‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 61 sur 119 · DANS UNE NOUVELLE CHASSE EN · texte numérisé non relu

DANS UNE NOUVELLE CHASSE EN

La nouvelle châsse qui remplace celle de 1801, nous l'avons dit au chapitre XIP, page 238, est un vrai et très exquis chef-d'œuvre sorti des ateliers de M. Tissot, de Lyon. Mais ce qui ajoute encore à son prix, c'est qu'elle est un don généreux de plusieurs chrétiennes familles de la paroisse Saint-Rambert (i).

Elle fut placée en 1872, par les soins de M. le curé-archiprêtre Subtil, sur un petit édicule élevé dans la nef latérale de Téglise, côté Nord, sous l'arceau aveugle où s'ouvrait, jadis, la grande Porte dite « des

(i)Lct très honorables familles Louis Gérentet et William Neyrand, ainsi que plasieors antres qui ont voulu garder l'anonymat, se chargèrent généreusement des frais de la châsse et de l'édicnle où elle repose.

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Lions » (i) qui mettait en communication l'église conventuelle avec la chapelle Saint-Jean-Baptiste. Cet édicule, dont le plan est de M. Bresson, Tarchitecte éminent auquel nous devons les intelligentes réparations de notre vieille église romane (2), fat exécuté par M. Fabisch, sculpteur lyonnais, dont les œuvres ont un mérite non discuté ; décoré par M. Razuret, peintre aussi lyonnais, d'un réel talent, dont le pinceau habile a su donner aux murs intérieurs de l'édifice une ornementation parfaitement en rapport avec son air médiéval. L'œuvre, très artistique, se dessine aujourd'hui sur un fond d'or antique, derrière une grande et superbe grille en fer forgé (3) qui le met à l'abri de toute indiscrétion, tout en le signalant davantage à la piété des pèlerins.

A l'occasion de la translation du trésor des reliques des saints Rambert et Domitien, de l'ancienne châsse de 1801 dans la châsse en cuivre doré de 1872^ M. l'archiprêtre Subtil organisa une magnifique fête, dont le souvenir est présent

(i) Cette porte, qui faisait communiqaer la chapelle paroissiale Saint-Jean-Baptiste avec réglise conventuelle du Prieuré, est depuis longtemps condamnée. En effet, un abénévis pour enterrer dans l'église Saint*Rambert, accordé par illustre Laurent de Siraiane, seigneur prieur, à Barthélémy Faure, notaire royal, daté du 3o novembre 1619, permet d'enterrer • lui « et les siens successeurs à l'advenir en Tiglise Saint-Rambert, le long de la muraille de « ladite église du côté de bise, entre l'autel sous le vocable de saint Antoine, et la place « où était la grande porte de ladite église, à présent closes le long de la tombe de feu « vénérable Jean Favier, vivant sacristain de l'église, etc.. etc. ». On voit encore, au dehors, deux lions sculptés en creux au sommet de chacun des pieds-droits de cette porte. Le lion a toujours été regardé comme le symbole delà force et de la vigilance. Le christianisme, en le plaçant à la porte et en diverses parties de ses temples, a suivi l'exemple de l'église judaïque qui regarde le lion comme l'image de la juste sévérité dont les pasteurs doivent s'armer contre ceux qui s'obstinent à méconnaître leur autorité.

(3) Les intelligentes et sérieuses réparations de notre église, pour lesquelles M. le chanoine Subtil se donna tant de mal, quêtant, sollicitant des souscriptions auprès de ses paroissiens et de ses amis, ne craignant point de faire lui-même de généreux sacrifices, furent exécutées, croyons-nous, en 1871-1873 et coûtèrent la sojnme nette de 28.459 fr. 35. Nous voyons, en effet, d'après le livre des délibérations de la fabrique, qu'à fin décembre 1872) toutes les dépenses fkites pour les réparations de l'église étaient soldées.

(3) Cette grille de fer dont les plan et dessin sont dus au crayon de M. Dominique Girard, architecte lyonnais, est l'œuvre habilement exécutée d'un très intelligent maîtreserrurier de Saint-Rambert, M. Chol, dont les ateliers, bien dirigés, ont encore fait le bel appui de communion qui sépare, dans notre église, le sanctuaire du choeur. Voir page 242. FiG. 43.

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encore à la mémoire de tous les paroissiens qui portent le poids du demi-siècle.

L*Eglise catholique, qui a toujours gardé le plus profond respect pour les restes des Saints, après le passage de leur âme à une vie meilleure, et qui a autorisé le culte de leurs restes sacrés, n'a pas voulu que ses ministres touchassent jamais aux divers trésors de reliques, sans qu'ils se soumissent aux exigences d'un cérémonial composé tout spécialement pour la circonstance. Et cela, autant pour sauvegarder le respect dû aux cendres des bienheureux, que pour mettre leur authenticité à l'abri de toute critique (r).

