‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus, composée sur les documents inédits et authentiques (volume 2)Chapitre 2 sur 34 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Expalsisn des Jésaites de Russie — \41ar situation dan« rEmpire. — Jalousie des Popes et des UiiîTersitès — Alexandre charge les Pères des Missions et Sibc^rie et d'Odessa. — Le duc ée %jichelieu et Tabbé Nicolie. — Brzozowski, Géuéml des Jésuiles, et le comte Joseph de Maislre. — Leur plan pour (émanciper l'édu* calion. —-Exigences des Universités. — BrzuzoAVbki sfadre^se au comte Rasoumofr^ki. — Les étrangers dans le corpt enseignant. — Les Jésvites demandent que le Collège de Polotsk soit érigé en Université. — Alexandre hésite. — Le comte de Maislre prend parti pour tes Pères. -^ Portrait de Joseph de Mai«tre.

— Ses lettres au ministre de l'instniclton publitiiM. — Le Czar ordonne que le Collège des Jésuites devienne Université. — Prcipi des Jésuites de passer en Espagne pour y rétablir l'Institut, r# 1842. -- La Société biblique et le prince Oalilzin, ministre des cultes. — Caractère d'Alexandre )f*, — M adopte l'idée des Sociétés bibliques. — Les Evéques du rite romain encouragés par le prince Oalilzin entrent dans la Société l^iblique.-^ Les Jésuites reCusenl dVn faire partie.

— Ils la combattent. — Accroissement des Catholiques. — Causes de cet accroissement. — Alexandre Galilzin embrasse le Catholicisme. — Colère de son oncle. ~~ Lettre du Père Billy. — Les Sociétés bibliques préparent la chute de la Compagnie— Moyens employés pour y parvenir. — Les idées delà Sainte-Alliance exploitées coul|^ les Jésuites par les Protestants et les schismatiques grecs. — Ukase qui exile les Jésuites de Saiul-Pétersbourg. — Alexlndre basa sur des inotirs religieux son décret de proscription. — VJnvnlide rus0ft{ le Père l||paven. —Causes secrètes des ménagements de TEmpercur à l'égard des Jésuites. — Saisie de leurs papiers. — Brzozowski écrit à Alexandre. — 11 demande à jj^rtir pour- Rome. — L'empire de Russie devient simple Province de TOrdre» — Les Jésuites expulsés de Russie. — Rapport du prince Galitsin. — Accoiations qu'il contient. — Les Jésuites Missionnaires. — Leurs travaux. -^ Le Père Grivel au y<dga. -^ Le Fire Coince h Riga. — Ses œuvres de diarité et d'édtcition popu-

lûre. —Ses institutions. — Le marquis Pallucci. et le Jésuite. — Le Père Gilles Benry au Caucase. — Les colonies de Mozdok. — La corresp(Adance eu Missionnaire.— Le gouveniement russe propose aux Jésuites de ne pas sortir de leurs Missions. — Les Jésuites refusent d'adhérer. — Dispersion des Pères. — La Cogi^agnie de Jésus à Rome. — Travai/" intérieur de ses membres. — Situation dtfKLDSjitut. — Ses premiers Collèges. — Le Noviciat de sRnt André. — Charles» EmBnuel, roi de Sardaigpe, se fait Jésuite. — 11 meurt au Noviciat. — Mort de Brzozowslii, Général de TOfdre. — Le Père Pétocci, désigné Vicaire, fixe la Congrégation Générale. -*• Le cardinal della Genga et son oppositian .'— Pétrucci ordoMj^HX Profès députés de suspendre leur voyage. — Le Père Rozaven leur ' écrit dilpasser outre — .Nouvelles exigences du cardinal dclla Genga pour cn^ li-aver rélecli4)n. — Soupçons des Jésuites. — lis s'adressent au Pape. — ,W

1 ♦ CHAI». I. — HISTOIKE

cardinni Consalvi l^mrsure. — Plan de rinirigtitf ourdie pour modifier les Con^tiluliont. — LaXftngrégalion s'assemble. — Pi'iiiicci cherche à se débar*rasser des Pères qui se défient de lui. — La Congrogaiion frappe de déchéance le Vicaire-Général. — Loyis Fortis est nommé < hef de VQ||lre de Jésus. -- Condamnation de ceux qui ont voulu porter la discorde dans nnstilut. — Commissaires nommés pour la révisioo du Ratio studiorum.

