septembre 1804, mais la cérémonie de reconnaissance des reliques n'eut lieu que le 1 1 décembre suivant, soit un an et demi après la nomination de M. l'abbé Chevallier à la cure de Saint-Rambert (i).
Afin d'inspirer à ses paroissiens un grand respect pour les restes vénérés de leur saint Patron, afin de raviver envers l'illustre martyr une dévotion que le malheur des temps avait bien attiédie; en un mot, pour les convaincre de l'authenticité de l'incomparable trésor dont ils étaient les heureux possesseurs, M. Chevallier voulut qu'on en fit la visite canonique publiquement.
La visite, annoncée d'avance, provoqua une curiosité bien légitime et réunit, à l'église, un grand concours de peuple et un clergé nombreux.
L'ouverture de la châsse fut faite; on y trouva les anciens procès-verbaux des visites de 1625, 1708, 1718, 1739, 1780 et 1790 (2), avec les dix-sept lots indiqués dans l'inventaire. Les lots portaient chacun leur numéro d'ordre, avec cette particularité que le lot n** 1 7 n'existant plus, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, la numération desdits lots passait du n® 16 au n® 18.
(i) M. Jean-Loais Chevallier, dont la mémoire bénie est encore vivante parmi nous, et que plusieurs de nos anciens, par exemple M. Triboudet, suisse de l'église, âgé aujourd'hui de 93 anSf M. Âbrial. âgé de 93 ans, et plusieurs autres d'un âge presque aussi avancé, ont connu; M. Chevallier, contemporain des deux chanoines Javelle et Gérentet, deax seuls survivants à cette époque de l'ancienne Collégiale, fut un pasteur selon le cœur de Dieu, plein de zèle pour le salut des ftmes. Il signait son premier acte de curé dans les registres de catholicité le i» mars i8o3, et son dernier le 4 mai 183 1. Il mourut le 14 du même mois.
(3) Voir les pièces justificatives n** 19, 30, 31, 33, 33.
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Après un examen sérieux de chacune des reliques, Messieurs les commissaires reconnurent leur identité, sur la foi de MM. Antoine Javelle, Claude-Josué-Pierre Gérentet, anciens chanoines, Antoine-Claude-Josué Gérentet de Saluneaux et Clément Perrin, serviteur de TEglise, les quatre témoins présents à la visite faite par M. de Malvin, vicaire général, vingt-quatre ans auparavant, le 23 octobre 1780 (i).
Bien que le parchemin qui nous conserve le souvenir de cette grande cérémonie paroissiale ne nous dise rien de l'éclat de la fête, de la joie de ceux qui en furent les témoins et des démonstrations ardentes de la piété autour de notre châsse bénie, cependant l'affluence des fidèles, le grand nombre de personnes qui ont signé au procès-verbal, leur notoriété, tout fait supposer que la reconnaissance de nos reliques fut entourée de la plus éclatante solennité.
Du reste, à chacune des visites et reconnaissances du trésor de notre châsse de saint Rambert, nous sommes heureux de constater l'empressement et des fidèles et du clergé à venir les voir, et à les vénérer.
Mais la lecture des anciens procès-verbaux, tout en réjouissant notre cœur de pasteur, et en nous donnant les plus délicieuses satisfactions, nous laisse toujours un fond de vague tristesse.
Pourrions-nous, en effet, assister impassible et indifférent à la dispersion, si souvent renouvelée, de nos chères reliques ? Il n*est pas un procès-verbal qui ne nous révèle quelque larcin.