C'est pourquoi M. l'archiprêtre Subtil, après avoir appris à ses paroissiens l'acquisition qu'il venait de faire d'une châsse plus riche et plus commode, pour contenir les reliques de leur saint Patron, leur annonça que la cérémonie de la translation se ferait avec la plus grande solennité, en présence des représentants de l'autorité archiépiscopale.

Au jour marqué, en effet, le clergé des environs, convoqué à cette intéressante cérémonie, accourut avec empressement sur l'invitation paternelle de son archiprêtre. La petite cité de Saint-Rambert elle-même, toute joyeuse, prit ce jour-là un air de fête, et les fidèles attendaient avec impatience le moment où ils pourraient contempler la merveille annoncée.

C'était le dernier dimanche de septembre 1872: l'aube avait à peine blanchi les premières crêtes de Saint-Just-sur- Loire, que l'air retentissait déjà du gai carillon de nos trois cloches, dominé par les notes graves du bourdon. C'est la voix pieuse de la religion qui appelle les fidèles de la paroisse à une fête aussi intéressante que rare.

(0 L'ouverture d'une châsse, non plus que la translation des reliques qu'elle contienti ne se peuvent faire sans l'autorisation de l'Ordinaire. Elles doivent avoir lieu en sa présence, ou en la présence de ses délégués et d'autres témoins indépendants, choisis ad Aocjesquels constatent et signent le procès-verbul, après examen sérieux.

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La vieille église parée de ses plus beaux ornements, toute éclatante d'or et de lumière, ouvre ses grandes portes à Theure de vêpres, et bientôt ses vastes nefs sont envahies par une foule compacte, désireuse de jouir du rare spectacle qu'on lui a promis.

Le chant des psaumes fini, un magnifique panégyrique du saint martyr est prononcé par M. l'abbé Plantîn qui fait passer sur les âmes de son auditoire attentif comme un soufHe de foi et de confiance en ce puissant protecteur. Et lorsque la foule, empoignée par la parole brûlante de l'éminent prédicateur, s'est prise à admirer les vertus de son auguste patron, lorsque émue au récit de son martyre, elle voit le clergé, croix en tête, s'approcher de la vieille châsse de bois doré pour en faire l'ouverture et la reconnaissance, elle perd son calme et s'approche pour voir de plus près et toucher si possible, les restes si vénérés du martyr illustre dont on vient de lui parler avec tant d'onction et de vérité (i).

C'est, en effet, le moment solennel du transfert des reliques. M. le chanoine Peurière, curé archiprêtre de Notre-Dame de Montbrison, délégué de Mgr Ginoulhac, archevêque de Lyon, est là près des deux reliquaires déposés du milieu du chœur, sur de magnifiques autels improvisés, et marqués aux couleurs du martyr. Autour de lui, et lui servant de témoins, MM. Subtil, curé archiprêtre de la paroisse, Benoît Maugé, Alexis Dupin, ses dévoués vicaires, Plantin, missionnaire diocésain, Jean-Baptiste Grata, prêtre, et un grand nombre d'autres prêtres des paroisses voisines. M. le chanoine Peurière ouvre la vieille châsse, prend connaissance des procès-verbaux y enfermés, reconnaît les 17 paquets ou lots de reliques mentionnés dans les procès-verbaux de 1625 et de 1804, puis, aux chants des hymnes consacrées

(1) Voir la monographie de la chisse de 1873, au chap. XH. page 338.

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à saint Rambert (i), sous les regards avides d'une foule, à bon droit curieuse, il transporte les sacrés restes de notre royal martyr, du reliquaire ancien dans le reliquaire nouveau (2).

Et lorsque la magnifique châsse a reçu le trésor qu'elle doit garder ; lorsque le sceau de Sa Grandeur Mgr Ginoulhac a été apposé sur la cire rouge qui couvre un nœud fait de quatre fils d*or, protecteurs des reliques; lorsqu'enfin la châsse d'or aux émaux variés et chatoyants a été placée sur son brancard richement orné de draperies rouges, alors, quatre diacres en dalmatiques la prennent sur leurs épaules et la portent triomphalement autour de la ville.

Vingt prêtres en habit de chœur lui font une garde d'honneur, en même temps qu'ils ne cessent de répéter l'hymne à la louange de l'illustre martyr. La foule précède et suit la belle châsse à laquelle elle fait comme un immense et harmonieux cortège. Les chants, les prières partent des cœurs et des lèvres de mille pèlerins qui marchent gravement à l'ombre de nombreuses bannières aux plis flottants. Le spectacle est imposant.