A peine la Société de Jésus fut-elle reconstituée dans le

monde catholique , qu'elle se vit bannie de FEmpire devenu son

* second berceau par les soins de l'impératrice Catherine et de

♦ Paul 1«'. Le jour des restaurations était arrivé ; les rois de la

H|||ison de Bourbon , à lexcfciple du Souverain-Pontife Pie Vil, essayaieni; de réparer la '^ande iniquité contre laquelle Catherine de Russie et Frédéric IL da Prusse protestèrent si énergi- ^ quemerit. Les Jésuites étaient réhabilités par le Saint-Srége et par les rois qui avaient rejeté Tlnstitut ; dans le même temps la Russie, leur patrie d'adoption , les repoussait de son sein. Après f les avoir reçus proscrits , elle semblait regretter la bonne foi de

son hospitalité et dénoncer à TEurope les Religieux préservés de i la mort. Ce revirement d'idées pouvait être fatal à la Compagnie

' de Jésus ; il l'exposait à des sou|lçons qui, inévitablement, allaient réveiller les vieilles haines ; il embarrassait ses premiers pas sur un sol encore mal affermi. Lo- Czar , au plus haut point de sa puissance militaire et morale , eût été pour les disciples de saint Ignace , ses sujets ou ses hôtes , un ennemi dangereux ; Alexandre trouva assez de justice dans son cœi^ pour ne pas laisser dénatur^ les motifs de l'expulsion des Jésuites ; il n'en fit pas mystère , il ne s'attacha point à propager contre eux des

* mensonges que leurs ennemis de tous les temps auraient accueillis avec avidité. Cette expulsion n'eut rien de déshonorant ni pour la conscience ni aux yeux des hommes , elle fut le^produit d'une rivalité (Je religion. L'Empereur et le gouvernement russe la présentèrent dans ces termes ; l'Europe l'accepta ainsi : pour la faire comprendre, il n'y a donc qu'à développer les événements et les cara<4ères.

• Tant que les Jésuites ^ encore peu nombreux , s'étaient occupes de reconstruire leur Société avec les débris du naufrage , le Cierge rusic et le corps enseignant n'avaient fait éclater- aucune défiance contre ces proscrits. Sans prendre ombrage de leur

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aplitude )K>nr élever la jeunesse , on les hiis$»it , au fond de la Russie-Blanche ou au milieu des colonies du Volga , porter TE- Tangile et la d|jjiisation. Mais , lorsque lamitié de Paul K pour le Père Gruber, et les rapides succès d'une milice à peine réorganisée et toujours aussi fnodérée que savante eurent placé les Jésuites sur un plus vaste théâtre , les Popes et les Universitaires de Vilna sentirent qu^un coup funeste allait être porté à leur omnipotence La comparaison que toutes les intelligences établissaient tournait à leur détriment. Ils s'avouaient leur infériorité dans les lettres humaines comme dans les sciences divines. Trop humiliés, trop tenus en servitude pour se relever de cet abaissement normal, ils lie consentaient pas cependant à perdre le dernier reflet de pouvoir qui assurait leur précaire * existence. Le pope russe n*est pas dans les conditions du prêtre *

catholique ; il ne peut en avoir Tobéissance raisonnée , il n*en a jamais eu l'éducation, la charité et le zèle. On ne le voit point, aumônier du riche et père du pauvre, inspirer à toutes les classes le respect et la coufiance. Le speetacle des vertus que les Jésuites lui donnaient, la considéra tioif dont ils jouissaient , cet ensemble de devoirs accomplis, tout cela fit une profonde impression sur le Clergé schismatique. L'admiration dégénéra . bientôt en Jalousie, il n'était pas possible d imiter les disciples de saint Ignace dans 1 enseignemeitt et dans Tapostolat : les prêtres grecs, da concert avec les Universitaires, se mirent à leur déclarer une guerre sourde. On épia leurs paroles, on dénatura leurs pensées, on essaya de rendre suspecls leurs act«s les plus indifférents ; on mit en jeu Torgueil national , on affecta des craintes chimériques sur la perpétuité de la religion du pays que y m pifiendait menacée par le prosélytisme. Quand ces ferments fyrent semés dans les cœurs, on attendit Theure favorable h • leur développement ; celte heure ne tarda pas à sonner.