Dans cette visite de Tannée 1 804, comme dans les précédentes, notre châsse eut encore le malheur de perdre plusieurs
(1) A la date du 5 mars 1899. nous avons trouvé, dans le fatte de la châsse actuelle, tous ce» mêmes procès-verbaux. Leur état de vétusté et leurs pages moisies et déchiquetées nous ont donne l'idée d'en faire >ur parchemin de nouvelles copies que nous avons remises à la même place tout auprès des anciens parchemins, enveloppés et cachetés de façon à ce que leur durée soit prolongée, le plus possible, pour l'instruction et la carioaité de nos succcaa«ars. *
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parties des ossements sacrés de saint Rambert. Messieurs les commissaires, délégués par l'autorité épiscopale, usant d'un droit à eux concédé, et sur la recommandation expresse de M. Courbon, vicaire général, ôtèrent de la châsse : i"" un os cubitus pour le transférer à l'église primatiale de Saint-Jean, de Lyon ; 2® un petit os extrait du lot des fragments des côtes^tt que M. Cholleton emporta dans son église paroissiale, àSaint-Etienne-de-Furan; 3" un petit os extrait du même lot que le précédent, et une vertèbre prise au lot intitulé sept vertèbres, que M. Coquard, desservant de Sury-le-Comtal, transféra en son église paroissiale.
Voici, d'après les détails fournis par les procès-verbaux de la visite de la châsse de saint Rambert, les lieux qui ont le bonheur de posséder quelques parties de nos insignes reliques :
I** Mgr Claude de Saint-Georges, archevêque de Lyon, pour l'église primatiale de Saint-Jean, emporta en 1708 : une vertèbre, une grosse dent, et un petit os du doigt de la main.
2* Mgr Emmanuel- Henry-Timoléon de Cossé-Brissac, évêque de Condom et prieur de Saint-Rambert, emporta, en lySg, pour en doter sa cathédrale et diverses autres églises de son diocèse : quatre morceaux des ossements de saint Rambert.
3** M. Claude Cholleton, curé de Saint-Etienne-de-Furan, emporta, en 1804, pour les exposer dans son église archiprêtrale : un petit fragment des côtes.
4" M. Courbon, vicaire général du diocèse de Lyon, fit prendre, en 1804, pour l'église primatiale de Saint-Jean, de Lyon : un os du bras.
5" M. Antoine Coquard, desservant de Sury-le-Comtal, emporta, en 1 804, pour les exposer dans son église paroissiale : I* une vertèbre-^ 2^ un petit fragment des c64es.
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Que ces précieux ossements du corps sacré de notre illustre saint Rambert, honorés avec piété, vénérés avec confiance soient, pour les églises qui ont le bonheur de les posséder, et pour les pasteurs zélés qui en favorisent la dévotion, une source de grâces spirituelles et de bénédictions temporelles!
Depuis la grave cérémonie de la reconnaissance de nos saintes Reliques, en 1804, jusqu'à Tannée 1872, la vénérable châsse qui les renfermait n'eut que rarement l'honneur de paraître dans les grandes cérémonies de l'Eglise, entourée de lumières et de fleurs. Car nous ne voulons pas compter au nombre des reconnaissances canoniques de notre châsse, la simple constatation que fit, en 1 838 ( i), de sa présence dans l'église M. le chanoine Cattet, vicaire général du diocèse. En efiet, le procès-verbal de cette visite pastorale du 1 1 mai de la même année, ne nous apprend qu'une chose : c'est que le grand reliquaire authentique était, à cette époque, privé de son sceau. Remarquons cependant, en passant, l'épithète authentique accolée, dans le procès-verbal de la visite paroissiale faite par M. le vicaire général, au mot grand reliquaire. Elle est une preuve que l'on possédait en i838, comme en 1 804, et comme bien auparavant dans notre église, le trésor des vraies reliques de saint Rambert.
Chaque année cependant, au jour anniversaire de la fête de la Translation des Reliques de saint Rambert, le 3 octobre, fête patronale de la paroisse, — dont la solennité a été, depuis, renvoyée au dimanche suivant, — la châsse paraissait à la grande et belle procession faite autour de la ville, en souvenir du jour mémorable où arrivèrent miraculeusement, de Saint-Rambert-en-Bugey en notre prieuré de Saint-Andréles-Olmes, ces mêmes saintes Reliques.
(1) Visite de la paroÎMC de Saint*Rambert-iur-Loire par M* Catur, vicaire général du diocèie. (Archivas paroissiales,)
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Portée, alors, sur un brancard orné de draperies rouges frangées d'or, précédée d'un nombreux clergé, suivie d'une foule de fidèles respectueux et recueillis, elle s'avançait triomphalement aux accents des hymnes pieux et semblait, chaque année, renouveler une prise de possession de sa vieille et chère cité.