La châsse brillante, élevée au-dessus des têtes par les jeunes diacres, et entourée d'une foule immense qui lui fait ovation, rappelle ici TArche d'alliance rentrant en triomphe dans la ville de Jérusalem, au sortir de la maison d'Obédédom. Les jeunes lévites l'avaient chargée sur leurs épaules, des chœurs de danses s'étaient formés autour d'elle, tous les Hébreux lui faisaient cortège, et toute la maison d'Israël éclatait en des transports de la plus vive joie.

Inoubliable fête que celle du 28 septembre 1872,011 notre illustre Patron et Protecteur saint Rambert eut l'heureuse occasion de faire le tour de sa chère cité, comme pour en

(i) Voir tux pièces justificatives, n* 36, le procèi-yerbal de la cérémonie. (2) Voir aoz pièces jastifîcstives les hymnes consacrées à saint Rambert. n* 27.

prendre à nouveau possession. C'est afnsî qu'un bon roi parcourt son [royaume afin d'en connaître l'étendue et les confins, et de faire savoir à ses sujets qu'il est leur seigneur et père.

De cette époque, déjà lointaine, date le transfert de notre fête patronale, du troisième jour d'octobre au dernier dimanche de septembre. De temps immémorial, le 3 octobre avait gardé ses hymnes de fête pour les offrir à saint Rambert. La malheureuse coïncidence de la fête balladoire avec la fête de saint Rambert est venue modifier un usage des plus respectables.

Hâtons-nous de dire que cette coïncidence n'a eu aucune influence fâcheuse sur la dévotion de nos paroissiens envers leur bien-aimé Patron. Aujourd'hui, comme il y a trente ans, la fête de saint Rambert se célèbre avec la plus grande solennité et la plus consolante piété. Aujourd'hui, comme aux siècles passés, la procession autour de la ville se fait avec le plus généreux empressement et le plus édifiant concours de fidèles. La châsse des reliques de saint Rambert, placée sur un brancard aux draperies rouges frangées d'or, est toujours portée en triomphe autour de la ville, par le même chemin qu'ont suivi nos ancêtres. La foule accompagne toujours et avec recueillement la marche triomphale de « Monseigneur saint Rambert » à travers les rues de sa chère cité.

On ne s'arrête plus, il est vrai, sous Tarceau de la porte de la « Chana » démolie, pour chanter, devant la statue équestre du saint qu'elle abritait, l'antienne au martyr. Mais on fait halte, un instant, en face de la modeste niche qui a reçu l'exilé du rempart, pour lui redire le chant de l'amour et du triomphe (i).

(i) Répons à saint Rambert, tiré de TOffice de la Translation de ses reliques :

Sancte Ragneberte Christi martyr audi rogantes servalos, et impetratam cœlitas tu defer indulgentiam- O Ragneberte sidus aureum Domini gratift, servorum gemitus solitfl suscipe clementifl. Et impetratam, etc. — Gloria Patri, et Filio, et Spiritai Sancto. Et impetratam, etc. — Aperi os tuum in orationem, et pro delictis nostris deprecare. Et impetratam, etc. — Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sœcula sœculorum. Et impetratam, etc.

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Et, pendant le parcours de la procession, les prières ferventes, les cantiques pieux des chœurs de jeunes filles, les hymnes liturgiques chantées par les prêtres, les notes triomphantes des instruments de cuivre et de bois, l'éclat des vêtements d'or du clergé, les oriflammes multicolores, les bannières déployées, en un mot, la joie épanouie sur tous les visages disent assez l'amour de notre chrétienne cité pour son royal et illustre Patron, et proclament avec autant de force que jadis, son céleste crédit.

Et c'est parce que nous ne voulons pas voir diminuer, dans l'âme de nos chers paroissiens, l'antique confiance de leurs aieux en la puissance des insignes reliques de saint Rambert, que nous nous essayons à déployer la plus grande magnificence, chaque année, au jour de la fête de la Translation de ses bénies reliques.

Cette fête patronale est suivie d'une octave d'actions de grâces, dont les prières, récitées auprès de la châsse, ont déjà attiré. Tannée dernière, un très grand nombre de fidèles.

Et, afin que leur nombre croisse, de jour en jour, autour des précieuses reliques de notre illustre Patron, afin que la confiance des cœurs chrétiens trouve un aliment agréable et constant dans le culte de notre glorieux martyr, nous avons sollicité et obtenu de Rome Tinsigne faveur d*une indulgence plénière, dans les conditions ci-après énoncées.

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