Alexandre avait suivi , à Tégard des Jésuites , la ligne tle condute adoptée par son aïeule et par son père. Il les protégeait, il *^

les encourageait, et, en 1811, il leur avait ouvert la Sibérie. Une . Mission s'était formée dans ces déserts inhospitaliers , car Tâme ' chrétienne de rKmpereur n'osait pas abandonner sans secours religieux les Catholiques exilés ou ceux que Tappât du gain rete-

naît an Milieu des glaces. Trois Pères de la Compagnie , désignés par le Monarque, se rendirent à ses vœux; dans la même année d'autres partaient pour Odessa. Cette naissante colonie devait à deux Français la part la plus merveilleuse de ses prospérités. Le duc de Richelieu et Tabbé NicoUe voyaient, chacun dans sa sphère , triompher le plan de gouvernement et d'éducation qu'ils avaient proposé. Ils demandèrent des Jésuites pour donner à leur œuvre l'extension dont elle était susceptible ; il fallait agrandir le cercle des progrès sociaux. Les Missionnaires de l'Institut avaient le don des langues. Par la persuasion ou par la charilé ils prenaient un ascendant irrésistible sur les barbares ; il les réunis* saient en famille afm de leur apprendre peu à peu à bénir le joug de la civilisation. L'Empereur voulut s'associer aux projets de Richeheu et de Nicolle ; d'autres enfants de saint Ignace furent envoyés par lui à Odessa. Cette ville devint le centre d'une nouvelle Mission qui répandit en Crimée le bienfait du Christianisme.

Le Père Thaddée Brzozowski étudiait le travail de l'Qrdre dont il était le chef; il connaissait la pensée dominante de l'Empereur , pensée ne tendant à rien moins qu'à propager l'instruction dans les terres les plus reculées. Âfm de seconder un aussi louable projet, Brzozowski ne craignait pas de s'engager dans un conflit avec les ambitions universitaires. Doué d'une rare intelligence, esprit tenace et patient, il se sentait appuyé par un homme qui jouissait à la cour de Russie d'une autorité plutôt due à son .génie qu'à son titre diplomatique. Le comte Joseph de Maistre, ambassadeur de Sardaigne auprès du Czar, s'était, avec la franchise de ses convictions et la roideur un peu absolue de son caractère, prononcé en faveur des Jésuites. Il les soutenait comme une des clefs de la voûte sociale ; et, dans ce laborieux enfantement d'un plan d'éducation populaire , il excitait Brzozowski à créer à son Institut une position indépendante. Les Maisons des Jésuites étaient subordonnées aux Universités de leur ressort. Il importait d'affranchir les collèges de ces tiraillements intérieurs que l'esprit de monopole ne cesse de susciter , et qui compromettent l'avenir. Des discnssions s'étaient plus d une fois élevées entre TAcadémie de Vilna et les Pères de

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DE LA COMPAGMiE DE JESUS. 5

Pololsk. L'Université désirait, à force de surveillance chicanière et de prescriptions minutieuses , altérer dans son essence réducation donnt'^ par les Jésuites. Elle les entravait dans leur marche et leurs progrés , elle voulait que les jeunes gens sortis du Collège de la Compagnie vinssent recevoir dans son sein le complément di Finstruction. *

L'Université de Vilna, renforcée d'un grand nombre de docteurs étrangers et de régents cosmopolites , affichait alors des principes anti-catholiques. Elle avait le droit incontesté de pro* fesser la Religion de TElat , d'exiger même que cette Religion fût resoectée dans toutes les chaires ; mais ce droit ne s'étendait pas jusqu'à discuter la foi des autres sujets russes et à chercher à la tuer sous l'arbitraire. Les Jésuites, là comme partout, invaquaient la hberté. Soumis à l'inspection de Visiteurs universitaires , les Pères ne s'opposaient point aux rigoureux examens dont leurs élèves étaient l'objet. Cet état d'infériorité légale ne nuisait en aucune façon à la Société de Jésus ; mais il enl^tenaitdans les esprits une irritation qui , à la longue ,. pouvait empêcher les Novices de la Compagnie et les professeurs de Vilna de se livrer à des études sérieuses. Cette question de prééminence avait souvent été traitée aux deux points de vue. Le débat l'avait agrandie; peu à peu elle était devenue une question d'Etat. Le Père Brzozowski s'efforçait de mettre un terme à cette instabilité, et, le 24 août 1810, il écrivait au comte RasoumofTski, ministre de l'instruction publique : « Deux corps en rivalité s'empêchent mutuellement de nuire. Il est sans doute très-important que la jeunesse de l'Etat soit élevée dans des principes de patriotisme, dans des sentiments de soumission , de respect et de dévouement pour la personne du Souverain; mais* quelle certitude a t-on que ces sentiments soient soigneusement inculqués dans les Universités , dont beaucoup de professeurs ne tiennent à l'Empire que par les appointements qu'ils reçoivent, qui ont des intérêts différents et indépendants de ceux de TEtat , et qui , par là même , paraissent plus propres à éteindra qu'à enflammer le patriotisme dans le cœur de ta jeunesse? j»

Le mode d'enseignement des Jésuites et ses résultats se trouvaient attaqués par tous ces hommes appelés de l'Orient et de '

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