Puis, les jours de fête une fois écoulés, elle rentrait dans l'obscurité et le silence où la confinaient l'oubli et Tindifférence, bien pardonnables, d'une population qui n'aurait pas mieux demandé qu'on lui parlât de son Patron, qu'on lui montrât ses reliques bénies et qu'on mêlât, autour de la châsse de saint Rambert, plus de fleurs et de lumières à plus d'hymnes et de prières.
Cependant un homme vint, d'une intelligence rare, et d'une fermeté de caractère peu ordinaire greffée sur un fond d'originalité toute légendaire, un prêtre d'un grand dévouement, M. l'abbé Subtil, notre vénéré prédécesseur qui, d'un seul regard embrassant le vaste champ que l'autorité diocésaine lui donnait à cultiver, en i863, comprit bien vite que les deux premières fleurs dont il devait chercher l'épanouissement, c'était l'amour de Jésus-Christ et l'amour du Patron de la paroisse.
Mais comment attirer les fidèles sous les voûtes d'une église qui, si elle avait une réelle valeur comme monument historique, n'en offrait pas moins un état de délabrement peu fait pour charmer les sens^ et encore moins fait pour inspirer la piété ? Cette église, à force de sacrifices demandés à sa bourse et à celle de paroissiens généreux, il l'eut bientôt débarrassée de. tous les encombres^ de tous les anachronismes, de tous les amas de plâtre qui furent la parfaite expression de l'ignorance archéologique et du mauvais goût architectural de la première moitié de notre xix* siècle. Il la fit, notre chère église, ce qu'elle est aujourd'hui,
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un monument parfait du style roman simple et vrai, un monument comme ceux que bâtissaient,' il y a huit siècles, nos moines bénédictins, et dont nos architectes modernes s'appliquent à reproduire, dans leurs travaux religieux, les plans si bien conçus, les lignes si pures et les silhouettes si imposantes, sous le vaste ciel de notre plaine du Forez.
Mais comment faire revivre dans les cœurs Tamour du Patron, saint Rambert, alors qu'aucun monument, aucune statue ne rappelait aux fidèles le souvenir du grand martyr, alors surtout que l'ancienne châsse renfermant ses ossements n'était exposée à la vénération des fidèles qu'une seule fois pendant Tannée, et durant les seuls jours de la fête patronale et de son octave ?
M. le curé Subtil n'eut pas de peine à comprendre que le vrai moyen de raviver, dans l'âme de ses nouveaux paroissiens, la confiance en leur saint et puissant protecteur, c'était de leur en parler, de leur en montrer les restes sacrés, de leur ouvrir les pages d'un livre où ils pussent, sans cesse^ retrouver, nous ne disons pas la vie intime et édifiante du saint, mais du moins le souvenir des bienfaits dont il avait coutume de favoriser ceux qui, dans des temps plus chrétiens que les nôtres, savaient l'invoquer.
Or, ce livre constamment ouvert aux yeux de ses paroissiens, et dont la lecture devait faire refleurir à notre époque les beaux jours de la dévotion d'antan, à Saint- Rambert, M. le chanoine Subtil le composa de deux grandes et superbes pages : l'une de pierre, c'est Pédicule sur lequel repose aujourd'hui notre châsse vénérée ; l'autre de bronze, et c'est la châsse nouvelle dans les parois empourprées de laquelle sont enfermées les Reliques insignes de notre saint martyr.
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Nous avons parlé, au chapitre XII*, de ces deux monuments qui, dans le trésor de notre église, après la fameuse chasuble de soie et d*or, la monstrance d'argent repoussé du xv' siècle, la toile célèbre de Notre-Dame de Pitié, attribuée à Valentin, la chaire sculptée du xvii* siècle, les cippes, les chapiteaux, les frises historiques, etc., ne sont point indignes de la visite des amateurs de chefs-d'œuvre.
LES
TRANSFEREES